Love or lust ?

Love or lust

Aujourd’hui, c’est la saint Valentin. Non vraiment, ne me remerciez pas de vous le rappeler, je me suis dit que peut-être, malgré les millions de mails reçus à ce sujet, les pubs partout, vous risquiez tout de même d’oublier.

Bref.

En tant qu’auteure érotique dont le personnage récurrent est une véritable déité de l’indestructible luxure célébrant avec obstination les anciennes fêtes païennes, je me dois de mettre un bémol à toutes ces manifestations d’amour romantique : la saint Valentin est-elle vraiment la fête de l’amour ? Et si en fait les gens préféraient la luxure ? Si on cherche bien, c’est en effet ce qui pourrait ressortir de l’origine (païenne elle aussi, de toute façon les chrétiens nous ont tout piqué) de cette fête : dans la Rome antique, on fêtait la fertilité entre le 13 et le 15 février. Plus tard, l’Église Catholique interdira ces manifestations culturelles, qui réapparaîtront néanmoins avec le temps, transformées en fête de l’amour, plutôt que de la luxure, de la fertilité et de la volupté.

Mais en est-il vraiment ainsi? Comment les gens dans le monde entier fêtent-ils cette journée si spéciale ? Et qu’est-ce qui est le plus important : l’amour ou la luxure ? C’est ce qu’à voulu savoir Lelo, la célèbre marque de jouets pas pour les enfants.

unnamed-1Premier enseignement : il apparaît que les femmes recherchent plutôt l’amour dans leurs relations si elles sont célibataires ou mariées et bien plus encore si elles sont en couple. Par contre dans les relations ouvertes, elles sont 71% à affirmer n’y rechercher que la luxure. Quant aux hommes, c’est un peu différent : célibataires ou en couple ils préfèrent l’amour, mais ensuite la luxure gagne du terrain, et ils sont moins nombreux que les femmes à ne chercher que la luxure dans une relation ouverte.

unnamed-2Deuxième enseignement : chez les hommes comme chez les femmes, la luxure gagne du terrain avec l’âge !

unnamed-3Troisième enseignement : contrairement à notre réputation de libertins, on remarquera que les Français ne sont pas du tout les plus luxurieux. Ce sont a priori les Grecs, fidèles à leurs ancêtres païens, qui sont les seuls à être plus nombreux à rechercher la luxure.

Pas d’idéal donc, chacun fait ce qu’il veut — il doit même être possible d’avoir l’amour l’amour et la luxure. Quelle que soit la manière dont vous avez choisi de célébrer les lupercales — dîner aux chandelles, massage sensuel, escapade romantique, session SM, plan à trois… Je vous souhaite de vous amuser !

Et si vous vous ennuyez, il vous reste les livres !

Le Bouquin de Noël

Bouquin de NoëlLa lumière est donc la véritable divinité attendue durant l’Avent et célébrée à Noël. C’est pourquoi on allume partout des bougies, on brûle des bûches dans l’âtre du foyer ; pourquoi on enflamme encore dans certaines régions du nord de l’Europe, des roues auxquelles on fait dévaler les collines ; pourquoi on illumine le sapin ; pourquoi on fête les saints lumineux de l’Avent ; pourquoi on dîne copieusement dans l’abondance retrouvée ; pourquoi on offre des cadeaux, signe précisément de cette abondance assurée par la lumière. « Sol invictus » Soleil invaincu, comme disaient les Romains qui créèrent au IIIe siècle cette nouvelle divinité, ultime tentative d’unification de tous les cultes de l’Empire. 

Comme c’est bientôt Noël (plus que deux dodos), c’est la période pour lire des histoires de Noël, et cette année la collection Bouquins nous aide à faire notre choix avec cette très riche anthologie de textes de Noël.

Mais avant de parler des histoires elles-mêmes, plongeons-nous dans l’introduction, dont la lecture devrait être obligatoire, puisqu’elle s’intéresse non seulement au rôle des célébrations de fin d’année dans l’imaginaire littéraire, mais aussi à leur origine dont elle rappelle le caractère païen, simplement recouvert d’un vernis chrétien qui n’a pas réussi à effacer les symboles profonds, et en particulier celui de la lumière. En réalité, ces « fêtes de fin d’année », où l’ancienne année meurt pour être remplacée par la nouvelle qui commence alors que le soleil gagne son combat contre l’ombre (les jours commencent à rallonger) s’étendent de Samain/Halloween devenu Toussaint jusqu’à l’Épiphanie voire la Chandeleur (Imbolc). Qu’il s’agisse du paganisme celte, nordique ou latin, c’est bien lui qui est à l’origine de nos traditions, notamment le sapin et le nom, Noël, qui vient du latin Natalis, naissance, mais pas naissance d’un bébé dans une étable : le 25 décembre, c’est le Dies Natalis Solis Invictis, dernier jour des Saturnalesjour de naissance du soleil invaincu, sur lequel le christianisme a placé sa propre symbolique pour s’imposer plus facilement. Il est bon de le rappeler, notamment à ceux qui vitupèrent contre la « paganisation » de Noël (ce qui fait bien marrer la païenne que je suis). Bref, je ne fais là que résumer des choses dont j’avais déjà parlé par ailleurs, notamment dans cet article, mais franchement, cette introduction est absolument passionnante et claire.

