Bridget Jones : the Edge of Reason, de Beeban Kidron

Bridget Jones Edge of reasonYou think you’ve found the right man, but there’s so much wrong with him, and then he finds there’s so much wrong with you, and then it all just falls apart.

Je déclare officiellement ouverte la saison du « je me cale au fond du canapé enroulée dans un plaid tout doux pour regarder une comédie romantique en boulottant des chocolats ». Comme s’il fallait des excuses tiens… Bref. L’autre jour, en lisant le dernier opus des aventures de Bridget, je me suis dit que ça faisait quand même un sacré bout de temps que je n’avais pas revu ce film n°2. Aussitôt pensé, (presque) aussitôt fait.

Bridget et Mark sont heureux et amoureux. Mais les problèmes vont vite surgir, sinon il n’y aurait pas d’histoire…

Un film à la fois à mourir de rire et d’une mignonitude absolue, qui parvient à redonner du peps à l’éternel dilemme féminin : le good boy vs le bad boy. D’un côté Mark Darcy, l’homme idéal quand même, qui pardonne à Bridget toutes ses bourdes, maladresses et bêtises : parce qu’il sait bien, lui, que si elle agit souvent sottement, c’est parce qu’elle manque de confiance en elle ; et vu le nombre de bêtises que j’ai pu faire pour exactement les mêmes raisons, ne rencontrant que consternation et agacement, je dis : Mark, you Rock. Mais le problème, c’est Daniel Cleaver, toujours dans les parages : c’est un enfoiré affectif, on a envie de lui mettre des claques, mais soyons honnête, il donne aussi de furieuses envies de luxure… Moi je prendrais bien les deux (oui, je suis gourmande, au restaurant je prends toujours l’assortiment de desserts).

Un film que j’adore parce qu’il fait un bien fou, on éclate de rire à chaque scène mais on final on a aussi des étoiles de bonheur dans les yeux, la bande original donne envie de danser, les images de Londres de se précipiter dans le premier Eurostar. On en ressort reboosté !

Bridget Jones : the Edge of Reason
Beeban KIDRON (d’après le roman d’Helen FIELDING)
2004

Three, de James Salter

Three
She likes you as much as she likes me. It should be great.

Adapté de la nouvelle d’Irwin Shaw Then we were three, ce film de James Salter était sur ma liste de film à voir dans la thématique « triangles amoureux ». J’ai eu un petit peu de mal à le trouver (euphémisme : ce fut une galère sans nom) mais enfin, j’ai fini par y parvenir.

Bert et Taylor, deux étudiants américains, passent leur été dans le sud de l’Europe. C’est là qu’ils font la connaissance de la très mystérieuse et séduisante Marty, qui se joint à eux…

L’atmosphère de ce film a quelque chose de très étrange et déconcertant. Lente, presque paresseuse, l’histoire se déroule sans que finalement il ne se passe quoi que ce soit, car tout est suggéré et non montré : ainsi, les personnages passent de longs moments silencieux, allongés sur une plage ou dans l’herbe, on ne sait guère ce qu’ils pensent, et on ne peut même pas dire que leur relation est ambiguë : on voit bien que les deux garçons cherchent à attirer l’attention de Marty mais ce n’est qu’à la toute fin que l’on comprend quel est son choix. En fait, tout le film est dans le non-dit et le non-montré, ce qui donne un objet assez singulier, à la fois sensuel et solaire, et très mélancolique puisque l’enjeu, finalement, c’est cette insouciance de la jeunesse, celle du dernier été de liberté avant le passage à l’âge adulte.

Un film très étrange donc, à voir parce que c’est James Salter, mais qui n’a pas de quoi marquer l’histoire du cinéma…

Three
James SALTER
1969

Jules et Jim, de François Truffaut

Jules et JimJe pense comme toi qu’en amour, le couple n’est pas idéal.

