Le ciel t’aidera, de Sophie Keller : l’astrologie au service de l’être

En parallèle de mon entrée dans l’administration, je me suis inscrite à une formation de quatre ans en astrologie. Mon travail me sécurisait mais ne me passionnait pas : c’était le deal. Toutefois le milieu politique, sa lâcheté, son égoïsme, son machisme, son mensonge commençaient sérieusement à nourrir ma colère. Le pouvoir n’est pas dans l’hypertrophie des egos ou dans les rapports de force qu’elle engendre. Pour moi le vrai pouvoir est la capacité à transformer, à apporter de la lumière partout où la souffrance règne, et de l’intelligence pour faire évoluer l’humain, à se relier à la force de vie pour traverser la mort. Pour la Balance que je suis, c’est la quintessence de l’amour qui est au cœur de la création.

Sophie Keller est une astrologue que je suis avec beaucoup d’intérêt sur Instagram, car j’aime énormément sa vision de l’astrologie, encore une fois non comme un outil de divination, mais comme un outil de transformation de l’être, intuitif et créatif — poétique, en somme. D’ailleurs, j’aimerais beaucoup qu’elle me lise ma carte du ciel, puisque comme je l’ai déjà dit une lecture n’est pas unique ; c’est un peu comme lorsqu’on explique un texte littéraire : selon le projet de lecture, on va insister sur des éléments qui ne seront pas les mêmes. Pour le moment elle a suspendu ses consultations, et j’ai poursuivi avec son livre mon apprentissage de l’astrologie. En attendant de m’offrir une vraie formation, peut-être un jour.

Il ne s’agit pas pour autant d’un manuel d’astrologie, même s’il propose de nombreuses clés pour découvrir l’astrologie ou approfondir certaines connaissances, notamment en lien avec certains concepts jungiens. Après avoir évoqué son propre cheminement, Sophie Keller nous explique différents concepts issus de la psychanalyse et ce qu’est la fameuse « ère du Verseau », avant d’entrer dans le vif du sujet, le thème astral : la carte du ciel et ses composantes, les grands rendez-vous de la vie, le Soleil et la Lune, les nœuds lunaires, les différentes planètes et leurs transits, Chiron et la Lune noire.

Comme tout cela me passionne, j’ai lu cet essai d’une traite, mais j’y reviendrai cet été plus tranquillement pour bien assimiler tout ce que j’ai appris, et j’en ai appris, des choses, notamment sur les transits, auxquels je ne m’étais pas encore intéressée, et cet ouvrage m’a vraiment permis d’approfondir mon thème et donc ma connaissance et ma compréhension de moi et de ce qui se joue en ce moment (l’opposition d’Uranus, ce qui explique bien des choses). Surtout, j’ai beaucoup aimé la manière dont Sophie Keller conçoit l’astrologie dans une approche holistique de l’existence : la carte du ciel est un miroir de ce qui se joue en nous, de notre psyché, et les planètes nous indiquent ce qui veut croître en nous, elles ne nous influencent pas mais nous donnent des pistes. De nombreux exemples de transformations à des moments clés émaillent les chapitres, et nous permettent de voir, concrètement, comment ça fonctionne.

Vous aurez compris : j’ai adoré, et je conseille vraiment cet essai à tous ceux qui sont curieux d’en apprendre un peu plus sur le sujet, il est très clair, très abordable, et constitue une excellente introduction.

Le Ciel t’aidera
Sophie KELLER
Robert Laffont, 2021

A chacun son cerveau, de François Ansermet et Pierre Magistretti : plasticité neuronale et inconscient

Des traces s’inscrivent, s’associent, disparaissent, se modifient, tout au long de la vie par le biais des mécanismes de la plasticité neuronale. Ces traces inscrites dans le réseau synaptique vont aussi déterminer la relation du sujet avec le monde extérieur. Elles ont donc un effet sur son destin. C’est là un point important à relever, car on pourrait déduire que du fait de la plasticité le sujet est en permanence modifié, repartant chaque jour à partir d’une tabula rasa sur laquelle viennent s’inscrire de nouvelles traces. Se poserait alors la question de la conservation de l’identité du sujet tout au long de son histoire. Après tout, les mécanismes de la plasticité tels qu’ils sont décrits par la neurobiologie impliquent la constitution d’une trace durable sinon permanente. Plasticité n’est pas synonyme de flexibilité ou d’adaptabilité permanente laissant le sujet dépourvu d’un certain déterminisme et d’un certain destin qui lui est propre.

