Instantané #101 (juste quelque chose de joli)

Enfin de joli… peut-être que vous n’allez pas trouver ça spécialement joli, mais moi j’en suis assez fière. Depuis quelques mois je me suis lancée dans l’aquarelle, sans aucune pression ni but autre que de m’amuser : l’idée, comme avec le journal artistique c’est d’ouvrir de nouveaux canaux créatif et ce faire des choses pour elles-mêmes, sans pression de ce que ça va donner (écrire est ma vie, mais j’écris dans le but d’être lue un jour). J’ai débuté avec de l’aquarelle premier prix de supermarché et puis, comme ça me plaisait, j’ai investi dans une palette, de jolis godets de couleurs de qualité, des vrais pinceaux, et du papier ad hoc même si, en fait, je préfère les carnets multitechniques. J’ai regardé quelques tutos sur youtube mais surtout, je tâtonne et je m’amuse puisque, encore une fois, mon but n’est pas du tout de « maîtriser » quoi que ce soit (et je pense que mes gestes ne seraient pas homologués par un véritable aquarelliste). Je n’ai pas envie de peindre des paysages, moi ce qui m’amuse à peindre ce sont les végétaux et la Lune). Et je n’ai pas du tout envie que ce que je peins soit réaliste. Non, ce qui m’intéresse ce sont les couleurs et les formes, et ma dernière toquade est de mixer aquarelle et encre, je trouve que ça donne du contraste et que c’est assez sympa comme ça. Ça déborde et c’est fait exprès : pour moi il faut que les choses débordent, et c’est symbolique : le premier acte avec lequel on bride la créativité d’un enfant c’est quand on lui dit de ne pas déborder en coloriant, de rester dans le cadre ; et moi, à 42 ans, je refuse désormais de me contorsionner et de me faire mal pour rester dans le cadre). Et je suis assez contente de ces fleurs et de ces feuilles, pour quelqu’un qui a pensé dur comme fer toute sa vie qu’elle ne savait pas dessiner du tout.

Vive la créativité, l’amusement, la joie qu’on a à faire les choses sans pression du résultat !

Botaniste, de Marc Jeanson et Charlotte Fauve : histoire naturelle

Tout est encore à faire, ou plutôt à refaire. Il s’agit toujours de recenser l’exceptionnel, mais aussi de le retrouver, ou du moins de décrire ce qu’il en reste. L’exploration est devenue perpétuelle, nous revenons sur nos pas, sur ceux de Saint-Hilaire, sur ceux de Poivre ou d’Adanson, à la recherche de ce que nous craignons avoir perdu. Beaucoup des forêts originelles ont été détruites, beaucoup d’espèces, de paysages ont disparu. La constitution de grands ensembles protégés, de parcs nationaux ne suffit plus : fragments, résidus, cela peut paraître bien maigre par rapport à ce qui a existé. Mais dans une poche de verdure peut se cacher une grande richesse végétale, et c’est là que l’exploration, à nouveau, redevient difficile, dans ces reliquats préservés, perchés au sommet de massifs abrupts, dans les canyons inaccessibles. 

Il y a quelque temps, Anne-Solange Tardy avait parlé de ce récit dans sa merveilleuse « Pochette Surprise » (c’est sa newsletter, pleine de poésie : si vous ne connaissez pas allez vite vous abonner, c’est une bouffée d’oxygène hebdomadaire) et, comme je suis dans ma période végétale, je me suis dit que ça avait tout pour me passionner. Et j’avais raison !

Marc Jeanson est le responsable de l’herbier du Muséum national d’histoire naturelle (je ne sais pas si ce lieu se visite, mais ce doit être absolument émerveillant). Grâce à la plume délicate de Charlotte Fauve, il tisse subtilement un récit personnel, dans lequel il nous raconte son propre parcours de botaniste, et l’histoire de la discipline et de ses héros, autour de l’Herbier.

