Ici commence le roman, de Jean Berthier : la tendresse

Ils écrivent, je lis. Je peux à peine les suivre. Le scénariste professionnel parisien, le fada de l’hôpital psychiatrique, le professeur de Montceau-les-Mines, la fermière de l’Aveyron, le poète de Saint-Ouen, ils s’y sont tous mis, ils grattent, ils papotent, ils tapotent sur leur ordinateur. Je suis, du verbe suivre. Je cours à toutes jambes parce qu’ils écrivent à toute allure, dans tous les sens, dans tous les genres, des scénarios, des romans, et aussi des textes informes et inclassables. Ils peuvent compter sur moi. Ils doivent savoir que j’existe pour écrire autant. Je suis la vigie de leurs lubies et ils tiennent à ma vie plus que j’y tiens moi-même. Si je me supprime, je les renvoie au néant.

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Jean Berthier, 1144 livres, d’autant qu’il contenait une petite synchronicité (une des nombreuses qui m’assaillent chaque jour, mais celle-là était tout de même assez déconcertante, même pour moi que ce genre de choses ne déconcerte plus guère, bref). C’est donc en toute logique que j’ai eu envie de découvrir son deuxième roman.

Le narrateur est lecteur pour la chaîne de télévision France Fiction : il lit des scénarios, des romans, des écrits sans forme. Veuf depuis deux ans, il s’occupe seul de sa petite fille de 10 ans, Elisa. Il n’est pas heureux, et sa vie aurait bien besoin de prendre un nouveau tour..

J’ai beaucoup aimé ce roman délicat, tendre et fantaisiste, avec une pointe de satire concernant le milieu de la télévision. C’est une histoire d’histoires, celles qui méritent d’être racontées, avec un narrateur attachant qu’on voudrait consoler, un personnage abîmé qui ne tient qu’au fil d’une petite fille, mais qui se reconstruit peu à peu.

Un roman touchant, qui fait du bien en ce moment !

Ici commence le roman
Jean BERTHIER
Robert Laffont, 2021

Bloc Notes de rentrée

Et oui. Malheureusement, c’est déjà la rentrée, la vraie, pas la rentrée littéraire, qui signe la fin de l’insouciance, de la liberté, du temps à soi. Snif. Mais essayons de faire contre mauvaise fortune bon coeur, avec quelques infos capitales.

Le forum Fnac Livres

Forum fnac livresPour sa deuxième édition, le Forum Fnac Livres se décale un peu dans le temps et dans l’espace et aura lieu du 15 au 17 septembre à la Halle des Blancs Manteaux. Mais le principe reste le même : des auteurs en dédicaces, des rencontres, des surprises, et il s’ouvrira le 15 par la remise du premier prix littéraire de la saison, le Grand Prix du Roman Fnac. Comme l’an dernier, j’aurai le plaisir, avec 2-3 autres, d’interviewer le lauréat, et je passerai tout le week-end sur place. N’hésitez pas à passer !! Tout le programme ici

Une saison de Nobel


Sous le parrainage de Pierre-Gilles de Gennes, Prix Nobel de Physique 1991, Une Saison de Nobel rend hommage à un Auteur, Prix Nobel de Littérature, et à son oeuvre. En effet, les Prix Nobel, et en particulier le Prix Nobel de Littérature, couronnent des oeuvres ou des découvertes majeures de l’histoire de l’humanité. Une façon d’honorer des écrivains talentueux, dont le nom traverse le temps, et qu’il est bon parfois de redécouvrir… Une Saison de Nobel crée donc sur scène la rencontre entre un auteur, une oeuvre et un public. A noter, en ce début d’année, au théâtre de l’Oeuvre : 24 septembre : Gao Xingjian (Prix France 2000), 29 octobreJean-Marie Le Clézio (Prix France 2008), 26 novembre : Elfriede Jelinek (Prix Autriche 2004), 17 décembre : Dario Fo (Prix Italie 1997) !

