Le complexe de la sorcière, d’Isabelle Sorente : la part blessée des femmes

Alors je lui dis ce que j’en suis venue à croire : le complexe de la sorcière serait ce soupçon permanent de soi instillé aux femmes torturées, ou aux femmes témoins de la torture d’autres femmes de leur famille ou de leur entourage. L’interdit portant sur la vérité, qu’elles ne peuvent ni chercher ni dire, sous peine de torture. Et je répète plusieurs fois le mot torture, car il me paraît essentiel pour comprendre comment la peur a pu se transmettre. Comment l’Inquisiteur, avec une majuscule, l’Inquisiteur a pu être assimilé, intériorisé, enfoncé à coups de marteau, imprimé au fer rouge, puis oublié mais conservé à l’intérieur de la psyché comme un corps étranger après une opération chirurgicale, transmis de mère en fille et de grand-mère en petite-fille, comme un juge toujours en exercice, toujours prêt à mettre en doute, à haïr et à condamner la conscience d’une femme. 

Je n’avais jamais lu Isabelle Sorente, mais le titre de ce roman m’a doublement fait signe : d’abord bien sûr à cause de la sorcièrequi est un de mes sujets de recherche actuels, mais aussi parce qu’à ce mot de sorcière près, il porte le même titre que mon propre roman (qui est à nouveau en phase de réécriture, j’ai l’impression qu’il ne sera jamais terminé).

La narratrice est hantée par la figure de la sorcière. Tout est parti d’une vision : celle d’une femme devant ses juges, qui a quelque chose à lui dire et à lui demander, et l’amène à commencer des recherches historiques et à accumuler des ouvrages sur la question. Mais bientôt, les temporalités se télescopent, et c’est à son propre passé que la narratrice est renvoyée.

Un roman absolument prodigieux et essentiel, qui s’écrit sous nos yeux sous la forme d’un questionnement qui progresse entre histoire de la chasse aux sorcières, psychologie (et l’hypothèse centrale que peut-être cette chasse s’est imprégnée profondément dans l’inconscient féminin et expliquerait l’obsession de la balance, le fait de se justifier, le soupçon de soi) et psychogénéalogie (les traumatismes vécus par nos ancêtres nous sont transmis). L’hypothèse est fascinante et m’a totalement convaincue, d’autant qu’elle s’appuie sur une enquête sur soi et sur cet inquisiteur intérieur que chaque femme porterait en elle et l’empêcherait de vivre pleinement.

Et c’est là que l’auteure aborde un récit essentiel : celui du harcèlement scolaire et de ses mécanismes, qui sont finalement les mêmes que ceux de la chasse aux sorcières : une meute qui chasse une proie, veut la détruire, tout simplement parce qu’elle a quelque chose qui fait qu’elle n’est pas dans la norme. Toute cette partie m’a fait un bien fou, car elle m’a permis de défaire certains nœuds : j’ai moi-même subi une forme de harcèlement à l’école, l’exclusion et le rejet, j’étais le vilain petit canard et sachant que je viens de suivre une formation sur le harcèlement qui m’a aussi permis de débloquer certaines choses (une formation que j’avais demandée il y a un an et demi) j’ai trouvé la synchronicité parfaite. Et si c’était le seul point sur lequel ce roman m’a fait signe, ça pourrait passer pour du pur hasard, mais non : toute la dernière partie m’a donné l’impression de lire ma propre histoire.

Il y a d’abord la question du burn-out. Je suis en train de faire un burn-out. To burn out : se consumer, comme la sorcière sur son bûcher.

Et puis, l’amour : cette idée que la misogynie, le patriarcat, une certaine image de la virilité, leur a fait du mal aussi (c’est précisément sur ce point que je travaille en ce moment), que leur psyché aussi porte un traumatisme : celui de ces hommes qui ont vu brûler leur mère, leur épouse, leur sœur, leur fille. Mais les victimes de harcèlement (certaines) ont une terreur ancrée de l’intimité amoureuse : et j’ai pleuré lorsqu’elle aborde ce point parce que pour moi ça n’était pas lié, et il m’est apparu évident que si, ça l’était — ce que raconte l’auteure a totalement fait écho en moi, avec mon incapacité à « m’abandonner » que j’ai muée en besoin de solitude et d’indépendance par peur de l’emprisonnement, peur de perdre mon intégrité, alors je ne donne rien en fait, pas grand chose, parce que j’ai besoin d’être rassurée et apprivoisée et que personne n’a jamais pris la peine de le faire — une sorte de test. Et je reste séparée.

