L’ours, de Michel Pastoureau : histoire d’un roi déchu

Depuis des temps immémoriaux, l’ours est dans tout le monde germanique, au nord comme au sud, une créature spécialement admirée. Plus fort qu’aucune autre bête, il est le roi de la forêt et celui de tous les animaux. Les guerriers cherchent à l’imiter et à s’investir de ses forces au cours de rituels particulièrement sauvages. Quant aux chefs et aux rois, ils en font leur attribut préféré et tentent de s’emparer de ses pouvoirs par le biais des armes et des emblèmes. Toutefois, la vénération des Germains pour l’ours ne s’arrête pas là. A leurs yeux, ce n’est pas seulement un animal invincible ni l’incarnation de la force brutale ; c’est aussi un être à part, une créature intermédiaire entre le monde des bêtes et celui des humains, et même un ancêtre ou un parent de l’homme.

Michel Pastoureau est un auteur dont j’ai beaucoup lu les travaux, absolument passionnants, sur la couleur, mais je ne m’étais jamais penchée sur ses recherches concernant les animaux. Or, il se trouve que depuis quelques années, je suis assaillie (métaphoriquement) par les ours, une synchronicité à laquelle l’Univers semble tenir beaucoup puisqu’il ne se passe pas une seule journée sans que je reçoive mon ours du jour, voire mes ours, sous une forme ou une autre, et de manière parfois très inattendue, j’ai même essayé de documenter ce phénomène mais c’était beaucoup de travail. Bref : l’autre jour, alors que j’attendais mes ouvrages de la réserve, je errais dans les rayons de la médiathèque, un peu désœuvrée, je suis tombée sur cet essai. Dont je me suis emparée immédiatement, bien sûr.

L’ours, objet d’un culte ancien dont les contours ne sont pas définis et qui suscite des controverses dans le milieu des paléontologues, s’est vu combattu et diabolisé à l’époque médiévale par une Eglise qui n’avait sans doute que ça à faire et, humilié, a été déchu de son titre de Roi des animaux au profit du lion, pour finir humilié au bout d’une chaîne, jusqu’au retour en grâce moderne dans les bras des enfants. C’est toute cette histoire de la place de l’ours dans l’imaginaire et dans la société que nous raconte ici Michel Pastoureau.

Et on peut dire qu’il sait raconter l’histoire et les histoires, et cet essai se révèle absolument passionnant et instructif sur le plan de l’histoire sociale et culturelle, sur l’imaginaire et ses symboles. J’ai cependant été étonnée que l’auteur n’aborde pas la question de la figure de l’ours dans l’alchimie, ni tellement dans la psychanalyse et notamment chez Jung. Concernant ce deuxième point, cela peut s’expliquer par le fait que Pastoureau est un spécialiste du Moyen-Age, mais concernant l’alchimie c’est plus étonnant. Cela étant dit, j’ai tout de même appris beaucoup de choses avec cet ouvrage, et il m’a ouvert bien des pistes de réflexion…

L’Ours. Histoire d’un roi déchu
Michel PASTOUREAU
Seuil, 2007

Inferno, de Dan Brown

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Que la peste bubonique fût un bienfait pour l’humanité était certes choquant, mais nombre d’historiens avaient analysé les bénéfices au long terme qu’avait engendrés cette épidémie au XIVème siècle. Avant l’arrivée de la maladie, la surpopulation, la famine, les difficultés économiques, rongeaient la société. Les ravages causés par la peste noire, tout horribles qu’ils fussent, avaient effectivement réduit le « cheptel humain », créant une nouvelle abondance de nourriture et de possibilités. C’était le terreau qui avait permis à la Renaissance de voir le jour.

Je l’ai déjà confessé : je suis une grande adepte de thrillers ésotériques (encore que celui-ci ne soit que moyennement ésotérique). Particulièrement l’été, parce que vu que je suis une bonne cliente, une fois que j’en commence un, il n’y a pas à me le faire lâcher. Quitte à sacrifier mon sommeil. Donc c’est mieux quand je suis en vacances. Il était donc évident que la cuvée nouvelle du Dan Brown, qui est quand même, n’en déplaise à ses détracteurs, un des maîtres du genre, ne pouvait pas m’échapper.

Nous retrouvons notre sémillant aventurier symbologue, Robert Langdon, à Florence, où il se réveille dans un hôpital, souffrant d’une amnésie rétrograde lui ayant fait perdre le souvenir des deux derniers jours. A vrai dire, il ne sait même pas ce qu’il fait dans la cité des Medicis. Bien résolu à le savoir, d’autant qu’il a des tueurs à ses trousses, il trouve une aide précieuse en la personne d’un jeune médecin, Sienna Brooks, la Robert Langdon Girl de l’histoire. L’enquête les mènera, de musée en palais renaissant, à s’intéresser de près à une oeuvre littéraire mythique : L’Enfer, de Dante.

Alors le moins que l’on puisse dire, c’est que Dan Brown sait faire son boulot : dès la quinzième page le lecteur est ferré et ne peut plus s’échapper d’une histoire impeccablement menée, passionnante de bout en bout, enchaînant les rebondissements, les révélations inattendues, les retournements de situation. Du grand art dans le genre, ni plus ni moins. D’autant qu’au passage, on apprend énormément de choses (et c’est ce que j’apprécie beaucoup chez Dan Brown, qui à chaque fois me fait découvrir des œuvres d’art que je ne connaissais pas), on réfléchit (le fond de l’enquête m’a plongée dans un abîme de réflexion, car au final… enfin je vous laisse découvrir, mais le méchant l’est-il vraiment ?). Et, deuxième effet : on a envie de sauter dans le premier avion pour Florence, Venise ou Istanbul, en embarquant Dante pour le voyage.

Alors évidemment, ce n’est pas toujours très crédible (ça, c’est le grand argument des détracteurs de Brown), c’est parfois tiré par les cheveux, mais j’ai envie de dire : on s’en fout ! Ça fonctionne, et je crois que parfois, il ne faut pas trop se poser de question non plus : est-ce que c’est vraiment important qu’il n’y ait pas de passages secrets dans tel palais florentin dans la réalité ? A mon sens non. Du reste… comment un thriller ésotérique pourrait-il bien être vraisemblable, je vous le demande un peu.

Donc moi, j’ai passé une excellente nuit avec Dan Brown, et je recommande chaudement ce roman aux amateurs du genre, à ceux qui ont envie de découvrir, à ceux qui veulent juste passer un bon moment de détente sans se prendre la tête mais en apprenant des choses quand même.

Inferno
Dan BROWN
Lattès, 2013