Jouir, de Sarah Barmak : en quête de l’orgasme féminin

Grâce à la pornographie, nous avons également appris à mobiliser en priorité la vue au moment des rapports sexuels, et ce au détriment des quatre autres sens, tant et si bien que les stimuli érotiques reçus par le toucher et le goût perdent de leur influence. Et nous l’avons fait avec tellement d’application que certaines personnes en oublient tout bonnement que le sexe n’est pas un acte principalement visuel.

L’autre jour, j’ai participé à une table ronde sur le corps féminin, l’érotisme et le pouvoir. L’occasion pour moi, afin de préparer mon intervention, de me pencher sur cet essai dont on avait pas mal parlé à sa sortie, mais que je n’avais jamais ris le temps de lire.

Dans son texte, Sarah Barmak s’interroge sur cette chose étonnante : malgré la libération des mœurs, les femmes ont toujours du mal à jouir. Beaucoup de raisons à cela : la méconnaissance du corps et notamment du clitoris, sans doute un vieux fond de culpabilité qui a du mal à se défaire des injonctions et des discours qu’on nous a servis pendant des siècles, l’esthétique porno qui a envahi la société et tout ce qui va avec : des corps normés, une jouissance instantané, qui fait que les femmes se sentent « anormales » lorsqu’elles ne jouissent pas, et sont en quêtes de toutes les solutions possibles et imaginables.

Un essai absolument passionnant, qui m’a appris plein de choses et a suscité des réflexions et interrogations fertiles pour mes propres recherches. Je ne saurais trop recommander sa lecture à tous, hommes et femmes, car il remet bien certaines croyances en place, et c’est ma foi fort… jouissif ! J’utilise ce mot à dessein, et pas seulement pour faire un jeu de mot : jouir, joie et jouer ont la même origine étymologique, et ça a du sens !

Jouir. En quête de l’orgasme féminin
Sarah BARMAK
Traduit de l’anglais (Canada) par Aude Sécheret
Zones, 2019

Chez Stephie

Instantané #11 : orgasme et droit à l’avortement

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Parfois, les événements se télescopent de manière inattendue, on pourrait presque dire poétique si la situation n’était pas aussi tragique : alors que quelques connards piétinent en Espagne les droits fondamentaux des femmes et reviennent en arrière en repénalisant l’avortement, nous célébrons aujourd’hui, 21 décembre, solstice d’hiver, jour le plus court de l’année, la journée mondiale de l’orgasme… oui, cela pourrait être amusant, si cela n’était pas aussi pathétique et triste, de penser que bientôt, l’orgasme de nos amies espagnoles aura un goût amer, celui de la peur de concevoir un enfant dont elles ne voudront pas. Que les plus pauvres seront condamnées à avorter à l’ancienne, dans des conditions atroces et au péril de leur vie, quand les plus riches pourront venir en France. Et pour combien de temps, d’ailleurs ? Parce que, ce que vivent les femmes espagnoles, c’est la preuve que toujours, partout dans le monde, il y aura des barbares qui lutteront contre le droit des femmes à disposer librement de leur corps, à choisir leur projet de vie, à s’épanouir ailleurs que dans la maternité. Et ça, ça me fait très peur !