Instantané : diffusion

Je viens de découvrir l’encre acrylique grâce au merveilleux cours d’Art Journal de Mélody (et vraiment n’hésitez pas à le suivre : c’est follement inspirant). Et c’est un coup de foudre : je ne me lasse plus de déposer des gouttes d’encre sur le papier et de les faire se diffuser les unes dans les autres, on dirait que les couleurs font l’amour, fusionnent, cela fait des formes étonnantes et ça m’émerveille !

Et vous, qu’est-ce qui vous a émerveillé cette semaine ?

Térébenthine, de Carole Fives : croire encore en la peinture

Et toi, qu’as-tu envie de peindre ? Qu’as-tu envie de raconter ? Tu ne sais par où commencer, tu as dix-huit ans et les sujets se bousculent : le désir, le corps, la souffrance d’être née femme dans un monde bâti pour les hommes, où les femmes, que ce soit dans les arts plastiques ou le cinéma, la littérature ou la musique, se perçoivent encore et toujours comme des objets du désir, jamais des sujets. L’urgence de devenir sujet.

Je n’avais jamais lu Carole Fives, malgré les avis très positifs sur son œuvre que je croisais souvent. J’ai manqué d’occasions. Mais ce roman là m’a vivement interpelée par son sujet : l’art, et en particulier la peinture.

Lorsqu’elle entre aux Beaux-Arts à Lille au début des années 2000 pour apprendre la peinture, la narratrice, désignée par « tu » tout au long du roman, découvre que plus personne ne peint. La mode est aux installations et aux performances, plus aux toiles et aux pinceaux. L’art d’ailleurs est mort depuis Auschwitz. Mais avec Luc et Lucie, ils s’obstinent à peindre, même s’ils son méprisés par les autres élèves.

Un roman passionnant, qui interroge l’art, la création, les femmes, la peinture, et je ne peux de mon côté qu’être fascinée par le retour de certains de ces thèmes un peu partout autour de moi. De manière différente mais tout aussi pertinente que Poison Florilegium, Térébenthine se penche sur l’histoire de l’art et la place qu’y tiennent les femmes. Place à redéfinir et à défendre. Se pose aussi la question de se donner entièrement à son art, et de résister, de tenir bon. Et, par le biais d’une mise en abyme, le passage à l’écrit, du visuel aux mots.

Bref, un court roman que j’ai beaucoup aimé.

Térébenthine
Carole FIVES
Gallimard, 2020

Laisser sécher les couches de peinture

Une des choses que j’ai apprises avec la peinture (ou, plus exactement, que je suis en train d’apprendre), c’est la patience. Et on peut dire qu’on part de très loin : je déteste attendre, et détester est un mot faible ; je ne compte pas le nombre d’expositions ou de lieux que je n’ai pas vus tout simplement parce qu’il faut faire la queue, et que l’idée de rester plantée longtemps à attendre mon tour me gâche absolument tout le plaisir que j’aurais à faire les choses, visiter le lieu ou l’exposition (ce qui est bizarre, c’est que je suis capable de rester des heures assise à regarder la mer, des heures assise à une terrasse à regarder les gens : mais dans une file d’attente j’ai envie de mordre quelqu’un). Pendant le confinement je ne suis allée ni chez le boucher ni chez le poissonnier pour cette raison de queues de 50m serpentant sur le trottoir (heureusement mes autres petits commerçants étaient moins pris d’assaut / heureusement il y a le drive). Et lors du déconfinement, lorsque j’ai vu les files d’attente devant les magasins, je me suis bien demandé de quoi je pourrais avoir besoin de si important et urgent pour faire la queue comme ça : je crois que je pourrais me passer d’un frigo s’il fallait attendre aussi longtemps. Enfin non, parce que de toute façon je commanderais sur internet et j’attendrais dans mon canapé qu’on me livre. Mais vous voyez l’idée.

Je ne suis pas patiente. Je déteste attendre.

Alors il est clair que ces derniers mois (pas spécialement avec le confinement en fait), l’Univers a mis ma patience (que je n’ai pas, donc) à rude épreuve : les choses que je désire dans ma vie n’arrivent pas, je sais qu’elles vont arriver mais tout est en retard (l’Univers c’est pire que Chronopost : on te dit entre 8h et 17h et en réalité on te livre le lendemain). Et je m’énerve. J’attends, puisque je suis obligée, mais passivement, en m’agaçant, en rongeant mon frein : la situation actuelle me déplaît tellement malgré mes efforts pour en tirer le positif que je sature.