Mais le roman aboutit à cette idée qu’il est temps de réparer, de pardonner, et que le lien amoureux est ce qui peut nous sauver. La réconciliation.

Un roman qui, je pense, parlera à chaque femme : il oblige à réfléchir sur notre lignée, notre héritage, ce qu’ont vécu nos mères, nos grand-mères, nos arrière-grand-mères sur le point de leur féminité, et nous a été transmis. Ce que nous avons vécu et qui prend sens. A l’hypothèse psychogénéalogique j’ajoute l’hypothèse karmique même si Isabelle Sorente ne serait pas trop d’accord ; mais dans mon cas j’en suis certaine (alors que j’étais en train de lire le passage sur le harcèlement, qui me secouait très fort, j’ai interrogé mon Oracle des vies antérieures, et une carte a sauté : Persécution/Inquisition ; on va dire que ça ne s’invente pas). En tout cas, je découvre une auteure qui me parle beaucoup, et je pense m’intéresser à d’autres de ses œuvres très vite !

(Désolée si l’article paraît un peu décousu, mais c’est parce que vraiment ce roman a remué énormément de choses en moi, m’a envoyé foule de signe, et est tombé pile au bon moment).

Le complexe de la sorcière
Isabelle SORENTE
Lattès, 2020

Les Sorcières, une histoire de femmes de Céline du Chéné : puissance et liberté

A la lecture des procès en sorcellerie et des manuels de démonologie, se dessine en creux un portrait de femme : un être qui agit la nuit, se rend au sabbat, se livre à des orgies, dévore des enfants, profane les rites chrétiens. On sait le peu de crédit que l’on peut accorder à des aveux arrachés sous la torture, mais de nombreuses recherches, dont le travail colossal de Carlo Ginzburg, professeur émérite d’histoire à l’Université de Bologne, permettent aujourd’hui de penser que tous ces éléments témoignent d’un univers de croyances très anciennes, liées à la nuit, au chamanisme et omniprésentes dans toute l’Eurasie. 

Toujours dans mes recherches sur les archétypes du féminin sacré et sur la sorcière, je suis tombée l’autre jour sur ce livre.

Il est issu de la thématique « Sorcières » de l’émission de France Culture La Série Documentaire, qui m’avait tellement intéressée que je l’avais écoutée deux fois (et comme c’était en conduisant j’avais à plusieurs reprises regretté de ne pas pouvoir prendre de notes : j’imagine que l’Univers m’a entendue à ce sujet). Quatre angles d’approche : la chasse aux sorcières, la sorcellerie, les figures de la sorcière et les sorcières politiques et féministes.

Un très bel ouvrage, très intéressant et qui complète à merveille la version audio par une riche iconographie (et de sublimes illustrations originales) en faisant le tour des sujets généraux et en donnant envie d’approfondir grâce aux nombreuses pistes de lecture. Cela peut faire un chouette cadeau de Noël !

Les Sorcières, une histoire de femmes
Céline du CHÉNÉ
France Culture / Michel Lafon, 2019

A noter que sur le sujet des sorcières, décidément très à la mode, le magazine Le Point a sorti un Hors-série assez riche et intéressant lui aussi !

Circé, de Madeline Miller : la puissance du féminin

Quand je suis née, le mot désignant ce que j’étais n’existait pas. Ils m’appelèrent donc nymphe, présumant que je serais comme ma mère, mes tantes et mes milliers de cousines. Moindres que ceux des déesses mineures, nos pouvoirs étaient si modestes qu’ils garantissaient à peine notre éternité. Nous parlions aux poissons et soignions les fleurs, cajolions nuages et vagues pour en extraire les gouttes d’eau et le sel. Ce terme de nymphe englobait notre futur en long et en large. Dans notre langue, il ne signifie pas seulement déesse, mais aussi jeune mariée.

