Instantané : un cadeau venu du ciel

L’autre jour, quelle ne fut pas ma surprise de trouver, sur mon balcon, un caillou en forme de cœur. Le mystère reste entier sur la manière dont il est arrivé là, mais la seule explication rationnelle est qu’il a été apporté par un oiseau : pigeon, pie, corbeau, qui le tenait dans son bec pour une raison quelconque et l’a laissé tomber. Mais après tout, qu’importe : j’ai envie d’y voir de la magie et de la poésie, et il y en a de toute façon. Et j’ai envie d’y voir un signe.

Et, au vu des événements qui ont suivi, ou plutôt d’un événement, qui est venu me libérer d’un poids que je portais depuis toujours et qui a quelque chose à voir avec Jupiter coupant les c*** de Saturne, oui, c’était un message. Un joli cadeau venu du ciel.

Instantané : au-delà de l’Arc-en-ciel

(j’ai décidé de cesser de numéroter les instantanés, attendu qu’il y en a un par semaine ça devenait lourd).

Jeudi, il faisait un temps à arc-en-ciel, mais je n’en avais pas vu de la journée. Et puis, vers 19h, j’ai reçu un message qui n’avait rien de particulier, mais qui pour moi, dans le contexte, était important. J’ai donc vu ce message, j’ai souri, et puis j’ai levé les yeux vers la fenêtre et il était là, dehors. J’ai souri encore plus : après une semaine très « giboulées de Mars » au niveau émotionnel, je trouvais que c’était un joli signe de l’Univers, synchronisé au message.

Ce n’est pas le plus bel arc-en-ciel que vous verrez, mais pour moi il est infiniment précieux et porteur de belles vibrations !

Et vous, votre semaine ?

Authenticité, sécurité, intégrité ?

Ça va vous ?

Moi je dois dire que ça secoue beaucoup beaucoup, j’ai l’impression d’être dans une machine à laver sur programme essorage, traversée par tout un tas d’émotions pas toujours très sympathiques. Disons que la plupart du temps ça va, je suis dans ma bulle, mais parfois, j’ai une émotion qui vient me titiller (euphémisme : me ravager, en vrai). Hier c’était la colère (et c’est, j’avoue, surtout la colère qui revient), mais une colère exponentielle contre à peu près tout et tout le monde, mais vraiment, si j’avais eu des pouvoirs magiques je crois qu’il ne resterait plus pierre sur pierre sur cette planète (donc, heureusement : je n’ai pas de pouvoirs magiques). Et je me retiens très très fort de ne pas insulter beaucoup de gens sur les réseaux sociaux. Et s’il y a du vent très violent, je vous prie de m’excuser parce que c’est souvent le cas lorsque je suis en colère : il y a du vent ou de l’orage.

Tout ça pour dire que ça remue beaucoup à l’intérieur.

Il faut dire que je suis dans la situation parfaite pour une période d’introspection seule face à moi : je n’ai même pas eu besoin de faire de faire une retraite Vipassana, elle est venue à moi ou tout comme (ce n’était pas mon truc de toute façon). Et ce qui est amusant (enfin, amusant, vous voyez l’idée) c’est que cette espèce de retraite en appartement, je l’ai écrite : à la fin de mon premier roman (oui je sais j’en parle beaucoup mais vous ne pouvez pas le lire : ce n’est pas ma faute, et c’est une des raisons de ma colère) mon héroïne reste plusieurs semaines confinée dans son appartement, non pas à cause d’une épidémie mais juste parce qu’elle en a ras-le-pompon des gens.

L’appartement est une grotte (enfin symboliquement : en vrai c’est un très bel appartement terrasse avec une vue magnifique sur les montagnes). La grotte de la nymphe Calypso mais aussi finalement peut-être la grotte de l’ours. Je dis ça parce que depuis des semaines (des mois !) je suis assaillie par les synchronicités à propos des ours : j’ai toujours toute une ribambelle de photos de grizzli dans mes flux, ou bien les gens parlent d’ours, d’articles sur les ours, que sais-je : tous les jours, plusieurs fois par jour, il est question d’ours. Alors, bien sûr, je me suis interrogée sur cette synchronicité assez envahissante même si pour l’instant je n’ai pas trouvé d’ours dans ma cuisine. Il y a une première raison, qui est tout à fait biographique et personnelle. Mais il y a aussi une raison symbolique : l’ours (tout comme le papillon et l’escargot) est un symbole de transformation. Chaque année, il entre dans sa grotte pour y rester durant l’hiver, et sort renouvelé au printemps. Dans l’ours, il y a aussi cet aspect dangereux, instinctif à apprivoiser : la colère (oui, tout fait sens).

