Un écrivain, de Laure Arcelin : l’auteur et son double

Un écrivain, de Laure Arcelin : l'auteur et son double

Il y a quelque chose chez toi qui m’échappe, Alexandre, me dit-elle avec un sourire désappointé, la veille de mon départ. Te rends-tu compte à quel point tu es en train de changer ? Par certains côtés, j’ai le sentiment que ton personnage et toi ne faites qu’un, mais peut-être as-tu toujours été ainsi. Ton succès ne fait que révéler cette part de toi-même…

Un roman portant un tel titre et abordant le sujet de l’écrivain et de son personnage ne pouvait que finir dans mes mains.

Alexandre Maigine vient d’obtenir le Goncourt, ce qui n’avait jamais été son ambition : écrivain discret, inconnu du grand public, il n’avait jusque-là produit que des essais, et il ne cherche pas du tout à faire carrière. Contrairement à son personnage, Alexis, mondain et superficiel, coqueluche des femmes et de Saint-Germain-des-Prés. jeté dans un tourbillon qui le dépasse, sans cesse confondu avec son personnage, Alexandre perd pied…

Un excellent roman, qui aborde des thèmes absolument passionnants, à commencer, et c’est de saison, par le cirque médiatique entourant les prix littéraires et en particulier le Goncourt, et qui finalement étourdit les écrivains en divertissement et les empêche de faire tranquillement leur travail : écrire. Plus généralement, le « milieu littéraire » est un peu égratigné, y compris les éditeurs pris en tenaille entre le désir de publier des livres qui se vendent, et celui de rechercher des textes de qualité, ces deux aspects étant incarnés par Vaudreuil fils et père.

Mais ce roman n’est pas simplement une satire : la réflexion la plus intéressante concerne l’identité, et le lien qu’entretien l’auteur avec son personnage. Il se place sous l’égide de Camus, et de cette réflexion (qui était justement mon sujet de méditation existentielle du jour où j’ai ouvert le roman, et je n’ai pu qu’y voir une synchronicité) dans l’Homme Révolté : Le monde romanesque n’est que la correction de ce monde-ci, suivant le désir profond de l’homme. Car il s’agit bien du même monde. La souffrance est la même, le mensonge et l’amour. Les héros ont notre langage, nos faiblesses, nos forces. Leur univers n’est ni plus beau ni plus édifiant que le nôtre. Mais eux, du moins, courent jusqu’au bout de leur destin… Bref, la littérature donne à la vie la cohérence qu’elle n’a pas. Alors, cet Alexis, double inversé de son auteur ? Réalisation d’une possibilité au bout de laquelle il n’est pas allé ? Incarnation de son vrai moi, qu’il n’ose pas être ? De fait, au fil du roman, la fiction déborde, et le personnage dévore de plus en plus sur son créateur, qui est bien décidé à ne pas le laisser faire.

C’est donc l’histoire d’un auteur en guerre contre son personnage, qui m’a un peu rappelé par moments Le Magnifique de Philippe de Broca. Malgré quelques maladresses et un aspect un peu scolaire au début, c’est un roman extrêmement intéressant sr la littérature.

Un Ecrivain
Laure ARCELIN
Robert Laffont, 2018

5 réponses sur « Un écrivain, de Laure Arcelin : l’auteur et son double »

  1. Ping: Le monde est une forêt de symboles – Cultur'elle

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