A force de voir fleurir ce roman un peu partout, j’avais vraiment très envie de le lire, d’autant que j’aime énormément la mythologie et que le personnage de Circé m’a toujours intriguée. Normal, c’est une sorcière, la première, une femme libre, forte et sauvage.

Née du titan Hélios, le soleil, et d’une nymphe fille d’Océan, Circé est quelque chose de nouveau, pas vraiment une déesse bien qu’immortelle et dotée de pouvoirs, mais plus qu’une nymphe. Avant tout, femme, et femme amoureuse : c’est bien par amour qu’elle découvre ses pouvoirs surprenants et qu’elle devient Circé la magicienne, la sorcière. Pharmakis.

Je me suis régalée avec ce roman plein de charme qui est avant tout une réécriture de la mythologie, et pas seulement du plus célèbre épisode de la vie de Circé, sa rencontre avec Ulysse (parce qu’elle ne peut pas être réduite à Ulysse, qui est d’ailleurs passablement maltraité) : Prométhée, le minotaure sont également des épisodes importants dans son parcours, tout le roman étant finalement un trajet vers le soi. Dans ce roman, la figure de la sorcière représente bien ce qu’elle est (re)devenue au fil du temps : la femme libre et indépendante, qui ne se soumet pas au pouvoir masculin représenté par Zeus, qui se défend des agressions masculines (si elle transforme ses visiteurs en pourceaux ce n’est pas par méchanceté, et c’est très intéressant de relire cet épisode avec les échos de #metoo et de #balancetonporc). Sa puissance est réelle : celle de la métamorphose qui permet de révéler ce que l’on est vraiment. Libre, indépendante, sauvage, solitaire sur son île où elle passe ses journées à vagabonder à la recherche des herbes qui lui permettront de confectionner ses potions, courageuse, elle est aussi habitée d’une force d’amour absolue.

Un magnifique personnage donc au coeur de ce roman envoûtant et profondément féministe ! A lire d’urgence !

Circé
Madeline MILLER
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Auché
Rue Fromentin, 2018 (Pocket, 2019)

Comment devenir une Cosmic Girl, de Mélody Szymczak : plongez dans le flow

Ce livre, je l’ai imaginé comme une flânerie dans mon aventure parisienne, poétique, intuitive et magique ! Je pratique ce que l’on appelle en anglais les manifesting meditations, littéralement des méditations pour manifester sa réalité, et ce depuis que j’ai 10 ans. J’utilise l’écriture intuitive, mes rêves, les tarots, les cristaux depuis plus de deux décennies pour me connecter à mes capacités cosmiques. Mais l’âge adulte et nos jobs connectés finissent par éteindre ou ralentir cette part cosmique. J’ai oublié aussi. Il y a six ans, après quelques années dans l’univers des medias et du digital, une très grosse fatigue et un voyage en Thaïlande, j’ai retrouvé, par étapes et non sans difficultés, cet état intuitif et plus naturel de vivre et de travailler. 

La première fois que j’ai vu ce livre sur Instagram, j’ai d’abord pensé, à cause de sa (magnifique) couverture résolument girly, qu’il s’agissait d’un de ces livres de blogueuses/youtubeuses/instagrameuses comme il en pousse tant, certains étant merveilleux et d’autres du pur marketing creux. Et puis je me suis penchée davantage sur le sujet, appelée par une mystérieuse force, et le fait est que pas vraiment. Il s’agit, de fait, d’un ouvrage de lifestyle et de développement personnel, mais réellement habité par une belle âme.

Le propos de cet ouvrage est donc de réveiller la sorcière (encore qu’elle utilise assez peu ce mot) qui est en nous, de nous connecter à notre moi profond et notre potentiel, bref, de mettre de la magie dans notre vie. D’abord en réveillant la muse qui est en nous et en nous reconnectant à notre intuition, ensuite en prenant soin de nous et de notre corps, en nous plongeant dans notre flow et en nourrissant notre créativité, nos vibrations afin de trouver (enfin) un job qui nourrit notre âme et peut-être notre âme-sœur, et enfin en vivant dans l’abondance, en prenant soin de notre cocon, et en attirant à nous les choses qui sont bonnes pour notre alignement.

