La tête sous l’eau d’Olivier Adam : à la dérive

Mais ça, à moins d’avoir plus de quarante ans, personne n’en voyait l’intérêt. En tout cas pas Léa. Pour couronner le tout, le lycée était à une demi-heure en bus, il fallait passer Dinard puis traverser le barrage qui enjambait le bras de mer pour échouer dans un quartier pavillonnaire tout à fait mort de Saint-Malo, loin de la ville fortifiée, des remparts et des plages. Elle avait laissé à Paris tous ses amis, peut-être même son mec, si elle en avait un. Sans compter sa petite vie, qu’elle aimait par-dessus tout. Son lycée. Les cafés, les cinés, les concerts, ses librairies préférées, ses boutiques favorites. Bref, Léa était furieuse et aussi longtemps qu’elle a été parmi nous elle n’a pas cessé de tirer la gueule, ses écouteurs dans les oreilles en permanence, de parler aux parents comme à des chiens, de s’enfermer dans sa chambre et de passer son temps rivée à son portable et à ses anciennes copines via WhatsApp. A l’entendre, les parents avaient gâché sa vie.

Quelque temps après le déménagement de sa famille à proximité de Saint-Malo, déménagement qu’elle ne digère pas, Léa disparaît, plongeant sa famille dans le cauchemar. Mais lorsqu’elle est retrouvée quelques mois plus tard, ce n’est pas pour autant la fin de ce cauchemar.

Un très bon roman pour adolescents/jeunes adultes (ce que je n’avais d’ailleurs pas vu, sinon je ne l’aurais peut-être pas lu), dans lequel on retrouve ce que j’aime particulièrement chez Olivier Adam et en particulier ses « romans océaniques » : cette mélancolie, ces paysages états-d’âme avec leurs soubresauts et leurs violences, celles de la mer, des marées et des changements brutaux qu’elle imprime au paysage. Une véritable poésie de l’océan. L’histoire, en elle-même, n’est pas sans rappeler d’autres romans de l’auteur, en particulier bien sûr Je vais bien, ne t’en fais pas et sa tension insoutenable autour de la disparition d’un adolescent, mais aussi d’autres, avec ce thème obsédant du changement de vie : tout quitter pour recommencer ailleurs, au bord de l’océan, pour le meilleur et pour le pire…

La Tête sous l’eau
Olivier Adam
Robert Laffont, R, 2018

1% Rentrée littéraire 2018 – 18/6

Onze histoires de séduction

Jeu cruel ou hasard miraculeux, la séduction tient ainsi à l’approche du mystère de l’autre, à cette volonté de le dénuder pour en apprécier la vérité. Ces onze nouvelles en sont autant d’explorations, heureuses ou navrantes. Il n’y a plus qu’à souhaiter qu’elles aient, à leur tour, l’art de vous plaire.

Pour la troisième années consécutive, Le 1 hebdo (excellent hebdomadaire s’il en est, même si j’oublie toujours d’en faire un article) propose pour l’été un recueil de nouvelles collectif, qui rassemble les plus grandes plumes actuelles. Le thème de cette année est la séduction, qui ne pouvait donc que me séduire (oui je sais, elle était facile) et que je vois comme un signe, puisque c’est pile dans mes sujets de recherche actuels (toujours le Truc, qui désormais a dépassé ma thèse en nombre de signes, il faudra que j’élague).

