Instantané #109 (résurrection)

Ma monstera, ma beauté, ma fierté, a failli mourir.

Pourtant, au début du confinement, elle était magnifique, j’ai des photos qui en attestent. Et puis, soudainement, elle s’est mise à perdre toutes ses feuilles une par une. Elle avait visiblement besoin d’être rempotée, ce que j’ai fait dès que cela a été possible. Mais, hélas, elle a continué inexorablement a perdre ses feuilles, si bien qu’il ne lui en restait plus une seule. J’ai pesté, en me disant qu’on m’avait vendu une plante génétiquement modifiée programmée pour mourir a une certaine date quoi qu’on fasse. Mais je n’arrivais pas à me résoudre à la jeter.

Et j’ai eu raison car il y a quelques jours, je me suis rendu compte avec joie que ses branches étaient parsemées de minuscules pousses vertes et de promesses de feuille. Et que c’était un joli signe : de force de vie incroyable, de résilience, de renaissance. Un signe aussi que m’envoie l’Univers pour me dire que ça va aller, maintenant (je dis ça parce qu’il s’est passé d’autres choses aussi allant dans ce sens).

Et comme j’aime la philosophie végétale, je me suis dit qu’elle avait peut-être fait une dépression, traversé une nuit noire de l’âme, s’était à l’image des arbres dépouillée de toutes ses vieilles feuilles qui l’encombraient, l’empêchaient de respirer, et que maintenant dans un nouveau pot, plus grand, elle pouvait renaître à une nouvelle vie.

Et moi aussi, je peux renaître.

Un cadeau…

Début mai, pour m’occuper à la fin du confinement, j’ai fait des boutures de piléa. Parce qu’il se trouve que la (le ?) Piléa est une plante très généreuse, qui fait beaucoup de rejets. J’en avais donc quatre à prélever et à mettre en couveuse (dans un pot, pas dans l’eau parce que je trouve que le bouturage dans l’eau rend les plantes paresseuses) (j’en ai à nouveau trois qui poussent). Ce que j’ai fait.

Ce fut une joie de m’en occuper, car si elle est contente, la (le) Piléa pousse très très bien, vite, et fait constamment de nouvelles feuilles, ce qui est évidemment très gratifiant car ça donne l’impression d’être une déesse de la fertilité. Après, je ne me voyais pas garder toute la famille Piléa qui ne va pas manquer de s’agrandir encore dans le futur ; alors il existe des banques d’échange de boutures et j’aurais sans doute trouvé, mais en fait je les ai proposées sur Facebook, et quatre mamans de mon entourage se sont manifestées pour les adopter, des personnes plus ou moins proches de moi d’ailleurs et c’est ce qui me fait d’ailleurs extrêmement plaisir : donner le bébé à sa maman sera l’occasion de se voir, de se revoir, et en ce moment c’est tellement important !

Sur chaque pot, j’ai écrit le nom de la future maman (une question d’énergie), et je les ai regardées pousser.

Maintenant il est temps (avant la fin du mois de juillet) qu’elles aillent rejoindre leur future maison. C’est comme ça que le monde devient plus riche : je donne ce qui m’a été donné. Le Piléa est surnommé « plante à monnaie chinoise » : la légende dit qu’il faut enterrer une vraie pièce de monnaie au pied de la plante et qu’elle attirera spontanément la prospérité. Je trouve que c’est un beau symbole, non ?

Botaniste, de Marc Jeanson et Charlotte Fauve : histoire naturelle

Tout est encore à faire, ou plutôt à refaire. Il s’agit toujours de recenser l’exceptionnel, mais aussi de le retrouver, ou du moins de décrire ce qu’il en reste. L’exploration est devenue perpétuelle, nous revenons sur nos pas, sur ceux de Saint-Hilaire, sur ceux de Poivre ou d’Adanson, à la recherche de ce que nous craignons avoir perdu. Beaucoup des forêts originelles ont été détruites, beaucoup d’espèces, de paysages ont disparu. La constitution de grands ensembles protégés, de parcs nationaux ne suffit plus : fragments, résidus, cela peut paraître bien maigre par rapport à ce qui a existé. Mais dans une poche de verdure peut se cacher une grande richesse végétale, et c’est là que l’exploration, à nouveau, redevient difficile, dans ces reliquats préservés, perchés au sommet de massifs abrupts, dans les canyons inaccessibles. 

