Ce qui se passe en nous et libérations émotionnelles

Il se passe tellement de choses en nous, chaque jour. Tellement d’émotions qui nous traversent, pas toujours provoquées par les événements extérieurs. En tout cas, pas consciemment.

En fait, il existe une multitude de déclencheurs émotionnels dont nous n’avons strictement pas conscience. Une phrase, un geste, une attitude peuvent nous secouer, nous faire éclater en sanglots, nous faire exploser de colère sans qu’on puisse expliquer pourquoi.

En particulier lorsqu’on est hypersensible, mais pas seulement.

D’où cette fameuse phrase qui n’arrange rien, au contraire : « je ne vois pas du tout pourquoi tu te mets dans un tel état pour ça ». Phrase qui me donne envie de mordre, même quelqu’un qui m’est plus précieux que l’air que je respire.

Si je me mets dans un tel état pour ça, c’est qu’il y a une raison. Profonde. Qu’on est venu toucher ce qu’on appelle un trigger. Un déclencheur. Comme si on avait appuyé sur un bouton. Les trigger, c’est ça : ce qui va déclencher chez nous des réactions émotionnelles parfois violentes, d’où cette « mode » de mettre des trigger warning dès qu’il est question de sujets sensibles. Viol, inceste, meurtre, etc.

Sauf que c’est la partie émergée de l’iceberg. Tout peut être un trigger, même les sujets les plus innocents. Parce que la plupart de ces déclencheurs sont de toute façon inconscients. Et l’un des objets du travail de l’ombre, c’est d’arriver à les identifier. Voir qu’on réagit de manière « disproportionnée » dans certaines situations, et chercher pourquoi. Voir aussi que notre inconscient ne veut pas du tout aller dans la même direction que notre moi conscient, ce qui est un problème. Pour avancer. C’est ce qu’on appelle parfois les croyances limitantes. Par exemple, une des miennes qui m’a pris un mal fou à déraciner : « on ne peut pas gagner de l’argent en faisant quelque chose qui nous plaît ».

D’accord, mais qu’est-ce qu’on fait une fois qu’on a mis le doigt sur quelque chose ? Parce que comme a dit je-ne-sais-plus-qui, constater qu’on a une roue dégonflée, c’est bien, mais le vélo ne va pas mieux avancer : il faut la regonfler.

J’ai essayé une multitude de techniques au cours des dernières années, qui toutes se sont montrées efficaces à leur manière : la psychogénéalogie et la Communication Profonde Assistée, la kinésiologie (il y a plus de 10 ans) et les constellations symboliques, l’hypnose. Et dernièrement, l’EFT : Emotional Freedom Technique, qui a ma préférence parce que j’ai appris à m’en servir toute seule, et que je trouve que c’est presque de la magie, même au niveau énergétique.

Après avoir tâtonné et découvert cette technique avec un épisode du podcast « Change ma vie » puis avec ma thérapeute, je la pratique aujourd’hui telle que je l’ai apprise dans un programme de Margot Robert-Winterhalter. Le principe reste le même : il s’agit de taper avec deux doigts sur certains méridiens d’acupuncture et de faire un cycle, d’abord pour libérer une émotion ou une croyance limitante, ensuite pour ancrer la croyance positive inverse.

Ce qui est bien, c’est que c’est simple, il suffit de comprendre le fonctionnement et ensuite on peut créer ses propres séquences dès qu’on met le doigt sur un truc (et : on met toujours le doigt sur un nouveau truc, parfois pas bien grave et parfois un peu plus ennuyeux). Personnellement, le Tarot m’aide beaucoup dans cette phase.

Et je trouve que c’est particulièrement efficace.

Vous connaissez ? Vous avez essayé ?

Instantané : relire ses journaux

Cela m’a prise un peu soudainement, en début de semaine, suite à un carambolage de signes, le plus évident étant la lecture des travaux de Philippe Lejeune sur le journal intime pour un projet qui, normalement, verra le jour au troisième trimestre 2023 : relire tous mes journaux depuis la première page, le 26 août 2013, soit presque 10 ans.

J’ai commencé le 18e tome au début du mois, donc vous imaginez l’ampleur du travail. Les 12 premiers volumes sont sur des Moleskine petit format, couverture souple, pages blanches (sauf un, couverture rigide ligné). Il n’y avait que de l’écriture. A l’encre noire.

