Les plaisirs sensuels de l’automne

Boire un chocolat chaud pour le goûter // Les guirlandes lumineuses et les bougies parfumées // Les couleurs chatoyantes des feuilles // Décorer sa maison et en faire un cocon // Les courges // Se promener dans la nature et respirer à pleins poumons // Ecouter tomber la pluie bien au chaud sous la couette // Prendre un verre dehors enroulé dans un plaid // Chercher les champignons et les mangers // Porter un parfum plus fort aux odeurs de musc et de mûre // Des plats réconfortants…

Et vous, quels sont vos plaisirs sensuels de l’automne ?

Les plaisirs sensuels de l’été…

Le rayon de soleil sur le visage, le matin // Un verre de Lillet bien frais // Le chant des cigales // Le sable chaud entre les doigts // La berceuse des vagues // L’abondance des coquillages colorés // La glace du soir sur le port // Plonger dans l’eau fraîche // La sieste sous les arbres // Les tomates juteuses juste cueillies, encore tièdes du soleil du jour // Marcher pieds nus // Les odeurs du marché // La saveur iodée des huîtres // Les embruns // Le goût salé de la peau après la baignade // Le cri des mouettes au loin // Les gaufres chaudes // La langueur des jours…

Et vous, quels sont vos plaisirs sensuels de l’été ?

Accueillir l’été…

Nous voici en été. Un été particulier après un printemps encore plus particulier encore. Je suis bien sûr excitée parce que j’aime d’amour cette saison, vraiment, l’été est ma saison (j’adore le printemps, les arbres en fleurs et tout, mais j’aime encore plus l’été). Et particulièrement ce jour, celui du solstice, lorsque la lumière est la plus puissante, je trouve que c’est un tellement beau symbole. Cette année, le solstice marche main dans la main avec une Nouvelle Lune en Cancer (très intéressantes, les énergies du cancer). Et une éclipse (puisque nous sommes dans la saison des éclipses) et cinq planètes en rétrograde dont Mercure, donc c’est normal si c’est le bordel aussi (et si comme moi vous n’êtes pas d’une humeur étincelante malgré tout).

Normalement, je devrais être en train de rêvasser à mes vacances en Europe après avoir tout booké : en juin, il reste moins d’un mois (mais un mois de torture avec des trucs insupportables, cette année on y échappe c’est déjà pas mal), il n’y a plus qu’à se projeter, faire les listes des choses à faire, à voir… Cette année, j’aurais dû aller à Séville (ou plutôt, au moment où c’est devenu inenvisageable j’avais Séville en tête) (je l’ai déjà dit). Techniquement je pourrais toujours mais je n’ai pas envie de découvrir cette ville dans ces conditions.

Bon, j’ai tout de même prévu des choses chouettes : toujours quelques jours sur le Bassin (mais pas au même endroit que d’habitude, mais du coup ça permettra de découvrir de nouvelles choses) et quelques jours à l’île d’Oléron. J’ai vraiment vraiment besoin de me connecter à l’élément eau, mon élément. Et on va essayer d’en profiter autant qu’on va pouvoir, encore plus maintenant que nous savons que tout cela ne va pas de soi : la plage, le sable chaud sous les pieds, l’eau fraîche et les vagues de l’océan, la caresse du Soleil, les robes légères, marcher pieds nus, l’odeur des embruns, le hamac sous les pins, les bains de minuit, les fruits de mer et le poisson frais, les fruits et légumes savoureux, tomates, courgettes, aubergines, melon, fraises et framboises, abricots juteux, les glaces en regardant la mer, l’apéritif en terrasse, dormir la fenêtre ouverte et s’éveiller au chant des oiseaux, profiter de la lumière sublime jusque tard le soir. Les heures à rêvasser.