Un ouvrage poétique et lumineux, d’où jaillit tout un monde de profusion sensorielle : des goûts, des couleurs, des odeurs, des textures, des formes d’une richesse inouïe sortent des pages et s’emparent du lecteur et le prennent par la main pour le mener dans les pas des pionniers de la discipline : Adanson, Poivre, Lamarck, Linné (qui a découvert que les plantes avaient une vie sexuelle), Saint-Hilaire. Un monde de voyages et d’exotisme, parfois dangereux, où le hasard se fait nécessité pour découvrir, collecter, classer, préserver, faire renaître, nommer comme Adam dans le jardin d’Eden, ce qu’on appelle « inventer » : quel bonheur de parcourir ces pages, de se perdre dans le foisonnement de l’Herbier qui est à l’image du foisonnement du vivant, d’aller de découverte en découverte — et se dire qu’il y en a encore tant à découvrir. Et que nous sommes bien petits dans l’immensité de cette biodiversité à préserver !

Bref un vrai coup de cœur pour ce récit : moi qui aime tant me promener dans les jardins botaniques, celui de Paris, celui de Milan, celui d’Orléans mais qui ne peut pas trop le faire en ces saisons intérieures, moi qui aime tant ramasser feuilles mortes et fleurettes pour les mettre dans un cahier qui n’est pas vraiment un herbier mais un peu quand même, bref, moi qui suis de plus en plus sensible à la poésie du végétal, j’ai aimé à la folie ce récit qui fera un parfait cadeau de Noël pour un de vos proches passionné par les plantes, ou pour vous évidemment ! Mon seul regret : peut-être que cela aurait mérité un cahier photos…

Botaniste
Marc JEANSON et Charlotte FAUVE
Grasset, 2019

Végétaliser la ville

A Milan, je me suis souvent fait cette réflexion que, tout de même, les végétaux, dans une ville, ça change tout ! J’ai rarement vu autant de vert dans une ville : sur les toits, sur les murs, sur les trottoirs, dans le moindre espace, on plante, des arbres, des fleurs, des plantes ; les balcons sont envahis de végétation. Milan veut en faire encore plus, mais ils sont déjà en avance : végétaliser les villes, c’est un impératif absolu !

Bien sûr, le premier avantage est que c’est agréable et joli, tout ce vert, que ce soit les plantes (je ne reviendrai pas sur les bénéfices pour l’âme et pour le taux vibratoire de s’entourer de plantes vertes) ou les parcs et jardins. J’aime de plus en plus les parcs et jardins et l’une de mes nouvelles habitudes, dès que j’ai un coup de blues (souvent), est d’aller me promener un moment dans un espace vert plein d’arbres. Ça me fait du bien (alors que la ville m’oppresse de plus en plus : je ne supporte plus tout ce bruit et cette agitation, en tout cas en ce moment où j’ai besoin de calme). Je me suis acheté un livre sur les arbres, pour apprendre à communiquer avec eux. Donc voilà : plus de verdure dans la ville, c’est apaisant. Et si on ajoute que cela favorise le « vivre ensemble » (les gens se parlent dans les parcs, et n’oublions pas les potagers partagés), on a déjà beaucoup de bonnes raisons.

Mais tout aussi important est l’aspect écologique : certaines plantes aident à lutter contre la pollution en filtrant les particules, les arbres sont un formidable appareil pour lutter contre les émanations de CO2, et tout cela rafraîchit vraiment !

Végétaliser la ville est donc un projet qui devrait nous occuper tous : les municipalités bien sûr, mais aussi chacun de nous, à son échelle : lorsque je suis rentrée de Milan, un truc m’a sauté aux yeux, c’est que les gens ne profitent absolument pas de leurs balcons. Souvent ils sont absolument vides (alors que le mien est vraiment une pièce de la maison, avec une table et des chaises mais surtout mes plantes et légumes !). Alors il y a effectivement des règlements par endroits : mais peut-être est-il temps de les faire sauter pour le bien de tous, afin que les gens puissent, planter, cultiver, faire pousser et que le vert reprenne sa place ?