Il y a quelque temps, Anne-Solange Tardy avait parlé de ce récit dans sa merveilleuse « Pochette Surprise » (c’est sa newsletter, pleine de poésie : si vous ne connaissez pas allez vite vous abonner, c’est une bouffée d’oxygène hebdomadaire) et, comme je suis dans ma période végétale, je me suis dit que ça avait tout pour me passionner. Et j’avais raison !

Marc Jeanson est le responsable de l’herbier du Muséum national d’histoire naturelle (je ne sais pas si ce lieu se visite, mais ce doit être absolument émerveillant). Grâce à la plume délicate de Charlotte Fauve, il tisse subtilement un récit personnel, dans lequel il nous raconte son propre parcours de botaniste, et l’histoire de la discipline et de ses héros, autour de l’Herbier.

Un ouvrage poétique et lumineux, d’où jaillit tout un monde de profusion sensorielle : des goûts, des couleurs, des odeurs, des textures, des formes d’une richesse inouïe sortent des pages et s’emparent du lecteur et le prennent par la main pour le mener dans les pas des pionniers de la discipline : Adanson, Poivre, Lamarck, Linné (qui a découvert que les plantes avaient une vie sexuelle), Saint-Hilaire. Un monde de voyages et d’exotisme, parfois dangereux, où le hasard se fait nécessité pour découvrir, collecter, classer, préserver, faire renaître, nommer comme Adam dans le jardin d’Eden, ce qu’on appelle « inventer » : quel bonheur de parcourir ces pages, de se perdre dans le foisonnement de l’Herbier qui est à l’image du foisonnement du vivant, d’aller de découverte en découverte — et se dire qu’il y en a encore tant à découvrir. Et que nous sommes bien petits dans l’immensité de cette biodiversité à préserver !

Bref un vrai coup de cœur pour ce récit : moi qui aime tant me promener dans les jardins botaniques, celui de Paris, celui de Milan, celui d’Orléans mais qui ne peut pas trop le faire en ces saisons intérieures, moi qui aime tant ramasser feuilles mortes et fleurettes pour les mettre dans un cahier qui n’est pas vraiment un herbier mais un peu quand même, bref, moi qui suis de plus en plus sensible à la poésie du végétal, j’ai aimé à la folie ce récit qui fera un parfait cadeau de Noël pour un de vos proches passionné par les plantes, ou pour vous évidemment ! Mon seul regret : peut-être que cela aurait mérité un cahier photos…

Botaniste
Marc JEANSON et Charlotte FAUVE
Grasset, 2019

Les émotions cachées des plantes, de Didier van Cauwelaert : les végétaux ont-ils une âme ?

Mais, n’en déplaise à ces raisonneurs confondant rationalisme et a priori, l’imagination n’est pas qu’une déformation de la réalité. C’est, en l’occurrence, la capacité de concevoir une action future à partir de la perception du présent, nourrie par les enseignements de la mémoire. Quels que soient les rouages d’une telle imagination, elle me paraît à la fois la cause et la conséquence de ces « émotions cachées » des plantes, que nous allons maintenant essayer de décrypter.