A partir du tome 13, la transformation se fait progressivement vers ma méthode actuelle du journal poétique : je suis passée au format A5, toujours couverture noire et pages blanches, mais couverture rigide. Petit à petit, j’intègre des pages de journal artistique, des collages, des notes avec un code couleur précis, des tirages de Tarot, des photos. Il faut que je reparle du Tarot dans un prochain article tant ces derniers mois il m’a permis de progresser à grands pas.

C’est une entreprise d’archéologie intime dont je sens bien qu’elle était nécessaire, ici, maintenant, pour clore ce cycle de dix années un peu secouantes, en tout cas transformatrices. Je photocopie les pages essentielles, celles où j’ai noté des découvertes importantes, je note les événements marquants, bons ou mauvais, qui m’ont construite. Je rassemble ce qui était épars.

Ce qui est passionnant, c’est ce dialogue qui s’établit entre le moi d’hier et le moi d’aujourd’hui. Certaines remarques me font un peu lever les yeux au ciel. Je suis à l’occasion stupéfaites de mes intuitions fulgurantes, qui se vérifient par la suite. D’autres fois, pas du tout. Et il y a des périodes très très très sombres, qui me font beaucoup de peine, mais qui sont nécessaires à retraverser pour voir l’évolution. Parce que l’enjeu est là : la transformation progressive, au fil des pages, de celles (c’est un lapsus de le mettre au pluriel, mais finalement, cela fait totalement sens) que j’étais en celle que je suis.

C’est très Jungien. De la psychologie des profondeurs, du dialogue avec l’inconscient (beaucoup de rêves dont je n’ai plus aucun souvenir mais qui étaient pourtant importants et dont je comprends le message aujourd’hui), du travail de l’ombre. Un véritable travail d’individuation. C’est d’ailleurs la colonne vertébrale du Voyage Poétique : comment la créativité, et en particulier le journal, permettent de rassembler ces morceaux épars de soi et de les unifier. Voire… un jour, ma thérapeute m’a dit qu’écrire (et en particulier mon journal) m’avait sauvée. Je savais déjà qu’elle avait raison, mais en relisant ces pages, c’est encore plus vif. Mon journal m’a servi de fil d’Ariane dans mon labyrinthe intérieur.

Et je trouve cela très symbolique, de relire tout cela aujourd’hui, en cette fin d’année 2022 : ce n’est pas une activité que je propose strictement dans le Voyage vers une nouvelle année, mais cela fait tout de même partie du processus de bilan, avant de pouvoir se projeter. Avant de faire le bilan de cette année 2022, qui a été très riche, très constructive, et dont je pourrai enfin dire qu’elle a été plutôt une bonne année malgré un événement qui m’a remuée, je fais le bilan de tout le processus qui m’a mené aux actions que j’ai enfin posées. Et c’est formidable.

Je ne saurais trop vous conseiller de le faire, si vous en ressentez l’appel… à moins que vous ne l’ayez déjà fait ?

Comment l’Univers m’a offert un pot de chrysanthèmes, saison du Scorpion, Samhain et libérations énergétiques

La première partie n’était pas dans le titre initial mais c’était trop beau. Alors, ce ne sont pas tout à fait des chrysanthèmes, mais le symbole était trop tentant. Vous allez voir.

Mais commençons par le commencement : le travail de l’ombre. J’en ai parlé un grand nombre de fois, et cela fait des mois et des mois que je nage en eaux profondes pour parvenir à résoudre certains problèmes qui m’empêchent d’avancer, à la fois sur le plan personnel et sur le plan professionnel. Ce problème, je le résumerai en quatre mots : mes relations aux autres. J’ai peur des gens. Alors cela ne m’empêche pas, même si je suis plutôt introvertie, de bavarder, d’avoir des amis, et même de m’exposer ici et sur les réseaux sociaux, d’avoir écrit un roman assez intime etc. Mais dans les faits, d’abord c’est un véritable parcours du combattant pour que je fasse vraiment confiance, et ensuite, je me suis rendu compte que quelque chose résistait au niveau énergétique, afin que je puisse vraiment prendre ma place. Ce travail, je le mène depuis 2017 et mon entrée dans la quarantaine et la crise liée, qui m’a fait prendre conscience qu’il fallait que je change des choses dans ma vie. Mon travail alimentaire, mais pas seulement.