Onze nouvelles, onze auteurs qui déploient la séduction dans tous les sens. Philippe Claudel nous entraîne dans un futur dystopique (mais pas du tout irréaliste vu l’ambiance actuelle), où la séduction est interdite et où les rencontres ne peuvent se faire que par le biais de contrats passés par smartphones interposés. Chez Véronique Olmi, une pianiste célèbre veut inscrire son fils dans une prestigieuse école privée, dont elle doit séduire la directrice. Philippe Jaenada séduit les filles grâce à Proust. Monica Sabolo nous présente deux adolescentes qui séduisent un garçon pour qu’il fasse leur devoir de physique. François-Henri Désérable s’intéresse au couple formé par Frida Kahlo et Diego Rivera, et à une anecdote que personne ne connaît. Chez Carole Martinez, un garçon qui a peur des filles se transforme en Don Juan. Pour Foenkinos, la séduction se conjugue avec le bonheur. Leonor de Recondo nous fait passer une étrange nuit à Versailles. Lola Lafon nous raconte un viol conjugal dont la victime est trop séduisante pour être crédible. Olivier Adam met en scène un mec en perdition qui se fait casser la gueule par le mari de la femme qu’il a séduite, mais peut-être pour son bien. Enfin, chez Kaouther Adimi, un couple d’amoureux doit monter un projet fou pour pouvoir se marier.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce recueil, dont toutes les nouvelles m’ont plu, même si c’est à des degrés divers, ce qui est normal, et pas seulement lorsqu’il s’agit d’un sujet aussi intime que la séduction. Chaque auteur s’empare du thème et le traite dans l’univers qui lui est propre, et c’est tout l’intérêt de ce type de recueils : retrouver des plumes et des univers qu’on apprécie, en découvrir de nouveaux parce qu’on ne peut pas avoir lu tout le monde malheureusement (cela dit, il y en a peu que j’ai découverts dans ce recueil, seulement deux, Lola Lafon et Kaouther Adimi). Bien sûr j’ai mes nouvelles préférées : celle de Claudel, parce qu’elle tourne autour de quelque chose qui réellement me fait très très peur dans l’évolution de la société, celle de Jaenada qui m’a beaucoup fait rire par son autodérision et parce qu’on le retrouve totalement, et celle de Carole Martinez, qui est d’une grande délicatesse (et comme Carole Martinez publie peu, c’est un délice de la retrouver). Mais encore une fois, toutes m’ont plu, touchée, fait réfléchir, et ça c’est essentiel ! Et en prime, elles sont très joliment illustrées !

A découvrir absolument, sur la plage ou ailleurs !

Onze histoires de séduction
Le 1, 2018

Chanson de la ville silencieuse, d’Olivier Adam

Chanson de la ville silencieuse, d'Olivier AdamJe n’ai jamais bien su qui était mon père. Qui il était au fond. Pour me comprendre il me faudrait dresser l’anthologie des légendes. Y opérer un tri. Même si je ne suis pas certaine d’en être capable. Sa biographie regorge de faits, d’anecdotes que je ne suis pas plus à même que quiconque de valider ou d’infirmer. Il faudrait aussi me fier à ce que j’ai vu, ce que j’ai cru saisir — mais là non plus je ne suis sûre de rien. Et tenter d’assembler tout cela comme autant de points éparpillés, qui une fois reliés laisseraient apparaître une image. Qu’obtiendrais-je alors ? Rien sans doute. Des figures entremêlées. Des lignes contradictoires. Un puzzle impossible à reconstituer.

Retrouver Olivier Adam. Retrouver Lisbonne, mon adorée.

Dans les ruelles escarpées de la capitale lusitanienne, la narratrice cherche son père, un ancien chanteur à succès ayant mis un terme à sa carrière pour vivre en ermite avant de disparaître mystérieusement. Il est supposé mort, mais sa fille a des raisons de penser qu’il ne l’est pas. Alors elle le cherche, et se cherche, replonge dans les souvenirs d’une enfance particulière…

Débordant de mélancolie, ce roman ne pouvait finalement pas se dérouler ailleurs qu’à Lisbonne, ville de la saudade et de l’errance, dans laquelle la narratrice déambule à la recherche pas tant de son père que d’elle-même, plongeant et replongeant dans ses souvenirs kaléidoscopiques afin d’essayer de leur donner une cohérence. Mais s’il est question de filiation, d’amour, il est aussi question ici de création et d’authenticité de l’artiste : se perdre dans la célébrité et l’adulation, et se retrouver dans la solitude, retrouver la pureté et l’authenticité de l’art pour lui-même.

Un très très beau roman !

Chanson de la ville silencieuse
Olivier ADAM
Flammarion, 2018

Les Lisières, d’Olivier Adam

Sans titre

Tu n’es jamais là, disait toujours Sarah. Vivre avec toi c’est vivre avec un fantôme. Tu n’es jamais là. Jamais vraiment. Il faut toujours te répéter trois fois la même chose. La première pour que tu t’aperçoives de ta présence ici. La seconde de la nôtre. La troisième pour que tu écoutes pour de bon. Et encore. C’est épuisant à la fin. Un jour tu es dans tes livres. L’autre tu te perds dans la contemplation des étendues. Mais jamais tu n’es là, ici, avec nous.

