Les meilleurs livres sur l’amour et le couple…

La semaine dernière, j’ai entièrement relu Le Truc et Le Truc2, soit près de mille pages dans lesquelles mon projet est d’une part d’interroger le sentiment amoureux, ce que c’est, ce qu’en disent les philosophes et autres penseurs, et d’autre part de le saisir dans sa manifestation au jour le jour. Je ne sais pas ce que deviendra ce projet, mais pour le mener à bien, pour la partie « théorique », je me suis bien sûr immergée dans une bibliographie exponentielle, et j’avais envie de faire un peu le point sur ceux que j’ai trouvé les plus intéressants :

1. Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux : s’il ne devait en rester qu’un ce serait celui-là. C’est vraiment ma bible, il y a absolument tout dedans, d’une sublime exactitude, et je ne me lasse pas d’y replonger tant il m’inspire et me nourrit.

2. Le Choc amoureux, de Francesco Alberoni : là encore un ouvrage fondateur, sur lequel j’ai pris de nombreuses notes. Tout est d’une grande justesse sur ce moment merveilleux de l’innamoramento (j’utilise le mot italien, parce qu’en réalité, il n’y a pas moyen de le traduire de manière satisfaisante)

3. L’Art d’aimer d’Erich Fromm : un classique qui ne parle pas seulement de l’amour amoureux, mais contient deux idées essentielles qui sont à la base de mon travail : l’amour comme seul moyen de résoudre la douleur de la séparation originelle, et l’amour comme activité, comme art, qui demande un véritable engagement et une pratique assidue. J’étais un peu d’humeur chagrine lorsque j’ai rédigé l’article le concernant, mais après il a fait son chemin.

4. L’Amour de Platon à Comte-Sponville de Catherine Merrien : un « reader » de philosophie, qui a donc le mérite de passer en revue toutes les conceptions de l’amour à travers l’histoire, ce qui permet de construire sa propre pensée. A noter aussi la sublime préface de Comte-Sponville.

5. Petite Philosophie de l’amour, d’Alain de Botton : un texte très simple, mais qui dit vraiment des choses essentielles et permet de se questionner sur de nombreux points.

6. Mes alliances, histoires d’amour et de mariages d’Elizabeth Gilbert : l’un des derniers que j’ai lus, et que j’ai vraiment trouvé très intéressant car il pose de bonnes bases.

Bien sûr il y en a pléthore d’autres et sur le sujet, malgré mes efforts, je suis loin d’avoir tout lu, raison pour laquelle j’attends vos propositions !

Comment je me suis (presque) réconciliée avec la Princesse de Clèves

Je voulais comprendre. Comprendre pourquoi, à chaque fois qu’il était question de ce roman, je me mettais dans une colère impressionnante. Une vraie colère, comme je l’aurais fait contre une personne. Pas contre le roman lui-même d’ailleurs, mais contre le personnage. Contre son choix. C’est horrible à dire, mais j’arrive à comprendre Médée, pas la Princesse de Clèves. « Cette connasse qui a la chance infinie de rencontrer un homme qu’elle aime et qui l’aime, que l’Univers lève tous les obstacles contre leur amour, et qui refuse ce cadeau merveilleux ». En fait, je considérais cette attitude comme une insulte envers la vie et l’amour, et envers toutes celles qui n’ont pas eu la chance de le rencontrer, cet amour. Et, donc, cela me mettait dans une rage folle. J’ai d’ailleurs écrit un jour un petit texte où elle était punie, après sa mort, de ce refus qui s’apparente à un blasphème : elle est condamnée, pour plusieurs vies, à chercher désespérément l’amour et à ne pas le trouver.

Et puis, l’autre jour, quelqu’un m’a dit que si sa manière d’agir me mettait autant en colère, c’est que ça touchait quelque chose chez moi, quelque chose avec quoi je n’étais pas en paix, et pas forcément ce que ça avait l’air d’être de prime abord. Alors je l’ai relu, avec un regard nouveau, et j’ai compris qu’il y avait effectivement un effet miroir dans cette histoire, et que j’étais à travers elle en colère contre certains de mes choix de vie.