Alors, des cadavres, pour rester dans la thématique halloweenesque, j’en ai déterrés. Des araignées sous les lits. Des verrous à ouvrir. C’est un travail sans fin : on ouvre un verrou, on en ouvre dix, on croit que c’est le dernier, et puis non. Il y en a encore un. J’ai cru être Sisyphe. Alors j’ai beau être plutonienne (je suis Poissons ascendant Lion, mais en fait dans mon thème astral c’est le trio Pluton/Scorpion/Maison 8 qui domine) et être plutôt pas mal à l’aise dans ce travail des profondeurs, à un moment, ça va bien.

Mais ces derniers temps, avec l’entrée dans l’automne, la première saison intérieure, la saison du Scorpion (et ceux qui ont lu L’Aimante comprennent ce que je veux dire), et surtout Samhain, tout s’est accéléré… et éclairci. Les pièces du puzzle se sont mises en place. Pas toutes seules : j’ai beaucoup écrit (dans mon journal, mais le projet Adèle fait aussi partie du processus), travaillé avec le Tarot, avec ma thérapeute, j’ai fini par mettre la main sur l’ancêtre qui à mon avis coinçait niveau transgénérationnel, j’ai fait des rêves très éclairants, je me suis fait une cure de fleurs de Bach, et finalement j’ai fait une formation dont la première étape consistait en libérations énergétiques. Le truc fou, c’est que ces libérations portaient exactement sur ce qui coinçait chez moi. Je vous ai raconté l’autre jour cette histoire d’humiliation, mais il y en a tellement qui me sont revenues ensuite, s’organisant en constellations, que je voyais bien ce qui clochait. Et, entre le livre de Géraldine dont je vous parlais hier et ce programme, j’ai eu l’impression qu’une porte s’ouvrait pour laisser entrer l’air frais.

J’en arrive à mon pot de chrysanthèmes. Qui ne sont pas des chrysanthèmes classiques, mais enfin, cela reste des fleurs que l’on vend à la Toussaint pour mettre dans les cimetières. Lieu où je ne vais pas, car pour moi les défunts n’y sont pas, mais par contre j’adore ces fleurs et j’adore en mettre chez moi (je suis plutonienne, donc). Bref. Lundi, jour de Samhain, je venais de faire ma dernière (j’espère !) libération énergétiques, et je trouvais déjà que c’était un beau symbole, cette célébration étant liée à la mort symbolique et à la renaissance, la mort de l’ancien moi tout ça. Et j’ai mon petit rituel à moi pour la célébrer. Sur ce, je pars chercher mes courses au drive, et j’avise sur le quai de magnifiques pots de ces chrysanthèmes d’Inde que j’appelle pomponettes, de cette couleur mordorée que j’adore, et je me dis que ça sera parfait dans ma décoration de Samhain/Halloween. J’en demande donc un pot à la livreuse, qui ne trouve pas le code barre, son collègue non plus. Vous connaissez la blague : s’il n’y a pas le prix, c’est gratuit ? Et bien c’est ce qui s’est passé : ils me l’ont offert. « C’est cadeau ».

Et j’ai trouvé cela très symboliquement amusant que ce jour-là, « on » (l’Univers, par le truchement du drive) m’offre un pot de fleurs de cimetière, pour enterrer mon ancien moi !

La peur d’aimer

Ce matin (samedi), comme je suis actuellement en plein challenge Tarot personnel pour faire un peu le point vu que je suis en train de passer mon examen de fin de cycle (au sens métaphorique), j’ai interrogé mon jeu concernant ma priorité du moment. La première carte répond donc à la question de savoir sur quel blocage je dois me concentrer en priorité. Je crois qu’on fait difficilement réponse plus claire : le trois d’épées, avec ce cœur transpercé ; plus qu’une blessure en soi, l’arcane indique surtout la manière dont quelque chose peut tourner en boucle dans son mental, et mon Tarot me dit qu’il faut vraiment que je reprenne mon pouvoir et me libère d’une blessure de trahison/humiliation qui a été réactivée en juillet, mais a figé mon cœur il y a trente ans (oui, ça fait beaucoup). La deuxième carte répond à la question du comment s’y prendre. Et là encore, on admirera la clarté de la réponse : « et ben, écris ! ». Je précise pour ceux qui s’interrogeraient sur cette carte de l’Artiste qu’elle est spécifique au Tarot de l’Illumination, et qu’elle est une des raisons pour lesquelles j’aime ce jeu d’amour.

