Ecrire la lumière

Il y a quelques années, j’avais fait des séances de Communication Profonde Assistée. Pour faire simple, c’est un moyen de communiquer directement avec votre moi profond (ou votre âme) sans la barrière de l’égo, des croyances, des masques que l’on met pour correspondre à ce que les autres veulent de nous. Vous êtes assis, les yeux fermés, le praticien soutient votre poignet qui tape sur le clavier d’un ordinateur. Ce qui donne au final une sorte de flux de pensées totalement décomplexé. Mais d’une force de vérité incroyable. La première séance m’avait beaucoup secouée, car elle avait mis le doigt sur quelque chose dont j’avais connaissance, mais dont je n’avais pas conscience que ça pesait dans ma vie. Et il est impossible que la praticienne ait induit quoi que ce soit : c’est précis, il n’y a pas d’effet barnum, ni faux souvenir.

Ensuite, j’ai fait plusieurs séances, sur des sujets divers. J’aimerais les relire, mais je ne suis pas sûre de les avoir gardées. Ce dont je me souviens, c’est qu’à la dernière, nous avons interrogé ce qui m’appelait vraiment. Je venais de commencer à écrire mon premier roman. La réponse a été « écrire la lumière ». Ce qui est, aussi, l’étymologie de photographie. Et je trouve que c’est une très belle mission de vie !

L’autre jour, j’ai hérité de cet appareil photo. Il appartenait à ma grand-mère, ou plutôt au frère de ma grand-mère, qui l’avait rapporté d’Allemagne après le STO. Mais on va considérer qu’il était à elle. Et c’est moi qui l’ai parce que moi, tout le monde le sait, j’adopte les vieux objets.

Et c’est un peu comme un clin d’œil. Encore une fois, écrire la lumière…

Quand le passé reprend vie en couleurs, de Wolfgang Wild et Jordan Lloyd : photographies colorisées du monde de 1839 à 1949

Pour bon nombre d’entre nous, le passé est en noir et blanc.
Bien entendu, nous savons que le passé n’était pas vraiment en noir et blanc, pas plus que les gens de la Belle Epoque n’avaient l’allure saccadée qu’on leur voit dans les tout premiers films. Et pourtant, face à une vieille photo en noir et blanc, c’est ainsi que nous imaginons le passé.

L’idée peut sembler tout d’abord étrange, voire sacrilège : coloriser des clichés en noir et blanc, parfois parmi les plus connus : le train qui déraille en gare de Montparnasse en 1895, la construction de la tour Eiffel, la série de portraits de Florence Thompson par Dorothea Lange, le portrait d’Abraham Lincoln, le naufrage du Titanic… On a toujours connu le passé, les images du passé, en noir et blanc, pourquoi vouloir leur donner de la couleur ?

Et bien parce que ça change tout : alors qu’avec le noir et blanc le passé semble lointain (ce qu’il est) et irréel, comme si les gens sur la photo n’étaient pas de vraies personnes, en chair et en os, comme on en croise tous les jours, ici il prend vie, grâce au travail exceptionnel et minutieux de Jordan Lloyd dont on pourrait dire que c’est de la magie : pour les photographies qu’on connaît (et même les autres puisque les clichés originaux sont à la fin, mais c’est plus frappant pour ceux qu’on a déjà vus souvent), on a l’impression de les avoir toujours connues en couleur tant c’est naturel.

J’ai vraiment adoré me plonger dans ce livre et remonter le temps (l’ordre choisi pour les 130 photos est antichronologique), au fil des événements historiques, croiser des personnages connus et des lieux qui ont bien changé : un voyage qui ravira les amateurs d’histoire et/ou de photographie (c’est bientôt Noël), et un livre de table basse absolument parfait !

