Rester vivant de Michel Houellebecq, au Palais de Tokyo

houellebecqNous habitons l’absence…

Il y a les artistes que j’aime. Il y a les artistes que je n’aime pas. Et puis, il y a Michel Houellebecq, dont je ne sais trop quoi penser, au fond. Je crois qu’il me perturbe un peu, au point d’ailleurs que l’autre nuit j’ai rêvé de lui (rien de sexuel hein : nous discutions littérature avec un autre écrivain (je ne suis pas sûre qui) ; je crois bien que mon inconscient est toqué). Le seul roman que j’ai lu de lui m’a laissée perplexe et je n’ai pour l’instant pas poursuivi plus loin mes investigations (plus par manque de temps qu’autre chose), j’ai beaucoup aimé ses entretiens avec Beigbeder, et j’ai lu de la première à la dernière page le numéro des Inrocks dont il était rédacteur en chef et qui m’a beaucoup intéressée.

Du coup, j’ai eu envie d’aller voir cette exposition au Palais de Tokyo, exposition non sur Michel Houellebecq mais de Michel Houellebecq. Une exposition qui brouille les cartes entre littérature et photographie, réel et fiction. Sur 1500 m2, le parcours invite le visiteur à plonger dans les obsessions de l’écrivain et dans son monde créateur. Composée de sons, de photographies, d’installations et de films conçus par lui et par d’autres artistes invités (Robert Combas, Raphaël Sohier, Renaud Marchand et Maurice Renoma), elle nous propose une nouvelle facette du personnage.

Et, je l’avoue, je suis toujours aussi perplexe. Certaines œuvres sont réellement fascinantes, et montrent une véritable réflexion sur la forme et le sens : des tableaux-poèmes qui s’illuminent en série, une colonne transparente dans laquelle « flottent » un carnet, un stylo et un appareil photo, ou encore sa série de photographies de femmes. D’autres travaux m’ont moins séduite, mais témoignent néanmoins d’une véritable intention : par exemple, en sortant de la première partie de l’exposition, très sombre et anxiogène, rendue encore plus inquiétante par le travail de la lumière et du son, qui donnent l’impression d’être dans un utérus, on débouche sur un espace à la lumière aveuglante, dont le sol est recouvert de sets de tables touristiques. Enfin, certaines photographies m’ont paru dénuées d’intérêt artistique : certes, c’est très émouvant de voir les photographies de son chien Clément et la vitrine consacrée à tous ses jouets (un homme qui voue un tel amour à son chien ne peut pas être mauvais, au fond), tout comme il est sympathique d’un point de vue biographique de voir la photo de Marie-Pierre (son ex-femme) à la montagne, mais artistiquement parlant, tout le monde a les mêmes à la maison, et on a l’impression que ce qui est supposé donner une valeur artistique au cliché, c’est qu’il a été pris par Michel Houellebecq. Ce n’est pas ma conception des choses.

De fait, j’ai souvent eu l’impression, en parcourant l’exposition, qu’il me manquait des clés.

Une exposition que je juge donc assez inégale dans l’ensemble, mais c’est une curiosité : si vous passez dans le coin, n’hésitez-pas, histoire de vous faire votre propre idée.

Rester vivant
Michel HOUELLEBECQ
Palais de Tokyo
Jusqu’au 11 septembre 2011

Double je, au Palais de Tokyo

Double jeEncore une exposition d’une grande originalité, cette fois visible au Palais de Tokyo, lieu dont je me rends compte que j’y vais de plus en plus régulièrement.

Le principe est assez étonnant : en se basant sur une nouvelle de Frank Thilliez (que l’on peut acheter en version complète à l’accueil, mais sinon le « rapport d’enquête » qui sert de guide en contient des extraits suffisants), l’exposition propose au visiteur de parcourir une scène de crime à la recherche d’indices menant à l’élucidation d’un meurtre. Le but ? Découvrir les métiers d’arts, puisque la victime, Natan de Galois, ainsi que celui qui s’accuse du meurtre, Ganel Todanais, travaillent dans ce milieu.

