Bucket list

J’ai l’impression que ces derniers temps, beaucoup de gens se sont interrogés sur toutes ces choses qu’ils voudraient faire et ne font jamais. Ces choses que nous aimerions faire avant de mourir, et que nous repoussons toujours à plus tard. Parce que, toujours pris dans le tourbillon de la vie, nous n’avons « pas le temps ». Or ces derniers mois, ponctuellement enfermés chez nous, à l’arrêt, du temps nous avons eu, et surtout celui de prendre conscience que tout pouvait arriver, n’importe quand. Certains veulent tout changer dans leur vie (j’en fais partie), d’autres y mettre plus de fun, de plaisir, d’aventure. Pour rédiger ma bucket list j’ai choisi cette deuxième option : publier mon roman, déménager, tout ça pour moi c’est un peu différent, ce sont des projets de vie, des objectifs, alors que selon moi la bucket list est une liste de choses que j’aimerais réaliser, certes, mais des choses qui mettent du piment, font pétiller les yeux, des expériences, mais ne constituent pas le socle de ma vie. Il y a donc des voyages (en réalité ma liste de lieux est beaucoup plus longue que ça : je n’ai mis que ce qui demande une certaine organisation), des activités nouvelles, des apprentissages…

Alors j’aimerais… Apprendre à monter à cheval // Faire du surf // Apprendre le portugais et m’installer quelques mois au Portugal // Donner une conférence TedX // Faire de la plongée sous-marine // Dormir dans une cabane dans les arbres // Parcourir tout le Royaume-Unis en voiture // Photographier les champs de tulipes aux Pays-Bas // Organiser une exposition // Faire du chien de traîneau // Monter en montgolfière et survoler les volcans d’Auvergne // Regarder le soleil se coucher depuis la terrasse d’un joli restaurant en Grèce en buvant un verre // Faire une simulation d’apesanteur // Passer le nouvel an à New-York // Voir un volcan en éruption (de loin) // Pique-niquer sous les cerisiers en fleurs au Japon // M’inscrire à un cours de théâtre d’improvisation // Passer une nuit toute seule dans un musée…

Et vous, qu’est-ce que vous aimeriez faire de nouveau, de palpitant, d’aventureux ?

Le journal des rêves

Les rêves et moi, c’est une histoire longue comme ma vie. Je suis hyperonirique (c’est-à-dire que je rêve dans toutes les phases de mon sommeil, du moment où je m’endors à celui où je me réveille), ils sont souvent assez clairs au niveau du sens, et je m’en souviens plutôt bien la plupart du temps. Certains m’ont même tellement marquée que des années après, je m’en rappelle aussi parfaitement que d’événements vécus. Je vous ai déjà parlé de celui que j’avais fait, adolescente, dans lequel je découvrais que j’étais une extra-terrestre et que je partais pour rejoindre ma planète en traversant une forêt de symboles. Par contre je ne crois pas (mais c’est possible que si) vous avoir raconté celui que j’ai fait il y a deux ans, la veille d’un événement totalement inattendu vu les circonstances et qui a bouleversé toute ma vie, en tout cas intérieurement : j’achetais une grande maison, et je cassais tout à l’intérieur pour tout refaire (ceux qui s’y connaissent en interprétation des rêves, à lire ça, on sans doute esquissé un petit sourire). En ce moment, je rêve souvent de bébés (qui parfois représentent mon enfant intérieur, d’autres fois mes projets).

Quand j’étais adolescente, je faisais aussi beaucoup de rêves prémonitoires, mais à part le rêve de la maison raconté ci-dessus, je n’en fais plus. Il faut dire que ce n’était pas très utile, vu que j’étais simplement avertie de ce qui allait se passer mais ne pouvais rien y changer.

Cette année, j’ai décidé de travailler encore davantage avec mes rêves, avec un carnet spécial (je ne suis plus à un carnet près). J’avais déjà essayé, de noter mes rêves et de les analyser, notamment après la lecture de L’Art de rêver de Nicole Gratton. J’ai d’ailleurs toujours ce carnet. Mais là j’ai décidé d’être encore plus efficace : je me suis offert un beau carnet spécial qui me tentait depuis des semaines : The Dream Journal de Cocorrina.