Quand le passé reprend vie en couleurs. Photographies colorisées du monde de 1839 à 1949
Wolfgang WILD et Jordan LLOYD
Glénat, 2020

Instantané #103 (les ballons blancs)

Dimanche dernier, mes pas m’ont menée en centre-ville et sur une impulsion je suis allée découvrir l’exposition de Charles Pétillon à la collégiale Saint-Pierre-le-puellier, dont j’avais vu passer des images sur Instagram. Bien sûr je n’étais pas allée visiter d’exposition depuis des mois et ce n’était pas tellement dans mes intentions à la base même si cela me manque, de nourrir ma créativité dans les musées et les expositions. Mais bien m’a pris de suivre mon impulsion : j’ai été totalement émerveillée. Le travail de Charles Pétillon, que l’on pourrait qualifier de Haïku visuel, est à la fois du land art et de la photographie : il installe des ballons blancs dans des paysages urbains ou en pleine nature. Le résultat est follement poétique et en ce sens Charles Pétillon contribue à réenchanter le monde, mais ce n’est pas juste de la beauté : il nous interpelle et nous fait réfléchir sur notre lien à la nature, l’empreinte de l’homme sur son environnement, l’impermanence.

C’est absolument sublime, et si vous êtes ou passez à Orléans, filez y faire un tour, en plus c’est gratuit (jusqu’au 23 août) !

Instantané #100 (juste quelque chose de joli)

Pour mon challenge photo, jeudi il fallait que je photographie des coquillages. Et quel merveilleux moment j’ai passé à les assembler comme ça : je les ai toujours sous les yeux puisque certains sont dans un bocal dans la bibliothèque, d’autres dans une coupelle (en forme de coquille d’huître) dans l’entrée, d’autres dans mon bureau, d’autres dans un vase dans la chambre et… un peu partout en fait. Mais je ne prends jamais le temps de les sortir, de les toucher, de les contempler, de m’émerveiller de leur beauté, de leur diversité, de leur variété de formes, de tailles, de couleurs ! C’est pourtant ce que j’avais prévu en septembre en mettant ma moisson estivale dans le bocal : consacrer les saisons intérieures à l’inventaire de mes petits trésors. J’avais même acheté un livre. Mais voilà, les saisons intérieures sont passées, elles ont même eu une prolongation, j’ai fait mille choses, mais je n’ai pas consacré de temps à mes coquillages.

Alors, c’est ce que j’ai fait jeudi. Et c’est tellement apaisant, de les arranger comme ça en tableau d’art éphémère, une sorte de mandala ! Quelle joie, et quelle beauté ces petits bijoux façonnés par la mer ! Ça m’a remplie de gratitude !

Instantané #90 (juste quelque chose de joli)

Aujourd’hui j’avais juste envie de poster quelque chose de joli, qui fait sourire, qui met de la poésie dans la vie. N’oubliez pas que je suis responsable de la beauté du monde ! Et d’ailleurs, afin d’accomplir au mieux ma mission, je me suis offert l’atelier instagratitude d’Anne-Solange Tardy dont je vous ai parlé un certain nombre de fois, et qui était d’ailleurs sur ma liste de cadeaux de Noël ! Alors vous me direz que la période n’est pas forcément idéale vu qu’on ne peut pas sortir faire de jolies clichés, mais au moins on a le temps, et puis j’ai tellement de photos que je peux retravailler… Bref, une nouvelle activité jolie dans mon quotidien, c’est très agréable !

The Male Nude, de David Leddick : l’histoire du nu masculin en photographie

Il aura fallu deux guerres et la détermination de nombreux photographes, hommes et femmes, pour que l’homme baisse enfin son pantalon et renoue avec la vision de l’homme des artistes de l’Antiquité et de la Renaissance : celui-ci doit être beau. Aujourd’hui, hommes et femmes partagent les mêmes emplois et responsabilités, et être beau est autant la responsabilité de l’homme que celle de la femme.

Il y a quelques années, le musée d’Orsay avait consacré une exposition à l’homme nu dans l’art, et les polémiques qu’elle avait suscitées avaient permis de constater que malheureusement, encore au XXIe siècle, la nudité masculine n’allait pas de soi, contrairement à la nudité féminine : non seulement certains considèrent qu’un homme nu, ce n’est pas beau, mais encore, qu’une image le représentant est nécessairement pornographique. Jetons donc ces préjugés au feu : le corps masculin est beau, esthétiquement intéressant, et il ne faut pas forcément le désirer pour l’admirer.