La réponse, je l’ai bien compris, ne visait pas à ce que j’écrive dans mon journal (je l’ai déjà fait), ni même une scène de roman (même si je pense que cela me resservira dans un roman). Non, elle m’invitait à écrire cet article que vous êtes en train de lire, que je repousse depuis pas mal de temps, mais que je m’étais engagée avec moi-même à écrire ce matin, sans savoir par quel bout le prendre. Sympa, le Tarot m’offre une entrée en matière : c’est ça, aussi, la Grande Magie.

Mais revenons à notre cœur blessé, et à l’Evénement qui m’a, il y a trente ans, totalement figée et gelée. J’ai déjà parlé du harcèlement que j’ai subi, et cela prend place dans ce contexte où les autres s’attachaient à me faire sentir à longueur de journées que je ne valais rien. Cet événement, en fait, j’ai toujours su qu’il avait eu lieu, mais d’abord je le sais intellectuellement (d’où la carte d’épée, et non de coupes : je n’ai strictement aucun accès aux émotions. C’est figé, gelé) et ensuite je n’avais pas mesuré l’ampleur des répercussions. C’est souvent ça d’ailleurs avec certains traumatismes que le travail de l’ombre vise à débusquer : ce sont parfois des événements qui peuvent sembler « anodins ». Même si là, il y a du niveau question méchanceté.

Voilà : un jour, quand j’étais au collège, des filles de ma classe m’ont fait croire qu’un garçon qui me plaisait s’intéressait à moi et voulait qu’on sorte ensemble. Ce qui impliquait de se retrouver le soir après les cours sur le parking des bus, et s’embrasser. C’est à peu près tout. J’ai donc passé la journée sur un nuage rose. Mais voilà : j’ai attendu en vain. Le garçon en question n’était même pas au courant de cette histoire (ça je l’ai su quelques années après et ça n’a pas d’importance). C’était juste un coup monté par quelques filles pour se moquer, pour m’humilier : comment est-ce que je pouvais croire qu’un garçon pouvait bien s’intéresser à moi ? Il ne faut pas rêver ma pauvre fille, tu es trop moche, trop nulle.

Aujourd’hui encore, je me demande comment on peut ne serait-ce que penser à faire une chose pareille. Et je n’ai pas la réponse, même si à force de travailler sur ce gros problème de harcèlement, j’ai compris que c’était de la jalousie et de la peur. Mais tout de même, ça me dépasse.

Et quand je réexamine toutes mes relations amoureuses depuis lors, je vois bien ce que ça a suscité en moi : la peur d’aimer. Parce qu’aimer, c’est donner à l’autre les armes pour nous anéantir. Comme Merlin avec Viviane, finalement. Aimer quelqu’un, c’est se montrer dans sa vulnérabilité. Donc, la solution : ne pas s’attacher, ne pas s’investir pleinement. Et surtout, ne jamais rien montrer : ne jamais dire « je t’aime » parce que si ça foire (et il y a cette voix, toujours, qui me chuchote à l’oreille que ça va foirer, comment est-ce que je peux croire qu’un homme peut s’intéresser à moi ? Il ne faut pas rêver ma pauvre fille, tu es trop moche, trop nulle) au moins je pourrai dire « je m’en fous, pour moi ce n’était qu’une aventure, je n’aimais pas ». Ce qui est très dommage, c’est que parfois, l’autre s’en va justement parce qu’on n’a pas su, pas pu lui dire qu’on l’aimais, qu’on s’est débattu avec soi, qu’on a donné tout ce qu’on pouvait mais que l’essentiel ne voulait pas sortir.

Ceux qui ont lu L’Aimante et Salomé ont peut-être souri, parce qu’évidemment, tout est là. Mais je crois que, au-delà des textes qui restent de la fiction, il était nécessaire que j’écrive ici, justement parce que ce n’est pas de la fiction, parce qu’ici, je peux me montrer authentique et vulnérable. Et peut-être que maintenant, mon cœur va pouvoir se dégeler, et avec lui les émotions et les mots que je voudrais pouvoir dire sans crainte qu’on me plante un couteau dans le cœur en retour. Ce qui s’appelle faire confiance.

