Voyage vers soi : Inanna

Lorsque j’avais commandé ma voiture fin 2016, pour la recevoir début 2017, je ne savais pas encore tous les changements qui allaient s’opérer, durant cette année-là. D’ailleurs, quand je l’avais commandé, je ne savais pas du tout, parce que ce n’était pas un projet, que j’allais aussi déménager. Quant au reste, qui s’est passé en fin d’année, si on me l’avait dit, j’aurais bien rigolé.

Mais revenons à la voiture. J’ai choisi un modèle très chic, très élégant, une Déesse que j’ai appelée Inanna. Et c’est là que ça devient intéressant, symboliquement parlant. Il n’y avait aucune raison que j’appelle cette voiture du nom d’une déesse sumérienne, certes déesse de l’amour, de la beauté, du désir sexuel, de la fertilité, du savoir, de la sagesse et de la guerre, mais que je connaissais peu, contrairement à Vénus, Aphrodite ou Isis, par exemple.

Mais je crois que mon inconscient, lui, savait et c’est lui qui m’a soufflé ce nom : c’est la force des archétypes et de l’inconscient collectif. De fait, je travaille beaucoup sur Jung en ce moment, et je me suis rendu compte que tout ce que je faisais depuis ce temps, depuis qu’Uranus est entré en opposition avec lui-même, ce qui correspond à la crise de la quarantaine, n’était autre qu’un travail d’individuation, un voyage vers soi.

Et Inanna, donc ? Elle n’est pas seulement déesse de l’amour, de la beauté, du désir sexuel, de la fertilité, du savoir, de la sagesse et de la guerre. Elle a une histoire très intéressante. Lors d’un épisode, elle doit rendre visite à sa sœur, déesse des Enfers. Et, pour pouvoir entrer, elle doit se défaire, tour à tour, de tous ses bijoux, parures, se montrer entièrement nue et vulnérable, afin de mourir puis de renaître. Autrement, plus complète, harmonisée.

Symboliquement, la voiture représente le corps physique et le mouvement, notre évolution dans la vie et la façon dont nous nous conduisons dans le monde. La force du désir. Tout cela était plein de sens depuis le début. Il s’agissait bien d’un voyage.

Et aujourd’hui, je songe à changer de véhicule. Pas que j’ai totalement fini mon voyage vers moi, mais une étape. Et c’est bien.

Jung, un voyage vers soi de Frédéric Lenoir : une vie

Je suis pourtant convaincu que son œuvre visionnaire constitue l’une des plus grandes révolutions de la pensée humaine et que son importance va bien au-delà du terreau dans lequel elle a germé : la psychologie des profondeurs. A travers les grands concepts qu’il a élaborés — la synchronicité, les complexes, l’inconscient collectif, les archétypes, les types psychologiques, l’anima et l’animus, l’ombre, la persona, le processus d’individuation — , Jung apporte un regard sur l’être humain et son rapport au monde qui non seulement bouleverse les connaissances psychologiques, mais sollicite aussi la philosophie, l’anthropologie, la physique, les sciences de l’éducation, la théologie, l’histoire des mythes et des croyances.

Je ne suis pas toujours très fan des livres de Frédéric Lenoir ; par contre, je suis nourrie de Jung (plus encore même que ce que je croyais avant d’ouvrir ce livre), et j’ai été frappée par la synchronicité (concept jungien) de le trouver sous mon nez au moment même de la création du Voyage Poétique, qui est aussi un voyage vers soi. Et au fil de la lecture, c’est une émeute de synchronicités qui m’ont assaillie.

Ici, Frédéric Lenoir nous propose une « biographie intellectuelle » de Jung, dans laquelle il mêle (et démêle) ses grandes idées et découvertes au récit de sa vie. Mais surtout ses idées et découvertes, et c’est bien, soyons clair, ce qui est le plus intéressant.

Et cet ouvrage se révèle une excellente et passionnante introduction à la pensée jungienne, très claire et pédagogique : Lenoir parvient à trouver le moyen de « schématiser » (c’est positif ici, et pas du tout réducteur) une pensée en arborescence et même rhizomatique (il émet d’ailleurs l’hypothèse que Jung était Haut Potentiel, ce qui me semble assez probable en effet), ce qui permet de la saisir beaucoup plus aisément. Bref, cet ouvrage m’a donné beaucoup d’idées et de pistes à creuser pour mes propres recherches, et je le conseille à tous ceux qui ont envie de mieux comprendre en quoi Jung a totalement révolutionné la psychologie, mais aussi la spiritualité, en inventant au passage le « développement personnel » dans sa dimension positive.