Le Monde festival

Le Monde festival

Après le succès de l’édition 2016 du Monde Festival, qui a rassemblé près de 20 000 spectateurs, Le Monde lance la quatrième édition, autour de la thématique du rêve, les 22, 23, 24 et 25 septembre 2017. Cette année encore, débats, spectacles, rencontres et ateliers seront proposés pour échanger autour du « rêve » dans des lieux d’exception : à l’Opéra Bastille, au Palais Garnier et au Théâtre des Bouffes du Nord. Le rêve, aussi poétique que dynamique, porté sur l’action et l’avenir, permet à tous de rêver le monde, de l’imaginer, de le changer, de le rendre plus vivable collectivement, plus équitable, plus juste, plus audacieux. Des échanges enrichissants, auxquels contribueront de nombreux invités prestigieux venus du monde entier, qui vous feront partager leurs rêves du monde de demain. Parmi la centaine d’invités qui participeront au Monde Festival, seront notamment présents : Laurent Alexandre, Isabelle Autissier, Alain Badiou, Antoine de Baecque, Laurent Berger, Juliette Binoche, Philippe Chalmin, Judith Chemla, Patrick Cohen, Régis Debray, Aurélie Dupont, Ruth Elkrief, Christiane Lambert, David Le Breton, Lawrence Lessig, Sarah Marquis, Kevin Mayer, Dominique Méda, Catherine Millet, Pierre Musso, Françoise Nyssen, Serge Papin, David Pujadas, Christian de Portzamparc, Jean-Marie Robine, Ken Robinson, Perrine Ruby, Marjane Satrapi, Jean-Dominique Sénard, Leïla Slimani, Kate Tempest, Jean-François Toussaint, Katharine Viner… Tout le programme ici !

L’Exposition d’un rêve

Exposition d'un rêve
F. M. Einheit dans l’amphithéâtre en plein air de la Fondation Gulbenkian, Lisbonne © Marcia Lessa

Toujours sur le thème du rêve, La Fondation Calouste Gulbenkian à Paris propose pour son exposition de rentrée une expérience sonore, sous le commissariat de Mathieu Copeland, qui s’inspire des rêves de cinéastes et de dramaturges, de poètes et d’écrivains (entre autres Genesis Breyer, P-Orridge, Gabriel Abrantes, Tim Etchells, Pierre Paulin et Apichatpong Weerasethakul). Ces rêves ont ensuite été mis en musique par le musicien allemand F. M. Einheit et enregistrés à la Fondation et dans son jardin à Lisbonne, grâce à la contribution de nombreux musiciens et du Chœur Gulbenkian tout au long de l’année 2017. De quoi rappeler le « rêvatoire » de la Casa Pessoa : les Portugais ont décidément des idées bien poétiques ! A entendre à partir du 7 ocobre !

Les femmes de dictateurs, saison 2

Femmes de dictateurs

Après le succès de la première saison, découvrez trois nouvelles grandes familles d’épouses d’autocrates ou de despotes sanguinaires :  Les Impétueuses, Les Maudites, Les Matriarches. A découvrir dès le jeudi 21 septembre à 20h55 sur Planète+.

La cuisine en spectacle, d’Olivier Roger

La cuisine en spectacleOn ne fera probablement pas le choix de s’asseoir dans sa cuisine pour regarder son épouse préparer de la purée de pommes de terre, mais beaucoup d’entre nous estiment que regarder quelqu’un en faire autant à la télévision est un moyen tout à fait plaisant de passer le temps — Kathleen Collins

Les émissions culinaires ne m’intéressent pas, ni les concours ni les émissions de recette — je ne vois pas bien l’intérêt de regarder quelqu’un préparer un plat qu’on ne refera de toute façon pas, et qu’on ne goûtera pas. Peut-être aussi que j’ai été légèrement traumatisée par certaines images de La Cuisine des Mousquetaires, notamment celles mettant en scène Maïté aux prises avec une anguille ou un ragondin. Pourtant, ce sont des émissions qui intéressent les spectateurs, et cela m’intéressait de voir un peu leur fonctionnement, au cas où je trouverais une réponse à ce qui ne laisse de m’étonner : mais pourquoi les gens regardent ça ?

Cet ouvrage est le mémoire de master d’Olivier Roger et a obtenu le prix de l’Inathèque 2014. Le chercheur y étudie les émissions de recettes à la télévision, de leur apparition en 1953 à 2012.

