Elle lit des romans

Quoi qu’il arrive, de Laura Barnett

Quoiqu'il arrivePuis elles se taisent. Devant elles, le triptyque. Des couches de peinture à l’huile sur une toile. Trois couples. Trois vies. Trois versions possibles.

Selon la physique quantique, chaque choix que nous effectuons donne naissance à des réalités alternatives dans lesquelles nous avons agi différemment. Vertigineuse, cette idée est au fondement du genre de l’uchronie, comme par exemple avec Le Maître du haut château de Philip K. Dick. Pour autant, les auteurs ne s’intéressent souvent qu’à une version alternative possible. Laura Barnett, dans son premier roman qui fait partie de la sélection finale du Prix Relay des voyageurs 2016 et s’intitule plus judicieusement en version originale The versions of us, en examine trois.

Eva et Jim ont 19 ans et sont étudiants à Cambridge, elle en littérature et lui en droit, bien que sa véritable vocation soit la peinture. Eva est en couple avec David Katz, promis à un grand avenir comme acteur. Un jour de 1958, alors qu’elle se rend à vélo à un rendez-vous avec un professeur, Eva fait une embardée pour éviter un chien, sous le regard de Jim qui passe par-là. Ce qui se passe ensuite détermine toute leur existence, et cet infime moment donne naissance à trois versions possibles de leur histoire, jusqu’à nos jours, et qui nous sont racontées en parallèle.

Parmi les multiples chemins possibles qui s’offrent à nous, nous ne pouvons en emprunter qu’un, et il est vertigineux de songer à combien chaque événement en apparence totalement anodin peut avoir des conséquences énormes : c’est ce que fait Laura Barnett dans ce roman magistralement construit, qui interroge le hasard et la nécessité. Les trois versions sont suffisamment différentes pour que le lecteur ne se perde pas (ce qui était bel et bien un risque), et en même temps, elles se font écho les unes aux autres, car certains événements nécessaires qui jalonnent la vie de Jim et de Sarah, qu’ils soient ensemble ou non, se produisent quoi qu’il arrive — et c’est en ce sens que la traduction du titre est intéressante, même si elle laisse à penser, ainsi que la quatrième de couverture, que deux personnes destinées l’une à l’autre finissent par se trouver quels que soient les aléas de l’existence. Lara Barnett a l’intelligence de nous offrir quelque chose de plus complexe, et partant plus intéressant, qui lui permet de montrer la vie dans ce qu’elle a de plus riche, et en particulier la vie de couple, qui n’est pas un long fleuve tranquille. L’amour, les déceptions, les trahisons, les deuils émaillent les vies de Jim et Sarah, personnages à l’épaisseur réelle, qui ont ceci en commun qu’ils sont aussi des artistes (elle est écrivain et lui peintre), ce qui ne va pas sans mal et là encore pose le problème de la nécessité. Et puis, ça et là, des réflexions sur les femmes et leur place dans la société qui ne sont pas sans rappeler Virginia Woolf.

Bref : un premier roman d’une très grande qualité, qui nous fait réfléchir à nos choix et à leurs conséquences, parfaitement maîtrisé malgré un choix narratif assez risqué ! A lire absolument !

(Sylire, en revanche, n’a pas été convaincue)

Quoiqu’il arrive
Laura BARNETT
Traduit de l’anglais par Stéphane Rocques
Les Escales, 2016

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(23 commentaires)

  1. Et bien nous n’avons pas du tout le même avis sur ce roman ! J’ai trouvé que les versions se ressemblaient beaucoup et qu’il était difficile de s’y retrouver.Le contenu ne pas convenue non plus. Ces histoires d’amour sont selon moi très convenues.
    Mon billet est en ligne également aujourd’hui. Je mets le tien en lien.

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  2. J’aime bien cette idée d’imaginer ma vie si j’avais pris d’autres routes à un moment donné bien précis. Ces moments sont rares et parfaitement identifiables. Effectivement, cette lecture pourra me plaire.

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  3. Nous sommes tous victimes de nos choix et les choix alimentent les remords les regrets mais les succès aussi , le choix est une « machinerie » incroyable !
    Ce livre est pour moi et je vais le lire

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  4. Comme Sylire j’ai du prendre des notes et même rédiger un petit tableau pour ne pas mélanger les 3 versions, mais malgré tout mon avis sur ce roman se rapproche plus du tien car j’ai bien aimé la mise en perspective des 3 « vies possibles » d’Eva et Jim!! J’avais adoré « Un jour » de David Nicholls et je trouve que la comparaison du bandeau est justifiée 😉

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  5. Comme d’habitude un très beau billet et tout à fait le style de roman que j’aime, je suis très tentée, surtout que j’avais adoré « un jour », enfin le film.

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