Redécouvrir la joie de la coquetterie

Il se passe un truc, depuis quelque temps : j’ai à nouveau envie d’acheter des vêtements et des cosmétiques. Alors dit comme ça, évidemment, ça peut prêter à sourire, et certains vont même dire « ah bon, tu n’en achetais plus, ça ne s’est pas vu ». Et de fait. Mais revenons au point de départ.

La coquetterie, appelons ça comme ça, est à la base quelque chose d’extrêmement important pour moi. Au point que j’en avais même fait un sujet de recherches universitaires. Et même si je n’ai jamais tenu de blog mode ou beauté, mon budget dans ce domaine était toujours conséquent, et j’ai toujours aimé en parler. Et je sentais en moi une véritable joie de la « parure », et c’est pour cela que j’avais été très critique à l’égard de Beauté Fatale de Mona Chollet : elle ne voyait le soin de l’apparence que du côté de la contrainte. Alors que j’y voyais un émerveillement.

Et puis sont venus les temps plus compliqués. La crise de la quarantaine. Une période que j’identifie à la carte de la Tour dans le Tarot : tout ce qui est faux s’effondre, pour qu’on puisse se trouver soi. Et durant cette période, la parure m’intéressait moins. Alors bien sûr je partais de loin, et ce qui pour moi s’apparentait à du « laisser-aller » aurait été considéré comme déjà beaucoup trop par certaines. Mais l’important c’est que moi je voyais la différence : ce n’était plus pareil. Et je me suis dit que j’avais trouvé quelque chose de plus important. Moi. Que je n’avais plus à me battre pour prouver ma valeur, pour entrer dans le moule, être comme les autres, ce genre de choses. Que je n’avais pas besoin d’être constamment dans la séduction même si ça me plaisait, aussi.

Mais non : dernièrement je me suis surprise à avoir envie de nouveaux vêtements, de robes et de petites choses affriolantes. J’ai dernièrement fait un craquage géant en cosmétiques, après être tombée dans le vortex des youtubeuses beauté (je ne me maquillerai jamais comme elles par contre, d’abord parce que je n’y arriverai pas, et surtout parce que ça ne me va pas). Et cette joie retrouvée de la sensorialité des produits, leur texture, leur odeur, s’occuper de soi. Mais avec quelque chose en plus : la compréhension que ça fait partie de ce que je suis authentiquement.

Je vous ai déjà raconté l’histoire de la déesse Inanna (et je trouve toujours amusant d’avoir donné ce nom à ma voiture, sans savoir ce que ça augurait) : pour entrer dans le royaume des morts, elle doit se dépouiller de toutes ses parures, ses signes de puissance. Avant, bien sûr, de les retrouver. Et c’est ce que j’ai le sentiment d’avoir fait. Et aujourd’hui, je suis heureuse de retrouver une facette de moi que j’avais mise à l’arrière-plan pour nourrir autre chose, qui en avait besoin. Et j’ai aussi envie de revenir à Paris, quand ça sera redevenu simple.

Des trésors à porter, bijoux et parures du Maghreb à l’Institut du Monde Arabe

Des Trésors à porterUne exposition à côté de laquelle je ne pouvais décemment pas passer, à la rencontre des deux sujets de recherche qui m’ont occupée pendant près de dix ans : la parure féminine (en maîtrise et en DEA, ainsi que cela se nommait à l’époque) et la femme orientale en thèse, les deux thèmes se rencontrant d’ailleurs dans une partie de cette dernière.

J’y allais donc un peu en spécialiste, et pourtant je n’ai pas manqué d’être émerveillée par cette exposition nichée au coeur même du musée de l’Institut du Monde Arabe (je veux dire par-là qu’il ne s’agit pas d’une exposition indépendante comme Osiris : il faut entrer par le musée, que l’on visite au passage, ce qui n’est pas une mauvaise chose attendu que c’est un musée passionnant que je conseille absolument).

Le propos de cette exposition est donc d’explorer l’univers de la parure des femmes à travers les bijoux du Maghreb : à travers les différentes zones géographiques présentées dans d’immenses vitrines qui permettent d’appréhender d’un seul regard la richesse tant des bijoux de fête que des bijoux du quotidien, on parvient à saisir une certaine unité : en or ou en argent, richement ouvragés, souvent très imposants, ornés de pierres précieuses, ces bijoux à la valeur ornementale, pratique ou symbolique sont la preuve d’un artisanat riche, dont les différentes techniques sont expliquées. Sur des photos, les pièces sont montrées portées, et l’on a parfois l’impression que les corps frêles vont s’écrouler sous le poids de leurs parures, nombreuses et gigantesques.

A côté des bracelets et boucles d’oreilles auxquels nous sommes habitués, certaines pièces étonnent car elles sont typiques de ces pays : d’immenses pectoraux, des parures de têtes, des bagues de coiffure, d’énormes chevillères, ou encore un étrange bracelet hérissé de pointes, dont la fonction est défensive.

Une très très belle exposition, très pédagogique, à ne pas manquer !

Des trésors à porter, bijoux et parures du Maghreb
Institut du Monde Arabe
Jusqu’au 28 août