Cocorrina est une illustratrice dont j’ai découvert par hasard le travail sur Instagram (elle fait de sublimes gifs) et qui m’enchante tant son univers me correspond parfaitement. Donc j’ai commandé ce journal des rêves, qui non seulement est absolument sublime, mais parfaitement adapté à la lecture des rêves.

 

 

Le journal des rêves
Le journal des rêves

Chaque double page s’organise de manière à tirer le meilleur parti des rêves. D’abord la date, les heures de sommeil et le titre du rêve (c’est très important de donner un titre, car le titre qui va « venir » est déjà un début d’interprétation. Ensuite la phase de la Lune (je compléterai par le signe dans lequel elle est, et à quoi ça correspond en me servant des Gardiennes de la Lune de Stéphanie Lafranque) et les émotions ressenties. Enfin, concernant le rêve proprement dit : les symboles et sentiments importants, et le récit/interprétation (à ce sujet, je déconseille fortement les clés des rêves : je trouve au final le Dictionnaire des symboles de Chevalier et Gheerbrant chez Bouquin, de toute façon un outil indispensable, beaucoup plus éclairant). Enfin on coche pour indiquer s’il s’agit d’un rêve récurrent et/ou lucide.

Voilà, je suis ravie de mon outil qui va peut-être me permettre de mieux comprendre certaines choses, et qui en plus sera joli sur ma table de nuit !

Et vous, vous avez quelle relation avec vos rêves ?

Gardiennes de la Lune de Stéphanie Lafranque et Vic Oh : vers la voie du féminin sauvage

Au milieu de ce monde chaotique, quelque chose de puissant nous appelle. En tant que femmes, notre place est en train de se redéfinir, un équilibre cherche à se mettre en place dans le lien aux hommes et à la nature. Respecter notre essence, c’est respecter notre Terre, c’est se sentir à sa place au cœur de l’univers. Devenons à notre tour, comme les prêtresses des temples antiques, des gardiennes de la Lune. Apprenons à déchiffrer ses énergies, à lire ses phases, à ressentir son passage dans les constellations, à utiliser les archétypes lunaires, à redécouvrir la sagesse ancestrale des plantes magiques et à faire entrer le rite dans nos vies. Lors des deux grands portails énergétiques du mois, à la Nouvelle Lune et à la Pleine Lune, appuyons-nous sur les forces naturelles qui sont à l’oeuvre pour vivre notre cyclicité. Comme les marées océaniques, nous avons nos propres mouvements intérieurs. Les révéler nous fait prendre conscience de l’impermanence de toute chose et nous permet de sentir notre appartenance à un système plus grand que nous-mêmes. 

Comme vous pouvez le constater, je poursuis mes investigations sur la Lune, la magie, les rituels, le féminin sauvage et sacré. En fait, je crois qu’un livre est en train de bouillonner quelque part en moi, même si ce n’est pas encore d’actualité. Et à force de le voir passer sur mon feed Instagram, j’ai craqué sur ce très beau livre de Stéphanie Lafranque (qui contribue aussi à Druidéesse), illustré par Vic Oh.

Le propos de cet essai/guide est de renouer avec son féminin sacré et sauvage, son intuition, sa puissance, en se reliant à la Lune. La première partie de l’ouvrage est constituée de courts chapitres sur l’histoire de la Lune et ses différents cultes, la connexion entre les femmes et la Lune (et bien sûr les cycles) et la nature, tout ce qu’il y a à savoir sur la Lune, ses phases et sa terminologie, la manière de se relier à elle (le cadran vu chez Miranda Gray, mais aussi les rêves), la Lune et le zodiaque (le rôle de la Lune dans notre thème astral mais aussi la Lune dans les différents signes et comment cela influence les rêves), la Lune Noire et les mémoires karmiques, et la Lune au cours de l’année. La deuxième partie est constituée d’un éphéméride, débutant comme il se doit au mois de mars qui est le début de l’année énergétique et zodiacale, avec les énergies, les plantes, les archétypes féminins associés, et les rituels…