Pour mon héroïne, sa grotte/appartement est une sorte d’utérus, lieu de gestation d’elle-même où, femme poisson océanique, elle plonge dans ses eaux profondes, meurt à l’ancien pour se mettre au monde à une nouvelle vie. Parce qu’à la fin, quand elle ressort, elle a trouvé ce qui lui manquait, cette force d’être enfin elle-même, authentique et intègre dans le monde, de s’y sentir en sécurité parce qu’elle n’a plus peur d’affirmer qui elle est — même si ce qu’elle est n’est pas conforme à la norme, à ce que les autres voudraient d’elle : elle cesse de jouer un rôle. Lorsqu’elle sort, elle est prête à prendre sa place dans le monde : celle de l’habiter poétiquement (vous l’aviez vu venir ?) et amoureusement.

Alors quand je ressortirai dans quelques semaines, serai-je réellement enfin moi ? Aurai-je trouvé authenticité, sécurité et intégrité ? Ce qui était plus ou moins de la fiction avait-il quelque chose de prédictif ? Et aurai-je le courage d’enfin vivre la vie que je souhaite au lieu de subir des choses dont je ne veux plus — qui me forcent à jouer un rôle ?

L’ours de la photo a été peint par la créatrice Julie Dru dont j’adore le travail !

Se souvenir du futur, de Romuald Leterrier et Jocelin Morisson : guider son avenir par les synchronicités

Ce livre va parler de « synchronicités », de « rétrocausalité », d’ « archétypes », de « conscience », dans différents contextes — chamanique, psychologique, physique, spirituel — et explorer les voies conduisant à la maîtrise de son existence, dont le pouvoir transformateur est colossal, à la fois pour l’individu et pour la société dans laquelle il évolue. Ces notions peuvent sembler complexes, voire ésotériques pour certaines d’entre elles, aussi rien ne vaut l’illustration par l’exemple afin d’y plonger directement, en sachant que si l’eau peut paraître fraîche au début, il se révèle rapidement qu’en réalité « elle est bonne ». 

Avec un titre pareil, on pourrait croire que nous sommes ici chez Pierre Bayard ou chez Didier van Cauwelaert : ce n’est pas tout à fait le cas, même si l’on retrouve des choses communes. En réalité, nous avons là un ouvrage tout ce qu’il y a de plus scientifique même s’il s’aventure parfois du côté du chamanisme, et qui s’appuie sur la théorie des multivers quantiques (qui n’est pas exactement la même choses que les réalités alternatives, attention) pour parler des synchronicités (sujet dont vous savez combien elles me fascinent) et de la possibilité de s’en servir pour gouverner sa vie.

L’idée de départ est que le futur existe déjà, à l’état potentiel, et qu’il nous attend gentiment en nous envoyant des messages pour nous guider vers lui sans trop nous perdre : un peu comme quand on fait une randonnée, le chemin ne se crée pas au fur et à mesure où on avance, il est déjà là ; sauf qu’il existe plusieurs chemins, un qui est « balisé » est qui est le plus probablement celui que nous allons suivre, mais après tout nous pouvons aussi en suivre un autre (par inattention ou de manière délibérée) qui nous conduira au même endroit, ou ailleurs. Je simplifie un peu mais ça aide à comprendre. La théorie de certains physiciens est en effet que le temps n’est pas linéaire, que notre futur existe déjà et qu’il influence notre présent, mais qu’il n’est pas figé. C’est ce que les auteurs vont nous expliquer, en faisant un détour par le chamanisme, puis en expliquant la double causalité (dans un chapitre très théorique et technique) pour voir comment l’intention peut maîtriser le hasard, qu’est-ce que la conscience rétrocausale, comment naviguer dans l’espace-temps à l’aide de la conscience, comment créer volontairement des synchronicités et pourquoi le faire, quel est le sens de l’évolution des espèces, et quelle utilisation thérapeutique on peut faire de tout ça.