Quant à moi, outre mon travail d’approfondissement, je pense que je lirai très bientôt l’ouvrage que Frédéric Lenoir a consacré à Spinoza, un autre philosophe qui m’intéresse beaucoup.

Le ciel t’aidera, de Sophie Keller : l’astrologie au service de l’être

En parallèle de mon entrée dans l’administration, je me suis inscrite à une formation de quatre ans en astrologie. Mon travail me sécurisait mais ne me passionnait pas : c’était le deal. Toutefois le milieu politique, sa lâcheté, son égoïsme, son machisme, son mensonge commençaient sérieusement à nourrir ma colère. Le pouvoir n’est pas dans l’hypertrophie des egos ou dans les rapports de force qu’elle engendre. Pour moi le vrai pouvoir est la capacité à transformer, à apporter de la lumière partout où la souffrance règne, et de l’intelligence pour faire évoluer l’humain, à se relier à la force de vie pour traverser la mort. Pour la Balance que je suis, c’est la quintessence de l’amour qui est au cœur de la création.

Sophie Keller est une astrologue que je suis avec beaucoup d’intérêt sur Instagram, car j’aime énormément sa vision de l’astrologie, encore une fois non comme un outil de divination, mais comme un outil de transformation de l’être, intuitif et créatif — poétique, en somme. D’ailleurs, j’aimerais beaucoup qu’elle me lise ma carte du ciel, puisque comme je l’ai déjà dit une lecture n’est pas unique ; c’est un peu comme lorsqu’on explique un texte littéraire : selon le projet de lecture, on va insister sur des éléments qui ne seront pas les mêmes. Pour le moment elle a suspendu ses consultations, et j’ai poursuivi avec son livre mon apprentissage de l’astrologie. En attendant de m’offrir une vraie formation, peut-être un jour.

Il ne s’agit pas pour autant d’un manuel d’astrologie, même s’il propose de nombreuses clés pour découvrir l’astrologie ou approfondir certaines connaissances, notamment en lien avec certains concepts jungiens. Après avoir évoqué son propre cheminement, Sophie Keller nous explique différents concepts issus de la psychanalyse et ce qu’est la fameuse « ère du Verseau », avant d’entrer dans le vif du sujet, le thème astral : la carte du ciel et ses composantes, les grands rendez-vous de la vie, le Soleil et la Lune, les nœuds lunaires, les différentes planètes et leurs transits, Chiron et la Lune noire.

Comme tout cela me passionne, j’ai lu cet essai d’une traite, mais j’y reviendrai cet été plus tranquillement pour bien assimiler tout ce que j’ai appris, et j’en ai appris, des choses, notamment sur les transits, auxquels je ne m’étais pas encore intéressée, et cet ouvrage m’a vraiment permis d’approfondir mon thème et donc ma connaissance et ma compréhension de moi et de ce qui se joue en ce moment (l’opposition d’Uranus, ce qui explique bien des choses). Surtout, j’ai beaucoup aimé la manière dont Sophie Keller conçoit l’astrologie dans une approche holistique de l’existence : la carte du ciel est un miroir de ce qui se joue en nous, de notre psyché, et les planètes nous indiquent ce qui veut croître en nous, elles ne nous influencent pas mais nous donnent des pistes. De nombreux exemples de transformations à des moments clés émaillent les chapitres, et nous permettent de voir, concrètement, comment ça fonctionne.

Vous aurez compris : j’ai adoré, et je conseille vraiment cet essai à tous ceux qui sont curieux d’en apprendre un peu plus sur le sujet, il est très clair, très abordable, et constitue une excellente introduction.

Le Ciel t’aidera
Sophie KELLER
Robert Laffont, 2021

A chacun son cerveau, de François Ansermet et Pierre Magistretti : plasticité neuronale et inconscient

Des traces s’inscrivent, s’associent, disparaissent, se modifient, tout au long de la vie par le biais des mécanismes de la plasticité neuronale. Ces traces inscrites dans le réseau synaptique vont aussi déterminer la relation du sujet avec le monde extérieur. Elles ont donc un effet sur son destin. C’est là un point important à relever, car on pourrait déduire que du fait de la plasticité le sujet est en permanence modifié, repartant chaque jour à partir d’une tabula rasa sur laquelle viennent s’inscrire de nouvelles traces. Se poserait alors la question de la conservation de l’identité du sujet tout au long de son histoire. Après tout, les mécanismes de la plasticité tels qu’ils sont décrits par la neurobiologie impliquent la constitution d’une trace durable sinon permanente. Plasticité n’est pas synonyme de flexibilité ou d’adaptabilité permanente laissant le sujet dépourvu d’un certain déterminisme et d’un certain destin qui lui est propre.