Enfin, pas toujours : ça dépend des situations, il y a des situations dans lesquelles je prends et laisse le temps (mes tomates : je sais que m’agacer ne les fera pas rougir plus vite, et puis parfois j’aime bien prendre mon temps), et d’autres non. Mais en général j’ai peur de manquer de temps, et je ne veux pas le gâcher avec de l’attente qui est du temps perdu. Je préfère aller me promener et voir un jardin désert de visiteurs qu’attendre 3h pour voir un must-see blindé de touristes. Ce qui fait qu’au final je ne suis jamais entrée dans Notre-Dame de Paris (c’est foutu) et que je ne suis jamais montée en haut de la Tour Eiffel. Et je n’aurai jamais de billets pour un événement pour lequel il faut faire la queue depuis la veille.

Et hier je me suis rendu compte d’un truc : c’est pareil avec la peinture. Je ne laisse pas le temps. Or, les choses les plus importantes sont celles qui prennent le plus de temps. Et souvent, ce qui m’arrive, c’est que je gâche mon travail en peignant sur une couche qui n’est pas sèche, parce que je n’attends pas assez qu’elle le soit, à cause de mon impatience à voir le résultat final. Evidemment ce qui arrive, c’est que les couches se mélangent, bavent, et c’est loupé. Alors hier je me suis lancée un défi, avec un travail à la gouache qui nécessitait plusieurs couches. Et j’ai réussi : j’ai bien attendu que mes couches soient sèches. Victoire !

Et c’est pareil dans la vie, peut-être : tout vient à son heure. Pour passer à la couche suivante, il faut que la couche précédente soit non seulement posée, mais sèche ! Même si c’est compliqué, d’attendre !

Et vous, patient ou impatient ?

(Il s’agit d’un ours (évidemment) que j’ai repris du travail d’une illustratrice que j’adore : Julie Dru)

Instantané #101 (juste quelque chose de joli)

Enfin de joli… peut-être que vous n’allez pas trouver ça spécialement joli, mais moi j’en suis assez fière. Depuis quelques mois je me suis lancée dans l’aquarelle, sans aucune pression ni but autre que de m’amuser : l’idée, comme avec le journal artistique c’est d’ouvrir de nouveaux canaux créatif et ce faire des choses pour elles-mêmes, sans pression de ce que ça va donner (écrire est ma vie, mais j’écris dans le but d’être lue un jour). J’ai débuté avec de l’aquarelle premier prix de supermarché et puis, comme ça me plaisait, j’ai investi dans une palette, de jolis godets de couleurs de qualité, des vrais pinceaux, et du papier ad hoc même si, en fait, je préfère les carnets multitechniques. J’ai regardé quelques tutos sur youtube mais surtout, je tâtonne et je m’amuse puisque, encore une fois, mon but n’est pas du tout de « maîtriser » quoi que ce soit (et je pense que mes gestes ne seraient pas homologués par un véritable aquarelliste). Je n’ai pas envie de peindre des paysages, moi ce qui m’amuse à peindre ce sont les végétaux et la Lune). Et je n’ai pas du tout envie que ce que je peins soit réaliste. Non, ce qui m’intéresse ce sont les couleurs et les formes, et ma dernière toquade est de mixer aquarelle et encre, je trouve que ça donne du contraste et que c’est assez sympa comme ça. Ça déborde et c’est fait exprès : pour moi il faut que les choses débordent, et c’est symbolique : le premier acte avec lequel on bride la créativité d’un enfant c’est quand on lui dit de ne pas déborder en coloriant, de rester dans le cadre ; et moi, à 42 ans, je refuse désormais de me contorsionner et de me faire mal pour rester dans le cadre). Et je suis assez contente de ces fleurs et de ces feuilles, pour quelqu’un qui a pensé dur comme fer toute sa vie qu’elle ne savait pas dessiner du tout.

Vive la créativité, l’amusement, la joie qu’on a à faire les choses sans pression du résultat !