Jules et Jim, adaptation du roman éponyme de Jean-Pierre Roché, est a tout le moins un film culte. Vu il y a longtemps, il a durablement marqué mon imaginaire, et je le soupçonne d’être tout à fait responsable de mon intérêt vif pour les histoires d’amour à trois, et c’est à fin de cesser de procrastiner sur un de mes textes que j’ai voulu le revoir. Du reste, cette histoire n’a pas marqué que moi, et dès qu’il s’agit d’une histoire à trois personnages, la référence au film de Truffaut n’est jamais loin…

Jules est autrichien, Jim français. Tous deux sont des amis inséparables et vivent une vie de bohème chic où l’argent n’est pas un problème et où les femmes ne font que passer. Jusqu’à ce qu’ils rencontrent Catherine…

Malgré à la fois le contexte (avant la Première Guerre mondiale puis après) et sa date de sortie, ce film est d’une étonnante modernité, avec des personnages qui ne s’embarrassent guère de l’ordre moral pesant sur la société à l’époque : ils sont libres, entiers, réinventent la vie et refusent les compromissions. Ils vivent les choses dans leur absolu, l’amour comme l’amitié. La tragédie plane : parce que tous les deux aiment la même femme, qu’elle les aime finalement tous les deux aussi et que pour elle la vie de couple est incompatible avec l’amour, que les deux hommes eux-mêmes ne peuvent envisager d’être séparés tant leur amitié est forte, ils ne trouvent leur équilibre qu’à trois — équilibre précaire, intenable sans doute car quoiqu’on fasse la jalousie finit toujours par naître. L’amour se mue en ressort tragique, et on sait dès le départ que ce film à la grâce absolue ne peut bien se terminer.

Deux hommes aiment la même femme, et elle passe continuellement de l’un à l’autre : triangle amoureux archétypal, qui ici se double d’une ambiguïté dont la logique n’est finalement jamais poussée jusqu’au bout mais simplement et très subtilement évoquée. Lors d’une de leurs premières sorties ensemble, Catherine se déguise en homme, dans une scène devenue mythique, et la relation entre les deux hommes elle-même peut paraître trouble… Et c’est ce qui fait la force du film : cette tension sexuelle jamais aboutie mais qui laisse planer une interrogation, jusque dans le titre où Catherine n’est pas mentionnée alors qu’elle est supposée être le sommet du triangle.

Dans mon souvenir, la fin était légèrement différente, mais cette légère différence changeait beaucoup de choses… En tout cas, un des plus beaux films de l’histoire du cinéma, à voir et à revoir !

Jules et Jim
François TRUFFAUT
1962

3 coeurs, de Benoît Jacquot

3 coeurs

Dans une ville de province, un homme, Marc, vient de rater le dernier train pour Paris. Il se met en quête d’un hôtel, et rencontre une femme, Sylvie, avec qui il passe la nuit à marcher et parler. Il y a entre eux une intimité, une évidence immédiates. Ils se donnent alors rendez-vous à Paris pour la semaine suivante, sans échanger leurs coordonnées. Sylvie attend, mais lorsque Marc parvient enfin sur les lieux du rendez-vous, elle est repartie. Pour lui, elle aurait tout quittée mais, déçue, accepte finalement de suivre son compagnon aux Etats-Unis. Peu de temps après, Marc tombe amoureux de Sophie, qui n’est autre que la soeur de Sylvie.

Avec ce film, Benoît Jacquot parvient à renouveler le motif séculaire du triangle amoureux. Un homme, deux femmes, l’une qui sait, l’autre qui ne sait pas, mais toute la tragédie se noue dans le lien fusionnel qui unit ces deux femmes. Car il s’agit bien d’une tragédie : hasards, coïncidences, tout semble organisé par le destin pour mettre en place un jeu cruel dont personne ne pourra sortir indemne.

Tout en subtilité et en nuance, ce film est avant tout construit sur l’ambiance et l’émotion. Les acteurs sont parfaits, touchants, et le film d’une grande beauté, mais une beauté qui vient de sa simplicité.

A voir !

3 Cœurs
Benoît JACQUOT
2014