Si l’exposition d’Orsay s’intéressait à tous les genres, peinture, sculpture, art graphique et bien sûr photographie, cet ouvrage sur lequel je suis tombée « par hasard » cet été est exclusivement consacré à cette dernière, et retrace les évolutions, du XIXe siècle à nos jours, de ce qui a eu bien du mal à se hisser au rang d’art. Un texte (trilingue : anglais/allemand/français), et surtout beaucoup de photographies.

Un ouvrage absolument passionnant, et surtout d’une grande beauté. Beau, et émouvant car il s’en dégage souvent une grande fragilité : si, comme disait Victor Hugo, la femme nue est la femme armée, l’homme nu est désarmé, vulnérable, et donc touchant. On croise bien sûr dans ce livre de grands noms de la photographie : Cecil Beaton, Andy Warhol, Richard Avedon, Jeanlou Sief, Robert Mapplethorpe (évidemment), Bruce Weber, Terry Richardson, Herb Ritts, Steven Meisel, David Hockney, Annie Leibovitz, Nan Goldin… et on en découvre d’autres. Pour ma part, j’ai eu un coup de foudre pour le travail extrêmement troublant de Dianora Niccolini (la photo de couverture), sur lequel je me pencherai sans doute plus avant dans le futur.

Un très beau livre d’art donc, comme savent si bien en proposer les éditions Taschen, dans une collection, « Bibliotheca Universalis » assez raisonnable question prix. Parfait pour un cadeau de Noël, puisque la saison arrive !

The Male Nude
David LEDDICK
Taschen, 2015

La semaine sans complexe, sur une idée originale de Stephie

Allons voir la mer avec Doisneau : le goût de la photographie maritime

Photographe : petit bonhomme solitaire qui prend l’homme pressé par le bras et lui montre le spectacle gratuit et permanent de la vie quotidienne. (Robert Doisneau, « La défense du 6×6 » dans Point de vue, Images du monde, 1953)

De Doisneau, on connaît surtout les images iconiques, Les amoureux de l’hôtel de ville ou ses photos d’écoliers. Moins ses photos maritimes, alors que ce fut un thème important dans son travail. Et quand, comme moi, on est amoureux de la mer et qu’on prend un plaisir intense à la photographier, on ne peut que s’intéresser à ce beau livre.

Ce livre propose donc une plongée dans le travail d’un photographe de génie, ses choix, sa conception de son art (même si lui ne se considérait pas comme un artiste), à travers un de ses thèmes, qui offre aussi l’occasion d’un panorama sur l’histoire de la photographie maritime. Essentiellement constitué de photos d’agence pour servir de stock, puisque Doisneau était était avant tout reporter-illustrateur, le travail de Doisneau sur la mer illustre la conception qu’avait le photographe de ses sujets : photographe humaniste, il s’intéresse avant tout aux hommes et à leurs activités, la mer étant surtout un fond, un paysage pour les métiers de la mer ou les vacances en famille.

Même en noir et blanc, ces photographies sont un régal pour les yeux grâce à leur parfaite maîtrise des cadrages, de la lumière, mais aussi leurs choix de sujets qui illustrent bien une période particulière de l’histoire et le bonheur d’être à la mer. Les photographies sont complétées de textes extrêmement intéressants, et du témoignage de Francine Deroudille, la fille de Robert Doisneau, qui apparaît sur nombre de photographie. Un très bel objet donc, parfait pour la table basse, et qui fera sans doute un très beau cadeau de noël pour un passionné de photographie et de mer !

A noter que, à l’occasion de la sortie du livre, les éditions Glénat présentent une exposition de 80 photographies extraites de cet ouvrage au Couvent Sainte Cécile à Grenoble, jusqu’au 19 janvier 2019.

Allons voir la mer avec Doisneau
Textes d’Angelina Meslem
Glénat, 2018