En m’intéressant au travail de Lacie Phillips, je suis tombée sur ce merveilleux et porteur d’espoir phénomène de la plasticité neuronale, et avec lui l’idée que l’on peut « reprogrammer » les réseaux synaptiques pour sortir des schémas répétitifs et mettre fin aux croyances limitantes. J’ai donc eu envie de me pencher davantage sur la question, et j’ai choisi un essai un peu au pif, mais comme il était question de psychanalyse, je me suis dit que ça serait plus simple pour moi que si c’était uniquement scientifique.

Cet essai fait donc se rencontrer la psychanalyse et les neurosciences autour de cette découverte de la plasticité neuronale, à savoir que notre cerveau se remodèle en permanence pour inscrire les expériences vécues, les traces physiques (la réalité neuronale) correspondant à une trace psychique et donnant naissance à notre « vie psychique », que cette trace d’ailleurs soit réelle ou due à un fantasme. Et ceci à l’infini, chaque stimulus pouvant créer une nouvelle trace mais à partir des traces existantes, raison pour laquelle nous sommes tous différents.

Je résume à gros traits parce que, bien sûr, tout cela n’est pas toujours simple à saisir, et je mentirais en disant que j’ai tout saisi. Autant comme je l’imaginais, je suivais à peu près sur le terrain de la psychanalyse, autant sur celui des neurosciences j’étais souvent un peu perdue, mais l’ouvrage reste néanmoins très clair, assez pédagogique, et on finit par se retrouver. L’idée que je retiens surtout, c’est cette constante évolution du cerveau, puisque toute nouvelle trace peut venir remanier le circuit, ce qui pose de manière vertigineuse la question de l’identité.

Cela étant dit, ce n’était pas tout à fait ce que je cherchais, puisque mes investigations portaient plutôt sur la manière dont on peut se servir de cette plasticité neuronale pour reprogrammer des traces ancrées dans l’inconscient, ce qui est abordé seulement dans les dernières lignes. Néanmoins j’ai appris beaucoup de choses, et comme on le sait, c’est le but de ma vie !

A chacun son cerveau. Plasticité neuronale et inconscient
François ANSERMET et Pierre MAGISTRETTI
Odile Jacob, 2004/2011

Therapie

Comme à peu près tout le monde (non ?), je me suis prise de passion pour la série En thérapie. Pour une fois d’ailleurs, je suis raisonnable, je n’ai pas tout avalé goulument en trois jours. Non, je respecte le rythme de diffusion à la télévision (même si je regarde en replay), et je n’ai donc vu que les dix premiers épisodes. Ce qui me suffit pour dire que j’aime beaucoup et que je trouve les personnages très touchants, surtout le personnage d’Ariane. Evidemment.

Mais ce que je trouve surtout intéressant avec cette série, c’est la manière dont en quelque sorte elle libère la parole par rapport au fait « d’aller voir quelqu’un ». Pas forcément un psychanalyste, d’ailleurs. Juste « quelqu’un » dont c’est le travail d’écouter et d’aider. Et nombre de gens se retrouvent ainsi à disserter sur leurs propres séances, comparer, donner leur avis, et « normaliser » le fait de consulter. On savait depuis longtemps que ce n’était pas réservé aux pathologies mentales lourdes, mais que tout le monde pouvait en tirer profit. On le savait, mais le sentait-on vraiment ? Il me semble en tout cas qu’en ce moment plus que jamais, les gens parlent de leur psy avec autant de naturel que de leur kiné, et je trouve ça très bien.