Le musée des Beaux-Arts d’Orléans

Toujours sans aucune envie d’aller à Paris mais désireuse de faire autre chose de mon temps libre que rester chez moi à lire/écrire/dessiner/peindre etc. j’ai décidé de me promener un peu à Orléans. En fait, tout est parti du programme de Julia Cameron pour libérer sa créativité, que j’ai déjà mentionné et dont je pourrai bientôt vous parler en détails : parmi les outils, elle propose le « rendez-vous avec l’artiste », à savoir un moment qu’on passe seul avec soi pour « se nourrir ». Normalement c’est un par semaine, moi j’en fais deux : le mercredi j’essaie d’aller me promener en extérieur, dans la nature, et le dimanche de faire plutôt quelque chose de culturel. C’est assez sympathique puisque je fais des choses et découvre des endroits nouveaux. C’est comme ça que je me suis retrouvée au musée des Beaux-Arts, où je n’étais pas revenue depuis un très lointain premier rendez-vous galant (c’était plus original qu’un café et si je me souviens bien l’homme en question était un artiste) qui avait tourné court (je ne sais plus pourquoi…).  Enfin « comme ça » : ce n’est pas un hasard non plus, actuellement j’ai un projet sur un sujet précis à ramifications diverses (je fais des recherches sur les archétypes féminins, mon sujet de toujours, et particulièrement à ce moment-là Marie-Madeleine, Jeanne d’Arc et Vénus), et j’ai trouvé là bas beaucoup de choses (plus, même, que ce que je pensais) !

Une visite qui m’a ravie : alors d’abord parce que j’étais absolument toute seule et que j’ai donc pu en profiter pleinement. Mais surtout, les collections sont d’une richesse et d’une variété assez étonnantes : l’étage du XIXe est actuellement fermé pour rénovation (il faudra donc que j’y revienne, mais de toute façon j’ai pris un abonnement) mais il y a largement à voir ! Et comme les photos sont plus parlantes que les mots, un petit aperçu

Si vous passez par Orléans n’hésitez pas !

Musée des Beaux-Arts d’Orléans
1 place Sainte-Croix
45000 Orléans

Instantané #82 (prendre soin de l’enfant intérieur)

L’autre jour, alors que j’étais plongée dans la lecture de La Réconciliation de Lili Barbery dont je vous parlerai bientôt et que j’étais déjà scotchée par les similitudes et les échos que ce récit provoquait en moi, elle a publié sur son blog un article sur l’enfant intérieur. Cela m’a fait l’effet d’une secousse sismique de magnitude 8, d’abord parce que la question de l’enfant intérieur est justement celle que je suis en train de travailler grâce au livre de Julia Cameron, Libérez votre créativité, que l’on surnomme « la bible des artistes » et dont je vous reparlerai mais pas bientôt car il faut d’abord que je finisse le programme (mais sans divulgâcher, il me fait un effet dingue pour de nombreuses raisons) ; mais surtout c’est, au-delà des différences évidentes, les ressemblances encore une fois qui m’ont frappée.

De fait, cette semaine, le programme de créativité proposait de se priver de lecture. Comme jeudi et vendredi dernier me sont arrivés coup sur coup deux trucs pas sympas du tout, je voyais ça comme une torture supplémentaire dont je n’avais pas trop besoin. Et puis, je me suis rendu compte qu’au contraire, ça tombait peut-être bien qu’au lieu de, comme d’habitude, me réfugier dans la lecture pour oublier le réel, je doive trouver d’autres ressources, et surtout, je me confronte vraiment à moi-même. Ça a été un peu dur et puis, j’ai vite eu envie de faire des choses que je ne fais jamais. Ou très peu. Notamment dessiner et peindre. Depuis que j’étais enfant, je m’étais mis dans la tête que j’étais sous-douée en matière d’art graphique, et si ces dernières semaine j’ai fait de la peinture, c’était de l’abstrait. Là j’ai eu l’envie, l’impulsion d’essayer de représenter quelque chose. Que la petite fille en moi fasse ce que finalement elle ne s’était jamais autorisée à faire. Alors j’ai acheté des feutres de coloriage, de l’aquarelle, et je m’y suis mise, et j’ai découvert que non, je n’étais pas sous-douée, juste timorée, et que ce que je faisais était plutôt honnête. J’aime tellement ma première aquarelle, cette fleur qui n’existe pas vraiment, que je l’ai encadrée pour la mettre dans mon bureau. C’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup.