Instantané : cosy

Même si ces derniers jours le temps est redevenu printanier, je sens bien que pourtant on est pleinement entré dans les saisons intérieures, saisons de l’introspection et de l’abandon des choses du passé qui ne servent plus, tout comme les arbres commencent à perdre doucement leurs feuilles afin de laisser la place à celles qui viendront au printemps. A vrai dire, je me sens presque déjà dans les énergies du Scorpion, à base de shadow work : un traumatisme d’adolescence qui est revenu toquer à la porte, qui explique beaucoup de mes schémas et dont j’aimerais parvenir à me débarrasser tant il m’empoisonne l’existence et dont je vous reparlerai bientôt. Heureusement c’est aussi la saison des jolies couleurs, du cocooning et du chocolat chaud qui apporte du réconfort après tout ce travail de l’ombre ! Ce n’est sans doute pas pour rien !

L’effet miroir et les personnages de roman

En psychologie des profondeurs et en travail de l’ombre, l’effet miroir correspond à ce que nous ne voyons pas chez nous, ne voulons pas voir, mais que nous voyons très bien chez les autres. On a souvent tendance d’ailleurs à le réduire à l’aspect négatif, car le terme d’ombre est trompeur : ce qui est dans l’ombre est ce qui est caché, mais pas nécessairement parce que c’est mal, laid, cela peut aussi être beau.

Toute réaction face à une autre personne est donc intéressante : ce que nous aimons chez ceux que nous aimons, c’est quelque chose que nous avons en nous mais que nous n’autorisons pas à être : la générosité, le courage, la bienveillance. Ce que nous détestons chez les autres, un comportement qui nous met en colère, qui nous fait peur, c’est une part de nous que d’une certaine manière nous refusons de voir.

Et cela fonctionne aussi pour les personnages de roman. Pour leur auteur, évidemment, mais aussi pour le lecteur. Les personnages sont des êtres de papier, souvent dotés d’une complexité qui permet cet effet miroir. Je dirais même que c’est encore plus efficace, parce que les réactions épidermiques que suscitent les personnages ont une part d’irrationnel qui permet de mettre plus facilement le doigt sur ce qui demande à être vu.

Est-ce que certains personnages vous ont déjà mis en colère, une vraie colère, sans que vous parveniez clairement à expliquer pourquoi ? A fortiori lorsque ce personnage n’a rien fait de mal ? C’est ce qui s’est longtemps passé pour moi avec la Princesse de Clèves, j’en ai déjà parlé : son renoncement final me faisait bouillir de rage. Alors il le fait toujours, mais après un gros travail, je sais pourquoi.

A contrario, y a-t-il des personnages de méchants que vous ne pouvez pas vous empêcher d’admirer ?

Y a-t-il des personnages que vous aimez profondément, au-delà de toute raison ?

Et je crois que c’est une des grandes forces de la littérature : il y a l’identification, qui permet de grandir et d’évoluer, et il y a l’effet miroir, qui permet aussi de grandir et d’évoluer mais d’une autre manière !

Shadow work, peurs, colères et ours bruns

Il y a quelque temps, prise d’une impulsion subite, je me suis dit que le moment était venu pour moi de retravailler avec Clarissa Pinkola-Estes, car Femmes qui courent avec les loups avait encore, de manière certaine, des choses à m’apprendre. Des choses que j’avais survolées, et qu’il fallait que je creuse. Des choses auxquelles je n’avais pas du tout fait attention, parce que le moment n’était pas encore venu. Le relire, mais autrement : cette fois, je ne lis pas les chapitres de manière linéaire, et je ne les relis pas tous. Je pioche au fur et à mesure de mes impulsions. J’ai bien sûr commencé par le conte du vilain petit canard. Puis celui sur l’amour, et la femme squelette. J’ai laissé décanter quelques semaines.