Comme je l’ai déjà expliqué, dans ma vie précédente j’étais une serial killeuse de plantes ; je ne m’y intéressais absolument pas, je les trouvais jolies mais je ne m’en occupais pas plus que d’un bibelot, et elles mourraient immanquablement après un temps plus ou moins court passé chez moi. Mais les choses ont changé : depuis quelques mois, j’en ai adopté beaucoup, mon appartement est devenu une véritable jungle urbaine et je crois qu’elles se sentent bien (sauf ma maranta qui me donne du souci actuellement). Je pense qu’elles apprécient l’emplacement qui est le leur (non loin de la baie vitrée, elles profitent d’une magnifique luminosité matinale mais ne sont pas brûlées par le soleil de l’après-midi) et d’être toutes ensemble. Mais je crois qu’elles aiment surtout que je leur accorde mon attention, pas seulement en les arrosant, mais surtout en leur parlant gentiment, en les félicitant avec enthousiasme lorsqu’elles font de nouvelles pousses (du coup elles en font plein), en leur passant de la musique. Tout comme je parle aux fleurs du jardin quand je rentre le soir, et aux arbres. De fait, j’ai découvert que les plantes n’étaient pas seulement de la décorations, mais qu’elles constituaient une vraie présence, et qu’elles augmentaient mon taux vibratoire. Cela peut paraître dingue dit comme ça, mais ça ne l’est pas, et c’est pour cette raison que je voulais lire cet essai (et pas seulement à cause de son auteur).

Dans cet ouvrage, Didier van Cauwelaert s’attache donc à montrer, expériences scientifiques à l’appui, que les végétaux ne sont pas des machins inanimés, mais qu’ils peuvent faire preuve de ce qu’on pourrait appeler intelligence : ils ont conscience du danger et savent mettre en place des stratégies pour se défendre de leurs prédateurs (ce qui ne laisse pas d’être inquiétant, parce que le jour où ils en auront marre de l’humain…), ils savent utiliser la séduction et la ruse, ils sont sensibles à la flatterie et poussent mieux avec des compliments, ils peuvent faire de la transmission de pensée, ressentir de l’empathie et de la compassion, se montrer solidaires entre eux, ils utilisent un véritable langage, aiment la musique (enfin, certaines musiques), éprouvent du chagrin, n’aiment pas trop les caresses et ont, visiblement, conscience de la mort.

Tout cela est absolument passionnant : on retrouve des faits dont l’auteur avait déjà parlé dans ses Dictionnaire de l’impossible mais ici les faits sont creusés, analysés, et surtout étayés par de nombreuses expériences scientifiques qui laisseront songeurs les plus incrédules. L’idée qui se dégage de tout ça, c’est tout de même que l’humain a créé un joyeux bordel, en mettant sont nez partout, pour « aider » les plantes à mieux grandir, ne pas être malades, se défendre contre leurs prédateurs, alors qu’elles en sont tout à fait capables toutes seules ; de fait, le végétal est apparu bien avant l’homme sur la planète, et très probablement lui survivra très longtemps (en poussant un « bon débarras » de soulagement ?) lorsqu’il aura disparu. De fait, j’ai lu certains passages à mes plantes, et elles étaient tout à fait d’accord !

Les Émotions cachées des plantes
Didier van CAUWELAERT
Plon, 2018

En mots et en images : janvier 2019

Les mots…

Une nouvelle année qui commence, page blanche tremblante. Sera-t-elle enfin heureuse, cette année ? // Essayer de maîtriser le temps. Cette saloperie de temps // Home, sweet home. Installer ma jungle urbaine. Profiter encore un peu des lumières festives // Poser mes intentions // Inspiration // Vision board // Voyage sonore aux bols tibétains. En ressortir régénérée, apaisée et pleine de joie // Refermer la parenthèse. Ranger les décorations de Noël, leur dire à dans onze mois, en espérant que lorsque je les ressortirai je serai ailleurs // Les jours qui passent // Une jolie carte de voeux // La beauté du monde // Les mots qui coulent à nouveau après trois semaine de sécheresse // Trouver la clé ? // Libérer la Femme Sauvage, briser ses chaînes, laisser exploser la pulsion de vie // Le chemin des signes // Cocooning // Pulsions décoratives et ménagères // Jour de neige // Vertige // Une petite pointe de découragement. Ne pas craquer // M’offrir des petites choses réconfortantes en attendant // Un bouquet de mimosa pour faire entrer le soleil

Sur une idée originale de Moka

Les images…

Instantané #65 (jungle urbaine)

Evidemment, me connaissant, cette histoire de plantes ne pouvait que dégénérer et j’en suis bien arrivée au stade « jungle urbaine », avec trois nouvelles pensionnaires en un mois : une petite Sansevieria bicolore, un dieffenbachia et un dragonnier. J’ai tout rassemblé dans le même coin pour qu’elles puissent papoter et que les plus vigoureuses apportent leur soutien aux plus faibles (en vrai : pour des raisons décoratives, et aussi parce que je pense que c’est le coin de l’appart le plus plantfriendly), trouvé des cache-pots (un autre panier notamment) et des supports de hauteurs variables. Le fait est qu’esthétiquement je suis ravie, mais surtout : c’est apaisant comme tout d’avoir ce petit bout de forêt à l’intérieur !