Suivent près de 1000p (que je n’ai pas toutes lues encore évidemment) de récits, contes, légendes, poèmes, dans lesquels grapiller à l’envi. Il y en a pour tous les goûts, de toutes les époques, de tous les pays et de toutes les sensibilités, des auteurs connus et d’autres moins, certains sont éminemment imprégnés de christianisme, d’autres plus fidèles au paganisme, ils vont du réalisme au fantastique, on y croise parfois esprits et sorcières. Classés en fonction du calendrier des fêtes de fin d’année et en sections thématiques pour les fêtes les plus riches littérairement, les textes permettent un beau voyage dans les différentes sensibilités et manières de célébrer ces cérémonies en fonction du lieu et du temps.

Un très beau livre à avoir dans sa bibliothèque pour avoir toujours une histoire à raconter en cette période propice au rêve et à la magie !

Le Bouquin de Noël
Edition établie et présentée par Jérémie Benoît
Robert Laffont, Bouquins, 2016

21 nuits avec Pattie, de Arnaud et Jean-Marie Larrieu

21 nuits avec PattieLa vierge du 15 août arrange tout ou dérange tout…

Un film que je voulais voir depuis sa sortie, à cause du casting (Isabelle Carré que je trouve toujours extraordinaire tout comme Karin Viard, et André Dussolier qui est tout de même un de mes chouchous) et aussi, j’avoue, des extraits avec Pattie racontant sans aucune gêne sa vie sexuelle : tout à fait mon créneau, donc !

La mère de Caroline, Isabelle, vient de mourir. Une mère dont elle n’avait plus de nouvelles depuis longtemps, et qu’elle connaissait somme toute très peu. Lorsqu’elle se rend dans le sublime village de l’Aude où sa mère possédait une maison à couper le souffle, Caroline fait la connaissance de ses amis, à qui sa porte (et sa piscine) était toujours ouverte, et notamment la très décomplexée Pattie. Mais voilà : alors que Caroline espère régler vite fait l’enterrement et mettre en vente la maison dans la foulée, le corps d’Isabelle se volatilise.

Un film d’une richesse assez impressionnante, qui se tisse de mythes et de symboles pour interroger la question du désir et de la sexualité féminine sous-tendus par éros et thanatos. La grande réussite est qu’ici, finalement, tout passe essentiellement par la parole, et l’acte sexuel lui-même n’est presque jamais montré ; en revanche, on (Pattie) en parle beaucoup, sans s’embarrasser de métaphores et d’euphémismes. Cela pourrait être juste drôle, mais c’est beaucoup plus profond que ça : si sa mère est physiquement morte, Caroline, elle, l’est au désir, et ce n’est guère mieux. Heureusement, ces quelques jours vont la révéler à elle-même, grâce aux amis de sa mère et aux fêtes du 15 août, célébration catholique qui dans ce village a gardé son origine païenne d’hommage à la Grande Déesse Mère ; il règne alors sur le film une ambiance presque de bacchanale : le vin, la danse, l’omniprésence de l’eau qui symbolise la féminité et la pulsion de vie, l’orage et le déchaînement des éléments comme un gigantesque orgasme, la promenade nocturne dans la forêt de l’inconscient…

Quant au personnage joué par Dussolier, « l’écrivain », une espèce d’avatar de Le Clézio, j’ai eu le coup de foudre…

Bref, un film étonnant, dont certains aspects peuvent laisser perplexe, notamment le choix du format carré un peu déconcertant et la dimension flirtant avec le fantastique, mais qui vaut vraiment le coup !

21 nuits avec Pattie
Arnaud et Jean-Marie LARRIEU
2015

Phrères, de Claire Barré

PhrèresCertains êtres ne sont tout simplement pas faits pour habiter la vie. Trop sensibles, intenses, poreux. Incapables de se contenter du plaisir simple d’exister. Dans la rage du monde, sa violence.

Intrigant ce titre, n’est-il pas ?