Double intérêt de cette exposition : d’abord l’aspect ludique ; même si je ne suis pas du tout adepte de polars, j’ai vraiment trouvé cette immersion fascinante, et parcourir les différents lieux de l’enquête, de l’appartement et de l’atelier de Nathan à l’antre de Ganel en passant par le garage et le labyrinthe, encore marqués du passage de la police scientifique, donne l’impression d’être plongé dans Les Experts (dommage, Horatio n’était pas là). Et puis, surtout, la découverte des métiers d’art dans leur diversité : une imprimante 3D qui fabrique des vases dont la forme est conçue par les intonations de voix, un atelier reliure, passementerie, j’en passe : tout cela est un régal pour les yeux.

Je regrette vraiment de ne pas avoir été plus attentive à la date de clôture et du coup de ne pas vous en avoir parlé plus tôt, car c’est vraiment une exposition à voir ! Si vous êtes à Paris, précipitez-vous : elle se termine après demain…

Double Je
Palais de Tokyo
Jusqu’au 16 mai

The light of the light de Florian et Michael Quistrebert, au Palais de Tokyo

QuistrebertNous voulons pousser la peinture vers un état de crise. Cela passe par la saturation, l’excès ou le gigantisme, pour montrer quelque chose d’opposé, de plus subtil et invisible. C’est de la peinture et ce n’est pas de la peinture. Peut-être est-ce plutôt de l’hyper-peinture, car nous tentons d’en saturer les fondamentaux, de forcer les idées de lumière, matière, format, mouvement, perception, à déborder d’elles-mêmes.

Florian et Michael Quistrebert (nés à Nantes en 1982 et 1976, et vivant entre Paris et Amsterdam) travaillent en duo, et pour la première fois le Palais de Tokyo leur consacre une exposition personnelle d’ampleur avec un ensemble d’œuvres inédites mêlant vidéos, lumières et peintures, intitulée « the light of the light ».

Une exposition assez saisissante, composée de trois espaces : on pénètre d’abord dans une salle plongée dans le noir dans laquelle trois tableaux monumentaux éclairés à la lumière noire semblent comme des présences fantomatiques. La salle suivante, au contraire, est saturée d’une lumière crue, et l’espace est occupé par des tableaux de tailles variées, à la peinture satinée et iridescente, qui tournent et reflètent la lumière. En fin de parcours, une video monumentale, presque psychédélique.

L’expérience est saisissante, malheureusement je n’ai pas pu rester très longtemps car mes yeux sont très photosensibles et ces jeux de lumière sont tout à fait le genre de choses susceptibles de me déclencher une migraine. Mais. J’ai trouvé cela assez fascinant, et notamment les tableaux qui tournent : le travail de la matière et le choix des peintures permet vraiment des jeux avec la lumière, on ne voit pas la même chose selon la perspective dans laquelle on se place. C’est très lent, très poétique, comme un ballet !

A voir si vous passez par le palais de Tokyo !

Light of the light
Florian et Michael QUISTREBERT
Palais de Tokyo
Jusqu’au 16 mai 2016

Jean-Michel Alberola, l’aventure des détails au Palais de Tokyo

Alberola Je ne fais que des détails, je ne fais que ça. Je compte simplement sur l’addition des détails.

Encore une fois, c’est à un voyage saisissant à travers l’oeuvre d’un artiste inclassable que nous invite le Palais de Tokyo : Jean-Michel Alberola.

Une oeuvre résolument protéiforme : à travers des peintures, des néons, des films, des textes, des objets, des installations, des sculptures, des murs peints, des éditions et des tracts, Alberola interroge le monde, évolue entre abstraction et figuratif, explore la création artistique et la politique, convoque les figures de penseurs et artistes majeurs, de Robert Louis Stevenson à Guy Debord, en passant par Franz Kafka, Karl Marx, Simone Weil.

L’ensemble est saisissant par sa diversité à la fois poétique et ludique, parfois sombre. J’ai particulièrement apprécié son travail typographique et ses clins d’oeils à la littérature !

Jean-Michel Alberola, l’aventure des détails
Palais de Tokyo
Jusqu’au 16 mai

Bloc Notes

* Pour commencer, trois applications absolument géniales que j’ai découvertes récemment. La première s’appelle Nunki, et c’est une application d’actualité qui récupère sur les réseaux sociaux (essentiellement Instagram) les photos des gens (avec leur accord bien sûr) qui sont témoins de grands événements. Essentiellement le sport et le divertissement, mais aussi des événements moins amusants. L’intérêt ? Voir l’actualité autrement et avoir le sentiment de participer un peu.

