Moodboard #11 (Glamourama)

Glamourama

Le glamour, comme l’élégance, a quelque chose d’indéfinissable. Si l’on essaie tout de même, on pourrait dire que c’est une beauté un peu mystérieuse, sensuelle et sexy. Mais il y a aussi, dans le glamour, quelque chose d’un peu distant, sophistiqué. C’est un mélange d’attitude et de savoir faire vestimentaire.

A l’origine, il vient du mot écossais désignant un sortilège de changement d’apparence opéré par les fées ou les sorciers malfaisants. Il est du côté du magique, de l’envoûtement, de la séduction.

Une jolie légende étymologique : ce glamour serait une altération de l’anglais grammar, du français « grammaire » qui aurait aussi donné grimoire (livre de magie). Cette légende vient de Mallarmé qui avait établit le lien étymologique entre le terme de grimoire et de grammaire; le premier, pensait-il, étant une variante du second. Idée fausse, mais que je trouve jolie : le glamour, c’est la grammaire de la sorcellerie…

Souce des photos : Pinterest

Les Sorcières d’Eastwick, de George Miller

 

Witches_of_Eastwick__Aff_Je ne crois pas que les hommes soient la réponse à tout.
— Alors pourquoi on finit toujours par parler d’eux ?

Ce film, c’est l’une de mes petites madeleines. Pour une raison que j’ignore, lorsque j’étais adolescente, c’est ce film qu’on nous projetais toujours dans le car lors des sorties scolaires (oui je ne sais pas pourquoi à l’époque on nous projetais des films dans le car… bref). Autant dire que je l’ai vu un certain nombre de fois, et que compte tenu des circonstances, j’éprouve pour lui une certaine tendresse.

A Eastwick, étouffante bourgade marquée par le puritanisme, trois femmes se sont liées d’amitié : Jane, la rousse, divorcée, est professeur de musique et n’a pas d’enfant ; Sukie, la blonde, est journaliste et mère de six petites filles que leur père a abandonnées ; Alexandra, la brune, est veuve et mère d’une grande fille. Un soir, alors qu’une pluie diluvienne s’abat sur la ville, elles invoquent l’arrivée d’un homme idéal qui les sortirait de leur marasme, alors qu’au même moment s’installe en ville un homme étrange, Daryl Van Horne…

Alors ce film, adapté d’un roman de John Updike, est d’abord un divertissement : très drôle, bourré de scènes d’anthologie dont certaines sont à dire vrai un peu écœurantes dans leur volonté de parodier L’Exorciste (mais là où L’Exorciste terrifie, Les Sorcières d’Eastwick fait rire), le film jouit d’une distribution impeccable. On notera évidemment la prestation ébouriffante de Jack Nicholson, qui campe un diable tellement crédible que depuis que j’ai vu ce film, je n’arrive pas à l’imaginer autrement !

Mais par-delà le divertissement, ce film n’est pas dénué d’une véritable profondeur, et propose une véritable réflexion féministe doublée d’une critique du puritanisme (les deux allant de pair, du reste). Féministe, parce qu’à bien y regarder, nos trois femmes incarnent la totalité des possibles féminins : la brune, la blonde, la rousse ; celle qui a six enfants, celle qui en a un, celle qui n’en a pas ; celle qui préfère les grosses (b***), celle qui préfère les moyennes, celle qui aime mieux les petites (le tout étant de savoir s’en servir). Chacune a des désirs différents, et pour chacune Daryl incarne l’homme qu’elle veut qu’il soit. Mais pas seulement : il les révèle à elle-même et leur apprend qu’elles sont des femmes libres, des femmes fortes, il les pousse à se dépasser pour devenir ce qu’elles sont en s’affranchissant des normes puritaines. Du coup, elles s’affranchissent aussi de lui, ce qui prouve qu’il a réussi son coup, finalement. Et le choix de la sorcellerie n’est pas anodin : très pédagogique, le film l’explique par le biais de Daryl ; la chasse aux sorcières, c’est « les hommes qui débandent lorsqu’ils rencontrent des femmes fortes, alors ils les brûlent en les appelant sorcières ». Et une femme forte, c’est aussi et surtout une femme qui assume sa sexualité : le film ne montre pas de scènes érotiques, mais en revanche les personnages en parlent de manière totalement décomplexée et crue, et on voit bien comment la petite communauté érotique formée par nos quatre personnages choque les voisins bien pensants. Le Diable, ici, est tout simplement la métaphore d’une sexualité libre et assumée, affranchie des convenances.

