Elle se réfléchit dans le miroir

L’histoire de ma machine à écrire

Introducing ClaireDepuis toujours, j’aime les machines à écrire. L’objet. Comme quoi, on ne se méfie jamais assez des cadeaux qu’on fait aux enfants, parfois on fait naître une vocation : lorsque j’étais petite, j’en avais une en plastique (aujourd’hui sans doute disparue) avec laquelle j’adorais jouer*. Je jouais à être écrivain et journaliste dans ma chambre salle de rédaction.

Plus tard, j’ai récupéré une vraie machine, comme celles que l’on avait au collège pour apprendre (enfin essayer : je manque totalement de coordination donc je n’ai jamais réussi) la dactylographie. C’était une Olivetti, je crois une lettera 32. J’aimais beaucoup écrire avec, même si à cette époque j’avais découvert l’ordinateur et le traitement de texte avec un Atari. Mais j’aimais l’objet machine à écrire, et j’avais toujours dit que lorsque j’aurais la place dans mon appartement, je récupérerais cette machine.

Après 12 ans d’existence dans des appartements trop exigus, ce jour est enfin venu : dans mon nouvel appartement, j’ai tout de suite vu où je pourrais la mettre, et j’ai donc réclamé que mes parents entreprennent des recherches archéologiques dans leur grenier pour retrouver mon Olivetti, où elle était supposée se trouver puisque j’avais bien stipulé à chaque grand tri par le vide qu’il était hors de question de s’en débarrasser. Làs : personne ne se souvient de l’avoir bazardée, mais les faits sont là : impossible de mettre la main sur l’objet. Peut-être s’est-elle lassée de m’attendre et est-elle partie. Peut-être est-elle encore là et je la retrouverai un jour. Je ne sais pas, mais toujours est-il que j’étais fort marrie, d’autant que j’avais déjà acheté le meuble pour l’accueillir.

Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, je me suis mise en quête, du coup, de mon fantasme ultime en matière de machine à écrire : une Underwood, dont je trouve le design magnifique, et qui est le comble du mythe. Me voilà donc à consulter frénétiquement les sites de vente d’occasion, un peu alarmée par les prix et/ou l’état pitoyable des modèles en vente. Et puis elle est apparue : juste à côté de chez mes parents, à un prix dérisoire. Elle m’attendait : alors que les collectionneurs les recherchent, qu’elle est en excellent état et que le prix était attractif, elle était là depuis un certain temps et ne trouvait pas à être adoptée. Je le répète : elle m’attendait, parce que le hasard (qui n’existe pas), ce coquin, a fait qu’elle appartenait à la belle-soeur de la meilleure amie de ma maman. Je sais donc d’où elle vient : elle avait été achetée par la maman de la dame, pour ses cours de dactylographie chez Pigier. Et maintenant, elle est à moi.

Je l’ai appelée Claire, parce que je suis une petite comique.

Il s’agit d’une Underwood Standard n°6-11, et le n° de série m’indique qu’elle a été fabriquée en 1930, la vieille dame ! Faulkner, Fitz, Hemingway en ont eu une similaire.

Evidemment, je n’écrirai pas mon prochain roman dessus. Mais. Lorsque j’aurai acheté un ruban (celui-là est cassé) et du papier, je m’amuserai probablement à retranscrire certains de mes textes dessus. Pour le côté vintage. Pour le bruit des touches. Pour le mythe — on sait combien j’y suis attachée, aux mythes.

*J’avais aussi une machine à coudre qui n’a pour sa part suscité aucune vocation, non plus que le mini-aspirateur et les multiples poupées : cette règle n’est donc pas universelle !

(16 commentaires)

  1. Tu oublies le bruit de la cloche quand on change volontairement de ligne?
    (j’ai suivi des cours de dactylo en parallèle de la première année de fac -mais ma machine a été jetée après?- ce qui s’est révélé utile des années après avec les ordis)(ce qui permet de dite aux élèves : parfois on sait très longtemps après pourquoi on a appris telle chose)

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