Le musée des lettres et des manuscrits

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L’autre jour, mes pas m’ont enfin portée au musée des lettres et des manuscrits, boulevard Saint Germain. Cela faisait plusieurs mois que je désirais le visiter, sans pour autant en trouver l’occasion, mais comme j’avais très envie de voir l’exposition consacrée à Cocteau, celle-ci était enfin trouvée, d’autant qu’il faisait beau et que j’avais très envie de me balader sur le boulevard…

L’immeuble qui abrite le musée est un ancien hôtel particulier, au 222 (un peu plus haut que le Flore), pourvu d’une jolie cour : propre, lumineux, accueillant, dans un quartier finalement parfait pour ce genre d’institutions, on se sent tout de suite bien dans cet endroit auquel il ne manque qu’un café (sauf si on considère le Flore comme une annexe…).  Le musée lui-même est divisé en deux parties : sur la mezzanine, la boutique (haut lieu de perdition) et les expositions temporaires, et en bas les collections permanentes.

En ce moment, l’exposition temporaire est consacrée à Cocteau, je vous en avais parlé : c’est une petite exposition, mais rudement intéressante, bien documentée, les objets exposés sont fascinants et l’ensemble retrace bien la vie et la carrière de Cocteau. Beaucoup d’éléments sont consacrés au cinéma, et ce serait presque mon seul reproche car finalement, n’est-ce pas redondant avec l’exposition de la cinémathèque ? A voir…

En regard de l’exposition consacrée à Cocteau, un hommage est rendu à Edith Piaf, une de ses proches amies. La légende veut qu’ils soient morts le même jour (ce qui n’est pas tout à fait vrai) et que la mort de Piaf aurait à la fois provoqué et éclipsé celle de Cocteau. Espace intéressant, composé essentiellement de lettres.

Quant aux collections permanentes… je pense que c’est un lieu où il faut aller plusieurs fois pour tout voir avec un minimum d’attention. Les manuscrits et autres écrits sont répartis en domaines : Histoire, Sciences et découvertes, Musique, Arts, Littérature, cette dernière section étant bien entendu celle qui m’a le plus intéressée : avoir sous les yeux les mots écrits de la main de Proust, de Hugo, de Vian, de tant d’autres m’a littéralement envoûtée. L’avantage en outre est qu’il y a peu de monde, donc on peut errer, vagabonder, rêvasser, admirer… enfin j’y étais bien, à m’imprégner de l’esprit de tant de génies. Oui, c’est un peu comme si ce lieu était habité, presque hanté, et j’en ferai certainement un lieu de… promenade ? Méditation ? Pèlerinage ? Régulier…

Disons que je pense que lorsqu’on aime l’écrit, on ne peut qu’aimer ce lieu !

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Toute une vitrine est consacrée à George Sand…

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Musée des lettres et des manuscrits
222 bd Saint-Germain, Paris

Instantané #7

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C’était la première fois que je m’offrais un petit bout de ce qu’il est convenu d’appeler un mythe, sans doute très snob, mais je suis snob : un café à la terrasse du Flore, histoire de voir si par hasard une part du génie des habitués passés et présents ne serait pas contagieuse  (et si j’ajoute qu’à la table du Flore j’ai écrit quelques lignes dans mon carnet Moleskine, vous allez vous dire que je suis définitivement perdue… perdue, mais dans l’esprit germanopratin). Le café n’a en soi rien d’exceptionnel, mais les serveurs sont aimables et ne se prennent pas pour des divas. Ce qui nous change de certains restaurants, n’est-ce pas…

Tyrannicide, de Giulio Minghini

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Pécherais-je vraiment par injustice si je vous disais que c’est votre faute, Philippe Sollers, si ma renommée dans le monde des lettres françaises n’est pas encore faite ? Si, à cause de cette reconnaissance manquée, refusée, littéralement confisquée, je me suis vu contraint de mendier auprès de l’Education nationale un poste non pas déshonorant, mais très au-dessous de ma juste valeur ? Si ma prose, trop étrangère à vos nauséeuses expérimentations (je parle de l’époque où vous pataugiez encore au Seuil) — et davantage encore à vos derniers ouvrages de vulgarisation, triviaux et aussi insipides qu’une tasse de verveine froide — n’a pas trouvé sa place dans votre catalogue ? Aviez-vous jugé mon style trop audacieux ? Trop dérangeant ? Je ne le saurai sans doute jamais. Sûrement pas dans l’air du temps, ça je suis prêt à parier que non, ni assez « germanopratin ».

Le narrateur, persuadé d’être un génie incompris, écrit à Philippe Sollers, qui vient pour la sixième fois de refuser son manuscrit, cette fois accompagnant son refus d’un petit mot manuscrit et de la fiche de lecture, dont le narrateur estime le contenu infamant.

Le narrateur écrit à Sollers, donc, et le moins que l’on puisse dire est qu’il n’y va pas avec le dos de la cuillère. Mise à mort du tyran de l’édition, ce texte est aussi, à bien des égards, une mise à mort du père, celui que l’on a jadis admiré et qu’on abhorre désormais tant il nous a déçu. Très œdipien. Car voilà : notre narrateur, comme beaucoup de jeunes littérateurs, n’imagine pas publier ailleurs que chez Gallimard, temple de la littérature, seule maison d’édition assez prestigieuse pour accueillir sa prose. Jouissivement polémique, ce texte s’attaque donc assez violemment au petit monde de l’édition, accusé preuve à l’appui de ne pas lire les manuscrits et de rester exclusivement germanocentrée et mondaine : accusations classiques, habituelles, et Sollers, « mandarin égocentrique des lettres françaises », prend un peu pour tout le monde, finalement.

Si c’était tout, donc, ce texte serait certes passionnant, mais n’offrirait pas grand chose de nouveau sous le soleil de la rive gauche. Mais voilà : chemin faisant, le narrateur défend son livre point par point, dans une réflexion qui tient à la fois de la glose métalittéraire d’un roman qu’on n’a pas lu (et que franchement on n’a pas vraiment envie de lire) et d’une glorification de l’acte d’écrire. Écrivain raté, le narrateur n’en est pas moins convaincu de son immense talent.

Du coup, le texte se lit à un double niveau, sans doute : à la fois critique du monde de l’édition, sans doute, mais aussi de la manie de tout un chacun de vouloir écrire et se croire un génie. La fin, vertige de mise en abyme à plusieurs degrés, est tout simplement brillante.

Pour ma part, j’espère que Philippe Sollers a de l’humour, ou que les éditions Nil ont de bons avocats…

Tyrannicide
Giulio MINGHINI
Nil, 2013

Lu aussi par Asphodèle

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By Hérisson