Vivre avec des plantes

Dans ma vie précédente, j’étais une tueuse en série de plantes : même les plus robustes ne vivaient guère longtemps chez moi, c’était presque un don. C’était d’autant plus bizarre que ma maman a la main verte, comme on dit, et que j’ai toujours vécu très entourée de plantes diverses et variées. Mais je crois que je ne m’intéressais pas du tout à elles, qu’elles le sentaient et qu’elles dépérissaient.

Lorsque j’ai déménagé l’an dernier, je me suis installée dans un appartement non seulement beaucoup plus grand, lumineux et agréable que le précédent, plus inspirant niveau décoration avec ses murs blancs et son parquet clair, mais surtout beaucoup plus connecté à la nature, puisqu’il donne sur le petit jardin de la résidence et non plus sur la rue, avec en bonus un grand balcon dont je peux vraiment profiter.

J’ai eu envie de m’entourer de plantes vertes, pour reconstituer à l’intérieur l’ambiance naturelle de l’extérieur. D’abord, c’était à des fins purement décoratives : les plantes, c’est joli. Et instagrammable à fond. Mais, bizarrement (ou pas si bizarrement que ça, si je tiens compte de mes mutations existentielles récentes), je me suis vraiment attachée à elles, je leur porte une grande attention et je n’oublie pas de les arroser, je leur passe du Mozart, je les caresse lorsque je passe à côté, je leur parle et je les félicite avec émotion lorsqu’elles ont de nouvelles pousses. Ce n’est donc plus, simplement, de la décoration, mais un véritable style de vie, qui me reconnecte à la vie végétale (je rappelle que j’ai de plus en plus envie de m’installer hors de la ville).

Alors je ne suis pas non plus dans la mouvance urban jungle, je n’en ai pas des dizaines non plus, mais je suis heureuse de celles que j’ai, et je songe à en adopter deux autres, l’une pour le bureau et l’autre pour la chambre, pour agrandir un peu la famille, ainsi que racheter un palmier pour le balcon.

Il y a d’abord la Monstera Deliciosa, qui fait ma fierté : alors je sais, ce truc pousse partout et a priori n’importe quel sous-doué de l’entretien des plantes est capable d’en faire pousser une. Il n’empêche qu’auparavant je savais tuer des variétés tout aussi robustes. Elle m’émerveille parce qu’elle grandit à vue d’œil, ne cesse de me faire de nouvelles feuilles, et que j’ai vraiment l’impression qu’elle fait partie de ma vie.

Il y a, dans l’entrée, une Kalanchoé thyrsiflora pour laquelle j’ai eu le coup de foudre cet été (et que j’ai payé un prix ferretcapien) avec ses grandes feuilles vertes et rouges. Elle se déploie bien depuis que je l’ai, j’espère qu’elle va continuer…

Dans la cuisine, près de la fenêtre, j’ai installé ma Maranta qui était auparavant dans l’entrée : je raffole de ses feuilles nervurées. Elle voisine avec une Zamioculcas Zamiifolia qui pour le coup est vraiment très résistante car je l’avais achetée le même jour que la Monstera, mais au début j’avais vraiment tendance à complètement l’oublier !

Toujours dans la cuisine, après divers essais désastreux, j’ai mis deux cactus ainsi qu’une aloe vera, et je songe à leur donner une copine, j’aimerais un pimentier mais je suis perplexe parce que je ne me suis pas métamorphosée en déesse de la fertilité du jour au lendemain. On verra…