Je suis une femme de l’été, solaire et sauvage, alors j’accueille ma saison, la saison pour moi la plus sensuelle, la plus vivante, celle où mon énergie créative est à son plus haut niveau. A l’heure où j’écris ces lignes (samedi matin) je ne sais pas si je ferai un rituel où si je me contenterai de humer avec extase l’odeur de la nuit la plus courte (puisque le solstice a lieu le 20 juin à 23h43 et non le 21) mais quoi qu’il arrive… Bienvenu, mon cher été !

Plaisirs d’hiver…

L’hiver n’est vraiment pas ma saison. Je n’aime pas le froid et le temps souvent pas terrible qui m’empêche de faire mes longues promenades régénérantes. En fait je n’ai qu’une envie : rester chez moi au chaud. Ce qui est somme toute normal : après l’automne, l’hiver est la seconde et la plus profonde des saisons intérieures. Les anciens, qui vivaient au rythme des saisons, consacraient ces journées où le soleil ne montre pas toujours le bout de son nez à des activités plus calmes, moins épuisantes, dans leur maison. C’est aussi, symboliquement, la saison de la mort avant la renaissance du printemps : mort symbolique, mort intérieure, réflexion, introspection. Comme les arbres nus et dépouillés de leurs feuilles, on est vulnérable, fragile, mais en même temps tout est possible. Alors, j’ai décidé de profiter au mieux de cette saison, et de lister ce qui était agréable :
– Cocooner sous un plaid. Les gens qui viennent chez moi sont toujours amusés par la quantité de plaids que je sème un peu partout, et notamment sur le canapé parce que j’adore m’enrouler dans leur douceur et leur chaleur.
– Manger des plats réconfortants et conviviaux. A base de fromage fondu : raclette, tartiflette, Mont d’or, Saint-Félicien au four, fondue, truffade, aligot…
– Cette lumière particulière quand il fait beau et sec, et qui donne des photos merveilleuses…
– Quand il fait beau et sec également, enfiler un bonnet, une parka bien chaude, des chaussures fourrées et étanches, et faire une longue promenade vivifiante
– La neige, parfois : je voudrais la savourer autrement, pouvoir y faire des vraies promenades, mais si longtemps je ne l’ai pas aimée, aujourd’hui j’aime bien la voir…
– Les gros pulls bien chaud, un peu comme un plaid mais qu’on emporte avec soi. Pendant les vacances j’en ai retrouvé un dans mon placard, un blanc à torsades de style scandinave exactement comme je voulais acheter…
– Boire un chocolat chaud au goûter
– Allumer des bougies qui sentent bon…
(j’ajouterais bien lire au coin du feu, mais je n’ai pas de cheminée, et prendre un bain chaud, mais je n’ai plus de baignoire)

Et vous, quels sont vos plaisirs d’hiver ?

Plaisirs d’automne

Longtemps, j’ai détesté l’automne, moins que l’hiver mais enfin, je ne l’aimais vraiment pas. Aujourd’hui je préfère dire que c’est ma troisième saison préférée : les gens logiques et rationnels diront que cela revient exactement au même, l’automne passe après l’été et le printemps (et je serais du reste vraiment très surprise que cela change), les gens poétiques comprendront. Que même s’il ne sera probablement jamais ma saison préférée, l’automne parvient désormais à me procurer quelques joies.

Les promenades, d’abord : il ne fait pas une chaleur écrasante mais une légère veste suffit pour ne pas avoir froid et être bien. Et ce qui est agréable lorsqu’on se promène dans la nature et que comme moi on aime ramasser des trucs, c’est que c’est la saison idéale pour ça : les feuilles mortes, les marrons et les châtaignes dans leur bogue ou non, d’autres fruits des arbres pas toujours identifiés, les plumes d’oiseaux. Les champignons aussi. Et puis, même si on n’aime pas forcément les ramassages divers et variés, c’est agréable de se promener sous le soleil d’automne, les couleurs et la lumière sont absolument fabuleuses, tout mériterait d’être immortalisé, les rouges, les bruns sous le mordoré du soleil de fin d’après-midi. Les arc-en-ciel des jours où il a plu. Esthétiquement, l’automne est beau sur la nature.

