Jules et Julie, histoire double de Caroline Weill : réapprendre à aimer

Vivre, c’est prendre des risques : celui de se tromper, de souffrir, d’être heureux. Rien n’est garanti. Mais si on n’essaie pas, autant se coucher tout de suite dans un cercueil avec une coupe de champagne. Si vous ne risquez rien, il ne vous arrivera rien. C’est vrai. Qu’est-ce qu’une vie où il n’arriverait rien ?

Jules et Julie, tous les deux divorcés, ne savent pas comment refaire leur vie. Ils ne se connaissent pas encore, s’inscrivent sur un site spécialisés, font des rencontres désastreuses, et se confient à leur psy. Lorsqu’ils se trouvent enfin, ils ont envie que leur histoire fonctionne, mais là encore, ce n’est pas si simple…

J’ai beaucoup aime ce roman. Pas tellement pour ses qualités littéraires : l’écriture est assez basique, et le procédé consistant à faire alterner les voix narratives a priori peu original, mais ici très intéressant car il permet de voir que les points de vue sur une même situation peuvent être diamétralement opposés, et qu’on se fait parfois des films pour rien sur ce que pense l’autre ou sa manière de réagir. Mais j’ai vraiment aimé car c’est une très jolie histoire, avec de beaux personnages, attachants, authentiques, vulnérables, en lesquels je me suis beaucoup reconnue : leurs doutes, leurs peurs, leurs maladresses, tout cela m’a rappelé beaucoup de choses, et j’ai ri à plusieurs occasions car leur psy leur dit exactement ce que me dit la mienne, et c’est normal car il n’y a sans doute rien de plus universel que cette peur dans une nouvelle relation, qui demande du travail pour se construire, et repose sur la communication. J’ai ri aussi et trouvé très intéressant de voir un peu ce qui peut se passer dans la tête d’un homme…

Un beau roman sur les relations amoureuses, qui mérite d’être découvert…

Jules et Julie, histoire double
Caroline WEILL
Anne Carrière, 2021

Les langages de l’amour, de Gary Chapman : toutes les manières de dire « je t’aime »

Quelque chose en nous crie notre besoin d’être aimé de quelqu’un. La solitude peut causer de terribles ravages dans l’âme humaine. C’est pourquoi la détention en réclusion stricte peut être considérée comme la pire des sanctions. Au cœur de tout être humain se trouve le désir d’aimer intimement et d’être aimé. Le mariage répond à ce besoin d’intimité et d’amour. Voilà pourquoi le récit biblique des origines déclare que l’homme et la femme deviendront « une seule chair ». Cette unité ne signifie pas que les individus perdent leur identité propre, mais qu’ils pénètrent chacun dans l’intimité de l’autre de façon profonde et intense. De Platon à ns jours, les écrivains ont insisté sur la primauté de l’amour dans le mariage.

Lacan a dit un jour qu’aimer, c’est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. J’ai mis très longtemps à comprendre cette phrase, qui est pourtant assez vraie, souvent : on aime l’autre, alors on lui donne ce qu’on voudrait qu’il nous donne, mais rien ne dit que c’est ce dont il a besoin, ce qu’il attend. C’est un peu l’idée de base de ce best-seller du développement personnel amoureux : chacun de nous parle une langue amoureuse, qui n’est pas forcément celle de son autre.

Selon Chapman, il y aurait en effet 5 langages de l’amour, et l’un d’eux est en quelque sorte notre langue natale, que nous utilisons par défauts pour exprimer notre amour à la personne que nous aimons : les paroles valorisantes, les moments de qualité, les cadeaux (y compris le don de soi), les services rendus et le contact physique. Si les deux membres du couples ont la même langue natale, tout va bien, mais s’ils ne se comprennent pas parce qu’ils parlent un langage différent, ils se retrouvent rapidement le réservoir émotionnel vide. L’amour, c’est donc de prendre la décision active d’apprendre la langue amoureuse de l’autre, afin de lui apporter ce dont il a besoin pour se sentir nourri affectivement.

Un essai que j’ai trouvé très intéressant et que je recommande chaudement, à la condition néanmoins de ne pas le prendre complètement pour argent comptant. Certains conseils peuvent d’ailleurs laisser perplexe, et l’ensemble est de toute façon trop biblique (il ne parle jamais du couple : toujours du mariage, mais bon, on peut en faire abstraction) pour que j’adhère totalement. Le fait est que je suis totalement d’accord avec le point de départ : passée la période de l’innamoramento, l’amour est une activité volontaire et pas juste un sentiment, et il consiste à apporter à l’autre ce dont il a besoin pour se sentir aimé, ce qui implique déjà de le comprendre, de l’identifier, et de faire des efforts pour le lui apporter. Cela étant, je trouve l’ouvrage beaucoup trop systématique : je pense (c’est en tout cas mon expérience) que tous les langages sont importants et que nous les pratiquons tous, même si c’est à des degrés divers selon les individus, et que le piège selon moi serait justement de toujours exprimer son amour de la même manière.