La deuxième, Artstack, est une sorte de Pinterest de l’art sur lequel je passerais des heures si je ne me retenais pas. Le principe est simple : en navigant sur le site, on regarde des oeuvres d’art ; la base de données, si elle n’est pas exhaustive, est tout de même d’une richesse incroyable, et on trouve aussi bien les chef-d’oeuvre de l’histoire de l’art que de jeunes artistes. Quand une oeuvre nous plaît on la « stack », c’est-à-dire qu’on l’ajoute à sa collection, et du même coup on est abonné à l’artiste. L’intérêt c’est évidemment la découverte, en aimant certaines oeuvres on est dirigé vers d’autres qui pourraient nous plaire aussi. Par exemple, « l’origine du monde » de Courbet nous mène aux autres oeuvres de Courbet mais aussi à des détournements ! C’est aussi un réseau social, sur lequel on s’abonne à des gens, d’autres s’abonnent à nous, et on peut éventuellement chatter ! Alors l’application n’est pas parfaite, certaines oeuvres y sont plusieurs fois (comme on peut soi-même ajouter des oeuvres certains font mal les vérifications), les fiches ne sont pas toujours complètes, mais mi-galerie, mi-musée, cette application me plaît beaucoup !

Ces deux applications existent aussi version site, mais j’avoue que je préfère la version mobile. Si vous non : Nunki et Artstack.

La troisième, je viens de la découvrir : elle s’appelle On Air et permet de ne plus louper aucune intervention de vos personnalités préférées dans les médias. Le principe est simple : vous vous abonnez aux gens qui vous intéressent (devinez à qui je me suis abonnée en premier), et vous recevez un push dès qu’ils sont programmés quelque part, ou qu’ils sont actuellement à l’antenne. Le fonctionnement de l’application repose sur la participation de tous, aussi, il faut soi-même signaler lorsqu’on a connaissance de la présence d’une personnalité dans une émission !

* Vous le savez, je suis une grande amatrice de VOD, mais je ne trouve pas toujours ce que je veux sur les sites classiques, notamment les vieux films, la plupart des plateformes privilégiant la nouveauté. Et j’ai découvert FilmoTV. Créée en 2008 FilmoTV est la seule plateforme à proposer un large panorama du cinéma mondial et un contenu éditorial unique avec des fiches extrêmement riches sur les films proposés. On a le choix entre la carte, avec des films à partir de 1,99€ et un abonnement à 6,99€, et ce sur l’appareil que l’on veux. Dernière nouveauté en date : l’espace « éditions originales » qui propose copies restaurées ou remasterisées, versions longues ou inédites, director’s cut, scènes inédites, bref les films tels qu’ils ont été créés par leurs auteurs. Mon seul regret est que la plateforme ne soit pas disponible sur la box SFR (elle l’est sur Numéricable et Orange) et que je ne peux donc pas regarder les films sur mon grand écran.

* Le festival musical « Les femmes s’en mêlent », vous connaissez ? Créé à Paris en 1997, il s’est donné pour mission de défendre et de mettre en lumière des artistes féminines innovantes. La 18ème édition s’ouvre demain et se terminera le 18 avril : un peu plus d’un mois pour proposer un programme riche et varié, à Paris bien sûr (notamment au Divan du monde et à l’Institut Suédois) mais aussi dans toute la France : Lille, Saint-Lô, Bordeaux, Roubaix, Hyères, Amiens, Pau… en tout une vingtaine de villes. Partout, les filles prennent le pouvoir, et c’est chouette ! Pour connaître la programmation précise et en savoir plus, c’est ici.

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* Idan Wizen est un artiste franco-israëlien qui a eu l’idée d’un magnifique projet : Un Anonyme Nu Dans Le Salon, qui a pour ambition de constituer la plus grande série photographique jamais réalisée représentant l’humanité telle qu’elle est, dans son état le plus naturel, sa nudité et sa diversité et pour cela de rassembler des milliers de modèles volontaires de tous âges et de tous horizons acceptant de se montrer tels qu’ils sont, nus. A l’uniformisation des critères de beauté de notre société ainsi que de ses modes d’expression, Un Anonyme Nu Dans Le Salon oppose la multitude, la variété, la force de caractère, le mouvement, le surprenant et le naturel. Le projet est découpé en différentes séries, crées tout simplement par ordre chronologique. Chacune est constituée de 100 photographies, 50 hommes et 50 femmes. Et c’est beau (et vous pouvez participer si vous voulez) !

