#FemalePleasure, de Barbara Miller : plaidoyer pour la liberté

Cela fait longtemps que je ne vous avais pas parlé de films. Et en ce dernier premier mardi du mois de l’année, je voulais aborder ce documentaire sorti fin 2018, et qui est désormais disponible en VOD.

Le film interroge la manière dont est traitée la sexualité féminine dans le monde, au XXIe siècle, en suivant cinq femmes d’origines culturelles différentes, et qui s’opposent à la répression de leur sexualité dans leurs communautés culturelles et religieuses : Déborah Feldman, qui raconte dans son autobiographie Unorthodox (dont Netflix a fait une mini-série) sa rupture avec le judaïsme hassidique ; Leyla Hussein, une psychothérapeute et activiste sociale somalienne qui se bat contre l’excision ; Megumi Igarashi, une artiste plasticienne japonaise spécialisée dans l' »art vaginal » ; Doris Wagner, une ancienne nonne ayant subi des violences sexuelles au sein de l’Eglise catholique ; Vithika Yadav, une jeune indienne qui se bat pour l’égalité.

Un documentaire essentiel, qui doit être vu et distribué le plus largement possible, même s’il met très très en colère : il montre surtout qu’au delà des différences de culture, le combat est le même : conquérir le droit à disposer de son corps, malgré les religions qui, si elles ont bien un sujet d’accord, c’est bien celui-là : empêcher les femmes de jouir librement. Et c’est un combat essentiel !

Brisons le silence, soyons invincibles, revendiquons #Female Pleasure

Chez Stephie

Tout plaquer et aller prendre un bain, de Mathou

Tout plaquer et aller prendre un bainJe n’ai pas du tout la prétention de faire un livre pratique pour vous apprendre à être heureux.
Je vous propose un livre poétique, pour faire sourire, pour faire rire, pour se dire « ah oui tiens c’est vrai, j’avais oublié tout ça, comme c’était chouette ! »
J’aime glaner des petits moments. Mettre de côté dans un coin de ma tête des petits plaisirs, des petits bonbons de bonne humeur ou de joie simple qui me permettent d’avancer et de positiver — parfois.

Besoin d’un peu de douceur dans ce monde de brutes ? J’ai ce qu’il vous faut.

Mathou est illustratrice et, sur le modèle de Philippe Delerm (la référence est assumée) nous propose un condensé poétique de jolis moments de la vie. Les petits moments de tous les jours : le calin du matin, l’odeur du café, entamer le pain sur le chemin du retour, refaire le monde avec les copines, choisir son thé, s’enrouler dans un plaid pour regarder un film… Et puis, les petits moments plus rares : faire la grasse matinée, choisir des fleurs, boire un cocktail, tremper ses pieds dans une fontaine, faire le marché, l’odeur des livres, prendre un bain… En prime, les petits mots qui font du bien.

Il émane des pages de ce petit album une grande douceur dans l’évocation de ces petits moments de bonheur qu’on ne voit pas forcément. Le dessin est naïf, tout en rondeurs et en poésie, et si beaucoup de ces petits moments sont ceux passés avec les enfants, il y en a beaucoup d’autres, qui parlent à tous. C’est l’amour qui domine ici, pour la plus grande joie du lecteur, comme les petits papiers d’une happiness jar que l’on déplie pour les relire en fin d’année.

Tout Plaquer et aller prendre un bain
MATHOU
Monsieur Pop Corn, 2016

Ces choses qui me rendent heureuse…

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Dans le deuxième numéro de Flow (décidément, ce magazine est un concentré de jolies choses), il y a un article sur les listes, et la manière dont elles peuvent bous rendre heureux. Enfin, pas la liste des courses ou des corvées, forcément, mais les listes de jolies choses qui nous font du bien. C’est ce que l’on appelle la pensée positive : se concentrer sur le « bien ». Sur les petits plaisirs et pas forcément les grands bonheurs.

Pour ma part, j’ai toujours aimé les listes, témoin cette catégorie du blog, que je n’utilise pas autant que je le devrais. Mais voilà : aujourd’hui, j’ai décidé de faire la liste des choses qui me rendent heureuses, qui me font du bien, que j’aime.