Reims, 1925. Ils sont quatre adolescents à constituer le groupe poétique des « phrères simplistes » : Lecomte, Daumal, Vailland dit le dandy et Meyrat dit la Stryge. Leur vie est tout entière consacrée à leur art, et leur projet pour l’année suivante est de partir faire leurs études à Paris, et d’y fonder une revue poétique. Mais le père de Lecomte refuse ce départ : son fils fera médecine. L’adolescent décide donc de se suicider…

Ecrit d’après une histoire vraie, ce roman n’est évidemment pas sans rappeler, dans les grandes lignes, le cultissime Cercle des poètes disparusEn plus fort encore. Pour les phrères simplistes, il n’y a d’autre religion que la poésie, et Rimbaud est son prophète (avec Baudelaire, Lautréamont, Nerval et quelques autres). Etre poète pour eux, c’est habiter le monde d’une certaine façon, sans compromis, c’est approuver la vie dans tout ce qu’elle a à offrir, absolument — quitte à ce que ce soit la mort. Le roman est entièrement construit autour de ce climax tragique qu’est le sacrifice des deux adolescents et, habité, tissé de poésie, il montre encore une fois l’affrontement entre la pulsion de vie et la pulsion de mort, Eros et Thanatos. L’écriture, la création poétique est un culte : très mystique et ésotérique, le texte multiplie les références religieuses païennes : les dieux de l’antiquité, Isis, l’enthousiasme, le chamanisme, le sacré et les métempsycoses, les prophéties hallucinées dignes de la Sibylle de Cumes, les mystères d’Eleusis. Le sexe et l’érotisme. Langage sacré, la poésie vise alors à retrouver le sens caché des choses…

Dans une langue à la fois crue, violente, charnelle et poétique, Claire Barré, avec ce roman, rend hommage à la fois à la poésie en ce qu’elle a de plus exigeant et de plus mystérieux, et à un groupe de poètes finalement assez méconnus. Un très beau roman, qui ravira ce pour qui la littérature est l’objet d’un culte…

Phrères
Claire BARRÉ
Robert Laffont, 2016

Amours, de Léonor de Récondo

AmoursCéleste, plongée dans une multitude d’émotions inconnues jusque-là, réalise qu’elle a un corps. Cette découverte est purement sensorielle. Aucune idée, aucun concept de cela. Juste une certitude : ce corps est là, il embrasse la vie, la donne, l’insuffle. Il est d’une puissance vertigineuse. Ce corps toujours nié, uniquement utilisé pour les corvées de la vie courante — souvent celles des autres —, prend une dimension nouvelle.

A force de lire des avis enthousiastes à son sujet et de lui voir décerner des prix, j’étais réellement curieuse de découvrir ce roman, et j’ai profité de mon passage sur le stand Sabine Wespieser lors du salon du livre pour le faire mien.

Régulièrement violée par son patron, Anselme de Boisvaillant, Céleste, la petite bonne de 17 ans, finit par tomber enceinte. Quant à Victoire, la femme d’Anselme, après 5 ans de mariage et pas d’enfant, elle trouve la vie bien morne. La solution est toute trouvée : Victoire adopte l’enfant de Céleste. Mais, ce n’est pas si simple de devenir mère…

J’avais lu des avis dithyrambiques sur ce roman, et pourtant, j’étais loin de m’attendre à un tel bouleversement, à un tel choc : ce roman atteint la grâce infinie de la beauté pure, et certains passages étaient tellement sublimes que j’en avas les larmes aux yeux, non pas de tristesse, pas seulement d’émotion, mais d’émerveillement. Ce dont il est question, c’est d’amour, mais un amour qui, par sa sensualité, devient libération des corps et des âmes. L’histoire prend place au début du siècle, dans un milieu bourgeois étriqué et marqué par un rejet du corps et une lourdeur qui ne peuvent mener qu’à la névrose, haine du corps symbolisée par le corset, prison de tissu des corps féminin. Mais le corps se libère : Poiret ouvre les portes de la geôle de tissu, mais c’est surtout la maternité dans toute sa splendeur qui fait son office. Pas la maternité aliénante de la bourgeoisie étouffée par la religion, et qui fait des femmes de simples machines à enfanter. Non, une maternité naturelle. La nudité simple des corps qui se touchent et qui par ce toucher prennent ou reprennent vie, leur langage sublimement rendu par l’écriture, tout un monde de sensations, la douceur et la chaleur d’une peau, des odeurs, la musique.

La pulsion de vie emporte tout. Eros défie thanatos. Il y a quelque chose de païen, de dionysiaque dans cette libération charnelle, et dans cette prise de pouvoir du féminin, jusqu’à ce feu de joie dans lequel on brûle ce qui empêche de respirer, même si le principe de réalité rôde, prêt à remettre de l’ordre dans ce chaos.