Et puis, j’ai voulu, encore une fois, travailler sur ces deux émotions qui me fatiguent à un point indicible : la colère, et la peur. C’est comme ça que je me suis retrouvée face à Lilith. Travailler sur la lune noire, c’est ce que Jung appelle le Shadow Work, le travail de l’ombre : reconnaître cette part de nous-mêmes que nous nous refusons, a priori, de voir en nous et que, par effet miroir, nous rejetons chez les autres. Travailler son ombre, c’est donc, lorsqu’une émotion vient nous titiller, creuser pour savoir d’où elle vient.

La peur et la colère, donc. Avec le temps, bien sûr, je les ai identifiées : ma peur alpha, ma peur d’être mise en cage, d’être captive. Qui, forcément, en ce moment, est totalement démultipliée. Et son corollaire, la colère, lorsque je me sens piégée. C’est-à-dire, tous les jours. Le pire, c’est que j’ai l’impression que tout le monde conspire (et en particulier une personne, que j’aime absolument de toute mon âme, et je sais que c’est son rôle dans ma vie, mais tout de même, il me challenge) à réactiver cette peur/colère, et pas seulement le gouvernement et les médecins. Toute phrase qui commence par « tu devrais… », « je ne comprends pas pourquoi tu… », « à ta place je… » est susceptible de me donner envie de fuir et/ou me mettre en colère. Heureusement, avec le temps, je ne me laisse plus submerger ni par l’une, ni par l’autre : j’ai appris à les voir, à les reconnaître, les écouter, mais ne pas leur donner les commandes (en tout cas pas toujours). Je ne fais plus de crise d’angoisse ou de colère lorsque je me sens prise au piège (cela dit, j’évite de prendre les transports en commun avec le masque : deux trucs qui m’oppressent en même temps, ça ne serait pas gérable). Il n’empêche, elles sont toujours là et le seront toujours, j’imagine : ma valeur primordiale, c’est la liberté, et ça le sera toujours. Libre de faire les choix que j’estime justes pour moi. Je pense donc que je ne supporterai jamais que l’on me dise ce que je dois faire alors que je n’ai pas sollicité de conseil, ou qu’on se mêle de ma vie.

Clarissa Pinkola-Estes consacre deux chapitres à ce problème qui m’occupe : le premier, « les souliers rouges », est une histoire de captivité, et de prendre sa liberté : Quand la collectivité est hostile à la vie naturelle d’une femme, celle-ci doit, au lieu d’accepter les étiquettes qu’on lui colle, s’accrocher, comme un vilain petit canard, et chercher sa véritable appartenance. Et puis, sur la colère, parfois salutaire mais à laquelle il faut aussi savoir mettre des limites, elle raconte une histoire d’ours que l’on apprivoise. Ce qui est amusant c’est que, depuis des mois, l’Univers m’envoie des ours. Chaque jour je tombe sur un voire plusieurs ours, dans toutes les situations possibles et imaginables voire totalement incongrues. Cette synchronicité, elle est liée à une personne très précise de ma vie et c’est moi (nous ?) qui l’ai en quelque sorte créée, comme c’est souvent le cas avec les synchronicités. Mais elle a aussi un sens plus profond.

L’ours est un animal richement symbolique. Il représente la force brute et guerrière, à apprivoiser. C’est un animal libre, qui comme moi n’aime pas trop qu’on vienne empiéter sur son territoire, et gare alors à sa colère. Mais il représente surtout… le travail de l’ombre, celui qui se fait lors des saisons intérieures où il hiberne, meurt symboliquement et se transforme, avant de renaître au printemps. D’ailleurs, son mode de reproduction est intéressant : les ours batifolent au printemps, mais le processus de la gestation est bloqué immédiatement pour ne reprendre que plusieurs mois plus tard, vers novembre, après l’entrée en hibernation. Et les petits oursons naissent au mois de janvier février. C’est ce qu’on appelle une gestation à nidation différée.

Bref, donc, on en revient toujours à l’ours, et à ce travail de l’ombre qui, rassurez-vous, n’est en fait jamais terminé. Et comme l’Univers est un petit rigolo, aujourd’hui que j’écris cet article, je suis tombée sur deux citations de Paulo Coelho dans un magazine, qui font comme des clins d’oeil : C’était cela la liberté : sentir ce que son coeur désirait, indépendamment de l’opinion des autres et la liberté n’est pas l’absence d’engagement mais la capacité de choisir.

Je vous laisse méditer là-dessus…