Pour ma part, cela fait un an que je vois la mienne, et j’ai l’impression d’avoir fait des progrès fulgurants grâce à elle, et que c’est l’Univers qui l’a mise sur mon chemin — et je l’en remercie à chaque séance. Cela faisait des années que je résistais à cette idée de consulter (j’avais fait des séances d’hypnose, néanmoins, et cela avait débloqué certaines choses) parce que j’avais peur que cela tarisse ma source créative. Mais un médecin généraliste que j’ai réussi à voir en novembre 2019 m’a dit d’aller voir un psychiatre, ce qui s’est révélé impossible car aucun n’avait de disponibilités (je n’ose même pas imaginer en ce moment…). De toute façon, j’étais très réservée sur cette question, les psychiatres sont des médecins et je sentais que si j’avais besoin d’un accompagnement, ce n’était pas du côté de la médecine que je le trouverais. Je ne voulais pas non plus de psychanalyse : je suis, de fait, très réservée sur beaucoup de choses. Et puis j’avais un autre problème : celui que beaucoup de thérapeutes sont maladroits avec les HPS/HPI, et peuvent se révéler plus néfastes qu’autre chose. Oui, bon : de manière générale je me méfie des médecins et de leur rationalisme forcené, donc je cherchais plutôt autre chose.

J’ai laissé poser. Me disant que la bonne personne viendrait à moi le moment venu, ce qui s’est fait fin janvier (2020). Je suis tombée sur son site, j’ai appelé, pris rendez-vous pour quelques jours plus tard. Et depuis j’ai l’impression d’avoir fait des pas de géants. Elle est psychothérapeute mais pas seulement : elle fait de l’énergétique et autres types de thérapie de l’âme que certains diraient peu conventionnels et qui moi me conviennent parfaitement. Elle a toujours l’outil qui va m’aider à débloquer un truc, à démêler mes pelotes de laine. Parce qu’il y a des choses qui vont plus loin que simplement aller bien ou mal. Il faut avancer, aussi.

J’ai donc trouvé quelqu’un qui est parfaitement aligné avec mes besoins. Je pourrais dire « holala j’aurais dû y aller avant », mais non : j’y suis allée au bon moment pour moi, pour m’aider à franchir une étape de ma vie, à voir de nouveaux chemins.

And guess what ? Un des aspects de ma mission de vie, je pense, a un lien avec cette dimension thérapeutique. Dans l’idée. Et ça, c’est nouveau…

L’âme des maisons, de François Vigouroux : histoires d’habiter

Quels que soient notre âge, notre condition ou notre caractère, toute activité d’aménagement ou de construction de la maison nous révèle. Notre maison est notre seconde peau. Et si notre peau, par sa couleur, sa texture, son irrigation, son élasticité, sa tonicité atteste de ce que nous sommes, la maison, elle, nous raconte. Elle ne se résume pas en une identification un peu simpliste au corps humain : ses fenêtre comme des yeux, sa porte comme une bouche, ses tuyauteries comme des artères ou des intestins, sa cave où sont dissimulées toutes les forces inconscientes, son grenier pour les rêves et l’imaginaire, ses poutres, ses murs et ses pierres comme autant d’éléments qui structurent le corps humain. Cela est vrai, sans doute, mais il ne faut pas en rester aux analogies, il faut aller plus loin, entrer dans les histoires des personnes et, pour découvrir les véritables mouvements de leur cœur, interroger leurs passions, leurs engouements, leurs joies et leurs malheurs innombrables avec les maisons.

En ce moment, je suis assaillie de synchronicités autour de la question de la maison. Partout, tout le temps, il n’est plus seulement question d’ours, mais aussi de demeures, de foyer, et l’un des signes, c’est cette mini-collection dont je vous parlais récemment. Et comme je suis quelqu’un de discipliné, lorsque l’Univers m’envoie un sujet, je suis la piste  — en l’occurrence, je crois qu’il est ici question à la fois qu’il est temps que je trouve ma place et que je m’installe quelque part, et aussi que ma maison est terminée (je fais référence à ce rêve que je sais vous avoir raconté mais je ne sais plus où, et que j’avais fait la veille d’un événement qui a changé ma vie : j’achetais une maison, et je détruisais tout l’intérieur pour tout refaire ; symboliquement, tout détruire pour tout refaire, c’est ce que j’ai fait ces 3 dernières années).

Pour suivre ma piste, j’ai eu envie de lire des essais sur cette question des maisons, j’ai trouvé toute une bibliographie (vous n’avez donc pas fini d’entendre parler du sujet) (sachant que j’avais déjà lu Mona Chollet lors du confinement), et c’est celui-là qui s’est imposé en premier : L’âme des maisons. Je me soupçonne d’avoir été attirée par la poésie du titre.

Dans cet essai, François Vigouroux, psychanalyste et romancier, nous raconte des histoires de propriétaires et de maisons, afin d’étudier ce qui se joue, ce qui se dit dans la relation que les gens entretiennent avec leur maison.