Inutile de vous dire que tout cela m’a totalement passionnée, même si l’ouvrage se révèle parfois assez ardu (pour le dire autrement : il y a certains passages qui m’ont laissée sur le bord du chemin, mais j’ai réussi à me retrouver). Cela oblige bien évidemment à un pas de côté et l’on retrouve beaucoup de « trucs » cauwelaertiens au passage : le chamanisme, la science des rêves, la physique quantique, les plantes, l’épigénétique, et tout ce qui tourne autour de Jung, les archétypes, l’Unus Mundus… et bien sûr, puisque c’est le sujet de l’ouvrage, les synchronicités, avec un très beau double exemple au début où les auteurs, en train de travailler sur le concept et notamment sur l’exemple-type, celui du scarabée, sont tous les deux, au même moment mais à des centaines de kilomètres de distance, visités par un scarabée doré. Ce qui est encore plus rigolo, c’est que moi-même, au moment où je lisais ce livre, alors que je n’en avais jamais vu, j’ai trouvé un scarabée sur mon balcon. Fascinant non ?

Bref, un essai qui m’a passionnée (même si, niveau application pratique, toutes mes tentatives ne sont guère concluantes) et m’a donné plein d’idées sur le plan littéraires. D’ailleurs, j’ai beaucoup pensé à Paul Auster, lui-même fasciné par les synchronicités et les chemins qui bifurquent

Se souvenir du futur
Romuald LETERRIER et Jocelin MORISSON
Guy Trénadiel, 2019

Dévotion, de Patti Smith : le chemin des signes

L’inspiration est la qualité imprévue, la muse qui vous assaille au cœur de la nuit. La flèche vole et on n’est pas conscient d’avoir été touché, on ignore qu’une multitude de catalyseurs, étrangers les uns aux autres, nous ont clandestinement rejoint pour former un système à part, nous inoculant les vibrations d’un mal incurable — une imagination brûlante — à la fois impie et divin. 

Patti Smith. Une nécessité. En ce moment, ma sonnerie de portable, c’est Because the night. Ce que j’aime chez elle, ce qui me fascine, outre son talent immense et éclectique, c’est sa dévotion à l’écriture, son amour total et absolu pour la littérature, sa manière poétique d’habiter le monde. J’avais été frappée de plein fouet par Just Kidstranscendée par M Train, alors son dernier opus était une évidence.

C’est un texte hybride et déconcertant : le récit d’un séjour à Paris, qui est l’occasion d’une réflexion sur l’inspiration, faite de sérendipité et de hasards, de petites choses sans lien que l’esprit se met à tricoter : de l’écriture en voyage, on passe à l’écriture comme voyage, le texte nous menant là où on n’avait pas prévu d’aller au départ. La deuxième partie est une longue nouvelle un peu étrange, écrite au cours de ce séjour, et dans laquelle le lecteur attentif pourra retrouver des traces des circonstances de l’écriture ; un épilogue, dans lequel Patti Smith se rend dans le sud de la France, invitée par la fille d’Albert Camus. Le tout est mêlé de photographies et de reproductions de manuscrits.

C’est encore une fois bouleversant de beauté, et inspirant : cette attention à tout, parce que tout peut faire naître autre chose : une lecture, un oiseau, un film sur lequel on tombe par hasard en cherchant autre chose, un lieu, un souvenir. Patti Smith parle à merveille de cette mystérieuse alchimie de l’écriture, où le hasard se mue en nécessité signifiante, lorsque le livre qu’on a pris par hasard sur la pile, c’est exactement celui qu’il nous fallait. La vie de Patti Smith est une vie peuplée de synchronicités, et on imagine bien combien cela a fait écho en moi, tout comme lorsqu’elle arpente Paris et parle merveilleusement bien de saint-Germain-des-prés. A vrai dire, ce texte lui-même a fonctionné sur moi comme une synchronicité : lumineux, il est traversé de bout en bout par l’isotopie de la lumière, et je l’ai lu alors que j’étais moi-même en train de travailler sur ce thème. C’est de saison, me direz-vous, et vous aurez raison, mais tout de même.