Donc un essai très intéressant parce que sa typologie des manières d’exprimer son amour est pertinente et permet d’observer son propre fonctionnement dominant, mais il est essentiel selon moi de ne pas s’y enfermer.

Les Langages de l’amour
Gary CHAPMAN
Traduit de l’anglais par Antoine Doriath
Farel, 1997

LOVE, de Judd Apatow, Paul Rust et Lesley Arfin

LOVE, de Judd Apatow, Paul Rust et Lesley ArfinL’espoir que l’amour viendra, ça a foutu ma vie en l’air.

Encore une série sur la quête de l’amour, qui est bien, quoi qu’on en dise, le sujet de préoccupation majeure de l’humanité…

A Los Angeles, deux trentenaires ont des difficultés à trouver l’amour. Gus est professeur particulier sur une série TV et vient de quitter sa petite amie qui le trompait. Mickey travaille pour une radio, et ne vit que des relations chaotiques. Les deux ne sont a priori pas du tout faits l’un pour l’autre, ils ont un passé très lourd, surtout Mickey qui souffre de dépendance à à peu près tout, l’alcool la drogue et l’amour. Est-ce que, si chacun fait des efforts, leur relation peut néanmoins fonctionner ?

Une très très jolie série, qui a beaucoup fait écho en moi et qui se révèle à la fois drôle (même si l’humour n’est pas toujours très raffiné) et émouvante. Les personnages sont particulièrement attachants, Gus par sa maladresse touchante et Mickey par sa folie parfois inquiétante mais qui révèle une vraie souffrance, dont on se dit que seul l’amour peut la guérir. Et là est bien l’enjeu de cette série de trois saisons (avec une vraie fin, ce qui devient de plus en plus rare), qui traite l’amour de manière finalement assez réaliste : ici, pas de conte de fée, mais une relation qui se construit petit à petit avec ses erreurs, ses rendez-vous foireux, ses disputes, ses doutes et ses peurs, ses difficultés, parce que l’amour ce n’est jamais simple, mais qui se construit quand même et qui avance parce que tout le monde est prêt à faire des efforts pour que ça fonctionne.

Ni cynique ni dégoulinante de romantisme, cette série est vraiment ce que j’ai vu de mieux ces derniers temps.

LOVE
Judd APATOW, Paul RUST et Lesley ARFIN
Netflix, 2016-2018 (complet)

Rayon hommes, de Camille Saféris

Rayon hommeAvec les nanas ça devient trop compliqué, on ne sait plus ce qu’elles veulent. Il faut avoir des émotions, être fragile, pleurer quand y’a un orphelin qui meurt dans un téléfilm, et en même temps savoir les prendre violemment contre un mur, les attraper par les cheveux la tête en arrière et leur faire subir les derniers outrages ! Elles disent qu’elles veulent des gentils-fidèles qui soient drôles-intelligents et sensibles-féminins… et concrètement elles se tapent des brutes avec des poils qui les méprisent et les maltraitent !

Il y a quelque temps, un site de rencontres bien connu pour l’originalité de son concept avait proposé un happening qui ne manquait pas de saveur : des hommes dans des vitrines, avec une fiche-produit, qu’il suffisait de mettre dans son caddie.

Et si ce qui n’était qu’une opération de com devenait un jour réalité ? C’est le principe de ce petit roman. Barnabé est vendeur aux Grandes Galeries. Du rayon bricolage, il est muté au rayon hommes. Qui ne vend pas des vêtements, mais bel et bien des hommes. Quant à Zoé, elle vient d’ajouter un nouveau naze dans son carnet de mecs, et sa meilleure amie l’entraîne visiter ce rayon hommes pour lui changer les idées. Pendant que Barnabé craque pour Zoé et essaie d’attirer son attention, Zoé teste un grand nombre de produits, mais ils ont tous un défaut…

Ce récit à deux voix, plus comédie romantique que roman érotique comme on a l’habitude de trouver à La Musardine, est vraiment très drôle, ne serait-ce que par son concept de départ qui, je l’avoue, m’amuse beaucoup, mais aussi par de nombreuses scènes plutôt bien trouvées. Les personnages sont attachants, à commencer par Barnabé, touchant dans son incompréhension des désirs des femmes. Mais la légèreté apparente du propos ne saurait masquer une réflexion un peu satirique sur l’état des relations amoureuses dans notre pauvre monde : non seulement nos désirs profonds et nos choix ne sont pas toujours cohérents entre eux, mais en outre, n’avons nous pas tendance à chercher l’amour comme nous achetons une voiture, en fonction de critères précis cochés sur un formulaire de recherches ? C’est ce que proposent, finalement, les sites de rencontres, dont les profils sont matérialisés ici sous forme de vitrine. Et à trop se focaliser sur certains détails, on en oublie que la rencontre amoureuse est avant tout une alchimie, qu’il n’y a jamais de critères objectifs et raisonnables pour justifier un coup de foudre, et que c’est ça la magie !

Bref, une jolie comédie romantique pas si légère que ça malgré son humour. Presque une fable…

Rayon Hommes
Camille SAFERIS
La Musardine, 2014