En m’intéressant au travail de Lacie Phillips, je suis tombée sur ce merveilleux et porteur d’espoir phénomène de la plasticité neuronale, et avec lui l’idée que l’on peut « reprogrammer » les réseaux synaptiques pour sortir des schémas répétitifs et mettre fin aux croyances limitantes. J’ai donc eu envie de me pencher davantage sur la question, et j’ai choisi un essai un peu au pif, mais comme il était question de psychanalyse, je me suis dit que ça serait plus simple pour moi que si c’était uniquement scientifique.

Cet essai fait donc se rencontrer la psychanalyse et les neurosciences autour de cette découverte de la plasticité neuronale, à savoir que notre cerveau se remodèle en permanence pour inscrire les expériences vécues, les traces physiques (la réalité neuronale) correspondant à une trace psychique et donnant naissance à notre « vie psychique », que cette trace d’ailleurs soit réelle ou due à un fantasme. Et ceci à l’infini, chaque stimulus pouvant créer une nouvelle trace mais à partir des traces existantes, raison pour laquelle nous sommes tous différents.

Je résume à gros traits parce que, bien sûr, tout cela n’est pas toujours simple à saisir, et je mentirais en disant que j’ai tout saisi. Autant comme je l’imaginais, je suivais à peu près sur le terrain de la psychanalyse, autant sur celui des neurosciences j’étais souvent un peu perdue, mais l’ouvrage reste néanmoins très clair, assez pédagogique, et on finit par se retrouver. L’idée que je retiens surtout, c’est cette constante évolution du cerveau, puisque toute nouvelle trace peut venir remanier le circuit, ce qui pose de manière vertigineuse la question de l’identité.

Cela étant dit, ce n’était pas tout à fait ce que je cherchais, puisque mes investigations portaient plutôt sur la manière dont on peut se servir de cette plasticité neuronale pour reprogrammer des traces ancrées dans l’inconscient, ce qui est abordé seulement dans les dernières lignes. Néanmoins j’ai appris beaucoup de choses, et comme on le sait, c’est le but de ma vie !

A chacun son cerveau. Plasticité neuronale et inconscient
François ANSERMET et Pierre MAGISTRETTI
Odile Jacob, 2004/2011

Therapie

Comme à peu près tout le monde (non ?), je me suis prise de passion pour la série En thérapie. Pour une fois d’ailleurs, je suis raisonnable, je n’ai pas tout avalé goulument en trois jours. Non, je respecte le rythme de diffusion à la télévision (même si je regarde en replay), et je n’ai donc vu que les dix premiers épisodes. Ce qui me suffit pour dire que j’aime beaucoup et que je trouve les personnages très touchants, surtout le personnage d’Ariane. Evidemment.

Mais ce que je trouve surtout intéressant avec cette série, c’est la manière dont en quelque sorte elle libère la parole par rapport au fait « d’aller voir quelqu’un ». Pas forcément un psychanalyste, d’ailleurs. Juste « quelqu’un » dont c’est le travail d’écouter et d’aider. Et nombre de gens se retrouvent ainsi à disserter sur leurs propres séances, comparer, donner leur avis, et « normaliser » le fait de consulter. On savait depuis longtemps que ce n’était pas réservé aux pathologies mentales lourdes, mais que tout le monde pouvait en tirer profit. On le savait, mais le sentait-on vraiment ? Il me semble en tout cas qu’en ce moment plus que jamais, les gens parlent de leur psy avec autant de naturel que de leur kiné, et je trouve ça très bien.

Pour ma part, cela fait un an que je vois la mienne, et j’ai l’impression d’avoir fait des progrès fulgurants grâce à elle, et que c’est l’Univers qui l’a mise sur mon chemin — et je l’en remercie à chaque séance. Cela faisait des années que je résistais à cette idée de consulter (j’avais fait des séances d’hypnose, néanmoins, et cela avait débloqué certaines choses) parce que j’avais peur que cela tarisse ma source créative. Mais un médecin généraliste que j’ai réussi à voir en novembre 2019 m’a dit d’aller voir un psychiatre, ce qui s’est révélé impossible car aucun n’avait de disponibilités (je n’ose même pas imaginer en ce moment…). De toute façon, j’étais très réservée sur cette question, les psychiatres sont des médecins et je sentais que si j’avais besoin d’un accompagnement, ce n’était pas du côté de la médecine que je le trouverais. Je ne voulais pas non plus de psychanalyse : je suis, de fait, très réservée sur beaucoup de choses. Et puis j’avais un autre problème : celui que beaucoup de thérapeutes sont maladroits avec les HPS/HPI, et peuvent se révéler plus néfastes qu’autre chose. Oui, bon : de manière générale je me méfie des médecins et de leur rationalisme forcené, donc je cherchais plutôt autre chose.