C’est d’abord, comme vous pourrez le constater si vous allez jeter un œil aux comptes Instagram de l’auteure et de l’illustratrice, un magnifique objet, que l’on prend plaisir à feuilleter. Mais c’est surtout un ouvrage simple, très clair, très inspirant, un guide à avoir toujours sous la main. Très instructif : moi qui commençait à avoir un peu l’impression d’avoir fait le tour du sujet, j’ai appris énormément de choses : il aborde beaucoup la question des rêves, que je n’avais pas encore croisée tant que ça dans ce type d’ouvrages, à ma grande déception d’ailleurs (mais c’est un sujet que j’ai vraiment envie de creuser) et donne des pistes pour mieux se connecter aux siens ; il aborde également de manière assez intéressante (et compréhensible !) l’astrologie, domaine que je n’ai pas trop exploré jusqu’à présent et certaines choses m’ont un peu déstabilisée : je suis allée voir ma Lune Noire/Lilith, et je suis un peu tombée de ma chaise (enfin du canapé) tellement c’était d’une justesse impressionnante, notamment en lien sur ce que je savais déjà sur la question.

Bref, un ouvrage que je recommande, que vous vous y connaissiez ou non dans les domaines un peu « ésotériques » : c’est à la fois une très bonne introduction, mais aussi un très bon complément à ce qu’on peut lire par ailleurs. Et, encore une fois : c’est beau !!!!!

Gardiennes de la Lune. Vers la voie du féminin sauvage
Stéphanie LAFRANQUE et Vic OH
Solar, 2019

Qu’avons-nous fait de nos rêves d’enfant ?

L’autre jour, pour le Truc (qui décidément m’entraîne dans des réflexions existentielles sans fin) je réfléchissais à mes rêves d’enfants et à ce que j’en avais fait (je pense qu’on a là un des effets de la crise de la quarantaine, ne nous leurrons-pas). La question centrale, évidemment, était de savoir ce que la petite fille que j’étais aurait pensé de la femme que je suis devenue. La réponse évidente est qu’elle serait sans doute déçue, mais cette réponse m’a permis de mettre le doigt sur le problème autour duquel je tournicote depuis des années : mes incohérences, mes contradictions, mon sentiment constant d’être écartelée, clivée.

En fait, j’en suis arrivée à la conclusion qu’au lieu de suivre mes propres désirs, j’ai suivi ceux qu’on a formulés pour moi et dont je me suis convaincue qu’ils étaient les miens (« on » étant très divers et recouvrant à la fois ma famille, mes profs et certainement aussi la société).

Je l’ai déjà raconté, la petite fille que j’étais voulait être écrivain. Elle passait des heures à inventer des histoires rocambolesques pour ses poupées, à inventer des dialogues aux bande-dessinées dont elle ne savait pas encore lire le texte. Plus tard, à taper à sa machine à écrire ou à remplir les pages d’un cahier sur la couverture duquel elle avait écrit « roman ». A raconter tout un tas de choses dans son journal intime (que je donnerais cher pour les retrouver, ces journaux !). A écrire une pièce de théâtre avec une amie. Elle voulait être écrivain (et comédienne aussi). Ça, je l’ai déjà raconté, mais il me manquait une clé : pourquoi elle a arrêté d’écrire, cette petite fille, alors que c’était sa passion ? Et bien je crois que c’est tout simplement parce qu’on lui a dit qu’écrivain, ce n’était pas un métier (ce qui n’est pas complètement faux du reste). Alors la petite fille devenue adolescente a rangé son rêve et s’est mise en quête d’un vrai métier. Elle est devenue prof, parce que cela lui permettait de résoudre (croyait-elle) cette contradiction : vivre de la littérature tout en ayant la sécurité de l’emploi. Alors que ça n’a jamais été une vocation (et que très honnêtement, vu ce qu’elle en bavait avec les autres élèves à l’école, ce n’était peut-être pas le choix le plus opportun). Et que ça ne la rend pas heureuse, ça ne l’épanouit pas (même si c’est mieux depuis quelques années, et de fait depuis qu’elle s’est remise à écrire, comme quoi il n’y a pas de hasard). Je n’aurais pas dû oublier ce rêve, le mettre entre parenthèse, et ne prendre le « vrai métier » que comme un filet de sécurité, nécessaire mais secondaire (et en choisir un autre éventuellement, même si je soupçonne que ce choix n’était pas non plus anodin puisque l’enseignement m’a aussi permis de résoudre cette problématique de harcèlement scolaire que j’ai subi : mes premières années j’en ai vraiment bavé avec les élèves et j’avais l’impression de revivre mes cauchemars, parce que j’avais tout simplement peur d’eux et je m’obstinais dans un positionnement qui ne m’allait pas ; aujourd’hui ça va mieux, j’ai plus d’assurance et j’arrive à être moi-même et je crois que c’est le signe qu’il faut que je passe à autre chose).

