Accepter le déséquilibre

Il y a cette phrase, dans Mange, Prie, Aime, à laquelle je ne cesse de penser. A la fin, lorsque Liz a réussi à rétablir l’équilibre dans sa vie et qu’elle refuse de se laisser aller à l’amour par peur d’être à nouveau déséquilibrée, Ketut lui dit que parfois le meilleur moyen d’avoir une vie équilibrée c’est d’accepter d’être déséquilibré par l’amour.

Toute ma vie, j’ai cherché l’équilibre, et c’est d’ailleurs ma mission de vie, puisque j’ai mon nœud nord en Balance. D’ailleurs, dans ma pratique astrologique, j’étudie toujours les placements sur les axes opposés, et non simplement là où ils sont effectivement, car il me semble que c’est ce que nous venons tous chercher : l’harmonie.

Et ces derniers temps, je crois que j’ai trouvé un certain équilibre. Pas seulement le calme, mais (aidée tout de même par de certaines circonstances extérieures) un véritable équilibre, qui fait que je ne me sens pas sans cesse secouée dans tous les sens comme dans une machine à laver en mode essorage, courant après le temps que j’ai l’impression qu’on me vole et m’accrochant comme une naufragée aux moments où je suis dans mon alignement. Mon travail ne me déséquilibre plus : je ne l’aime pas, je fais tout pour en changer, mais je gère. Surtout, j’ai trouvé un espace où je suis parfaitement équilibrée à travailler sur mes projets, sur l’organisation de mon quotidien. Un peu comme ce que j’avais trouvé pendant le confinement. Tout avance de manière fluide, pas toujours assez vite à mon goût, mais enfin, ça avance.

Et c’est là, bien sûr, qu’arrive la peur du déséquilibre. L’événement qui va venir faire tanguer le bateau. Pas forcément un événement malheureux, au contraire, je pense à un événement heureux (pas un « heureux événement », ne vous fourvoyez pas), qui pourrait bien se produire, dont j’ai envie, mais dont l’autre jour je me disais que ah mais oui mais cela va compliquer les choses. Evidemment. Mais je pense que c’est mon challenge, maintenant : après avoir construit patiemment cet équilibre, ne pas me crisper dessus, et prendre le risque du déséquilibre, parce qu’il est merveilleux, et que maintenir l’équilibre, ce n’est pas se protéger de ce qui pourrait nous faire tomber, c’est prendre le risque de tomber.

C’est une leçon que j’ai apprise avec la pratique du paddle : lorsqu’une vague arrive qui va faire bouger ma planche, si je me crispe pour rester debout, il y a de fortes chances que je tombe. Alors que si je suis souple, si j’accompagne le mouvement de la vague, je continue à avancer…

Et cela me rappelle un rêve, que j’ai fait l’an dernier : j’étais en équilibre un peu précaire, en fait j’étais au quart sur mon lit, au quart sur le lit de l’autre, et la moitié de mon corps dans le vide pendant le transfert d’un lit à l’autre : c’était des espèces de lits jumeaux, mais qui étaient aussi hauts que des immeubles et le vide entre les deux était très effrayant. Et celui qui m’est précieux me disait de faire attention de ne pas tomber. Je lui répondais que je ne risquais rien. « Parce que je te tiens ? » disait-il, une question rhétorique à laquelle je répondais « oui, parce que tu me tiens ». Et j’avais confiance… je passais d’un équilibre à un autre, ce n’était plus très stable, mais je n’avais pas peur de tomber !

Incertitudes et la poursuite de l’équilibre

Cet été, j’ai fait du paddle. J’en avais déjà fait un peu l’année dernière mais ça n’avait pas été très concluant puisque le principe est d’en faire debout et que j’étais restée plutôt assise. Là, j’ai réussi à vraiment faire du paddle. Au début je suis beaucoup tombée : d’abord parce que mon sens de l’équilibre est assez personnel, et ensuite parce que sur le Bassin d’Arcachon, il y a pas mal de courant à cause des marées, il y avait aussi du vent, et des vagues (et des bateaux qui passent à proximité). Bon, à force, j’ai quand même réussi à trouver mon point d’équilibre, ma position et à rester debout. Restait un problème : je n’arrivais pas à ce que le bidule aille où je voulais, ce qui est un peu ennuyeux, et du coup j’avais peur de tomber (et de me faire mal sur un bateau) donc je restais mal en équilibre.

Et puis, je suis allée sur le lac de Lacanau, et l’endroit était absolument sécurisé : pas de vagues, pas de courant, pas de bateaux amarrés et ceux qui passaient étaient loin. Je suis montée sur mon paddle, parfaitement équilibrée, en confiance, au point que je pouvais même rester immobile (par encore faire du yoga comme j’ai vu certaines filles mais en même temps certaines font des trucs que je ne saurais pas faire sur la terre ferme). Et j’ai pris la rame, et j’ai pu me diriger parfaitement, aller de l’autre côté du lac, croiser des bateaux qui faisaient des vagues et ne pas tomber, parce que je n’avais pas peur, j’étais souple sur ma planche et que si ça me déséquilibrait un peu j’arrivais à accompagner le déséquilibre. Ce n’est pas encore du surf, mais qui sait ?

Et je trouve que c’est une belle métaphore de ma vie et surtout actuellement. Le besoin de trouver mon équilibre dans un espace sécurisé avant de le lancer là où c’est plus houleux, et avec l’incertitude qui règne actuellement c’est très houleux partout. Ne pas avoir peur de tomber, parce que c’est comme ça qu’on tombe. Rester souple, et accompagner la vague.

(et vous noterez aussi que je mets une photo de moi en maillot de bain, chose totalement inenvisageable il y a peu. Je progresse, je progresse).