Instantané : la magie des fleurs

Saint Fiacre est le patron des jardiniers. A Orléans, il est fêté (sauf l’an dernier) le dernier week-end août, par des installations florales dans l’église Saint-Marceau : des milliers de fleurs qui donnent à l’endroit l’allure d’un temple païen dédié à Vénus. Ici, c’est l’émerveillement qui domine : des « ah », « des oh », des « comme c’est beau ». Et par les temps qui courent, toute cette beauté, toute cette poésie, ça fait un bien fou, et c’est de cela dont es gens ont besoin, je crois. De la magie des fleurs. D »émerveillement.

Instantané #105 (juste quelque chose de joli)

J’ai pris cette photo mardi après-midi, et je vous assure que je n’étais pourtant pas d’humeur à savourer la beauté du monde : après avoir la veille démonté le siphon de mon évier pour cause de bouchon, j’avais emmené ma voiture au garage, pour un truc que je pensais pas très grave. Après que j’ai attendu 1h à la terrasse moche d’une boulangerie industrielle d’une zone commerciale sinistre en buvant un mauvais latté à une table venteuse (j’exagère, le latté n’était pas mauvais), on m’a appris que ce n’était pas hyper grave mais que ça allait quand même me coûter 300€ et retarder mon départ en vacances parce que bah voyez, le rongeur qui avait déjà grignoté les fils des phares et du lave-glace, il avait pris des goûts de luxe et s’en était pris cette fois aux capteurs ABS. Il fallait commander la pièce et bon, on ferait ce qu’on peut pour vous la rendre dans les deux jours, ma petite dame, mais c’est pas gagné. J’avais donc décidé de la laisser sur place (ce qui m’évitais des aller-retour inutiles le lendemain), mais comme le garage est en zone sud et que cette partie de la ligne est en travaux, le tram est remplacé par un bus qui fait 1/4 de sa longueur, et ce fut 1/2 heure d’enfer : déjà en temps normal je ne supporte pas les transports en commun, mais là, entre le masque qui m’étouffait et me faisait transpirer vu qu’il faisait 40°, les gens serrés comme des sardines (c’est bien mignon de condamner 1 siège sur 2 mais ça sert à quoi si tout le monde est comprimé debout ?), voyager debout sans pouvoir guère m’accrocher nulle part et manquer de faire un vol plané à chaque arrêt, arrivée au pont où le tram reprenait normalement, j’étais au bord du malaise et de la crise de panique, et j’ai décidé que même si j’étais en tong (je n’avais pas prévu de rentrer sans ma voiture) (enfin pas tout à fait en tong mais sort of), je préférais mourir que de remonter dans une chariotte du diable et que je finirais à pieds, voire à genoux, voire en rampant les derniers 4km, mais qu’au moins je serais à l’air libre.

Bref, je pense que j’étais tellement furieuse de cette journée que la fumée me sortait par les oreilles (vraiment, la voiture en panne 2 jours avant de partir en vacances, ça a beau être un classique, c’est toujours rageant, surtout pour quelqu’un qui à la base n’est pas très intéressé par la matérialité de l’existence et trouve ça chiant, tous ces trucs bassement triviaux) quand je suis descendue de ce p*** de bus.

Et soudain, la beauté : cette scène que je n’ai jamais l’occasion de voir car je ne vais de l’autre côté de la Loire que contrainte et forcée (pour aller gagner mon pain) et jamais par ce pont. Et jamais à pieds, donc. Et malgré mon agacement certain, je n’ai pu qu’être émerveillée par ce paysage, et si l’Univers voulait me faire passer un examen (hein hein, tu dis que tu veux partager la beauté, mais en es-tu capable en toute circonstance, de la voir, la beauté, et d’en être touchée ?) je crois que je l’ai réussi. J’imagine que j’ai réussi, puisque dès mercredi j’ai pu récupérer ma voiture, alors que le réparateur m’avait dit que ce serait déjà un miracle s’il me la rendait jeudi soir !

Instantané #103 (les ballons blancs)

Dimanche dernier, mes pas m’ont menée en centre-ville et sur une impulsion je suis allée découvrir l’exposition de Charles Pétillon à la collégiale Saint-Pierre-le-puellier, dont j’avais vu passer des images sur Instagram. Bien sûr je n’étais pas allée visiter d’exposition depuis des mois et ce n’était pas tellement dans mes intentions à la base même si cela me manque, de nourrir ma créativité dans les musées et les expositions. Mais bien m’a pris de suivre mon impulsion : j’ai été totalement émerveillée. Le travail de Charles Pétillon, que l’on pourrait qualifier de Haïku visuel, est à la fois du land art et de la photographie : il installe des ballons blancs dans des paysages urbains ou en pleine nature. Le résultat est follement poétique et en ce sens Charles Pétillon contribue à réenchanter le monde, mais ce n’est pas juste de la beauté : il nous interpelle et nous fait réfléchir sur notre lien à la nature, l’empreinte de l’homme sur son environnement, l’impermanence.