Bien sûr, on trouve ici les grands sujets habituels : la Lune, les cristaux, la méditation, l’intuition, les plantes, les rêves, le tarot et les oracles, les intentions, les vision boards, des conseils, des réflexions, des gens inspirants, des rituels… c’est vraiment la personnalité de Mélody Szymczak qui fait tout : si l’objet en lui-même est absolument magnifique et agréable à feuilleter, l’intérieur révèle une belle âme, qui nous prend vraiment par la main pour nous guider, avec beaucoup d’humour, de bienveillance et de légèreté : pour tout dire, en lisant ce livre, j’ai eu l’impression de me faire une nouvelle copine. Pas de dogmes ici ni d’injonctions à devenir un bouddha vegan et minimaliste, pas de conseils contraignants, pas de recherche de la perfection : c’est léger, gai, ça pétille, et Mélody accorde une grande place à tout ce qui est de l’ordre de la beauté, notamment de son intérieur, les plantes qui font du bien à notre aura, la décoration, les fleurs fraîches, toutes ces choses essentielles qui ont tendance à paraître superficielles ailleurs. Grâce à elle j’ai compris beaucoup de choses qui jusque-là m’échappaient un peu (et réussi à le faire fonctionner : pour la première fois j’ai posé une intention et eu une réponse le lendemain) !

Bref, un coup de cœur sur ce livre inspirant (oh combien, grâce à elle je vois plus clairement ce que j’ai envie d’être), qui pétille de jolies choses, de magie et de poésie, plein de conseils réellement applicables. Coup de cœur, aussi, pour la personnalité de son auteure !

Comment devenir une Cosmic Girl. Manuel d’une sorcière moderne
Mélody SZYMCZAK
Hachette, 2019

Les rêves dans la maison de la sorcière de Howard Phillips Lovecraft, Mathieu Sapin et Patrick Pion : nuits de cauchemars

Étaient-ce les rêves qui avaient engendré la fièvre ou bien la fièvre qui avait engendré les rêves, je l’ignorais… Je ressentais seulement, tapie dans l’ombre, l’horreur purulente et glacée de la vieille ville et de cette insalubre et maudite mansarde où j’écrivais et étudiais avec acharnement, aux prises avec les chiffres et les formules. J’avais développé une sensibilité auditive presque surnaturelle et le moindre bruit était devenu intolérable. Il m’avait même fallu arrêter la pendule bon marché posée sur la cheminée et son tic-tac infernal… La nuit, les vibrations lointaines de la ville obscurcie, les affreuses cavalcades des rats derrière les cloisons vermoulues et les craquements des invisibles poutres de cette maison séculaire suffisaient à déchaîner dans mes oreilles un tumulte strident.  

Comme je suis toujours un peu bloquée sur la fiction longue (mais je ne désespère pas, ça va bien finir par revenir) je me suis dit que j’allais tenter la bande dessinée, et j’ai jeté mon dévolu sur cet album, pour la simple et bonne raison qu’il parle de sorcière, et que c’est ma lubie actuelle. Même si dans le cas présent il s’agit de la sorcière telle qu’elle est souvent représentée dans l’imaginaire collectif : vieille, laide et dévouée au Mal à l’état pur.

L’histoire est adaptée d’une nouvelle de  Howard Phillips Lovecraft : un étudiant en mathématiques s’est installé dans la chambre de bonne d’une vieille maison peu accueillante, là même où vécut, deux siècles plus tôt la sorcière Keziah Mason, dont la mystérieuse disparition n’a jamais été élucidée. Quelques mois après son installation, il se met à faire d’étranges rêves…

A ne pas lire avant de dormir, sinon on risque de ne pas fermer l’œil de la nuit ou de faire des cauchemars mettant en scène la sorcière : très sombre, très angoissant, cet album, tant sur le plan de l’histoire que des dessins, fiche vraiment la trouille — tout en nous plongeant dans des abîmes de réflexion, où se mélangent mathématiques, physique quantique (j’avoue : je n’ai pas tout compris) et sorcellerie : bien qu’elle soit, comme c’est la tradition, associée au Mal (ce qui m’a un peu agacée, je dois dire), la sorcière est surtout, ici, celle qui dispose d’un savoir dépassant de très loin celui des plus grands scientifiques et qui, grâce à certaines figures géométriques, parvient à voyager entre les mondes, et notamment la fameuse quatrième dimension !