Le choix de la Princesse de Clèves, c’est celui de la tranquillité : l’amour c’est fatigant, risqué, ça demande du courage qu’elle n’a pas. Aimer c’est s’inquiéter, douter, trembler, et pour elle sa tranquillité d’esprit n’a pas de prix. L’amour nous enlève à nous-même, nous demande de nous abandonner, et elle préfère être à elle-même. Il y a de la fierté et de l’orgueil dans son choix, qu’elle déguise en vertu mais on ne me la fait pas à moi : elle fait le choix de l’ego et non du cœur, et je plaide coupable pour l’avoir fait aussi, parfois. J’ai aussi acquis la certitude (avec laquelle beaucoup ne seront pas d’accord) qu’elle n’est de toute façon absolument pas amoureuse du duc de Nemours, parce qu’elle est incapable d’amour, et qu’au final son choix est donc le bon – il aurait sans doute souffert. Parce que quand on aime, on fait confiance. Et qu’elle en est incapable : se montrer courageuse, se montrer vulnérable.

On l’aura noté, je ne suis toujours pas tendre avec ce personnage, que je ne trouve absolument pas sublime mais au contraire d’une grande lâcheté. Mais je suis contente de l’avoir relu car cela m’a permis de comprendre ce que ça touchait chez moi, de me réconcilier avec cette part passée de moi, de pardonner, et je peux désormais en parler sans colère, et c’est bien.

Je l’aime, de Loulou Robert : à la folie

Elle t’a rencontré et la vie qui lui paraissait absurde ne l’était plus.
Elle avait jusqu’alors respiré un air qui ne remplissait pas ses poumons. Mangé une nourriture dont elle n’aimait pas le goût. Parlé une langue qui n’était pas la sienne.
Elle pensait être une exception. Née dans un monde qui ne lui ressemblait pas. Erreur de parents. De codes génétiques. De temporalité. De géographie. Il y avait sûrement eu beaucoup d’erreurs.
Elle t’a rencontré ; alors elle se trompait. Il n’y avait pas d’erreur.
Le monde l’avait menée à toi.
Le monde avait un sens.
Elle s’est mise à croire au destin. 
Tu es devenu son air, sa langue, son monde.

Plaisir d’ouvrir (avec un peu de retard par rapport aux autres années) le bal de la rentrée littéraire 2019 avec le nouveau roman de Loulou Robert, le quatrième. Un plaisir car je la suis depuis Bianca et vraiment, texte après texte, elle m’éblouit par la force de son écriture. Ici, comme dans Sujet inconnuelle s’attaque au thème millénaire mais inépuisable de la passion amoureuse.

C’est l’histoire d’une jeune femme qui n’est pas vraiment malheureuse, mais pas heureuse non plus, qui vivote, qui s’ennuie un peu et se sent une étrangère. Une jeune femme qui manque d’amour, sa mère ne s’étant jamais intéressée à elle — jusqu’à ce que l’amour la foudroie et la rende vivante. Jusqu’à ce que sa vie se mette à tourner autour d’un homme.

Alternant la narration à la première personne et des commentaires à la deuxième, Loulou Robert parvient encore une fois à trouver les mots justes, qui nous percutent. Peut-on aimer trop ? A la fois lumineux et violent, le roman nous montre une femme dont l’amour (l’homme qu’elle aime) est devenu la seule raison de vivre, un amour qui la construit et la détruit en même temps, lui offre une certaine forme de rédemption tout en la conduisant en Enfer. Il y a de la folie en elle, c’est certain, et en même temps une sincérité touchante : une manière d’aimer extrême, mais belle, car y a-t-il plus belle folie que la folie amoureuse ? Malgré ses excès, moi, je la comprends…

Encore une fois, Loulou Robert fait mouche avec ce roman !

Je l’aime
Loulou ROBERT
Julliard, 2019

1% Rentrée Littéraire 2019 – 1/6
By Hérisson

Les Héroïdes, d’Ovide : lettres amoureuses

J’écris ce qui est remis à Ulysse de la part de Pénélope, tes larmes, Phyllis, quand tu te vois abandonnée, et ce que liront Pâris, Macarée, Jason si peu reconnaissant, Hippolyte et le père d’Hippolyte ; je répète les paroles de la malheureuse Didon, qui tient son épée nue, et de la Lesbienne, qui aime la lyre éolienne. (Ovide, Les Amours)

J’en avais lu des extraits, traduits en version au temps où, avec beaucoup de peine, je faisais du latin (je n’ai jamais été très douée), mais je ne m’étais jamais penchée sur ces lettres dans leur ensemble ; l’autre jour, je suis tombée dessus, et comme j’envisage de moins en moins vaguement d’écrire la suite du Truc, je me suis dit que c’était parfait.