Je ne peux donc que vous conseiller de vous précipiter sur ce texte bouleversant de beauté et de poésie et, tiens, pourquoi pas, de l’offrir !

Dévotion
Patti SMITH
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard
Gallimard, 2018

Le monde est une forêt de symboles

L’autre jour, je vous racontais ce rêve étrange et pénétrant que j’avais fait lorsque j’étais adolescente, et qui je crois exprime tout mon être et ma manière d’habiter le monde : j’apprenais que je venais d’une autre planète, ce qui expliquait beaucoup de choses et j’entreprenais de rejoindre les miens, c’était un long voyage, et à un moment je traversais une forêt, en me disant « Ah, c’est une forêt de symboles ».

Depuis toujours, je suis fascinée (et assaillie) par ce que Jung appelle les synchronicités, et que d’autres se contentent de nommer hasards ou coïncidences (parfois troublantes). Mais synchronicités, cela implique une signification. Pour Jung, il s’agit donc de l’occurrence simultanée d’au moins deux événements qui ne présentent pas de lien de causalité, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les perçoit. Et tout l’enjeu est là : prendre sens. 

Vous pensez à quelqu’un, et cette personne vous appelle ; vous êtes mélancolique, vous allumez la radio, et vous tombez sur une chanson qui vous rappelle un joli souvenir. En ce moment, je trouve beaucoup de synchronicités dans ce que je lis : les romans que j’ouvre innocemment parce que je ne sais pas exactement de quoi ils vont parler abordent toujours le point précis qui me préoccupe. L’autre jour, par exemple je réfléchissais à cette question de l’écriture, qui vise à donner à la vie une cohérence qu’elle n’a pas, je brode autour, et je me dis qu’il faudrait que je retrouve cette citation de Camus qui l’explique, mais j’ai un peu la flemme, alors je repousse au lendemain. Je prends le roman qui était sur le dessus de la pile, c’était Un écrivain, de Laure Arcelin. Je l’ouvre, et en exergue, je tombe sur la citation de Camus. Le jour où est paru l’article dont je parlais plus haut, j’ouvre Ce soir la Lune était rondeet je tombe sur un personnage qui explique qu’enfant elle rêvait qu’elle était une extra-terrestre…

Et c’est comme ça tous les jours. Sans doute aussi parce que, déformation poétique, j’y suis attentive : j’écris, aussi, parce que je ne supporte pas que le réel n’ait pas de cohérence, pas de sens, et il faut que tout ait une raison d’être. Alors je suis attentive aux signes et aux synchronicités, même si dans les faits ils ne me mènent nulle part (mais je m’en ressers dans mes textes, et là ils mènent où ils doivent). Depuis toujours, par exemple, je ne cesse d’être assaillie par les signes convergeant vers un certain endroit. C’est à la limite du harcèlement. Je ne sais pas trop quoi en faire dans ma vie. Dans mon premier roman si.

Et qu’importe. Signes, synchronicités, hasards ou coïncidences, l’essentiel est que les voir, c’est aussi une manière poétique d’habiter le monde. Comme disait Lewis Caroll, si le monde n’a aucun sens, qu’est-ce qui nous empêche d’en inventer un ?

L’autre jour, j’étais triste, et j’étais en train de mettre sur un blog un commentaire où j’expliquais ce qui me traversait à ce moment-là. Et à l’instant où je vais cliquer sur « publier », une pie a toqué au carreau. Je me suis dit qu’elle me faisait coucou pour me faire sourire.

Jeudi soir, j’étais (à nouveau) triste. J’ai regardé dehors, et la Lune était entourée d’un magnifique halo. Un spectacle assez rare, qui ne dure pas très longtemps, il faut tomber au bon moment pour en profiter. Bien sûr, ce phénomène a une explication tout à fait scientifique. Mais voilà, j’étais triste, j’ai regardé dehors à ce moment-là, c’était beau, alors je me suis dit que la Lune essayait de me consoler. J’étais toujours triste, mais ça m’a mis un peu de baume au cœur…