* Au rayon concours d’écriture, celui des éditions souffle-court a attiré mon attention : il s’agit d’un concours de nouvelles francophones en hommage à Nicéphore Niepce, né il y a 250 ans et inventeur de la photographie. Intitulé « RENAISSANCES », le concours permettra la naissance d’un recueil collectif qui sera publié dans la collection l’Atelier en novembre 2015 et rassemblera une vingtaine de nouvelles inspirées de photographies prises par cinq femmes photographes (Mathilde, Estelle, Christine, L. et Mlle Billy), et exprimant le désir ardent de repenser le monde, de faire renaître l’espoir, de cultiver l’amour et la fraternité. Pour participer, il faut donc proposer une nouvelle (12 à 15000 caractères) qui évoque une « renaissance », comprend la phrase suivante : « Notre monde vient d’en trouver un autre » (Michel de Montaigne) et évoque ou s’inspire de façon clairement identifiable (proche ou lointaine, appuyée ou fugitive) de l’une des 5 photographies au choix :

Le concours est ouvert jusqu’au 31 juillet et les auteurs des nouvelles sélectionnées seront avertis le 1er octobre.

* La fête artyc’est ce que propose en avril le Palais de Tokyo – en collaboration avec des institutions internationales prestigieuses tels que le MoMa ou encore la Tate Modern et le célèbre Berghain de Berlin – avec  DO DISTURB ! première édition d’un festival croisant la performance, la musique et la vidéo. DO DISTURB ! c’est 3 jours et 2 nuits d’agitation et d’effervescence en continu du 10 avril 18h au dimanche 12 avril à 20h. Du terrain de football de David Crespo où le public invente ses propres règles, de la séance de fitness avec la performance de Christina Lucas à la radio participative de Marinella Senatore en passant par les « bénédictions » de Pope Alice, DO DISTURB ! promet d’être l’un des rendez-vous les plus étonnants de l’année. Rendez-vous au Palais de Tokyo pour vivre les 32h les plus étonnantes, ludiques, esthétiques, festives et joyeuses de ce printemps 2015 !

* Au Jeu de Paume, exposition après exposition, la programmation permet de redonner une place forte aux femmes artistes. Une attention toute particulière est accordée au travail, souvent méconnu, des femmes photographes des XXe et XXIe siècles. Marta Gili, directrice du Jeu de Paume depuis 2006, l’affirme :  » Les femmes représentent 50% de la planète. Pourquoi devraient-elles être minoritaires dans les musées ? Peu d’institutions exposent autant de femmes que le Jeu de Paume. Nous n’éliminons pas les hommes du monde de l’art – loin s’en faut – mais nous y intégrons les femmes!  » Fidèle à sa vocation de confronter historique et contemporain, le Jeu de Paume a donc présenté de nombreuses photographes du XXe siècle — Lee Miller, Claude Cahun, Lisette Model, Berenice Abbott, Diane Arbus… —, et des artistes contemporaines — Valérie Mrejen, Sophie Ristelhueber, Esther Shalev-Gerz, Natacha Nisic, Lorna Simpson. Le Jeu de Paume poursuit cette volonté en 2015 avec Florence Henri et Taryn Simon (jusqu’au 17/05/2015) puis Germaine Krull et Valérie Jouve (du 02/06 au 27/09/2015). Des expositions à noter pour découvrir leur travail !

* Le 29 mars, lancez votre soutif ! Non, ce n’est pas à une manifestation du MLF que je vous convie, mais à un événement organisé par l’association Pink Bra Bazaar, en faveur de la prévention contre le cancer du sein : le dépistage précoce reste le meilleur moyen de prévention et Pink Bra Bazaar agit pour libérer les tabous et créer le dialogue en utilisant le soutien-gorge comme symbole fort pour ses programmes de prévention afin d’encourager les femmes à prendre en main la santé de leurs seins. Pour participer à ce lancer de soutien-gorge, rendez-vous le 29 mars à 15h au Trocadéro !