C’est absolument sublime, et si vous êtes ou passez à Orléans, filez y faire un tour, en plus c’est gratuit (jusqu’au 23 août) !

Instantané #98 (juste quelque chose de joli)

Ce petit jardin secret et sauvage (comme moi), celui de la vieille intendance. Je l’ai découvert il n’y a pas si longtemps, et il est vrai qu’il faut le connaître ou bien comme moi avoir un radar. Il est tout petit (ce qu’on voit sur la photo on n’y a pas accès), un peu sauvage, très ombragé et on ne peut absolument pas s’y asseoir dans l’herbe. Il y a bien quelques bancs, mais c’est tout. Et c’est bien ce que j’y cherche : comme il n’est pas excessivement accueillant pour le profane, il est désert (en tout cas le dimanche à l’heure du déjeuner), et moi je peux en profiter pour me ressourcer. Seule, au calme, et parler aux arbres un peu comme si j’étais dans mon propre jardin…

L’hôtel Cabu. Musée d’histoire et d’archéologie d’Orléans

Toujours dans mes pérégrinations orléanaises et mes « rendez-vous avec l’artiste » (ceux du dimanche, consacrés aux musées et expositions), après le musée des Beaux-Arts qui m’a ravie, je suis allée à l’hôtel Cabu qui abrite le musée d’histoire et d’archéologie.  Je n’y étais absolument jamais allée, je doute même d’être passée devant, et c’est un tort.

Le lieu lui-même est un exceptionnel bâtiment renaissance, édifié en 1552 pour un avocat, Philippe Cabu. Le musée lui-même, comme son nom l’indique, est consacré à l’archéologie avec notamment le trésor de Neuvy-en-Sullias, un ensemble remarquable de bronzes gaulois et gallo-romains découvert en 1861 et regroupant des statuettes humaines et des figurations animales dont un magnifique cheval de 1,12 mètre dédié au dieu Rudiobus. Le trésor est exposé au milieu de collections présentant divers aspects de la vie à l’époque gallo-romaine. C’est tout ce qui concerne cette époque qui m’a le plus intéressée, que ce soit dans les collections permanentes ou dans l’exposition temporaire « les témoins de l’histoire ».

Beaucoup d’éléments également concernant l’époque médiévale et la Renaissance (qui est actuellement un fil rouge des collections), des objets et des œuvres évoquant l’histoire d’Orléans (Jeanne d’Arc, les enseignes), les productions artisanales d’autrefois comme le sucre ou le vinaigre (images populaires, céramiques), les anciennes activités industrielles. Une salle entière est consacrée à l’histoire d’Orléans, en tant que port fluvial.

Un très bel endroit, j’y ai pris beaucoup de plaisir, j’y reviendrai certainement !

Hôtel Cabu Musée d’Histoire et d’Archéologie
Hôtel Cabu
Square Abbé Desnoyers
45000 Orléans

Le musée des Beaux-Arts d’Orléans

Toujours sans aucune envie d’aller à Paris mais désireuse de faire autre chose de mon temps libre que rester chez moi à lire/écrire/dessiner/peindre etc. j’ai décidé de me promener un peu à Orléans. En fait, tout est parti du programme de Julia Cameron pour libérer sa créativité, que j’ai déjà mentionné et dont je pourrai bientôt vous parler en détails : parmi les outils, elle propose le « rendez-vous avec l’artiste », à savoir un moment qu’on passe seul avec soi pour « se nourrir ». Normalement c’est un par semaine, moi j’en fais deux : le mercredi j’essaie d’aller me promener en extérieur, dans la nature, et le dimanche de faire plutôt quelque chose de culturel. C’est assez sympathique puisque je fais des choses et découvre des endroits nouveaux. C’est comme ça que je me suis retrouvée au musée des Beaux-Arts, où je n’étais pas revenue depuis un très lointain premier rendez-vous galant (c’était plus original qu’un café et si je me souviens bien l’homme en question était un artiste) qui avait tourné court (je ne sais plus pourquoi…).  Enfin « comme ça » : ce n’est pas un hasard non plus, actuellement j’ai un projet sur un sujet précis à ramifications diverses (je fais des recherches sur les archétypes féminins, mon sujet de toujours, et particulièrement à ce moment-là Marie-Madeleine, Jeanne d’Arc et Vénus), et j’ai trouvé là bas beaucoup de choses (plus, même, que ce que je pensais) !