The Witches of Eastwick
George MILLER, d’après le roman éponyme de John UPDIKE
Etats-Unis, 1987

La Wicca, de Scott Cunningham

10557045166_4718c9a7d5_oContrairement à la croyance populaire, la magie n’est pas surnaturelle. Il est vrai qu’il s’agit d’une pratique occulte (cachée), imprégnée de millénaires de secrets, de calomnies et d’informations erronées, mais il s’agit d’une pratique naturelle qui met à profit des forces réelles qui n’ont pas encore été découvertes ou étiquetées par la science.

En ce jour d’Halloween, j’ai pensé que c’était la date toute trouvée pour vous parler de ce petit livre consacré à la Wicca, forme de spiritualité plus que religion dont Samain, l’ancien nom d’Halloween, est une des fêtes clés. De fait, je me suis toujours sentie plus proche de ce type d’aventures spirituelles que des religions institutionnelles que je juge trop rigides, et la wicca est l’une des plus anciennes, celle que l’on attribue aux sorcières, même si le nom est souvent péjoratif et véhicule nombre de fantasmes.

Ce livre est un guide à la fois théorique et pratique de la wicca. Fondé sur l’expérience personnelle de l’auteur et non sur la révélation de dogmes anciens et universels, il est composée de trois parties : une partie théorique pour comprendre les fondements et les croyances de la Wicca, et deux parties pratiques : des exercices et l’apprentissage des rituels d’une part, et le « livre des ombres des pierres debout », à savoir les sortilèges, recettes et invocations recueillis par l’auteur, d’autre part.

N’étant pas spécialement candidate à la pratique de la magie (même si je suis d’accord avec la définition qu’en donne l’auteur, à savoir qu’il s’agit de quelque chose d’inexpliqué mais pas forcément inexplicable), j’ai surtout été intéressée par la partie théorique, absolument fascinante et qui peut intéresser tous ceux que les questions spirituelles touchent, puisque finalement, ce qui est au coeur de cette pratique, c’est la connaissance de soi et l’ouverture de la conscience au monde, et en cela elle est très proche de nombre de développements plus ou moins ésotériques actuels. La wicca se fonde sur un polythéisme résolu en bithéisme : une divinité jumelle constituée d’un principe mâle, le dieu, et d’un principe féminin, la déesse, égaux et complémentaires, à la fois lumineux et obscurs, et invoqués ensemble (même si, en réaction contre le patriarcat dominant le monothéisme certaines branches de la wicca ont tendance à axer leurs rituels sur la déesse). Ce qui est important dans cette pratique, c’est, outre la communion avec les éléments naturels, dont émane la magie, qu’il n’y a pas de rituels ni de dogmes fixes : il s’agit d’un cheminement personnel et individuel, dans lequel chacun trouve sa voie, qui n’est pas la même que celle du voisin puisque, en prenant en compte la spirale des réincarnations, chacun n’a pas le même plan à accomplir dans cette vie. Bref, tout cela est passionnant d’un point de vue intellectuel, et donne à réfléchir sur des sujets qui, de toute façon, m’intéressent beaucoup.

Les deux autres parties m’ont un peu moins parlé même si j’y ai trouvé des éléments intéressants, notamment en ce qui concerne la respiration, la méditation ou la visualisation. La constitution d’un rituel et les diverses recettes, pour le moment, ne me seront pas utiles (mais pourront éventuellement me servir dans un texte futur, sait-on jamais).

Bref, un livre à conseiller à ceux qui ont l’esprit ouvert. Le propos de l’auteur n’est pas de convertir qui que ce soit, mais juste de donner des informations sur l’une des plus anciennes formes de spiritualité de l’histoire humaine. Quant à moi, je vais aller mettre mon chapeau pointu et grimper sur mon balai !

La Wicca
Scott CUNNINGHAM
J’ai Lu, 2013

1948621392
Chez Lou et Hilde