C’est l’histoire d’un zèbre, de William Réjault : le pouvoir des rayures

Ce livre que vous tenez entre les mains, je le dédicace à tous les surdoués planqués et mourant d’ennui dans un bureau pas très éclairé au fond d’une cour, à tous ceux qui ont renoncé et ruminent dans l’amertume et la douleur, à ceux qui ont peur de faire le test de QI, à ceux qui sont fraîchement diagnostiqués depuis hier matin, aux parents dépassés et effrayés qui auraient aimé n’avoir jamais à lire un bouquin de cette collection, aux employeurs agacés devant ces salariés à haut potentiel qui délivrent si mal, aux coachs devant épauler un HPI, et à mon moi d’il y a trente ans qui aurait tant eu besoin d’un guide pratique pour comprendre et dépasser sa différence.

Depuis l’an dernier, je n’ai pas beaucoup avancé sur le sujet :  j’ai lu quelques articles, mais je ne suis guère allée plus loin car je suis prise dans un réseau de contradictions entre la partie de moi qui se dit que je me fais des films et qui a peur que son mal-être et son incapacité à vivre « normalement » ne viennent pas de là, celle qui se dit que de toute façon ça ne changera rien et qu’il est trop tard parce que même si c’est ça le réel refuse obstinément de me donner des opportunités à saisir, et celle qui est terrifiée d’admettre ce qui est somme toute une malédiction. Et puis, n’est-ce pas une étiquette comme une autre, finalement ? C’est compliqué ma vie. J’ai l’impression que ma middle-life crisis est partie pour durer tout le reste de mon existence. Mais quand j’ai vu passer ce petit livre, je me suis dit que ça m’aiderait peut-être un peu à y voir plus clair, et je l’ai dévoré en une après-midi.

Avec ce récit-témoignage, William Réjault écrit le livre qu’il aurait aimé lire à 20 ans. Il s’agit d’un parcours personnel, et non d’un essai, dans lequel l’auteur raconte ses expériences, notamment professionnelles, et son mode de fonctionnement, qu’il a appris à très bien connaître.

Le point de départ, c’est bien sûr ce sentiment de ne pas trouver sa place dans le système, d’être un « extra-terrestre ». Chaque expérience de vie est bien sûr unique, chaque être est unique, et si j’ai évidemment passé mon temps à m’exclamer intérieurement « ah oui je fais exactement comme ça » à d’autres moments, c’était plus « ah non, tiens, je ne fais pas ça ». Qu’importe : l’idée est avant tout d’accepter d’être out of the box car c’est ce qui est le plus précieux, ce que nous avons (oui, je dis « nous », des fois je dis « ils ») à apporter au monde, et l’enjeu est d’apprendre à exploiter pleinement ce potentiel, de se faire confiance, car le monde a justement besoin de gens qui proposent des solutions originales, qui voient le monde autrement.

William Réjault a découvert sa « zébritude » (c’est le terme qu’il choisit) à 42 ans et j’ai bien aimé ce qu’il dit sur les tests (apparemment il y a débat sur la question chez les zèbres). Pour lui, ils ne sont pas indispensables : il y a des signes, des évidences qui ne trompent pas, et quand on sait, on sait (à partir du moment où on est prêt à le voir), les tests ne font que confirmer mais sont superflus.

Bien sûr, beaucoup de choses m’ont parlé et m’ont donné des clés pour comprendre certaines de mes manières de faire (et d’échouer, de m’autocensurer, de m’autosaboter), sans doute aussi parce que William Réjault est blogueur et écrivain, que cela fait partie de son parcours. La question du burn-out auquel les zèbres seraient particulièrement sujets (ah! ah ! Je suis en plein dedans) et le blog comme respiration nécessaire, tout comme l’écriture qui met des mots sur les maux, l’hypersensibilité (il parle surtout de l’hypersensibilité sensorielle, de son côté), le besoin de faire mille choses pour ne pas crever d’ennui au risque de s’éparpiller, le manque de confiance en soi et le besoin de reconnaissance, la question de la spiritualité, de l’intuition et peut-être d’une certaine forme de médiumnité (mais il passe vite car il n’est pas très à l’aise avec le sujet, tout comme il aborde peu la question épineuse des relations amoureuses)…

Le livre est aussi très drôle, et plein d’autodérision (sa manière de voyager est somme toute très originale, par exemple), et c’est un ouvrage qui m’a fait du bien même si je suis toujours perdue dans mes contradictions, sachant très clairement que je ne suis pas à ma place, que je vis en sous-régime et que c’est pour ça que le moteur est en train de tomber en panne et que je gaspille une quantité d’essence phénoménale pour… rien, mais que dès que j’essaie de changer un truc ça échoue ! Au final, je n’y vois pas vraiment plus clair puisque je sais ce qui ne va pas, je sais comment ça pourrait aller (oh oui, je le vois le phare, très clairement) mais que je ne sais toujours pas vraiment quoi faire concrètement pour que ça aille. Je sais où est ma planète, j’ai les coordonnées GPS, mais mon vaisseau spatial refuse de décoller. Et il n’y a pas pire malédiction que d’avoir un potentiel et de ne pas parvenir à le réaliser parce que le monde n’en veut pas.

En tout cas, un récit à conseiller à tous ceux qui se posent des questions, ou ont envie de comprendre !

C’est l’histoire d’un zèbre
William RÉJAULT
Leduc.s, 2020

Ma vie en partage, de Martin Gray – Entretien avec Mélanie Loisel

Ma vie en partage Martin GrayJ’écris parce que le monde est incroyablement beau et étonnant. J’écris parce qu’il est si agréable de traduire en mots cette beauté et cette richesse de la vie.