J’ai laissé poser. Me disant que la bonne personne viendrait à moi le moment venu, ce qui s’est fait fin janvier (2020). Je suis tombée sur son site, j’ai appelé, pris rendez-vous pour quelques jours plus tard. Et depuis j’ai l’impression d’avoir fait des pas de géants. Elle est psychothérapeute mais pas seulement : elle fait de l’énergétique et autres types de thérapie de l’âme que certains diraient peu conventionnels et qui moi me conviennent parfaitement. Elle a toujours l’outil qui va m’aider à débloquer un truc, à démêler mes pelotes de laine. Parce qu’il y a des choses qui vont plus loin que simplement aller bien ou mal. Il faut avancer, aussi.

J’ai donc trouvé quelqu’un qui est parfaitement aligné avec mes besoins. Je pourrais dire « holala j’aurais dû y aller avant », mais non : j’y suis allée au bon moment pour moi, pour m’aider à franchir une étape de ma vie, à voir de nouveaux chemins.

And guess what ? Un des aspects de ma mission de vie, je pense, a un lien avec cette dimension thérapeutique. Dans l’idée. Et ça, c’est nouveau…

L’âme des maisons, de François Vigouroux : histoires d’habiter

Quels que soient notre âge, notre condition ou notre caractère, toute activité d’aménagement ou de construction de la maison nous révèle. Notre maison est notre seconde peau. Et si notre peau, par sa couleur, sa texture, son irrigation, son élasticité, sa tonicité atteste de ce que nous sommes, la maison, elle, nous raconte. Elle ne se résume pas en une identification un peu simpliste au corps humain : ses fenêtre comme des yeux, sa porte comme une bouche, ses tuyauteries comme des artères ou des intestins, sa cave où sont dissimulées toutes les forces inconscientes, son grenier pour les rêves et l’imaginaire, ses poutres, ses murs et ses pierres comme autant d’éléments qui structurent le corps humain. Cela est vrai, sans doute, mais il ne faut pas en rester aux analogies, il faut aller plus loin, entrer dans les histoires des personnes et, pour découvrir les véritables mouvements de leur cœur, interroger leurs passions, leurs engouements, leurs joies et leurs malheurs innombrables avec les maisons.

En ce moment, je suis assaillie de synchronicités autour de la question de la maison. Partout, tout le temps, il n’est plus seulement question d’ours, mais aussi de demeures, de foyer, et l’un des signes, c’est cette mini-collection dont je vous parlais récemment. Et comme je suis quelqu’un de discipliné, lorsque l’Univers m’envoie un sujet, je suis la piste  — en l’occurrence, je crois qu’il est ici question à la fois qu’il est temps que je trouve ma place et que je m’installe quelque part, et aussi que ma maison est terminée (je fais référence à ce rêve que je sais vous avoir raconté mais je ne sais plus où, et que j’avais fait la veille d’un événement qui a changé ma vie : j’achetais une maison, et je détruisais tout l’intérieur pour tout refaire ; symboliquement, tout détruire pour tout refaire, c’est ce que j’ai fait ces 3 dernières années).

Pour suivre ma piste, j’ai eu envie de lire des essais sur cette question des maisons, j’ai trouvé toute une bibliographie (vous n’avez donc pas fini d’entendre parler du sujet) (sachant que j’avais déjà lu Mona Chollet lors du confinement), et c’est celui-là qui s’est imposé en premier : L’âme des maisons. Je me soupçonne d’avoir été attirée par la poésie du titre.

Dans cet essai, François Vigouroux, psychanalyste et romancier, nous raconte des histoires de propriétaires et de maisons, afin d’étudier ce qui se joue, ce qui se dit dans la relation que les gens entretiennent avec leur maison.