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Parallèlement, Larousse apporte un soutien Mécène à cette association et à cette cause en publiant L’Atelier créatif des soutifs de Kathryn Kemp-Griffin avec des illustrations adaptées d’œuvres originaires de Marie-Pascale Mayette et Margot Mayette, et réalisées par Heather Lafleur, dont tous les droits d’auteur sont intégralement reversés à l’association.  13 projets créatifs pour donner une nouvelle vie à un soutien-gorge : head band, bracelets, doudou, sacs… beaucoup d’idées pour une démarche positive ! Des coloriages et des pages de notes pour créer et consigner son propre projet. Un concours : du 3 mars 2015 au 15 juin 2015, pour soutenir la lutte contre le cancer du sein et gagner l’un des lots, le lecteur doit remplir et découper le bulletin de participation inclus dans l’ouvrage et l’envoyer avec une photo de sa création chez Larousse.

* Si vous êtes sur Instagram, je vous invite à découvrir le joli compte de Audrey Siourd qui photographie des gens en train de lire dans le métro.

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* Enfin, cela faisait longtemps que je n’avais pas réussi à intégrer Didier van Cauwelaert dans un Bloc-Notes, mais cette fois j’ai une info : il sera présent à la Nuit Blanche des livres, une manifestation organisée tous les ans par la librairie Mots en marge à La Garenne-Colombes. Il y aura aussi Nancy Huston. Je ne sais absolument plus où j’ai lu cette info parce que je ne la retrouve nulle part mais je ne crois pas l’avoir inventée, donc on en reparle !

L’Etat du ciel – partie 2 au Palais de Tokyo

edc-part2Un de mes traits de caractère est que je m’avoue rarement vaincue. Parfois c’est négatif et on appelle ça de l’entêtement, mais parfois, aussi, c’est positif : c’est de la persévérance. Aussi, ne voulant pas rester un relatif échec avec l’art contemporain, me suis-je rendue à la présentation presse du deuxième volet de L’Etat du ciel au Palais de Tokyo, considérant que la présence de Jean de Loisy (président du Palais) et des artistes ne pourrait que m’aider à y voir clair.

Le principe de L’Etat du ciel, comme je l’avais dit, est de voir quel regard portent les artistes sur le monde contemporain. Ce deuxième volet est lui-même constitué de quatre mouvements.

Tout d’abord, les modules de trois artistes récemment diplômés de la Villa Arson et soutenus par la fondation Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent. Vivien Roubaud propose deux créations : une première est constituée de la danse hypnotique d’une lame de scie circulaire qui déchiquette un matelas, une oeuvre donc dont la création est aussi la destruction, et qui pose la question de l’accident ; la seconde est un ensemble de tubes de plexiglas remplis de pétrole polymérisé dans lequel ont explosé des feux d’artifice à combustion incomplète. Ensuite Thomas Teurlai propose deux montages qui font appel à l’ouïe et qui se font écho l’une l’autre : une baie vitrée sur laquelle est posée une enceinte sonore propageant de temps à autre une vibration sourde rappelant la musique tibétaine, et une bouche d’aération de métro. Enfin, Tatiana Volska propose des montages divers se fondant dans l’architecture du bâtiment.

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Ensuite, trois interventions sur le bâtiment. La première est l’oeuvre de Natalie Czech, intitulée « Il pleut » et réalisée en 2012 ; il s’agit d’un travail entre texte et image autour des calligrammes d’Apollinaire. La deuxième, d’Emilie Ding, est un ensemble de peintures à l’huile sur des panneaux en béton dont les motifs sont des sortes de fantômes de l’histoire du bâtiment du palais de Tokyo. Enfin, Sheila Hicks propose un espace public, entre les différentes expositions, constitué autour de ballots de fibres qui ressemblent à de gros coussins colorés. Je n’ai réussi à prendre une photo potable que de cette dernière :

Sheila Hics - Baoli
Sheila Hics – Baoli

Ces deux formes, les modules et les interventions sur le bâtiment, m’ont plutôt plu et j’ai été très intéressée par le travail conceptuel de recherche et de réflexion derrière la production elle-même.