Et c’est passionnant, même si à la base on ne s’intéresse pas du tout à ce type d’émissions, parce que les évolutions de ces programmes sur 60 ans montrent aussi les évolutions de la cuisine elle-même, les évolutions de la télévision et aussi celles de la vie quotidienne, avec la cuisine qui devient une mise en scène de soi et un aspect du lifestyle : c’est donc bien d’histoire culturelle dont il s’agit ici. Analysant précisément un grand nombre d’émissions et étudiant les décors, les ustensiles, les techniques, la dramaturgie propre à susciter l’intérêt, la pédagogie également, l’ouvrage montre comment on passe, peu à peu, d’une « cuisine des chefs », faite pour impressionner et totalement mise en spectacle, mais à mille lieues de la cuisine domestique, à quelque chose de plus convivial, même si certaines émissions sont toujours tenues par de grands chefs médiatiques comme Joël Robuchon ou Cyril Lignac : ils sont peu à peu concurrencés par des amateurs éclairés comme Julie Andrieu. Cependant, l’ouvrage se termine sur le fait que le genre s’éteint peu à peu (peut-être, NDLR, à cause de la concurrence de certains blogs, et notamment celui de Mimi Thorisson ?)

Bref, j’ai appris beaucoup de choses grâce à cet ouvrage que j’ai résumé ici à grands traits mais qui est un peu plus subtil et nuancé, et je le recommande à tous ceux qui s’intéressent à la cuisine, aux émissions culinaires ou tout simplement à l’histoire de la télévision !

La Cuisine en spectacle – Les émissions de recettes à la télévision (1953-2012)
Olivier ROGER
INA, 2016

Bloc Notes

The Blond cactus

blond-cactusJ’adore mettre du vert dans mon intérieur, mais j’ai quand même un problème d’entretien : les plantes, soit je les arrose trop, soit je ne les arrose pas assez. En flânant, je suis tombée sur ce joli site, The Blond Cactus, qui propose, comme son nom l’indique, d’adopter un cactus, plante qui ne demande que très peu de soin et convient donc parfaitement au mode de vie urbain qu’est le mien. Ils sont de plus présentés dans des pots on ne peut plus originaux, des pièces anciennes chinées au gré des brocantes et détournés pour en faire des objets uniques : tasses en porcelaine, cendriers en étain ou bols en argent qui ayant appartenu à une autre époque, s’écrivent aujourd’hui une nouvelle vie en se mêlant au végétal. Je n’ai pas encore choisi le mien, mais vraiment, ça me fait très envie !

Concours de nouvelles « Nous Deux »

nous-deuxNous Deux, c’est un magazine que j’ai toujours connu car mes parents l’achètent chaque semaine depuis leur mariage (en 1975). Pendant longtemps, dans le grenier, il y avait même, classés par ordre chronologique dans des cartons, tous les numéros depuis cette date (après, on se demande d’où vient ma manie des vieux papiers, hein). Bref. Comme tous les ans, le Groupe de presse Mondadori organise le prix de la nouvelle du magazine Nous Deux. Deux catégories : la nouvelle romantique, la nouvelle érotique, chacune dotée d’une somme de 1000€. Si vous voulez participer, tout est expliqué ici !

Kitchen Ghosts

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© Kitchen Ghosts

J’adore les cinemagraphs. A un moment, j’avais même essayé d’en faire, mais c’est peu de dire que je n’étais vraiment pas douée. Par contre, d’autres le sont vraiment, et lorsque je suis tombée par hasard sur le site Kitchen Ghosts, spécialisé dans les cinemagraphs nourriture et lifestyle, je n’ai pas boudé mon plaisir et j’y ai passé des heures, complètement subjuguée. J’aime particulièrement la série « Halloween potions and spells » (ce qui est plutôt normal pour une sorcière), qui s’inspire de Harry Potter !

Ina Premium

Ina PremiumTout le monde connaît Netflix. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que l’Ina propose un service similaire avec les vieux trucs bien vintage comme j’aime : pour 2,99€ par mois, vous avez accès en streaming illimité à plein de séries et de fictions (Thierry la Fronde, Les cinq dernières minutes, Belphégor…) dont de nombreuses adaptations littéraires, de documentaires (Apostrophes, Droit de réponse, Radioscopie, Alain Decaux raconte…). Bref, une véritable caverne d’Ali-baba pour nostalgiques !

Articly

ArticlyParfois, un seul article nous intéresse dans un magazine, mais tous les sites ne proposent pas l’achat à l’unité ; ou alors, un seul article coûte aussi cher de d’acheter le numéro dans son ensemble. Et puis bon, il faut s’inscrire à chaque fois sur de nouveaux sites, entrer ses coordonnées, c’est long… Articly vous simplifie la vie en vous donnant un accès exclusif à tous les articles de nombreux journaux et magazines papier sous format numérique (Marie Claire, Cosmopolitan, Le Magazine Littéraire…) et en vous permettant l’achat d’articles à l’unité. L’inscription donne un crédit de 2€ pour découvrir le service ! Malin !