Et puis je suis allée me promener. J’ai ramassé tout un tas de trucs, comme j’adore le faire, mais en ayant conscience que c’était la petite fille en moi qui, quand je faisais ça, s’exprimait, cette petite fille vive, curieuse de tout, qui s’émerveille d’un rien, qui parle aux animaux parce qu’elle sait qu’ils la comprennent. Cette petite fille que j’ai censurée pendant des années et que ces derniers mois j’ai accepté de libérer, mais encore plus depuis que j’ai commencé le programme de Julia Cameron.

Parce que, désormais, j’ai compris que certains de mes comportements, de mes pensées, de mes schémas et donc de mes échecs viennent de là : de ce que je ne me suis pas autorisée à être pleinement moi. Et j’ai compris que, cette enfant intérieur, je devais en prendre soin. Et cette semaine, j’ai fait un joli rêve, très symbolique : celui de prendre l’avion en serrant fort cette petite fille dans mes bras. C’est d’ailleurs la première fois, je crois, que j’arrive en rêve à monter dans l’avion : d’habitude je vais à l’aéroport mais il y a toujours un problème. J’imagine que c’est que je suis sur la bonne voie…

Instantané #68 (danse de la Lune et inconscient qui fait ce qu’il veut)

En ce moment, je n’arrive plus à écrire. Au sens où j’ai besoin d’écrire et j’écris beaucoup dans mon journal, mais que pour le reste, non : j’ai beaucoup de projets, sans cesse, ça se bouscule, mais je n’arrive à me consacrer à aucun. Tout ce qui me vient à l’esprit c’est « oui, mais à quoi bon, puisque personne ne le lira ». Bref, je passe par une vilaine phase de découragement (et non d’absence d’inspiration) dont j’ose espérer qu’elle n’est que temporaire. Mais en attendant, que faire, avec ma pulsion créative ? Et bien, peindre. La peinture, j’avais déjà eu une phase, il y a une dizaine d’années, lors d’une période à peu près similaire à celle que je vis actuellement et déclenchée par les mêmes circonstances. Mais j’avais vite laissé tomber pour l’écriture (et la photographie), nettement moins salissante (oui parce que la pagaille que ça crée dans mon salon me stresse un peu, et quand je peins j’en ai souvent jusque sur le nez, sans parler de mes vêtements (par contre je protège bien le reste : je dis ça au cas où mon propriétaire me lirait et aurait peur pour son parquet)).

Mais c’est venu comme ça. Lundi soir, je me suis mise à dessiner et peindre la Lune, astre qui m’a toujours fascinée et en particulier en ce moment. Elle était pleine, elle était belle. Mais gribouiller dans un cahier, avec de la peinture pailletée achetée la semaine précédente et dont je me disais je me demande bien pourquoi j’ai acheté ça, qu’est-ce que je vais en faire ? ne suffisait pas. Je suis donc sortie acheter de la peinture, j’ai déniché des vieux cadres qui font de bons supports, ressorti des papiers texturés pour faire une sorte de collage, et en avant. J’ai refait ma pleine lune. Mais un peu autrement.

Et puis, le tableau achevé, ça m’a sauté aux yeux : si, consciemment, j’avais peint une lune ronde et pleine, mon inconscient avait manifestement, lui, un autre projet en tête, et je me retrouve avec un tableau qui certes représente la pleine lune, mais aussi un ovule fécondé par des spermatozoïdes. Ce qui n’est pas sans lien, la pleine lune étant associée, au niveau du cycle féminin, à la période d’ovulation et de fertilité.

La raison pour laquelle mon inconscient a voulu peindre la fécondation m’échappe un peu (Claire Barré m’a dit sur Facebook un désir d’enfant, mais je ne crois pas, ou alors on est mal parce qu’il se réveille un petit peu tard : je crois que plus symboliquement, cela représente mon besoin de créer, qui se manifeste et se libère de plus en plus). Mais j’aime bien ce carambolage, la distance entre notre intention et le résultat final, dans lequel il y a les deux, et où chacun voit ce qu’il veut (j’ai fait le test : certains voient d’abord la lune, d’autres d’abord l’ovule — d’autres complètement autre chose).