Un très bel album donc sur un thème assez éculé, et qui parvient à mêler sciences et sorcellerie — tout en faisant peur !

Les rêves dans la maison de la sorcière
Mathieu SAPIN (adaptation) et Patrick PION (dessin)
d’après une nouvelle de Howard Phillips LOVECRAFT
Rue de Sèvres, 2016

Âme de sorcière ou la magie du féminin, d’Odile Chabrillac : l’âme qui agit

A force d’être vilipendées, elles ont fini par se cacher. Encore plus loin. Au sein d’une nuit encore plus noire, dans un sous-bois encore plus profond. Ont-elles disparu pour autant ? Bien sûr que non ! Les sorcières ont juste appris à faire attention, à ne se dévoiler que dans des espaces qu’elles savaient sans danger. Se taire ne signifie pas oublier. Au contraire. A demi-mot, à couvert, le message est passé. Longtemps persécutées, moquées, salies, les sorcières reviennent aujourd’hui. Et ce qu’elles ont à nous apprendre peut réellement changer nos vies. 

On ne peut pas le nier : les sorcières sont à la mode, ce qui tombe bien pour moi qui, comme je l’ai dit lorsque j’ai parlé de l’essai de Mona Chollet sur le sujet, ai toujours été fascinée par cette figure : cela me donne de quoi me nourrir. Cet ouvrage-là, je l’ai vu de nombreuses fois passer récemment sur Instagram : je l’ai pris comme une injonction de l’Univers à m’y plonger.

La sorcière est ici vue pas tant comme une figure strictement féministe (même si, forcément, elle l’est) que comme celle qui met le monde en question, l’interroge, fait bouger les lignes. Celle qui se transforme soi, au cours d’un cheminement spirituel, et qui, par soi, transforme les autres. Devenir une sorcière (ce qui n’implique pas de porter un chapeau pointu et de voler sur un balais) est un chemin, que l’on ne décide pas de suivre, mais qui se fait. Après une première partie historique, au cours de laquelle elle revient sur le gynocide que constitue la chasse aux sorcières, Odile Chabrillac s’intéresse aux valeurs portées par la figure de la sorcière : la liberté (intérieure et extérieure), le lien au corps, à la nudité et à la sexualité, l’importance de la nature, la fonction guérisseuse, l’intuition et les signes, les énergies, la solitude positive et la sororité. Enfin, dans la dernière partie, plus pratique, elle propose quelques clés d’initiation pour mettre de la magie dans sa vie, c’est-à-dire la vivre de manière consciente et puissante : se purifier, se ressourcer, vibrer, s’ancrer, avoir confiance en soi, développer son intuition, ritualiser, s’engager.

Dire que cet essai m’a passionnée est encore un euphémisme : je l’ai littéralement dévoré. Les deux premières parties, plus « théoriques », constituent un excellent complément à l’ouvrage de Mona Chollet (où l’inverse puisqu’il est paru avant), dans lesquelles l’auteure aborde vraiment (en s’appuyant sur son expérience personnelle) tous les aspects de la question — notamment sur la sexualité, sujet sur lequel j’avais trouvé Chollet un peu prude. Quant à la partie pratique, il y a évidemment des points qui m’ont parlé, d’autres moins, ce qui est normal puisque chacun suit un chemin qui lui est personnel, mais encore une fois j’ai vécu de nombreuses synchronicités, et même carrément une « illumination » qui a radicalement changé ma manière de voir certaines choses en les éclairant différemment (au lieu de me centrer sur moi, comme d’habitude, j’ai pris les événements dans l’autre sens, et j’ai compris un truc essentiel — et du coup je me suis remise à écrire).

Etre sorcière,  c’est donc avant tout une manière de vivre, à l’écoute de soi et du monde — une vie consciente, où l’on est pleinement soi !

Et vous, êtes-vous une sorcière ou un sorcier ?

