Dans la tête d’un zèbre, de Claire Rio Petit : mieux vivre avec un cerveau complexe

Ce livre est un partage. Le partage du résultat de mes recherches sur le thème de la douance, de la multipotentialité. Le partage de mes expériences, bonnes ou mauvaises, sous la forme d’un récit de vie. Il est un guide accessible à tous même s’il est loin d’être exhaustif tant le sujet est vaste. J’ai entrepris sa rédaction à un moment où j’étais en quête de réponses et j’espère qu’il pourra vous être utile si vous vous sentez différents, en décalage avec le monde qui vous entoure, si vous êtes, vous aussi, en quête d’informations sur la douance ou si vous êtes juste curieux.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de livre sur le sujet. De fait, je ne peux pas être sr tous les terrains introspectifs (même si je soupçonne que les sujets qui m’accaparent actuellement ne sont pas sans lien), et j’avais un peu l’impression d’avoir un peu fait le tour de la question, sans que cela m’aide concrètement : je ne sais plus qui dit que constater que son vélo à un pneu crevé, c’est bien, mais que ça ne va pas le regonfler. Donc, je m’attelle plutôt à essayer de le regonfler. Mais avant l’été, Claire m’a proposé de m’envoyer son livre, et je me suis dit qu’à défaut de m’aider, cela m’intéresserait.

Il s’agit donc du témoignage/enquête d’une zèbre (c’est le terme qu’elle préfère) détectée très tardivement. L’ouvrage s’ouvre sur des généralités : le cerveau, les formes d’intelligence, la pensée, la mémoire, les émotions, l’hyperexcitabilité, la synesthésie. Ensuite, elle évoque le passage à l’âge adulte, avec tout le sentiment de décalage ressenti et la « découverte », qui engendre une véritable renaissance. Enfin, la dernière partie est consacrée à la manière de déployer ses ailes (ce qui nous ramène à la métaphore que personnellement j’adopte : le cygne) : être une femme, l’amour et les peurs, la sexualité, la parentalité ou non (avec un passage sur le syndrome du jumeau perdu), la vie professionnelle, le besoin de se sentir vivre, l’équilibre et le bonheur.

Un ouvrage très riche, un des plus riches et complets que j’ai lu sur le sujet. Je me suis beaucoup reconnue (pas sur tout évidemment), y compris sur des points sur lesquels je n’avais absolument pas fait le lien : le fait que je doive porter des lunettes de soleil à peu près 365 jours par an, que j’entende les ultrasons, que je sois intolérante aux vibrations des basses de la musique électro au point d’en être physiquement malade. J’ai souvent souri (« ah oui, c’est exactement ça »), et au final cet essai m’a donné beaucoup de clés de compréhension qui, si elles ne m’aident pas forcément à regonfler mon pneu, m’aident à comprendre pourquoi il est à plat. Bref, cela m’a fait du bien, et je ne saurais trop recommander cette lecture à ceux qui sont concernés, ou ont des proches qui le sont.

L’ouvrage paraîtra bientôt dans une nouvelle édition plus travaillée, mais je vous donne celle dans laquelle je l’ai lu !

Dans la tête d’un zèbre. Mieux vivre avec un cerveau complexe.
Claire RIO PETIT
Hello, 2022

Je n’ai jamais aimé l’école

On ne l’attendait pas forcément, celle-là, et pourtant, voilà la conclusion à laquelle je suis parvenue jeudi soir dernier après une séance d’écriture introspective un peu secouante. Alors, ce n’est pas non plus une découverte radicale pour moi, mais je n’avais jamais posé les mots dessus. J’ai toujours détesté l’école (au sens large, pas seulement le primaire).

J’adore apprendre, j’ai toujours adoré apprendre, et de là vient sans doute une confusion, parce qu’on associe beaucoup apprendre et aller à l’école. Il peut donc sembler paradoxal de dire que j’adorais apprendre et que je détestais l’école, alors que c’est justement parce que j’adorais apprendre que je détestais l’école. Parce qu’à l’école, on ne me nourrissait pas assez en terme de connaissances.

Parfois, je faisais semblant d’être malade pour pouvoir y échapper une journée, ne pas subir : les moqueries, me lever tôt alors que j’ai toujours été une grosse dormeuse, le froid, rester assise sur une chaise inconfortable au milieu du bruit moi qui ai tant besoin de silence. Et puis l’ennui mortel d’avoir déjà lu dans les livres ce qui était à ma portée, de tout comprendre du premier coup, et d’être obligée de rester là, sans rien apprendre d’un peu simulant parce qu’il fallait se conformer au rythme des autres, plus lents, et ça me mettait en colère, d’être ralentie, de ne pas pouvoir aller à ma vitesse, d’être en sous-régime. Je dépérissais, faute d’être suffisamment nourrie (et nourrie par des choses qui m’intéressaient : c’est un autre des problèmes), et on ne s’en rendait même pas compte puisqu’au final j’étais une bonne élève mais pas au maximum de mes capacités, parce que je ne voyais aucune raison de me fouler et de me donner de la peine. Et puis je m’ennuyais, mais je n’étais pas pénible (contrairement à un de mes oncles, dans les années 40 et dont je suis certaine vu les histoires qu’on me raconte qu’il était comme moi, mais lui le montrait, qu’il s’ennuyait) : juste je me déconnectais, je m’échappais dans mes mondes intérieurs, je dessinais et écrivais. Comme je ne posais pas de problème, on ne voyait pas que je souffrais.

Peut-être que dans une école alternative, j’aurais été bien, on m’aurait laissée plus autonome, on ne m’aurait surtout pas empêchée d’avancer à ma vitesse. Ou en enseignement à distance. Mais on ne peut pas refaire l’histoire : les extra-terrestres comme moi, à l’époque, on ne savait même pas qu’ils existaient, ou à peine. Et encore aujourd’hui, on les détecte, mais qu’est-ce qu’on fait pour leur besoin d’être stimulés intellectuellement ? Rien, alors ils s’autogénèrent des troubles dys qui les ralentissent (et parfois même beaucoup), comme si Husain Bolt se mettait un caillou dans la chaussure pour courir à la même vitesse que les autres. Mais bon, ça fait mal, et puis quel intérêt ? Cela n’aide ni Husain Bolt, ni les autres…

Alors, qu’on ne se méprenne pas : je ne suis pas en train de dire qu’il aurait fallu laisser les autres sur le bas côté pour que je puisse m’épanouir. Juste que le système de « même menu pour tous », que certains défendent bec et ongles, est une calamité pour tous.

Alors bien sûr, mon choix de métier était le pire que je pouvais faire dans ces circonstances. Même si ça a aussi une certaine logique : je voulais réparer quelque chose, j’étais en colère (et je le suis encore) contre un système et j’ai cru que je pourrais y faire quelque chose (j’imagine). Il y a, aussi, une raison transgénérationnelle. Mais dans les faits, je me suis surtout trompée de contexte, j’ai confondu l’apprentissage et la transmission avec l’école : il y a, c’est évident, une dimension d’enseignement dans Le Voyage Poétique, de transmission, mais à ma manière. Librement. Et qui laisse libre chacun d’aller à sa vitesse, et de choisir ce qu’il veut explorer.