Comme beaucoup, j’ai été bouleversée à la lecture d’Au Nom de tous les miens, texte dans lequel il racontait, avec l’aide de Max Gallo, l’enfer des camps et la perde de toute sa famille dans un incendie, après la guerre. J’étais donc assez curieuse de lire cet entretien, qui se veut un témoignage d’un survivant pour la jeunesse d’aujourd’hui.

Au début, j’ai été enthousiaste et émue, et ce dès l’avant-propos où Martin Gray nous livre une magnifique anaphore de « j’écris ». J’ai été touché par son récit du ghetto de Varsovie, du camp de Treblinka (et sa mise au point concernant les polémiques), de sa reconstruction et de la perte de la famille qu’il avait fondée. J’ai été touchée par son message humaniste de paix et d’amour.

Malheureusement, l’enthousiasme a rapidement fait place à l’ennui, et à l’agacement. L’ennui parce que la forme de l’entretien fait que le propos s’enlise très rapidement, tourne en rond, se répète, et c’est d’autant plus fâcheux que questions comme réponses sont extrêmement artificielles et manquent de spontanéité, d’autant que Martin Gray a la manie de l’anaphore, et que si c’est une figure intéressante à petite dose, au bout d’un moment, c’est insupportable. Mais ce n’est pas le plus grave : si au départ Martin Gray m’a touchée, donc, au fur et à mesure de l’avancée du texte je l’ai trouvé de plus en plus pontifiant et donneur de leçons, animé par l’esprit de sérieux, insistant à chaque page sur sa mission de témoin, et surtout, donnant son avis sur des sujets dont je n’ai toujours pas compris ce qu’ils faisaient là : je n’ai pas lu ce livre pour que Martin Gray m’explique ce que je dois manger, que c’est très mal de se lever tard et de se coucher tard parce qu’on ne vit pas au rythme du soleil (à ce moment le livre serait passé par la fenêtre si elle avait été ouverte), et blablabla sur la nature, les petits oiseaux et je ne sais quoi encore. Alors certes, le but est que Martin Gray nous livre son regard sur le monde contemporain, dont on est d’accord pour dire qu’il ne va pas super bien, et certaines de ses remarques ne sont pas dénuées de bon sens. Mais je ne crois pas que le fait de se lever tard soit pour grand chose dans l’écroulement du monde, et de manière générale j’ai trouvé Martin Gray assez réactionnaire.

J’aurais donc apprécié que Martin Gray reste dans son rôle de passeur de mémoire, et ne s’improvise pas coach en développement personnel dont je n’ai pas besoin, merci.

Donc je ne peux malheureusement pas conseiller ce livre, sauf si vous aimez qu’on se mêle de la manière dont vous menez votre vie, ce qui n’est pas mon cas. C’est dommage, parce qu’acheter ce livre est une bonne action (les droits d’auteurs de Martin Gray sont reversés à la fondation de France), mais bon. Si l’aspect témoignage vous intéresse, lisez plutôt si vous ne l’avez pas fait Au nom de tous les miens.

Ma vie en partage
Martin GRAY – Entretien avec Mélanie LOISEL
L’Aube, 2014

Mon sourire pour guérir, de Sandra Dal Maso (avec la collaboration de Sophie Adriansen)

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Nous sommes le vendredi 8 juin 2007. Il est onze heures et des poussières, cela ne fait que cinq minutes que je suis assise face au docteur B., médecin du service d’hémato-oncologie de l’hôpital d’Orléans La Source. Il y a vingt-quatre heures, j’ai fait cette banale prise de sang suite à mon accident de camion et mes douleurs persistantes au cou.

Ce jour-là, la vie de Sandra bascule : elle apprend qu’elle est atteinte de leucémie. Suivent de longs mois pour s’en sortir, du séjour en chambre stérile pour la chimio à la greffe de moelle osseuse grâce à un donneur anonyme, qui la sauvera. Durant ces longs mois, la force de Sandra, c’est sa joie de vivre inaltérable…

J’ai un peu hésité avant d’accepter ce livre, et de fait cette lecture a été passablement éprouvante, car c’est le genre de sujets absolument anxiogènes pour moi et j’ai du faire un effort surhumain pour aller au bout. Mais je ne le regrette pas et j’encourage tout le monde à le faire, car ce petit bout de femme force l’admiration : le livre est totalement dépourvu de pathos, et ce qui saute aux yeux, c’est la « positive attitude » de Sandra qui ne se plaint jamais et garde toujours le moral envers et contre tout. Du coup le livre est anxiogène pour les grands angoissés comme moi, mais en réalité il est un hymne à la joie de vivre. Mais comme vous voyez, j’ai beaucoup de mal à en parler car ce témoignage m’a beaucoup émue et touchée.

Si elle témoigne aujourd’hui, c’est avant tout pour faire connaître le don de moelle osseuse, et c’est vrai qu’on entend tellement tout et n’importe quoi à ce sujet qu’il est nécessaire de rétablir quelques vérités.

Une partie des droits d’auteurs est reversée à l’association de Sandra, La Chauve qui sourit.

Mon sourire pour guérir
Sandra DAL-MASO
Max Milo, 2013

Sophie et Sandra à la dédicace Orléanaise du 18 octobre
Sophie et Sandra à la dédicace Orléanaise du 18 octobre

Je vous encourage à aller lire l’article de Sophie,

logorl201314/18
By Hérisson