Les émotions cachées des plantes, de Didier van Cauwelaert : les végétaux ont-ils une âme ?

Mais, n’en déplaise à ces raisonneurs confondant rationalisme et a priori, l’imagination n’est pas qu’une déformation de la réalité. C’est, en l’occurrence, la capacité de concevoir une action future à partir de la perception du présent, nourrie par les enseignements de la mémoire. Quels que soient les rouages d’une telle imagination, elle me paraît à la fois la cause et la conséquence de ces « émotions cachées » des plantes, que nous allons maintenant essayer de décrypter.

Comme je l’ai déjà expliqué, dans ma vie précédente j’étais une serial killeuse de plantes ; je ne m’y intéressais absolument pas, je les trouvais jolies mais je ne m’en occupais pas plus que d’un bibelot, et elles mourraient immanquablement après un temps plus ou moins court passé chez moi. Mais les choses ont changé : depuis quelques mois, j’en ai adopté beaucoup, mon appartement est devenu une véritable jungle urbaine et je crois qu’elles se sentent bien (sauf ma maranta qui me donne du souci actuellement). Je pense qu’elles apprécient l’emplacement qui est le leur (non loin de la baie vitrée, elles profitent d’une magnifique luminosité matinale mais ne sont pas brûlées par le soleil de l’après-midi) et d’être toutes ensemble. Mais je crois qu’elles aiment surtout que je leur accorde mon attention, pas seulement en les arrosant, mais surtout en leur parlant gentiment, en les félicitant avec enthousiasme lorsqu’elles font de nouvelles pousses (du coup elles en font plein), en leur passant de la musique. Tout comme je parle aux fleurs du jardin quand je rentre le soir, et aux arbres. De fait, j’ai découvert que les plantes n’étaient pas seulement de la décorations, mais qu’elles constituaient une vraie présence, et qu’elles augmentaient mon taux vibratoire. Cela peut paraître dingue dit comme ça, mais ça ne l’est pas, et c’est pour cette raison que je voulais lire cet essai (et pas seulement à cause de son auteur).

Dans cet ouvrage, Didier van Cauwelaert s’attache donc à montrer, expériences scientifiques à l’appui, que les végétaux ne sont pas des machins inanimés, mais qu’ils peuvent faire preuve de ce qu’on pourrait appeler intelligence : ils ont conscience du danger et savent mettre en place des stratégies pour se défendre de leurs prédateurs (ce qui ne laisse pas d’être inquiétant, parce que le jour où ils en auront marre de l’humain…), ils savent utiliser la séduction et la ruse, ils sont sensibles à la flatterie et poussent mieux avec des compliments, ils peuvent faire de la transmission de pensée, ressentir de l’empathie et de la compassion, se montrer solidaires entre eux, ils utilisent un véritable langage, aiment la musique (enfin, certaines musiques), éprouvent du chagrin, n’aiment pas trop les caresses et ont, visiblement, conscience de la mort.

Tout cela est absolument passionnant : on retrouve des faits dont l’auteur avait déjà parlé dans ses Dictionnaire de l’impossible mais ici les faits sont creusés, analysés, et surtout étayés par de nombreuses expériences scientifiques qui laisseront songeurs les plus incrédules. L’idée qui se dégage de tout ça, c’est tout de même que l’humain a créé un joyeux bordel, en mettant sont nez partout, pour « aider » les plantes à mieux grandir, ne pas être malades, se défendre contre leurs prédateurs, alors qu’elles en sont tout à fait capables toutes seules ; de fait, le végétal est apparu bien avant l’homme sur la planète, et très probablement lui survivra très longtemps (en poussant un « bon débarras » de soulagement ?) lorsqu’il aura disparu. De fait, j’ai lu certains passages à mes plantes, et elles étaient tout à fait d’accord !

Les Émotions cachées des plantes
Didier van CAUWELAERT
Plon, 2018