Ovide imagine dans ce texte les lettres qu’auraient puis écrire certains personnage amoureux de la mythologie. Les quinze premières sont adressées par des femmes à l’homme qu’elles aiment et qui, dans beaucoup de cas, les a trahies et abandonnées (pas toujours, mais c’est tout de même un motif récurrent) : Pénélope à Ulysse, Phyllis à Démophon, Briseis à Achille, Phèdre à Hippolyte, Oenone à Pâris, Hypsypyle à Jason, Didon à Enée, Hermione à Oreste, Déjanire à Hercule, Ariane à Thésée, Canacé à Macarée, Médée à Jason, Laodamie à Protesilas, Hypermestre à Lyncée, Sapho à Phaon (la seule qui ne soit pas issue de la mythologie) ; suivent trois échanges : Pâris et Hélène, Léandre et Héro, Accontius et Cydippe.

L’amour est l’un des sujets essentiels de la mythologie, et Ovide celui qui l’exalte avec le plus de profondeur : il explore ici la passion amoureuse au féminin, l’expérience douloureuse de l’éloignement, parfois de l’abandon et de la trahison, les tourments de l’amour malheureux où les hommes sont bien souvent des bourreaux (avec mention spéciale à Jason, qui fait le coup de la trahison deux fois) à qui on pardonne, pourtant. C’est magnifique, émouvant, et j’ai découvert des histoires que je ne connaissais d’ailleurs pas.

Je vous laisse méditer sur ces mots de Phèdre à Hippolyte (ma lettre préférée, je crois) : Il est dangereux de dédaigner les ordres que donne Amour : il règne, il étend ses droits sur les dieux souverains. 

Les Héroïdes. Lettres d’amour
OVIDE
Traduit par Théophile Baudement
Gallimard, 1999

Douce, de Sylvia Rozelier : la passion à s’en dissoudre

La première fois que je t’ai vu, rien. Aucune inclination amoureuse, attirance, regards qui en disent long, tressaillement, accélération du rythme cardiaque, aucun signe ne pouvait nous laisser penser à cet instant, ni d’ailleurs quelques semaines plus tard, qu’un amour allait naître de notre rencontre, encore moins que cet amour occuperait notre vie au point qu’elle n’en serait plus une véritable, morcelée, incendiée, dédoublée, que chacune de nos existences s’en trouverait bouleversée par cette sorte d’amour qui nous serait tout. L’amour fou. D’autant plus fou que tout nous séparait. Pas seulement l’écart d’âge ou l’éloignement géographique, ni même encore les opinions politiques, mais plus essentiellement, la manière dont nous envisagions le monde. En résumé, tu étais l’un de ces hommes que je n’aurais jamais cru pouvoir aimer. Aujourd’hui encore, si on me le racontait, cela m’apparaîtrait insensé. Insensé, ça l’était sans nul doute. Impossible, aussi. Ça a duré huit ans. 

Je croyais en avoir terminé avec la Rentrée Littéraire de septembre, et boum, voilà qu’on me signale ce roman qui, je ne sais comment, avait échappé à mon radar alors même qu’il est en plein dans les thèmes qui me préoccupent aussi bien comme lectrice que comme auteure : le désir et la passion amoureuse. Ce qui est amusant, c’est qu’à partir du moment où on me l’a signalé j’ai commencé à le voir partout, notamment à cause de ses liens avec Je, tu, elle d’Adeline Fleury. Bref, je n’ai pas pu faire autrement que le lire.

C’est donc l’histoire d’une passion amoureuse, qui a ceci d’original qu’elle ne commence pas par un coup de foudre mais se construit peu à peu, jusqu’au moment de basculement, celui où les deux amants se dissolvent totalement. Une histoire de huit ans, avec ses hauts et ses bas. Surtout ses bas.

J’ai beaucoup aimé ce roman, même si honnêtement ce n’est pas le meilleur roman sur la passion amoureuse et sur le désir que j’ai pu lire ces derniers temps : même si beaucoup de choses m’ont parlé, si je m’y suis parfois reconnue et la ronde des hommes qui ont pour mon plus grand malheur traversé ma vie, il m’a manqué quelque chose, je ne saurais trop dire quoi, et il n’y a eu nulle déflagration, en tout cas pas celle que j’attendais. En fait, il m’a fait le même effet que Passion simple d’Annie Ernaux : de très belles pages, des moments de grâce, mais la distance entre le je narrant et le je narré, qui laisse beaucoup de place aux intuitions de la narratrice concernant la catastrophe inéluctable, donne l’impression qu’elle n’est finalement jamais heureuse dans cette relation, toujours dans un sentiment d’insécurité, au bord du précipice et jamais pleinement dedans. Surtout, j’ai eu l’impression qu’il ne s’agissait pas d’amour mais purement de passion et que ce n’est pas forcément la même chose : la passion nous dissout, l’amour nous construit (même si pour cela il nous dissout d’abord). Et je n’ai pas eu l’impression qu’elle construisait quoi que ce soit, notre Douce…