Toutes ces histoires sont absolument fascinantes, car bien sûr elles font aussi écho, quelque part, avec ce qui se joue en nous. Il est question de territoire, de sécurité, d’intime et de notre être le plus profond : abri, racines, psyché. Il est question de hasards, et de coïncidences troublantes. Il est surtout, bien sûr, question d’amour, et de manque d’amour.

Des histoires qui se lisent comme des petites nouvelles, assorties de passionnantes analyses. L’époque est à rester dans sa maison quand on en a une (il n’est pas question ici d’appartements mais bien de maisons ou de châteaux) : autant essayer de comprendre le lien que nous entretenons avec elle (enfin pas moi pour l’instant, mais je me projette).

L’âme des maisons
François VIGOUROUX
PUF, 1996 (Fayard, Pluriel, 2010/2019)

Psychologie de l’inconscient, de C. G. Jung : introduction à la méthode

Le fait en soi est proprement effrayant, que l’homme ait ainsi un côté d’ombre, d’ombre psychologique, qui ne comporte pas seulement — comme on se plairait à le penser — de petites faiblesses et des grains de beauté, mais qui préside aussi à des dynamismes franchement démoniaques. 

L’autre jour, prise d’une impulsion, je me suis dit « tiens, si j’en profitais pour relire Jung », et j’ai ressorti tout ce que j’avais de lui dans ma bibliothèque (moins que ce que je pensais d’ailleurs, et j’ai aussi ressorti d’autres livres sur d’autres sujets, on n’a pas fini). Et je n’ai pas commencé par celui qui est le plus intéressant, mais celui qui met au clair la méthode et constitue une introduction, parue pour la première fois en 1916 et moult fois reprise et enrichie par la suite. C’est donc un texte fondateur, dans lequel émerge une nouvelle théorie, en rupture avec Freud et avec Adler.

Après avoir expliqué le principe de la psychanalyse, Jung développe la théorie de l’éros de Freud puis la théorie opposée, celle de la volonté de puissance d’Adler : deux instincts primordiaux absolument opposés sur le plan du psychisme (Là où règne l’amour, la volonté de domination est absente, et là où la puissance prime, l’amour fait défaut. L’amour et la volonté de puissance sont l’ombre l’un de l’autre) et qui sont pourtant aussi opératoires l’un que l’autre pour expliquer un même cas, mais de manière contradictoire et excluante. Jung cherche donc comment on pourrait émettre une théorie qui permettrait de résoudre ces contradictions (qui sont au coeur même de la notion de névrose puisque le névrosé est celui dont le conscient et l’inconscient sont désunis et le tirent dans des directions différentes), et expose la question des types d’attitude, introverti/extraverti. Il s’intéresse ensuite à la question de l’inconscient collectif, avant d’exposer concrètement la méthode synthétique et ce qui est une de ses grandes découvertes : les archétypes (mais ce n’est pas dans cet essai qu’il développe). Il termine sur quelques généralités.

Un ouvrage fondateur donc, et même si certaines choses sont totalement dépassées (il entreprend par exemple de « guérir » un jeune homme homosexuel) l’essentiel reste intéressant et notamment cette part d’ombre en nous, qui échappe à notre contrôle et nous pousse parfois à faire le contraire de ce qu’on voudrait faire : Jung insiste bien sur les dangers de l’inconscient lorsqu’il y a désunion, alors que lorsque nous sommes dans notre intégrité il peut au contraire se montrer un précieux allié. D’où bien sûr, l’importance des rêves. Il y a aussi un passage très intéressant sur la notion de symbiose dans le couple, sur la crise de la quarantaine et… sur la survivance du paganisme au niveau des structures inconscientes, car il y a des choses que le christianisme est totalement incapable de dire (par exemple la question des archétypes féminins) : cela a fait tilt car je lisais cet essai en même temps que Les Dames du Lac et la synchronicité (concept jungien mais plus tardif) était parfaite. Mais pour les archétypes eux-mêmes (sujet qui est celui que je « dois » creuser) ce n’est pas dans cet essai qu’ils sont vraiment traités : ils n’y sont qu’abordés. De même, il ne traite pas du tout de la théorie des complexes, qui m’intéresse aussi.

Bref : un bon ouvrage d’introduction, assez clair et pédagogique, nécessaire je pense si on veut se lancer dans les études jungiennes pour comprendre d’où on part, mais ce n’est pas le plus intéressant de l’auteur.

Psychologie de l’inconscient
C. G. JUNG
8e édition préfacée, traduite et annotée par le Dr Roland Cahen
Georg, 1993