The Girlfriend Experience, de Amy Seimetz, Lodge Kerrigan, Steven Soderbergh

The_Girlfriend_ExperienceIt’s difficult for a woman to be seen as a sexual person.

C’est l’été, c’est rattrapage de série, et je poursuis mes investigations avec celle-ci, que j’ai découverte totalement par hasard : elle n’est pas totalement inédite en France, ceux qui ont OCS Max ont donc pu la voir en même temps que les Américain et les Canadiens. Je ne suis pas chez Orange, je n’ai donc pas cette chaîne, donc poursuivons.

La série est l’adaptation du film du même nom de Steven Soderbergh. Riley Keough (la fille de Lisa Marie Presley, pour la petite histoire) y incarne Christine Reade, une étudiante en droit qui vient d’intégrer en tant que stagiaire un grand cabinet d’avocat de Chicago spécialisé dans les brevets. Poussée par une amie, elle intègre également une agence d’escort…

Très déstabilisante, la série fait le choix d’une absence totale de subjectivité ; tout tourne autour de Christine, personnage énigmatique s’il en est : jamais on ne s’interroge sur les raisons de son choix, et on est donc réduit aux conjectures. Si les raisons financières sont les premières à venir à l’esprit, force est de constater que si Christine déménage dans un très bel appartement, elle ne fait pas non plus de folies avec les sommes considérables qu’elle gagne ; au contraire, elle semble prendre goût à ce qu’elle fait, un peu peut-être par perversité à l’instar d’une Belle de jour, beaucoup sans doute par goût du pouvoir : il est notable que, dans la grande majorité des scènes de sexe, avec ses clients ou avec les autres hommes, c’est elle qui est dessus, elle qui dispense le plaisir — et n’hésite pas à faire passer le sien avant. Du reste, les relations de Christine avec les hommes qui la paient (ou non : on a l’impression que cela ne change pas grand chose pour elle, au fond) sont assez troubles : très vite, elle se débarrasse de l’agence et exerce en freelance dans un univers luxueux et raffiné, pas du tout glauque, et ses clients sont de riches hommes d’affaire, dont la plupart sont plutôt pas mal de leur personne et recherchent, plus que seulement du sexe, l’illusion d’une intimité amoureuse.

L’ensemble est esthétisé à l’extrême, assez froid et peu sensuel malgré le nombre évidemment très élevé de scènes sexuelles. On ne sait donc trop quoi penser de l’enjeu : selon moi, il me semble qu’il ne s’agit pas d’une réflexion sur la prostitution, mais plutôt un questionnement sur le sexe, le pouvoir et la liberté. Christine s’affirme au fil des épisodes, l’intrigue « escort » se doublant d’une intrigue juridique (à laquelle je n’ai, pour être honnête, pas compris grand chose) et parvient, malgré le contexte, à prendre un certain pouvoir sur sa vie.

Je ne doute pas que cette série risque de ne pas plaire à tout le monde, mais je l’ai trouvée pour ma part extrêmement intéressante.

The Girlfriend experience
Amy SEIMETZ, Lodge KERRIGAN, Steven SODERBERGH
En cours de production

The Royals, de Mark Schwahn

The RoyalsChoose love. Choose your own path.

J’avais cette série dans ma ligne de mire depuis sa création. Très malheureusement, si la saison 3 est en cours de tournage, les deux premières sont encore, pour le moment, totalement inédites sur les chaînes française ; mais fort heureusement, elle est disponible au moins sur l’Apple Store, peut-être ailleurs, enfin en tout cas, dès que j’ai vu ça, je le suis précipitée. Et je me suis avalé les deux premières saisons en quelques jours…

La série, basée sur le roman de Michelle Ray Falling for Hamlet, raconte les heurs et malheurs d’une famille royale britannique totalement fictive (enfin, même s’il y a quelques clés).

Lorsque la série commence, le prince Robert, l’héritier du trône, meurt dans des circonstances mystérieuse, et cet événement tragique va bouleverser la vie de tout le monde : les jumeaux Eleanor et Liam, ce dernier devenant de fait l’héritier ; le roi Simon, qui se demande si tout cela vaut la peine et envisage d’abolir la monarchie ; la reine Helena, dont l’idée fixe est de contrôler à tout prix l’image de la famille royale ; et le duc d’York, Cyrus, prêt à tout pour monter sur le trône.