Toutes ces histoires sont absolument fascinantes, car bien sûr elles font aussi écho, quelque part, avec ce qui se joue en nous. Il est question de territoire, de sécurité, d’intime et de notre être le plus profond : abri, racines, psyché. Il est question de hasards, et de coïncidences troublantes. Il est surtout, bien sûr, question d’amour, et de manque d’amour.

Des histoires qui se lisent comme des petites nouvelles, assorties de passionnantes analyses. L’époque est à rester dans sa maison quand on en a une (il n’est pas question ici d’appartements mais bien de maisons ou de châteaux) : autant essayer de comprendre le lien que nous entretenons avec elle (enfin pas moi pour l’instant, mais je me projette).

L’âme des maisons
François VIGOUROUX
PUF, 1996 (Fayard, Pluriel, 2010/2019)

Psychologie de l’inconscient, de C. G. Jung : introduction à la méthode

Le fait en soi est proprement effrayant, que l’homme ait ainsi un côté d’ombre, d’ombre psychologique, qui ne comporte pas seulement — comme on se plairait à le penser — de petites faiblesses et des grains de beauté, mais qui préside aussi à des dynamismes franchement démoniaques. 

L’autre jour, prise d’une impulsion, je me suis dit « tiens, si j’en profitais pour relire Jung », et j’ai ressorti tout ce que j’avais de lui dans ma bibliothèque (moins que ce que je pensais d’ailleurs, et j’ai aussi ressorti d’autres livres sur d’autres sujets, on n’a pas fini). Et je n’ai pas commencé par celui qui est le plus intéressant, mais celui qui met au clair la méthode et constitue une introduction, parue pour la première fois en 1916 et moult fois reprise et enrichie par la suite. C’est donc un texte fondateur, dans lequel émerge une nouvelle théorie, en rupture avec Freud et avec Adler.

Après avoir expliqué le principe de la psychanalyse, Jung développe la théorie de l’éros de Freud puis la théorie opposée, celle de la volonté de puissance d’Adler : deux instincts primordiaux absolument opposés sur le plan du psychisme (Là où règne l’amour, la volonté de domination est absente, et là où la puissance prime, l’amour fait défaut. L’amour et la volonté de puissance sont l’ombre l’un de l’autre) et qui sont pourtant aussi opératoires l’un que l’autre pour expliquer un même cas, mais de manière contradictoire et excluante. Jung cherche donc comment on pourrait émettre une théorie qui permettrait de résoudre ces contradictions (qui sont au coeur même de la notion de névrose puisque le névrosé est celui dont le conscient et l’inconscient sont désunis et le tirent dans des directions différentes), et expose la question des types d’attitude, introverti/extraverti. Il s’intéresse ensuite à la question de l’inconscient collectif, avant d’exposer concrètement la méthode synthétique et ce qui est une de ses grandes découvertes : les archétypes (mais ce n’est pas dans cet essai qu’il développe). Il termine sur quelques généralités.

Un ouvrage fondateur donc, et même si certaines choses sont totalement dépassées (il entreprend par exemple de « guérir » un jeune homme homosexuel) l’essentiel reste intéressant et notamment cette part d’ombre en nous, qui échappe à notre contrôle et nous pousse parfois à faire le contraire de ce qu’on voudrait faire : Jung insiste bien sur les dangers de l’inconscient lorsqu’il y a désunion, alors que lorsque nous sommes dans notre intégrité il peut au contraire se montrer un précieux allié. D’où bien sûr, l’importance des rêves. Il y a aussi un passage très intéressant sur la notion de symbiose dans le couple, sur la crise de la quarantaine et… sur la survivance du paganisme au niveau des structures inconscientes, car il y a des choses que le christianisme est totalement incapable de dire (par exemple la question des archétypes féminins) : cela a fait tilt car je lisais cet essai en même temps que Les Dames du Lac et la synchronicité (concept jungien mais plus tardif) était parfaite. Mais pour les archétypes eux-mêmes (sujet qui est celui que je « dois » creuser) ce n’est pas dans cet essai qu’ils sont vraiment traités : ils n’y sont qu’abordés. De même, il ne traite pas du tout de la théorie des complexes, qui m’intéresse aussi.

Bref : un bon ouvrage d’introduction, assez clair et pédagogique, nécessaire je pense si on veut se lancer dans les études jungiennes pour comprendre d’où on part, mais ce n’est pas le plus intéressant de l’auteur.