Mais ce qu’il ne faut pas manquer à mon avis dans ce volet, c’est l’exposition d’Hiroshi Sugimoto, artiste dont j’avais déjà rencontré le travail chez Boucheron. L’idée, intitulée Aujourd’hui, le monde est mort [lost human genetic archive]est de proposer une sorte de musée labyrinthique de l’espèce humaine. Le parcours est constitué d’une trentaine de scénarios, racontés par différents personnages fictifs et commençant tous par « Aujourd’hui, le monde est mort. Ou peut-être hier, je ne sais pas », référence apocalyptique à Camus : un apiculteur qui constate la désertification du monde suite à la mort des abeilles, un spécialiste des religions comparées ou encore un homme politique qui choisissent de préserver (ou non), pour le futur, leur patrimoine génétique individuel. Tout est ruine, et le visiteur ne peut qu’être saisi par cette évidence que l’espèce humaine, peut-être, est vouée à disparaître.

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Enfin, le dernier point est plus une performance qu’une exposition. Avec « Flamme éternelle », Thomas Hischhorn propose une oeuvre qui se construit collectivement, une action réflexive à laquelle philosophes, écrivains, poètes et surtout public sont invités à participer : chacun apporte son combustible pour que la flamme ne s’éteigne pas. Chaque jour, sans qu’on sache qui ni quand (à part l’artiste, toujours présent) ont lieu des lectures, des débats, autour de deux agoras où brûle une flamme. On peut aussi s’installer pour lire dans des canapés recouverts de chatterton, surfer sur internet mis gratuitement à disposition, manger un hot dog pas cher. L’ensemble permet la naissance d’une publication gratuite et quotidienne. Cette exposition est gratuite, afin que tout le monde puisse s’y rendre tous les jours !

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Bref : j’étais ravie, parce qu’enfin, dans les grandes lignes, j’ai compris, et j’ai apprécié notamment le fait que la plupart des expositions soit liée, finalement, à l’écriture.

L’Etat du ciel – Partie 2
Palais de Tokyo
25 avr – 23 juin : Les Modules – Vivien Roubaud, Thomas Teurlai, Tatiana Wolska (Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent)
25 avr – 07 sept : AUjOURD’HUI, LE MONDE EST MORT [LOST HUMAN GENETIC ARCHIVE] – Hiroshi Sugimoto
25 avr – 23 juin : FLAMME ÉTERNELLE- Thomas Hirschhorn (gratuit)

L’Etat du ciel – Partie 1 au Palais de Tokyo

etatducielUne de mes bonnes résolutions pour l’avenir est de me familiariser un peu plus avec l’art contemporain devant lequel, je l’ai déjà dit, je suis souvent assez… démunie et perplexe. J’ai donc décidé que je passerais plus de temps au palais de Tokyo (dont, en plus, j’adore l’esplanade : on peut y boire tranquillement un café pas hors de prix, avec vue sur la tout Eiffel). C’est donc comme cela que je me suis retrouvée à aller voir un petit peu l’Etat du ciel, une exposition en trois parties (la seconde commencera le 25 avril).

Le projet de cette exposition est de témoigner de l’attention portée par des artistes, des poètes, des philosophes aux circonstances physiques, morales et politiques de notre monde, comme une réponse à la sentence que formula André Breton à propos de Giorgio de Chirico : « L’artiste, cette sentinelle sur la route à perte de vue des qui-vive. » En effet, depuis Goya au moins, l’art moderne ou contemporain porte une attention active à l’état du réel. Craintes, alertes, propositions, révoltes, utopies : souvent les artistes, pour transformer le présent, dressent le paysage de nos inquiétudes et parfois avancent les solutions poétiques pour répondre aux circonstances. L’aujourd’hui n’est plus un bloc de destin mais une surface en mutation qui, en l’exprimant, peut être modifiée.

Aussi les artistes proposent-ils, chacun à leur manière, une lecture de notre monde.

Le moins que l’on puisse dire est que j’ai encore du boulot pour arriver à appréhender ces nouvelles formes de création. D’ailleurs, j’ai failli acheter un livre pour enfants à la librairie (et puis finalement j’en ai pris un autre, qui aborde l’art contemporain par le biais d’exercices pratiques, je vous ferai part de mes progrès). Alors, j’ai baguenaudé sans déplaisir dans les différents espaces, j’ai été saisie par certaines oeuvres, intriguée aussi, mais j’aurais du mal à en parler parce que je ne maîtrise pas encore totalement les outils. Disons que c’est une expérience, je ne saurais trop vous conseiller, si vous passez dans le quartier (par exemple pour aller au palais Galliera : il n’y a qu’à traverser la rue) d’aller jeter un noeil !

L’Etat du ciel partie 1
Palais de Tokyo
(les différents accrochages ont des dates différentes)