Et puis, c’est agréable de retrouver certains vêtements : les collants qui habillent les jambes, un pull tout doux, une veste un peu chaude mais pas trop. De retrouver aussi les parfums un peu trop lourds pour l’été. Une étole toute douce dans laquelle s’envelopper. De jolies bottines.

C’est le moment aussi où les plats d’été, salades et fruits rouges, légers comme l’air, laissent la place à une cuisine plus charnue, plus réconfortante. Une bonne truffade dans la cocotte un soir où la pluie battante tombée toute la journée a refroidi l’atmosphère, une soupe chaude, du risotto avec les champignons qu’on est allé cueillir l’après-midi, des oeufs cocotte réconfortants. Des pancakes tout chauds le dimanche matin, du pain perdu. Un chocolat chaud au goûter en regardant les gouttes de pluie courir sur les vitres.

Et puis, toutes ces activités intérieures lorsque, de plus en plus souvent, le temps fait renoncer à la promenade. Dessiner, peindre. Prendre un bain parfumé. Lire sous un plaid. Allumer des bougies. Cocooner. Se serrer contre un corps chaud. Décorer la maison de chaleur, citrouilles et coloquintes.

Rentrer en soi. Comme les arbres, perdre ses feuilles, comme les arbres. Laisser aller. Respirer. Vivre, intensément.

Et vous, quels sont vos plaisirs de l’automne ?

Le Sel de la vie (exercice de style à la manière de Françoise Héritier)

Manger des huîtres au bord de la mer // Marcher pieds nus // Ecouter des chansons tristes quand on est triste // Un baiser plein de tendresse // Boire un café sur une terrasse au soleil // Le premier bain de mer de l’année // L’odeur des roses // Manger le croûton du pain chaud en revenant de la boulangerie // Un verre de vin blanc frais // Lire toute la journée dans un hamac // Déguster les fruits que l’on vient de cueillir, cerises mirabelles ou framboises // Une promenade main dans la main // L’odeur de la pluie // Acheter un beau bouquet de fleurs // Se préparer pour un rendez-vous // Regarder pour la millième fois une comédie romantique aimée // Laisser doucement s’échapper les larmes // Sentir son cœur battre // Recevoir un message après l’avoir attendu longtemps // Discuter cinq minutes sur un bord de trottoir // Etre appelée par son prénom par les commerçants du quartiers, qui savent ce que l’on aime // Recevoir un compliment // Faire un compliment // Improviser un dîner // Sortir tard // Regarder les étoiles // Prendre un bain de minuit, nager au milieu du plancton sur lequel se reflète la lune et qui fait comme des paillettes // Oublier l’heure tellement on est bien // Le sable chaud sous les pas // Se comprendre sans avoir besoin de parler // Faire un cadeau à un enfant et voir la joie dans ses yeux // Entendre son prénom crié de loin // Traverser le Jardin des Plantes dans la lumière mouillée d’un matin d’hiver // Se lever de bonne humeur // Retrouver un objet qu’on avait perdu // Déboutonner une chemise // Entendre une chanson qu’on aime à la radio // Faire le marché // Ecrire au milieu de la nuit // Revoir tous les épisodes d’une vieille série qu’on aime // Tomber sur une petite note manuscrite dans un livre // Feuilleter de vieux albums de photos // Se promener dans les rues d’une ville inconnue // S’enrouler dans une étole toute douce // Le chant des oiseaux le matin // Croiser un ami par hasard // Certaines coïncidences // Faire des projets // Manger une glace en regardant un film // Trouver des formes dans les nuages // Imaginer la vie des gens dans la file d’attente // Respirer à pleins poumons l’air pur de la montagne // Relire de vieilles lettres // Leur souhaiter bonne chance pour les examens // Les confidences // L’odeur de l’herbe fraîchement coupée // Se blottir contre quelqu’un // Refaire le monde avec ses amis // Prendre l’avion // Penser à quelqu’un // Mettre une jolie robe // Les premières tomates du jardin // S’endormir contre un corps chaud // Arroser les plantes // Ramasser des coquillages, du bois flotté et des galets // L’odeur du linge propre // Le crépitement d’un feu de cheminée // Manger des pancakes au lit le dimanche matin // Apprendre une bonne nouvelle // Danser toute seule au milieu du salon // Rire à une plaisanterie (pas forcément bonne) // Visiter un musée et rester un long moment absorbé par une toile qu’on aime // Échanger un regard complice, et savoir que l’autre pense exactement la même chose // Vaciller amoureux // Discuter un long moment au téléphone // Organiser un voyage estival au plein cœur de l’hiver et se projeter // Faire une couronne de fleurs // Etre ému à un mariage // La neige un dimanche d’hiver // Avoir envie de déménager // Faire l’amour…