La série est déconseillée aux moins de 16 ans aux Etats-Unis ; c’est un peu exagéré mais c’est, de fait, très trash : beaucoup de sexe, beaucoup d’alcool, beaucoup de drogue. Mais ce n’est pas gratuit, et les enjeux sont beaucoup plus profonds : tragédie du pouvoir, House of cards version monarchie, la série invite à réfléchir aux choix que nous devons faire, et ici les personnages sont, sans cesse, tiraillés entre la soif de richesse et de pouvoir et l’amour vrai. Surtout, l’ensemble est très shakespearien : on s’en doutait, vu le titre du roman dont la série est adaptée, mais l’intertextualité est vraiment très riche et à tous les niveaux. Les scènes alternent sans cesse entre la veine bouffonne (notamment avec les deux filles de Cyrus, Penelope et Maribel, mais pas seulement, tous les personnages sont tour à tour sublimes et bouffons) et la veine tragique (et certaines scènes m’ont, réellement, fait verser des larmes). D’ailleurs, de multiples références sont constamment faites à Shakespeare, et notamment à ses tragédies politiques.

Plus encore, chaque personnage est travaillé par les héros shakespearien, et chaque personnage est du coup d’une richesse assez déconcertante, aucun n’est noir ou blanc, aucun n’est monolithique : tous ont leurs forces, et leurs faiblesses, des personnages que l’on croyait bons se révèlent monstrueux, et on aperçoit parfois la lumière dans les âmes les plus noires. Le roi Simon est le roi Lear, plus père finalement que roi, d’une grande humanité qui est à la fois sa force et sa faiblesse. Les jumeaux, Liam et Eleanor, ont quelque chose d’Hamlet et en même temps ils sont extrêmement modernes, Liam assez sage et Eleanor totalement punk, révoltée, et en même temps touchante.

Mais selon moi, les deux personnages les plus intéressants sont Helena et Cyrus, les deux « méchants ». Helena, à première vue, c’est la bitch absolue, mélange de lady Macbeth et de Maléfique : mais on comprend vite que non seulement ce n’est pas aussi simple, mais en plus le personnage évolue beaucoup et gagne en nuances au fil des épisodes. Et quant on voit sa mère, on comprend que ça n’a pas dû être facile tous les jours.

Quant à Cyrus, c’est, je l’avoue, mon personnage chouchou parce que j’aime les méchants complexes : au départ, Cyrus, c’est le monstre, prêt à tout pour accéder au trône, mélange de Macbeth et de Iago, fourbe, profitant de sa position pour obtenir les faveurs sexuelles aussi bien des hommes que des femmes, alcoolique, drogué jusqu’aux yeux (cela dit, ces deux derniers points concernent tous les personnages de la série), bref, un sale bâtard ; mais, là encore le personnage s’éclaire au fil des épisodes et il y a des scènes, et notamment dans la saison 2, où il est extraordinairement émouvant et touchant, et on comprend que ce n’est pas juste un méchant… Cyrus, c’est celui qui a choisi la haine et le pouvoir parce qu’il n’a pas su gagner l’amour (de sa mère, notamment, personnage qu’on ne voit que 5 minutes et c’est dommage, de sa première femme non plus, sans doute de personne d’ailleurs jusqu’à la saison 2) et qui préfère du coup tout faire pour qu’on le haïsse. Oderint, dum metuant. Mais en fait, il est prêt à sauter sur toutes les occasions d’être aimé. C’est vraiment le personnage que j’ai hâte de voir évoluer dans la saison 3, et dont je pense qu’il peut trouver la rédemption.

Autour de ces personnages principaux gravitent toute une cohorte de personnages secondaires tous plus fascinants les uns que les autres, dont les motivations ne sont pas toujours claires, et qui apportent tous quelque chose d’important. Notons aussi la présence de fantômes qui hantent le palais sans faire sombrer la série dans le fantastique : l’enjeu de leur présence est beaucoup plus métaphysique et psychanalytique.

Une série totalement décadente, complexe, d’une grande richesse, extrêmement bien écrite et filmée : je ne comprends pas qu’elle ne soit pas encore diffusée en France !