Bref, malgré une très belle écriture, de très beaux passages, et même si ce texte m’a permis d’avancer sur mes propres projets en suscitant des questions et des réflexions, je suis un peu restée à l’extérieur, et sur ma faim…

Douce
Sylvia ROZELIER
Le Passage, 2018

1% Rentrée littéraire 2018 – 21/6

Dans la peau, de Karine Langlois : l’amour ne meurt jamais

On me dit d’éteindre la flamme, de « tourner la page », de « fermer le livre », on ne comprend pas que ce serait un saut dans le néant, une plongée dans la page blanche, avec des mots éternellement absents, ce serait essayer de vivre dans le noir. On peut m’en infliger des lignes à copier, comme à un enfant fautif, les punitions n’y changeront rien, je n’accepte plus que celles que je m’inflige à moi-même. Moi, l’ex première de la classe, je deviens avec orgueil le cancre, l’enfant qui bat la campagne, celle qui se rebelle contre l’autorité morale imbécile : peut-on fixer des cadres ou des normes à l’amour ? Et j’écris mes lignes, sûre de moi, sur le tableau blanc, à l’encre indélébile : non je n’éteindrai pas la lumière non je n’éteindrai pas la lumière… Non. Aussi infime soit l’espoir. J’ose dire « non » maintenant, pour mieux te dire « oui ». Etre une femme, une femme libre et audacieuse.

Habituellement, pour diverses raisons, je ne lis pas de textes auto-édités. Mais. Cette fois, mon intuition m’a dit de foncer. D’abord parce que dans ce cas précis, l’auto-édition est un véritable choix de la part d’une auteure habituellement éditée de façon traditionnelle. Et puis, surtout, le sujet a fait tilt, bien sûr : la passion amoureuse, le manque, le désir, la pulsion de vie, de mort parfois. Et autant le dire tout de suite, j’ai eu raison (encore une fois) de suivre mon intuition.

Marie (anagramme d’aimer) aime Jean. Un homme marié, bien plus vieux qu’elle, dans les bras de qui elle s’est sentie entière, elle s’est sentie une femme pour la première et seule fois de sa vie. Plusieurs années après leur rupture, le feu en elle ne s’éteint pas, et elle ne veut pas qu’il s’éteigne. Elle l’aime, elle l’a dans la peau. Elle lui écrit, à travers un texte que tout le monde pourra lire. Elle écrit pour dire ce que c’est que d’aimer à ce point, avec l’infime espoir que peut-être il lira ses mots.

Dire que ce texte m’a bouleversée serait un euphémisme : chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe a résonné en moi, faisant l’effet d’une bombe à fragmentation, d’un séisme qui fait tout bouger pour remettre les choses en place autrement. D’une sensualité extraordinaire, ce roman dit à merveille le désir, la passion, qui brûle, feu de l’enfer, et éclaire en même temps, lumière qu’on refuse d’éteindre parce qu’alors on n’aurait plus rien du tout, et qu’il vaut mieux vivre avec un infime espoir que sans espoir du tout. Il est des histoires d’amour qui sont celles d’une vie, l’amour qui nous transforme, qui nous permet d’accéder à notre vrai moi. L’amour qui rassemble les morceaux éparpillés de notre âme. Celui qu’on a cherché toute une vie, même si on ne le savait pas : une fois qu’on l’a trouvé, on ne peut pas l’oublier. Cet amour-là ne meurt jamais.