Psychologie de l’inconscient
C. G. JUNG
8e édition préfacée, traduite et annotée par le Dr Roland Cahen
Georg, 1993

 

La femme solaire, de Paule Salomon : vers la fin de la guerre des sexes ?

Le point de départ de ce livre est une intuition simple et essentielle : toute femme est dépositaire d’une pépite d’or authentique qui lui permet d’illuminer la vie humaine, la sienne et celle de l’homme, à condition qu’elle veuille bien se donner la peine de la révéler. Toute femme est enceinte d’un soleil. Une compréhension intime, originelle permet à la femme d’accéder au cœur d’elle-même, à son essence, à une émanation d’ordre subtil. Cette essence féminine se communique par une vibration de vie et d’âme qui parle directement à la nature de l’homme et le polarise vitalement, affectivement et spirituellement. La flèche de développement de la femme ne va pas seulement de l’intérieur vers l’extérieur mais de l’extérieur vers l’intérieur dans l’affirmation de son identité. Au moment où les valeurs ont besoin de refleurir dans les déserts du confort et du stress, un visage de femme se dessine en pointillé dans le schéma du futur ; il inspire et introduit les changements de valeurs dans la civilisation. 

On m’avait conseillé cet essai lorsque j’étais en train d’écrire le Truc, mais la bibliographie de ce projet était tellement exponentielle que si j’avais lu tout ce qu’on m’a conseillé, je ne m’en serais jamais sortie, et celui-ci est passé à la trappe, jusqu’à ce que je retombe dessus « par hasard » l’autre jour, et que j’estime que c’était le bon moment d’y jeter un œil. Je pense d’ailleurs que j’ai bien fait d’attendre, car il constitue une sorte d’aboutissement de mes recherches et réflexions récentes, ou plutôt l’éclosion consciente de ce que j’avais toujours pensé intuitivement, mais qu’il y avait peut-être certaines réponses vers lesquelles je devais cheminer moi-même.

L’idée de départ est celle du changement de paradigme dans la civilisation auquel on assiste actuellement, même s’il ne se fait pas sans heurts : la reconquête par les femmes de leur essence, qui engendre un nouveau rapport plus apaisé avec l’homme, une réconciliation qui finira par aboutir à une civilisation éclairée, dans laquelle les deux polarités masculines et féminines seront en harmonie, à la fois sur le plan individuel et sur le plan historique. Il s’agit donc de voir comment se fait cette évolution, dans l’histoire de l’humanité, évolution qui est aussi celle de chaque femme : la civilisation de la coupe, avec une Grande Déesse Mère toute puissante, puis la civilisation de l’épée où règne un dieu mâle et où la femme est soumise, la femme révoltée, la femme éclairée, la femme lunaire, et enfin la femme solaire.

Cet essai m’a passionnée parce qu’il va au-delà du féminin et s’intéresse au couple, à l’amour, et donc aux hommes (pour qui le patriarcat est néfaste et destructeur aussi puisqu’il les coupe d’une part essentielle d’eux-mêmes), dans un idéal d’équilibre et d’harmonie. L’âge adulte, en somme, et le patriarcat est vu ici non seulement comme un complexe d’infériorité, mais comme une sorte de « crise d’adolescence ». Et pour l’auteure, nous sommes bien à un moment de bascule où le patriarcat s’effrite, arrivé à une impasse, mais où chacun n’a pas encore trouvé sa place, celle où chacun peut affirmer sa différence dans l’harmonie. L’idéal du couple et de l’amour devient celle de l’androgyne (du coup on en reviendrait à Platon) : un couple où chacun est en équilibre, la femme (solaire) ayant parfaitement intégré sa polarité masculine positive, l’homme (lunaire) ayant parfaitement intégré sa polarité féminine, et les deux se complétant parfaitement. Un parcours initiatique, qui se fait sur le plan des femmes et de leur histoire, mais aussi individuellement, et chacune reconnaîtra à quelle phase de son évolution elle en est !

Finalement, j’ai retrouvé dans cet essai ce qui est ma conviction depuis toujours, et au fondement de certains de mes textes, notamment ma petite série post-attentats Nous sommes les dieux (dont je me rends compte que je n’ai publié que le premier volet sur les 3 que j’ai écrits, désolée)  et surtout ma fan-fiction potterienne Les cinq leçons de Lucius MalefoyJe pense que c’est réellement dans l’air du temps, et que tout le monde gagnerait à se pencher sur cet essai, qui relit notre histoire et ses mythes à la lumière de la psychanalyse, et porte un message plutôt optimiste dont nous avons bien besoin !