The Royals

The Royals
Mark SCHWAHN
En cours de production

21cm de plaisir avec Augustin Trapenard

21cmJ’ai bien compris un truc : il n’y a que la taille qui compte […] Rien n’est assez grand pour la littérature.

Si vous n’avez pas suivi, il se trouve que je suis en froid avec Canal+, chaîne sur laquelle je n’ai pas ne serait-ce que zappé depuis le 1er septembre. Mais. Cas de conscience : je voulais absolument voir cette nouvelle émission, d’autant plus que j’en ai lu le plus grand bien comme le plus grand mal. Bref, j’ai profité du mois gratuit proposé par mycanal pour y jeter un oeil (consciente du fait que si j’avais un coup de foudre, j’étais mal attendu qu’il est hors de question que je m’abonne, mais c’est une autre histoire).

Bref, 21cm est la nouvelle émission littéraire de Canal+, présentée par Augustin Trapenard, et si le titre vous fait penser à tout autre chose qu’à une émission littéraire, ce n’est pas que vous avez l’esprit mal placé, c’est fait pour, comme nous l’explique le prégénérique de la première, sous forme de passage de relais drôlissime entre un Frédéric Beigbeder à l’agonie au fond de son lit, mesurant la taille d’un roman de Salinger, et le sémillant Augustin.

Le ton est donné : on est bien dans une émission littéraire, mais dans le genre plutôt rockn’roll, et d’ailleurs l’invitée fil rouge de cette première n’est autre que la divine Patti Smith, que l’on retrouvera, après son portrait en images, à trois occasions sous forme d’entretiens. Un premier, extérieur jour, nous propose une promenade dans le cimetière du Montparnasse, à la recherche des tombes des auteurs qui lui tiennent à coeur. Un deuxième, intérieur jour, est filé directement chez Augustin, au milieu des milliers de livres de sa bibliothèque et sous l’oeil de son chien Jeff : l’occasion, comme entre amis, de chanter ensemble Because de Night ; et, tradition très sympathique, Augustin offre un livre à tous les gens qui passent chez lui : pendant que Patti choisit (ce sera Le Funambule de Genet), Jeff bouffe en loucedé les pâtisseries orientales qui étaient sur la table basse. Enfin, séquence intérieur nuit, plus intimiste.

Très séquencée, l’émission propose entre ces entretiens des pastilles qui permettent de garder un rythme soutenu et dynamique : les conseils de lectures en 21 secondes et filmés par eux-mêmes de gens aussi divers que Marc Lavoine, Karl Lagerfeld, Nora Hamzawi ou encore Joann Sfar, une battle avec Antoine de Caunes qui nous permet au passage d’admirer les tatouages d’Augustin, et une petite séquence « révisez vos classiques » qui montre l’actualité de ces derniers, ici en mettant en parallèle Donald Trump et certains personnages de méchants chez Dickens.

L’émission se termine avec la dédicace de l’invité.

Verdict ? Et bien vous l’aurez compris, j’ai adoré. C’est le type d’émissions culturelles dont je voudrais plus à la télévision, dans le même style GlamRock intelligent et mordant que l’on trouve dans des revues comme Vanity Fair : à la fois drôle et émouvante, rythmée, décalée, 21cm apporte vraiment quelque chose de nouveau qui change des habituelles émissions en plateau, passionnantes mais parfois un peu planplan (entendons-nous bien : je ne me lasserai jamais de François Busnel, Christophe Ono-dit-Biot et Eric Naulleau, mais ça fait du bien de changer un peu de concept, de temps en temps). Augustin Trapenard est en outre un interviewer hors pair, qui a l’art de la question qui fait mouche, passant du léger au profond et abordant avec son invitée des sujets aussi divers que la poésie, la photo, la mort avec des questions qui ont l’air d’être improvisées au gré des circonstances. Et puis, on voit qu’il s’amuse follement et ça, ça n’a pas de prix !

Mon seul regret est finalement que cette émission ne soit pas disponible pour tous, puisqu’à la fin de mon mois d’essai je ne pourrai plus la regarder, sauf si comme je l’ai entendu elle est mise en ligne sur Dailymotion (il y en a pour l’instant de très larges extraits) (oui parce que je ne suis pas toquée au point de m’abonner juste pour cette émission, aussi excellente soit-elle) (déjà que je dis du bien de Canal+ dans un article, on ne va pas abuser). En fait, c’est typiquement le genre de choses que je verrais bien sur Paris Première !