1. Le soleil : c’est un fait, l’hiver et la grisaille sont un véritable supplice pour moi. Je suis très sensible à la dépression saisonnière, et mon moral joue les montagnes russes en fonction du temps. Du coup, c’est clair : lorsque le soleil brille, je suis bien.

2. Prendre un apéritif en terrasse : prendre l’apéritif déjà, c’est chouette (mais avec modération). Il paraît d’ailleurs que c’est un truc typiquement français. Mais alors en terrasse, au soleil, c’est un concentré de bonheur.

3. Passer la journée à lire : honnêtement, que peut-il y avoir de plus agréable qu’un bon livre et du temps devant soi pour en profiter, sans corvées ni fâcheux…

4. Paris me rend merveilleusement heureuse, surtout sous le soleil. J’ai la chance de pouvoir y aller assez régulièrement, ce qui fait de belles journées quand je veux ou presque…

5. Lézarder sur une plage : je suis définitivement une créature de bords de mer

6. Ecrire : m’absorber dans un monde que j’ai créé, y faire évoluer mes personnages ou les regarder y évoluer est vraiment un plaisir dont je ne me lasse pas et auquel je voudrais consacrer encore plus de temps.

7. Voir les gens que j’aime

8. Faire des photos, choisir la mise en scène, effectuer les réglages… écrire la lumière, donner à voir la manière dont je perçois le monde. C’est totalement complémentaire avec l’écriture, en fait.

9. Ne pas travailler : j’aimerais pouvoir dire que je trouve du bonheur dans mon travail, mais ce n’est définitivement pas le cas. Donc mes instants de bonheurs sont toujours des instants ailleurs qu’au travail… mais j’aimerais, un jour, pouvoir mettre mon travail dans cette liste. Lorsque j’en aurai enfin changé…

10. Mon blog : définitivement, mon blog est une des choses qui me rendent le plus heureuse dans l’existence.

Et vous, qu’est-ce qui vous rend heureux ?

Le Garde du coeur, de Françoise Sagan

Le garde du coeurAh ! Je ne dirai jamais assez les charmes de la vie quand on l’aime. La beauté des jours, le trouble des nuits, les vertiges de l’alcool, ceux du plaisir, les violons de la tendresse, l’excitation du travail, la santé, cet incroyable bonheur de se réveiller vivante, avec tout ce temps devant soi, toute cette gigantesque journée offerte avant que le sommeil ne vous fige à nouveau dans une pose mortelle, sur l’oreiller. Jamais je ne remercierai assez le ciel ou Dieu ou ma mère de m’avoir mise au monde. Tout était à moi : la fraîcheur des draps ou leur moiteur, l’épaule de mon amant près de moi ou ma solitude, l’océan bleu et gris, la route américaine, lisse, glissante jusqu’aux studios, les musiques de tous les postes et le regard de Lewis, implorant.

Bonjour Tristesse est sans doute l’un des romans que j’ai le plus relus dans ma vie. Malgré cela, ou plutôt à cause de cela, je n’avais jusqu’à présent jamais rien lu d’autre de Françoise Sagan, par peur d’être déçue et de ne pas y retrouver la magie contenue dans son premier roman. Mais l’autre jour, je suis tombée par hasard sur ce volume, dans un bac de livres d’occasion, j’ai aimé le titre et je me suis dit qu’il était temps…

Dorothy Seymour, la narratrice âgée d’une quarantaine d’années, est scénariste à Hollywood. Une nuit que son ami et futur amant Paul Brett la raccompagne chez elle, ils évitent de peu de renverser un jeune homme qui s’est jeté sous les roues de la voiture. Comme il est blessé, Dorothy décide de l’accueillir chez elle le temps de sa convalescence…

Totalement rocambolesque et assez immoral (mais pas pour les raisons que l’on pourrait croire en lisant le résumé…), ce roman est un vrai délice, langoureux et mélancolique comme la musique d’un violon, et en même temps grinçant, souvent drôle (mais un humour noir) et un peu effrayant. Et j’y ai retrouvé ce que, pour moi, incarne Françoise Sagan : une vision hédoniste de l’existence, une volonté de profiter de tous les plaisirs qu’elle offre même les plus simples, quelque chose de charnel et vertigineux. Ce que j’appelle la vie inimitable…