Une visite qui m’a ravie : alors d’abord parce que j’étais absolument toute seule et que j’ai donc pu en profiter pleinement. Mais surtout, les collections sont d’une richesse et d’une variété assez étonnantes : l’étage du XIXe est actuellement fermé pour rénovation (il faudra donc que j’y revienne, mais de toute façon j’ai pris un abonnement) mais il y a largement à voir ! Et comme les photos sont plus parlantes que les mots, un petit aperçu

Si vous passez par Orléans n’hésitez pas !

Musée des Beaux-Arts d’Orléans
1 place Sainte-Croix
45000 Orléans

Une vie en l’air, de Philippe Vasset : écrire pour habiter

C’est un long trait de béton, tendu à sept mètres au-dessus de la Beauce, entre les communes de Saran, Cercottes, Chevilly et Ruan. Tout entortillé d’arbres et de pylônes, il déroule ses arches au-dessus des champs, avant de disparaître sous les futaies. Etirée sur dix-huit kilomètres, la structure échappe largement au regard : on n’en voit que des tronçons, morcelés par la topographie. 

Ceux qui prennent le train entre Paris et Orléans ont sans doute remarqué, juste avant/après (selon le sens) la gare de Fleury-les-Aubrais, une longue construction en béton longeant la voie ferrée, devenue le support de slogans politiques divers et variés : c’est la ligne d’essai de l’aérotrain, qui n’a jamais été développé. Je me mets toujours du côté où je pourrai la voir, mais d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours su de quoi il s’agissait (ma maman me l’avait expliqué, allez savoir pourquoi vu qu’on n’est pas du coin et qu’on n’a jamais pris le train ensemble : je crois que c’est quand j’étais en sixième et que j’étais allée à Paris pour la première fois avec ma classe, elle avait dû me dire de jeter un œil à cette curiosité), contrairement à beaucoup : la mémoire de cette construction à la fois ancienne et futuriste s’est perdue. Enfin, pas pour tout le monde, puisque Philippe Vasset lui consacre ce récit.

Ici, il nous raconte comment ces rails, dont il ne savait pas de quoi il s’agissait quand il était enfant, ont hanté sa vie, constituant à la fois un lieu d’observation du monde, un catalyseur pour son imaginaire, et finalement l’endroit où il habite…

A la fois poétique, symbolique, foisonnant, vibrant et vibrionnant, ce récit nous invite, comme le titre l’indique, à prendre de la hauteur et à regarder le monde autrement. Bien sûr, il s’avère d’abord très instructif sur l’histoire même de l’aérotrain, sorte d’utopie à la fois vers le passé (puisqu’il s’agit d’une ruine) et vers le futur (on est presque dans la science-fiction), à un moment où on entendait redessiner l’espace, interconnecter les territoires et fonder des villes à la campagnes où tout serait accessible facilement malgré les distances — et les raisons de l’abandon du projet restent nébuleuses. Utopie aussi (même si le narrateur rejette ce terme) parce que c’est finalement un lieu qui n’existe pas : il n’appartient à personne, n’a pas de réelle existence juridique, n’apparaît pas sur les cartes, et sa destruction intégrale coûterait tellement cher qu’on préfère l’entretenir a minima, mais toute tentative d’en faire quelque chose est semble-t-il vouée à l’échec.

Comme l’écriture, c’est un lieu à la fois dans le monde et hors du monde, en marge, à la frontière, quelque part entre ici et ailleurs, et le narrateur se livre alors à des réflexions très spirituelles et qui m’ont beaucoup interrogée sur l’idée de trouver l’espace où habiter. Pas vivre, mais habiter vraiment, c’est-à-dire trouver, dans l’espace, une zone de coïncidence avec son périmètre mental. Pour ma part je cherche toujours, mais le narrateur lui a trouvé le sien.

Philippe Vasset, dans ce récit, remonte donc à sa source, ce qui donne quelque chose d’à la fois très personnel, intime, et universel car finalement, nous la cherchons tous, notre source, notre zone d’habitation. Il habite poétiquement le monde, et c’est très beau !

Une vie en l’air
Philippe VASSET
Fayard, 2018

 1% Rentrée littéraire 2018 – 15/6