Âme de sorcière ou la magie du féminin
Odile CHABRILLAC
Solar, 2017

L’éternelle sorcière, de Diego Vivanco et Ana Maria Parra : la puissance invaincue des femmes

Nous nous méfions des femmes parce qu’elles sont tentatrices, séductrices et manipulatrices. Nous redoutons les femmes qui désobéissent, résistent et se rebellent. 

J’imagine que Netflix est télépathe, sinon je ne vois pas pourquoi il m’a proposé l’autre jour cette série (alors que j’étais partie pour voir Sex education, que je n’ai toujours pas vu étant donné qu’après je me suis lancée dans autre chose, bref), qui n’a pas grand chose à voir avec ce que je regarde d’habitude, mais tout à voir avec mes sujets de préoccupation actuels. C’est plutôt une série pour adolescents, ce qui est dommage d’ailleurs à mon avis, et depuis elle a fait polémique (comme à peu près tout de toute façon), j’y reviendrai plus loin.

En 1647, à Carthagène des Indes en Colombie, Carmen, une sorcière, est envoyée au bûcher dont elle s’échappe en voyageant dans le temps. Elle se retrouve donc en 2019, avec la mission de remettre une pierre à une sorcière du XXIe siècle qui pourra ainsi libérer le grand sorcier qui l’a aidée à s’échapper, et elle pourra sauver l’homme qu’elle aime.

Dans la série, la sorcière incarne bien la femme rebelle : rebelle contre l’ordre patriarcal, rebelle contre la religion catholique intolérante, rebelle contre l’ordre social ; femme, esclave mulâtre, elle sait pourtant lire et écrire, soigne les gens, et entretient une relation amoureuse avec le fils de son maître. Tout ce que son époque rend impossible, bien sûr.

Alors on est d’accord, ce n’est pas la série du siècle, elle souffre de nombreuses faiblesses : certaines choses sont vraiment incohérentes et la question du pouvoir féminin n’est qu’effleurée alors qu’à mon avis elle était au centre : tout au plus a-t-on quelques remarques de Carmen concernant l’émancipation et l’éveil des femmes au XXIe siècle, et un gentil cercle féminin de kundalini yoga sur le chakra sacré. Cela fait peu, d’autant que j’ai été un peu gênée aux entournures par le fait que le grand sorcier puissant soit un homme.

De fait, le vrai problème de cette série, c’est que ça reste à la surface des choses : tout est effleuré, rien n’est creusé. D’où peut-être les reproches violents qui lui sont faits et qui auraient pu être (peut-être) évités si le travail avait été mené en profondeur.

Après, je trouve tout de même la polémique un peu exagérée. En gros, ce qu’on reproche à la série, c’est qu’au lieu de se battre pour sauver son peuple de l’esclavage, elle ne songe qu’à retourner dans le passé pour sauver son maître blanc, et que cela « érotise » (entre guillemets, la série étant pour les adolescents d’érotisme il n’y a pas) la relation dominant/dominé. Alors certes, la série aurait pu davantage insister sur les violences de l’esclavage (c’est fait, mais pas creusé, encore une fois). Mais reprocher aux scénaristes l’histoire d’amour alors que justement il me semble que l’un des enjeux de la série c’est la force invaincue de l’amour éternel qui défie toutes les lois (amour sincère et réciproque : il est prêt à tout abandonner, jusqu’à sa vie, pour elle), c’est un peu reprocher à l’eau de mouiller. Et reprocher à Carmen de ne pas se servir de ses pouvoirs pour sauver son peuple plutôt que son amour, c’est d’un côté méconnaître ce qu’est l’amour, et surtout oublier une chose : on ne peut pas changer le passé. Elle sait donc que ses pouvoirs (qu’elle découvre au fur et à mesure) ne peuvent rien faire, sinon à la marge (et c’est ce qu’elle fait à un moment, et cela mène à une prise de conscience chez certains).

Bref, j’aurais bien dit que j’étais curieuse de voir la saison 2, mais à mon avis il n’y en aura pas ! Cela reste donc une série gentillette…

Siempre Bruja / L’Eternelle sorcière
Diego VIVANCO et Ana Maria PARRA
Netflix, 2019