La Femme solaire. La fin de la guerre des sexes
Paule SALOMON
Albin Michel, 1991 (Livre de Poche, 2001)

Femmes qui courent avec les loups, de Clarissa Pinkola Estés : à la poursuite du féminin sauvage

L’art est important. Il marque les commémorations des raisons de l’âme ou d’un événement particulier, quelquefois tragique, du voyage de l’âme. L’art n’est pas seulement destiné à soi-même, il n’est pas seulement un jalon sur la route de la compréhension de soi, c’est aussi une carte destinée à montrer la route à celles qui viendront après nous. […] Poser les questions, raconter des histoires, travailler de ses mains : tout cela participe de la création de quelque chose et ce quelque chose, c’est l’âme. A chaque fois que nous nourrissons l’âme, il est sûr qu’elle va croître.

Evidemment. Après avoir lu nombre d’ouvrages sur le sujet du féminin sacré et de la découverte de soi, je devais absolument lire celui qui visiblement est à la base de tout. Comme souvent, j’ai un peu tournicoté autour avant de me décider : très probablement fallait-il que j’attende, car il fait finalement la synthèse de toutes mes expériences de ces derniers mois. Et je crois que je ne suis pas la seule : lorsque j’ai publié la photo sur Instagram, j’ai reçu nombre de messages de femmes me disant soit qu’elles l’avaient lu et qu’il avait totalement bouleversé leur vie, soit qu’elles étaient justement en train de le lire, et que ça les secouait.

Il s’agit d’une psychanalyse jungienne des contes, qui cherche à mettre au jour l’archétype de la femme sauvage (sauvage étant à prendre au sens de « naturel »), à savoir la psyché instinctive que l’on a voulu détruire tout comme on a détruit la nature, la faune, la flore, en voulant la domestiquer. Conteuse et thérapeute, Clarissa Pinkola-Estés s’appuie sur le pouvoir des histoires pour guérir et dire ce qu’il y a au plus profond. C’est donc une véritable initiation qu’elle nous propose, vers une nouvelle manière d’être au monde, retrouver notre moi profond, créateur, cyclique, la puissance du féminin, dans un cheminement à la fois psychique et spirituel.

Puissant est bouleversant, cet essai est de ceux qui peuvent littéralement changer une vie, au sens où on n’est plus le même avant et après l’avoir lu. Il ne s’avale pas d’une traite, mais demande à être savouré, médité, petit à petit, chapitre par chapitre, histoire par histoire afin que chacune creuse son sillon en nous. De fait, sur un chemin initiatique, on ne peut pas courir, il faut avancer tranquillement, et c’est ce que j’ai fait avec cet ouvrage dans lequel j’ai totalement reconnu certaines de mes expériences, et dont certains chapitres m’ont fait l’effet d’une bombe qui explosait à l’intérieur de mon âme pour remettre certaines choses en place, ou d’une clé universelle qui a ouvert les unes après les autres mes serrures et m’a permis de comprendre pourquoi, depuis toujours, je me sentais écartelée, désunie, pas à ma place où que ce soit, pourquoi aussi je cherchais l’amour tout en le fuyant. Petit à petit, on rassemble les morceaux, on vainc les ombres, on explore sa forêt intérieure, on crée, on apprend à écouter son intuition, et à aimer. On se retrouve soi. Son vrai soi. Le soi créateur et puissant.

Un ouvrage indispensable (j’aurais aimé le lire à 20 ans, je me serais épargné 20 ans d’égarement sur de mauvais chemins), à conseiller à toutes les femmes (notamment les jeunes) mais aussi aux hommes parce que je pense qu’eux aussi ont parfois été abîmés, de la même manière, à lire, et à relire périodiquement. Il m’a ouvert de nouvelles pistes, et je sais que je le relirai lors d’une prochaine étape de ma vie !

Femmes qui courent avec les loups. Histoires et mythes de l’archétype de la femme sauvage
Clarissa PINKOLA ESTÉS
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-France Girod
Grasset, 1996 (Livre de Poche 2201-2018)