Tout cela m’a beaucoup fait penser à Flaubert. Pas seulement Madame Bovary, même si quelques plaisantins ont dit du roman que c’était « Madame Bovary chez les lesbiennes », ce qui me semble au passage faux concernant la relation entre les deux femmes ; mais admettons, il y a du Bovary dans cette pesanteur et cet ennui de la médiocre bourgeoisie de Province, et l’intertextualité avec le roman de Flaubert est assumée dès le début. Mais Céleste, par son prénom et sa foi naïve, m’a aussi beaucoup rappelé la Félicité d’Un coeur simple. Et puis cette écriture, ce style, d’une perfection rare.

Bref : un roman absolument sublime, brillant et lumineux, qu’il faut absolument lire !

Amours
Léonor de RÉCONDO
Sabine Wespieser, 2015

Lu par François, Ludo, Clara, Sabine

Blossoms…

Aujourd’hui, pour les Chrétiens c’est Pâques et pour les Juifs c’est Pessah, et pour moi qui ne suis rien de cela et qui suis plutôt païenne c’est la fête du Printemps (en tout cas, j’ai décidé que : en réalité, nous sommes entre Ostara et Beltane, donc ce n’est pas un jour particulier, mais bon, ce n’est pas très grave, de toute façon je ne suis pas réellement païenne) fête au cours de laquelle on célèbre le retour de la nature à la vie, et j’ai profité d’une conjonction astrale favorable pour aller photographier l’un des spectacles que je chéris le plus au monde : les arbres en fleurs, que j’appelle de leur nom anglais « blossoms » car encore une fois je trouve que la langue anglaise est plus imagée et plus poétique.

Je trouve le spectacle de ces arbres en fleurs que nous offre la nature parfaitement magique, et lorsqu’il y a du vent et que vous recevez une pluie de pétales, c’est une joie pure, quelque chose de beau et d’harmonieux. J’ai donc fait une longue promenade à la recherche de fleurs variées qui incarnent pour moi la beauté de la vie. Même s’il faisait un peu froid à cause du vent et que le soleil était intermittent (ce qui compliquait à la fois les réglages et les prises de vues car je tenais à un fond bleu), j’ai passé un merveilleux moment de communion avec le monde. Et, preuve que le monde était en communion avec moi : je ne savais pas où trouver des cerisiers roses, et puis, à un moment, mon intuition/instinct/petite voix intérieure m’a murmuré de prendre une venelle que je ne connaissais pas du tout et qui m’a entraînée dans une rue où je n’avais jamais mis les pieds. Et il était là, à m’attendre. Je vous laisse imaginer mon émerveillement !

Alors je vous souhaite une très belle fête d’aujourd’hui, quel que soit le nom que vous lui donnez, et je vous offre ces quelques fleurs…

Le jour du sapin

Cette année, j’ai fait mon sapin le jour de la saint Nicolas, ce qui n’a pas du tout été fait exprès mais comme je trouve la coïncidence sympathique, je le signale. En vrai, c’est surtout que j’avais le temps ce jour-là, et que comme je l’ai déjà souligné, je suis une véritable maniaque de la décoration du sapin : pour moi, c’est vraiment un véritable rituel pagano-mystico-magique et j’ai l’impression que ça ne va pas en s’améliorant (à chaque fois, j’imagine avec horreur que si j’avais des enfants je serais obligée de les laisser surcharger n’importe comment le pauvre sapin de boules et de guirlandes et… j’ai peur). Ambiance : bougie parfumée aux épices, thé de noël et airs d’opéra (les Carmina Burana de Carl Orff).

Cette année, je l’ai changé de place : au lieu de le mettre dans le coin comme les quatre ou cinq années précédentes, où il était un peu à l’étroit, je l’ai mis plus près de la fenêtre, entre les deux canapés : il peut beaucoup mieux étendre ses branches, et moi je peux le décorer entièrement au lieu de devoir me contenter d’un seul côté. Pas de guirlande lumineuse cette année : je me suis séparée de l’ancienne qui ne fonctionnait plus, mais j’ai oublié d’en racheter une, et quand j’ai ouvert le carton des décorations et que j’ai pris conscience de la chose, c’était trop tard, donc tant pis. En revanche, j’ai redécouvert avec plaisir quelques décorations que j’avais achetées dans les soldes et dont je n’avais donc pas pu profiter l’an dernier. J’ai aussi découvert avec horreur que j’avais cassé une de mes boules en verre en la rangeant ; une de mes préférées, évidemment.

Sinon, toujours pas de crèche…

Le sapin 2013, le sapin 2012