Et puis, la petite fille que j’étais rêvait du grand amour. Elle n’imaginait pas sa vie sans amour, et pour elle c’était essentiel. Et puis on lui a dit que le plus important c’était de bien travailler à l’école pour avoir un bon métier, pas d’avoir un petit copain. Alors elle a mis ça entre parenthèses, elle s’est dit on verra plus tard. Elle a fait ses études, eu quelques petits copains quand même mais juste pour s’amuser puisqu’on verrait plus tard pour le grand amour, quand elle aurait un travail. Plus tard est venu, mais c’était compliqué parce qu’elle ne savait pas trop s’y prendre (émotionnellement s’entend) et plus c’était compliqué plus elle se disait que c’est qu’au fond d’elle elle ne le désirait pas, qu’elle n’était pas faite pour ça, voilà. Elle voulait être indépendante, enfin elle ne savait pas : elle était incapable de faire la différence entre ce qu’elle désirait vraiment et ce qu’elle croyait désirer, et dans quel sens ça fonctionnait, cette contradiction. Elle était perdue, et assez malheureuse. Et elle avait peur de ce sentiment amoureux qu’elle ne connaissait pas et qui risquait de bouleverser la stabilité insatisfaisante mais finalement confortable de ce qu’elle avait toujours connu. (Ceci explique pourquoi je me suis récemment mise dans une rage folle à propos d’un truc qui tourne sur Facebook et qui dit d’apprendre aux petites filles à étudier et voyager plutôt qu’à chercher un mari : à part faire naître des contradictions insolubles chez les enfants, ça ne mènera pas à grand chose… Moi je veux qu’on leur dise, aux petites filles, que c’est bien sûr important de s’épanouir professionnellement, mais que l’amour, c’est essentiel aussi, et que ça fait partie de l’épanouissement de soi — sauf si elles ne le veulent pas elles).

En fait, elle a toujours vécu avec cette certitude inconsciente et qui a tout bloqué parce que l’inconscient est une force à la puissance inimaginable, qu’elle ne pouvait pas tout avoir et qu’elle devait faire des choix, et des choix raisonnables. Ça a toujours été son problème, les choix. Dans la vie courante, elle essaie toujours d’éviter d’avoir à choisir alors que pour l’essentiel, elle a choisi un jour de sacrifier ses rêves.