Le Sel de la vie, de Françoise Héritier

Le Sel de la vie, de Françoise HéritierC’est donc une énumération qui suit, une simple liste, en une seule grande phrase, qui est venue ainsi toute seule par à-coups, comme un grand monologue murmuré. Il s’agit de sensations, de perceptions, d’émotions, de petits plaisirs, de grandes joies, de profondes désillusions parfois et même de peines, bien que mon esprit se soit tourné plutôt vers les moments lumineux de l’existence que vers les moments sombres, car il y en a eu. A de petits faits très généraux dont tout un chacun aura pu éprouver un jour la réalité (je parle alors de façon neutre, c’est-à-dire selon l’usage français au masculin) j’ai mêlé progressivement des souvenirs privés, durables, fixés en images mentales fortes pour toujours, instantanés fulgurants dont l’expérience peut être, je crois, transmise en quelques mots (je parle alors au féminin). Il faut voir dans ce texte une sorte de poème en prose en hommage à la vie. 

Jusqu’à présent, je n’avais lu de ce texte que des extraits. J’ai eu envie de m’y plonger totalement, un après-midi pluvieux où tout me semblait un peu vain.

C’est une longue lettre à un ami, réponse à une carte où il indiquait à l’auteur avoir volé quelques jours de vacances. Pour lui montrer qu’en considérant les choses de cette manière, il passe à côté de ce qui fait le sel de la vie, les « frémissements intimes » des plaisirs qui font ce que nous sommes et qui, si on y est attentifs, peuvent rendre le quotidien extraordinaire…

C’est un texte court, et qui fait un bien fou. A la fois très personnel (sans être intime ni rien dévoiler de privé) et fondamentalement universel, il nous apprend à regarder autrement ce que nous vivons tous les jours et à savourer les petites choses. Un peu comme une Happiness Jar mise en lettre. Cela donne un texte assez hédoniste, éminemment sensuel car émaillé de couleurs, de sons, d’odeurs, de perceptions tactiles et gustatives. La lenteur, les petits riens. Un texte d’une grande légèreté. Par choix, Françoise Héritier ne s’attarde pas les plaisirs intellectuels, ceux de la recherche et de l’écriture (quelques références à la lecture néanmoins), ni sur l’amour. C’est la seule chose que je regrette un petit peu, car si je devais faire ma propre liste ces deux aspects essentiels de l’existence y tiendraient une place de choix…

Mais lisez, lisez, picorez dans ce texte essentiel ! Il s’agit tout simplement de la manière de faire de chaque épisode de sa vie un trésor de beauté et de grâce qui s’accroît sans cesse, tout seul, et où on peut se ressourcer chaque jour.

C’est un peu habiter poétiquement le monde, non ?

Le Sel de la vie
Françoise HÉRITIER
Odile Jacob, 2012