Le Garde du coeur
Françoise SAGAN
Julliard, 1968 (Livre de poche, 1973)

Une certaine idée du bonheur

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En ce moment avec mes élèves je travaille sur le thème du bonheur. Un joli thème évidemment, mais complexe, car au fur et à mesure où nous lisons les textes, force est de constater que chacun ne met pas la même chose dans cette idée. C’est un peu comme une recette où personne ne mettrait les mêmes ingrédients.

Il y a celui (Pascal) qui place le souverain bien dans la foi et estime qu’hors de Dieu, point de bonheur. Il y a ceux (les stoïciens) qui ne voient le bonheur que dans l’absence d’émotions. Ou bien ceux (les épicuriens) qui rêvent d’une vie simple et paisible, à l’écart du monde.

Il y a Voltaire, qui est un peu pénible parce que, selon les textes, il ne dit pas la même chose. Dans Le Mondain, il fait l’éloge de la jouissance des biens terrestres et matériels.

Et puis, il y a un groupe hétéroclite qui va de Montaigne à Alain en passant par Rousseau et bien d’autres, qui frôle le bouddhisme et autres philosophies zen : le bonheur de l’épiphanie de l’instant présent, celui où, en parfait accord avec la nature, tous les sens en éveil, on est pleinement dans l’ici et maintenant, sans regretter le passé, sans craindre l’avenir, tourné vers soi. Oui, ces auteurs sont dans la méditation, finalement, mais un peu comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir.

Malgré tout, je ne trouve pas mon bonheur dans ces conceptions du bonheur. Oh, c’est joliment dit, et c’est parfois d’un lyrisme bouleversant (chez Camus, qui l’eut cru ?), mais pour moi, il manque quelque chose. Ces moments épiphaniques d’intenses révélations, où l’on est en harmonie parfaite avec le monde qu’il nous semble tout à coup comprendre parfaitement, c’est magique. Mais c’est fugace, et rare. Ou alors il ne faut pas être très exigeant, si l’on parvient à savourer chaque instant présent. Il y a, oui, des moments qui méritent qu’on les vive pleinement ; d’autres moins. Et puis, en tant qu’écrivain, j’ai du mal avec l’ici et maintenant : moi, ma substance, ma sève, c’est le passé, le présent irréel, parfois le futur ; beaucoup plus rarement le présent réel, encore qu’il m’arrive de noter certaines choses. Mais si on le note, est-on toujours dans ce présent ? Ou à côté ? Du reste, le temps est un concept relatif, et le présent existe-t-il vraiment ? Mes seuls vrais moments d’épiphanie, c’est lorsque j’écrits ; et, là, le temps n’existe plus du tout.

Et, du reste, est-ce ça, le bonheur ? Je l’ai dit, ces moments sont brefs, évanescents. Et, même s’il n’est pas éternel, il me semble que pour pouvoir dire qu’on est heureux, il faut que ce bonheur soit un état un minimum stable. Le moment parfait, celui où on savoure une coupe de champagne en regardant le coucher de soleil sur l’océan par une douce soirée d’été au Cap-Ferret, est un moment de joie intense, de bien-être, de plénitude éventuellement, d’extase pourquoi pas. Mais pour moi, ce n’est pas ça, le bonheur.

Le bonheur, ce n’est pas l’accumulation de petites choses qui font du bien : manger des macarons, photographier de beaux paysages, voyager, lire un bon livre, boire un verre avec ses amis, rêver au soleil. Tout cela, c’est un peu des cerises sur un beau gâteau, ou, selon les cas, une compensation.

Mais je suis étonnée de ne trouver chez aucun auteur (en tout cas pas de manière développée) cette idée qui est pourtant la mienne, que tout ça c’est bien beau, mais que seul l’amour procure le vrai bonheur.

Et pour vous, c’est quoi le bonheur ? (je sais que certains ne seront pas d’accord avec moi…)