La petite fille que j’étais, aussi, adorait être une petite fille, pour rien au monde elle n’aurait voulu être un garçon, et elle n’a jamais considéré que c’était une faiblesse, au contraire. Elle se sentait, pleinement et archétypalement, une fille, adorait jouer à la poupée, mettre des jolies robes — et délaissait les jeux de garçons que néanmoins certains lui offraient. Ou alors elle faisait semblant, pour faire plaisir, mais ça ne l’intéressait pas. Et puis (mais plus tard, quand elle était une jeune adulte) lui est venue une certaine culpabilité, quand on lui a mis en tête que ce n’était que des constructions sociales, qu’elle n’aimait pas vraiment ça, qu’elle n’aimait ça que parce qu’elle croyait que c’était ce que devait aimer une fille (certains profs ont même essayé de la détourner de l’idée de faire un bac L et l’ont encouragée à faire un bac S, parce qu’ils croyaient qu’elle choisissait « une voie de fille », alors que la littérature anime son âme et que les sciences la font vomir. Pour une fois, elle a tenu bon et n’a pas renoncé à son désir). Alors elle aimait toujours les vêtements, le maquillage, faire naître le désir dans les yeux de l’autre sexe, séduire, mais elle était mal à l’aise. Tellement qu’elle en a fait l’objet de ses recherches universitaires, de la parure féminine, de l’Eternel Féminin (Salomé déjà, à l’époque), sans doute pour essayer d’y trouver la clé de ce qu’elle était. Elle a lu à peu près tout ce qui s’est écrit sur les gender studies, en anglais parce qu’à cette époque-là Butler n’était même pas traduite. Deux rayons entiers de sa bibliothèque peuvent témoigner de cette obsession, assez contradictoire puisqu’elle s’intéressait à la fois aux grandes séductrices, aux cultes de la Grande Déesse, et à la déconstruction des archétypes. Elle s’est beaucoup agacée et torturée, s’est dit que oui peut-être elles avaient raison, Butler et compagnie, mais que quand même, elle ressentait tout ça comme intimement faux. Avant de comprendre (mais ça a mis du temps, entre comprendre et intégrer) qu’elle était comme ça, que les archétypes ne naissent pas de rien, que certaines femmes ne s’y identifient pas du tout et qu’elles ont bien le droit, mais qu’elle, elle était comme ça, et que oui, elle avait le droit aussi. Aujourd’hui, elle continue de s’agacer face à certaines féministes qui condamnent la séduction et la coquetterie exactement comme le font certaines religions, et n’acceptent pas que l’on puisse réellement se sentir bien et parfaitement soi-même en étant « féminine ». Qui se croient autorisées à parler au nom de toutes les femmes, comme si nous étions toutes pareilles. (on reparlera très vite de cette question puisque c’est l’objet d’un essai que je viens de lire).

Et puis un jour, elle est tombée follement amoureuse, et son désir d’écriture est revenu (je pense que chez moi les deux sont indissolublement liés : il y a des femmes, quand elles tombent amoureuses, qui ont envie d’avoir un enfant ; moi j’ai envie d’écrire des romans). L’histoire n’a pas fonctionné, mais depuis elle écrit, et tourne autour de ces contradictions qui la construisent. Ses personnages sont toujours des êtres contradictoires et incohérents qui ne savent pas ce qu’ils veulent (ce qu’on lui a d’ailleurs reproché). Mais tournicoter autour de ces contradictions n’aide pas.

Et puis un jour, elle est retombée amoureuse alors qu’elle croyait que ce n’était plus possible, que son cœur était définitivement mort à force d’avoir été brisé. Alors elle a écrit, écrit. D’abord, elle s’est mise à écrire des textes érotiques, alors même qu’elle n’avait pas encore conscience de ses sentiments pour Lui (et pourtant elle aurait dû le voir), mais l’érotisme était pour elle un moyen de se réapproprier certains aspects d’elle-même. Une première étape. Un deuxième roman, qui, elle s’en est rendu compte après, tourne autour d’une autre de ses contradictions. Et puis elle a compris, et s’est mise à écrire comme si sa vie en dépendait. Sur le sujet. Sur ce que l’amour nous fait. Sur la manière dont l’amour est un couteau avec lequel on fouille en nous (c’est Kafka qui le dit à Milena : L’amour c’est que tu sois le couteau avec lequel je fouille en moi), comment l’altérité de l’amour nous révèle à nous-même. 165000 mots en sept mois. Il va falloir couper…

Les contradictions sont toujours un peu là, surtout certains jours. On ne résout pas si facilement autant d’années de clivage. Mais on avance. De toute façon, ne passe-t-on pas toute sa vie à se chercher et à se construire ?

Et aujourd’hui, elle se dit qu’elle aimerait arriver à les résoudre totalement, ses contradictions. Refermer la parenthèse et enfin réaliser ses rêves d’enfants. En essayant de faire taire la petite voix qui lui dit que c’est trop tard, qu’elle a loupé le coche, qu’elle a beau se battre, ça ne fonctionne pas, les éditeurs ne veulent pas de ce qu’elle écrit. Et que l’amour… on verra !

Mais elle sait qui elle est, qui elle veut être.

*

Et vous, qu’est-ce qu’il en penserait, de ce que vous êtes devenu, l’enfant que vous étiez ? Qu’avez-vous fait de vos rêves d’enfant ?