Un amour sublimé par l’écriture, qui permet de maintenir le lien. Cathartique, l’écriture a aussi, dans ce texte, une visée performative : faire effraction dans le réel. Envoyer une bouteille à la mer. Raconter à tous une histoire, pour avoir une chance de l’atteindre lui, l’homme-monde, Pygmalion devenu muse. J’espère vraiment, de tout cœur, que cela fonctionnera. Et j’y crois, parce que des histoires compliquées, mal barrées, des histoires qui ont parfois mis plusieurs années à trouver leur dénouement heureux que pourtant rien n’annonçait, on m’en a raconté plein, depuis un an. Et j’y crois, parce que l’amour et la littérature sont les plus grandes forces au monde, alors conjuguées ensemble, elles peuvent tout. Alors oui, j’ai envie d’y croire parce que, comme l’écrit l’auteure : Certains croient que l’amour héroïque, celui qui est fait de batailles perdues, de batailles renouvelées, n’est pas le véritable amour, certains croient que l’amour doit être facile. L’amour est une évidence, c’est son essence, mais pas l’évidence de la facilité. L’évidence d’une incapacité à être sans l’autre, à exister sans l’autre, tout simplement. Et que cet amour-là, cette évidence-là, ça peut faire peur. Je cite rarement les prêtres, mais je vais citer Raymond Bujold : Ainsi, beaucoup de gens ne se laissent pas aimer vraiment parce qu’ils ont l’impression qu’ils se font jouer car, souvent, de fait, on les a trompés dans le passé, on les a manipulés puis jugés et classés. La rencontre d’une personne vraiment capable de les aimer éveille tout de suite le souvenir de l’échec qu’ils ont vécu, et ils rejettent alors l’Amour qui vient. En rejetant cet amour, ils rejettent leur unique chance de s’éveiller à l’Etre d’Amour qu’ils sont eux-mêmes. Ils se sentent perdus. Toutefois, si la personne qui dérange ainsi aime vraiment, rien n’est perdu. Le lendemain, cet amour est encore là ; quinze jours après, il y est encore ; et un mois après, il est toujours là. Et l’autre finit par faire l’expérience de cette réalité plus grande que lui. 

Alors évidemment, en lisant ce roman, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au Truc et plus généralement aux nombreuses correspondances avec certains éléments de ma propre histoire, et c’est aussi ce qui m’a profondément bouleversée. A lire absolument !

Dans la peau
Karine LANGLOIS
2018

Si vous voulez vous procurer ce texte : en numérique, il est disponible sur toutes les plateformes de téléchargement traditionnelles ; en version papier (impression à la demande) vous pouvez le commander en librairie physique, sur les plateformes habituelles ou sur Librinova.

En bonus : un extrait !

Arthur et Paul, la déchirure de René Guitton : une invitation au voyage

Première rencontre, premier choc. Tous deux se reconnaissent en l’autre et comprennent que leur amour sera leur existence. Le bernard-l’ermite cherche un protecteur. Il se jette en Paul, se loge au plus profond de sa coquille, et la passion s’impose d’emblée comme une évidence. La fièvre s’empare d’eux, incontrôlable, les liens se resserrent comme des fils qu’on entrelace, et l’engrenage se met en marche. Défaillance, aliénation amoureuse, ou délicieuse perdition dans les émois du corps. L’ouragan lui remonte en pleine conscience malgré sa volonté de le murer.

L’endroit est situé derrière la Grand-Place de Bruxelles, à côté de l’hôtel Amigo, en face de la pâtisserie Dandoy, et on peut manger une gaufre en y projetant ses rêverie. L’hôtel n’existe plus, mais une plaque commémorative rappelle les faits :  « Ici s’élevait l’hôtel « A la ville de Courtrai » où, le 10 juillet 1873, Paul Verlaine blessa Arthur Rimbaud d’un coup de revolver ». C’est souvent ce fait divers que l’on retient de l’histoire, il en est le climax. Mais avant, et après ?

Deux poètes, deux génies, deux étoiles filantes qui se percutent violemment. Remontant aux source de leur enfance et de leur vocation, le roman nous raconte les destins de Paul (Verlaine) et Arthur (Rimbaud), ivres de poésie et d’amour.

Ce roman est une véritable invitation au voyage. A travers l’espace physique d’abord, entre Londres, Charleville, Mons, Bruxelles, Stuttgart, Paris, et tous les rêves d’ailleurs des deux protagonistes. A travers la poésie, puisqu’il est subtilement tissé de vers, et s’intéresse de près à ces liens magnifiques entre le poète et le voyant, avec une petite dose de mysticisme. Mais, surtout, il s’agit d’un voyage à travers deux âmes : leur amour, leur passion, comme une évidence qui les porte à la fois vers la lumière et vers l’ombre, quelque chose d’intense et de douloureux, une démesure, une chute ascensionnelle : grâce à l’autre (et c’est le propre de la passion amoureuse), chacun se dissout pour renaître. Comme l’absinthe dont ils s’enivrent, l’amour inspire, l’amour détruit.

Même si Rimbaud et Verlaine ne sont pas les poètes que j’admire le plus (moi à Baudelaire que je voue un culte, et c’est pour cela que je l’ai glissé dans le titre, mais ce n’est pas gratuitement puisqu’il a de toute façon une importance essentielle pour Arthur et Paul), j’ai avalé ce roman comme une douce liqueur inspirante, avec d’autant plus de plaisir et de joie qu’il est magnifiquement écrit !

Arthur et Paul, la déchirure
René GUITTON
Robert Laffont, 2018

     1% Rentrée littéraire 2018 – 16/6