récits et chroniques

La Guerre n’a pas un visage de femme, de Svetlana Alexievitch

La guerre n'a pas un visage de femmeJe recompose une histoire à partir de fragments de destins vécus, et cette histoire est féminine. Je veux connaître la guerre des femmes, et non celle des hommes. Quels souvenirs ont gardés ces femmes ? Que racontent-elles ? Personne encore ne les a écoutées…

Je ne connais pas grand chose à la littérature russe, et c’est encore un euphémisme de le dire comme ça. Mais, j’aime ne pas rester sur mes acquis, découvrir de nouvelles choses, et lorsqu’il y a quelque temps la librairie du Globe, librairie russe à Paris, m’a contactée pour un partenariat, j’y ai vu l’occasion de combler mes lacunes. Donc, c’est parti pour la découverte de la littérature russe (au sens large), en commençant par Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de littérature 2015, et l’une de ses enquêtes les plus marquantes.

Depuis la nuit des temps, la guerre a été considérée comme une affaire d’hommes, et que ce soit dans les livres d’histoire ou les récits épiques, on ne parle que d’eux. Pourtant, nombre de femmes étaient engagées dans les troupes soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale. Infirmières, brancardières, tireuses d’élite, pilotes de chasse, mécaniciennes ou simples soldats, elles ont fait preuve d’un courage exemplaire pour sauver leur patrie. Pendant sept ans, Svetlana Alexievitch les a rencontrées, a recueilli leur témoignage, leur a demandé de raconté leur guerre.

Et cela donne un texte saisissant, à la fois témoignage et écriture du témoignage, l’auteure s’interrogeant tout au long du récit sur son travail et les difficultés qu’elle rencontre. Sorte de je me souviens collectif, l’ouvrage donne un autre visage à cette boucherie héroïque, et s’interroge sur la place des femmes dans la guerre : est-elle un soldat comme les autres ? Ici, il est moins question de batailles et de victoires que du quotidien : le besoin, malgré tout, de rester jolie et féminine au coeur de l’horreur ; les problèmes pratiques comme l’hygiène, les besoins naturels, les règles (évidemment, rien n’a été prévu) lorsque leur cycle menstruel n’est pas tout simplement détraqué (ce qui arrive à beaucoup). Les enfants, la famille. La patrie qui passe avant tout. Et puis, bien sûr, le sang, le carnage, la mort. Et, malgré tout, parfois, l’amour qui surgit au milieu du chaos, le désir de vivre absolument. L’après-guerre, où ces femmes ont été traitées de manière scandaleuse…

Tour à tour le texte émeut, révolte, donne les larmes aux yeux ou la nausée. A lire par petits bouts, car c’est très oppressant, mais à lire absolument tout de même.

La Guerre n’a pas un visage de femme
Svetlana ALEXIEVITCH
La Renaissance, 2004 (J’ai Lu, 2005/2015)

21 réflexions sur “La Guerre n’a pas un visage de femme, de Svetlana Alexievitch

  1. L’oeuvre de Svetlana Alexievitch est magnifique car comme elle le dit elle écrit des « romans à voix » en recueillant les témoignages de personnes en respectant et en restituant leurs émotions, leur respiration, leurs doutes enfin tout ce qui fait la sensibilité humaine. Elle relie tous ces témoignages dans une écriture littéraire et juste ce qui en fait toute la richesse. j’ai lu tous ces livres et à chaque fois, ils m’ont bouleversée.

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  2. L’œuvre de Svetlana Alexievitch est magnifique car comme elle le dit elle écrit des « romans à voix » en recueillant les témoignages de personnes en respectant et en restituant leurs émotions, leur respiration, leurs doutes enfin tout ce qui fait la sensibilité humaine. Elle relie tous ces témoignages dans une écriture littéraire et juste ce qui en fait toute la richesse. J’ai lu tous ses livres et à chaque fois j’en ai été bouleversée.

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  3. Je n’ai pas encore lu cet ouvrage mais j’ai découvert l’auteure dans La Supplication, récits liés à Tchernobyl, qui m’avait envouté, ou plus récemment La fin de l’homme rouge. Il faut que je lise celui-ci aussi.
    Je trouve que la méthode de recueil de Svetlana Alexievitch donne une teinte toute particulière à ses livres : comme elle le décrit dans « La fin de l’homme rouge » : « … saisir le moment que je guette toujours dans le conversations, publiques ou privées, celui où la vie, la vie toute simple, se transforme en littérature ».
    Merci pour cette chronique !

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