L’envoûtement de Lili Dahl, de Siri Hustvedt

L'envoûtement de Lili Dahl, de Siri HustvedtIl y avait trois semaines qu’elle l’observait. Depuis le début du mois de mai, elle se mettait chaque matin à sa fenêtre pour le regarder. C’était toujours de bonne heure, un peu avant l’aube, et à sa connaissance il ne s’en était jamais aperçu. Le premier matin, en ouvrant les yeux, Lily avait remarqué une lumière provenant d’une fenêtre de l’hôtel Stuart, de l’autre côté de la rue, et lorsqu’elle s’était approchée elle l’avait vu dans le rectangle éclairé : un homme très beau, debout devant une grande toile. Vêtu seulement d’un caleçon, il était resté pendant une minute d’une telle immobilité dans la chaleur nocturne que Lily avait douté de sa réalité. Et puis il avait bougé, il s’était mis à peindre en utilisant son corps entier, et elle l’avait regardé s’étirer, se pencher, se fendre et même s’agenouiller devant la toile.

Autant Paul, c’est souvent, autant Siri, cela faisait une éternité que je n’avais rien lu d’elle, pas faute pourtant d’être toujours subjuguée par ce qu’elle écrit — et d’avoir ce roman sur mes étagères depuis le salon du livre 2015 (oui, tout ça). Bon, on va dire que le moment n’était pas encore arrivé et que c’est maintenant que j’en avais besoin (je l’expliquais l’autre jour : mon intuition me dit à quel moment je dois lire quel roman, et dans celui-ci certaines choses m’ont effectivement été « utiles » pour ma progression personnelle).

Dans une petite ville du Minnesota, la jeune Lily vit seule dans une petite chambre au-dessus du café où elle a commencé à travailler quelques mois auparavant, juste après avoir terminé le lycée. De sa fenêtre, elle observe Edouard Shapiro, un peintre venu de New-York sur lequel les rumeurs vont bon train. Dans la chambre d’à côté vit Mabel, une ancienne professeure (sur laquelle les rumeurs vont bon train) qui écrit une autobiographie où les rêves et leur influence sur la vie tiennent une grande importance. Mais des choses étranges commencent à se produire autour de Lily.

Envoûtement, enchantement, c’est bien l’effet que produit ce texte, qui oscille sans cesse entre onirique et réalisme et entraîne le lecteur dans une inquiétante étrangeté. Mené de main de maître (mais peut-on en attendre moins de l’auteure ?), il est tissé de références au Songe d’une nuit d’été mais l’ambiance m’a surtout fait penser à Twin Peaks et plus généralement aux films de David Lynch : un monde où on ne sait plus bien où est le rêve et où est la réalité — et où toutes les clés ne sont pas données. Et c’est ces mystères non résolus, qui nous laissent à la frontière du visible et de l’invisible, qui nous permettent de nous interroger sur le rôle des rêves dans notre vie, et leur influence. Le tout agrémenté, comme souvent chez l’auteure, de passages absolument stupéfiants sur la peinture : lorsqu’Edouard peint ses étranges tableaux, le monde réel s’évanouit.

Un roman dont les pages se tournent presque toutes seules tant on est happé par l’univers construit par Siri Hustvedt : à lire de toute urgence si vous ne l’avez pas déjà fait !

L’Envoûtement de Lily Dahl
Siri HUSTVEDT
Traduit de l’américain par Christine Le Boeuf
Actes Sud, 1996 (Babel, 1999)

La forêt des brumes, de Syrano

forêt des brumesNotre monde, c’est un endroit fragile et solide à la fois. C’est l’espérance et la crainte. C’est l’équilibre et le vertige. Notre monde est profondément terré aux confins de votre imagination et nous, nous ne sommes jamais loin lorsque vous vous assoupissez. Nous vous assistons lorsque tout s’éloigne et que le sommeil l’emporte sur vos jours. Nous sommes là au moment où vous basculez. Nous sommes la lueur rassurante pendant la nuit sans lune ou votre fascination pour l’obscurité. Nous sommes des pensées endormies. Nous sommes… des songes.

Aujourd’hui, ce n’est pas à une simple lecture que je vous invite, mais à un véritable voyage. Un voyage au pays des rêves…

Pitre et Igor sont deux petits songes qui travaillent comme techniciens de surface dans l’usine à rêves. Personne ne fait trop attention à eux. Mais lorsque Chester, le maître de la contrée des cauchemars, de l’autre côté de la forêt des brumes, commence à corrompre tous les rêves, c’est eux qui sont choisis pour aller sur la Lune chercher Pierrot, le seul qui sache traverser la forêt…

Conte initiatique dont l’univers n’est pas sans rappeler celui de Tim Burton ou de Caro et Jeunet, avec ses personnages étranges et un peu monstrueux, La forêt des brumes propose une jolie réflexion sur les rêves et leur rôle dans l’imaginaire : si tous les rêves devenaient des cauchemars, si la peur envahissait tout, ce serait alors la mort du désir, de la création, et du bonheur. A la fois triste, mélancolique, un peu effrayant, mais aussi drôle et poétique, ce petit livre est une très jolie découverte qui nous plonge dans un univers onirique et personnel. Et il nous y plonge totalement : le CD qui l’accompagne, constitué de musiques originales composées également par Syrano, permet de s’immerger totalement dans ce monde un peu étrange, et je dois dire que j’ai vraiment aimé ces créations qui correspondent parfaitement à l’ambiance du roman, à la fois gai, avec des sons un peu tziganes qui donnent une impression de fête foraine, et mélancolique, avec des musiques plus inquiétantes. Enfin, le livre est également accompagné d’illustrations, elles aussi de l’auteur.

Artiste complet, Syrano fait tout, et avec talent, et je ne saurais trop vous encourager à le découvrir, si ce n’est déjà fait.

La Forêt des brumes
SYRANO
L.d.d.Z, 2014 

La science des rêves, de Michel Gondry

science des rêvesEn ce moment, je suis en pleine réflexion sur la thématique du rêve. Pas seulement parce que c’est au programme de mes BTS (mais cela me permet au passage de découvrir des textes fabuleux), mais aussi pour des raisons plus personnelles, d’autant qu’en ce moment, le hasard (?) met sur ma route nombre d’oeuvres qui réfléchissent sur cette question des rêves et de ce qu’on en fait. Et comme il faut toujours suivre les signes, j’ai eu envie de revoir ce fascinant film de Gondry…

Depuis qu’il est petit, Stéphane Miroux est un rêveur, qui a parfois du mal à distinguer les produits de son imagination et le réel. Revenu en France où il n’a que peu vécu, il est embauché dans une entreprise de fabrication de calendriers. Mais ce que sa mère lui avait présenté comme un travail créatif est en fait bien monotone, et il se réfugie de plus en plus dans son imaginaire. C’est alors qu’il fait la rencontre de Zoé et surtout de Stéphanie, à l’occasion d’un déménagement rocambolesque…

Ce film, c’est la quintessence de Gondry, et on y retrouve de nombreux éléments de ce qui font son monde bien particulier : une histoire d’amour compliquée, une inventivité étonnante avec un personnage qui se crée un monde imaginaire fait de bricolages, des fulgurances poétiques, bref, un univers unique, totalement loufoque parfois, mais tellement beau : comment ne pas être ému par ce personnage de rêveur, inventeur créatif qui se retrouve enfermé dans un travail barbant et répétitif et qui du coup se réfugie dans son imaginaire dont il est le maître absolu, symbolisé par un studio télé fait de bric et de brocs, où tout est possible et qu’il contrôle ? Il s’évade, mais aussi se venge un peu du réel, et d’ailleurs les deux mondes sont parfaitement poreux et on ne sait plus bien, parfois, s’il rêve ou non, et lui non plus, d’ailleurs : est-ce le sage qui rêve qu’il est un papillon, ou bien est-il plutôt un papillon qui rêve qu’il est Tchouang-tseu ?

Un fil impressionnant de bout en bout, avec une trouvaille à chaque plan, servi par un casting impeccable, à voir absolument si vous êtes sensible à l’univers de Gondry !

La Science des rêves
Michel GONDRY
2006