C’est un des romans dont on parle le plus en ces temps de Rentrée Littéraire. Une sorte d’impératif qui ne laisse personne indifférent, et dont avant même de le lire j’aurais parié (et je ne suis pas la seule) qu’il aurait le Goncourt. Bon, de fait, je vais arrêter de prédire le Goncourt à Olivier Adam, parce que je dois lui porter la poisse. Du reste, j’ai décidé de me désintéresser totalement du prix Goncourt, ça sera meilleur pour mes nerfs. Bref donc, ce roman a beaucoup fait parler les critiques, certains comme mon mentor François Busnel l’ont adoré, d’autres comme Elisabeth Philippe des Inrocks ont détesté. Le mieux est donc de se faire une opinion par soi-même, sinon on ne s’y retrouve pas !

Si on devait faire le bilan de la vie de Paul Steiner, le narrateur, il ne serait pas brillant. Sa femme l’a quitté et chassé du Paradis qu’il croyait avoir enfin trouvé dans les Finistères, il l’aime encore, et ne voit plus ses enfants qu’un week-end sur deux, ce qui lui brise le coeur. Sa mère est à l’hôpital et il doit quitter la Bretagne pour la banlieue parisienne, où il a grandi mais ne s’est jamais senti chez lui. Si on ajoute à cela un terrain dépressif et une nette tendance à l’alcoolisme, non, vraiment, le bilan n’est pas brillant. Paul se sent aux lisières de sa propre existence, l’écriture même ne parvenant plus à le raccrocher au monde.

Le moins que l’on puisse dire des romans d’Olivier Adam, c’est qu’ils nous en mettent plein la gueule, si je puis m’exprimer ainsi. A vrai dire, cela donne envie de s’enfiler la boîte d’anxiolytiques, au moins. Ce n’est donc certainement pas de la littérature consolatrice (et on comprend donc pourquoi Busnel adore). Mais c’est imparable : j’aime. J’aime, parce qu’Olivier Adam crée toujours un écho assourdissant en moi, et dans ce roman plus que jamais. J’aime ce héros écorché vif, vivant à côté du monde et non dedans, absent à tout et à lui même, qui ne sait pas où est sa place, qui ne se sent chez lui nulle part. Sans doute par de nombreux côtés me ressemble-t-il beaucoup. Et ce mal-être existentiel, ce motif obsédant de l’absence à soi-même, le lecteur se le prend, nécessairement, de plein fouet, d’autant qu’il est intrinsèquement lié à une réflexion profonde sur l’écriture. L’écriture dans la vie du narrateur, en ce qu’elle est ce qui tend à le raccrocher au monde, à le lui rendre palpable et réel — mais, de fait, depuis qu’Elle n’est plus là, il ne parvient plus à écrire. Mais aussi, et surtout, l’écriture et l’entourage : face à ses parents, son frère, ses anciens amis, le narrateur se prend en pleine figure leur réaction négative devant ses oeuvres où il creuse ce que pourtant il a de plus intime ; et la culpabilité l’assaille : écrire lui fait du bien, mais fait du mal aux autres qui ne supportent pas l’image qu’il donne d’eux. Littérature geignarde, déprimante, accusatrice, que l’on rend coupable de tous les maux. Qu’a-t-il besoin de se plaindre toujours ainsi ? Et puis d’abord, pourquoi s’est-il toujours vautré avec complaisance dans la mélancolie et le refus du monde ? Asocial, notre narrateur est inapte au quotidien. Il n’est surtout pas fait pour le monde et sa médiocre matérialité, le travail, les banlieues, le RER, les meubles IKEA, il n’est pas fait pour le réel, sa vulgarité et ses compromis. Mais ce n’est pas une tare. Lui, il est fait pour « habiter poétiquement le monde », et ça, ce n’est pas rien ! Alors comment s’étonner qu’aux cités-dortoir il préfère la Bretagne et la mer, que là il a le sentiment d’avoir trouvé un lieu où il se sent chez lui, alors que pourtant il n’y a pas ses racines ? Chez soi, c’est le lieu que l’on s’est choisi !

Mais pourquoi est-il comme ça ? Cette question m’a beaucoup fait réfléchir, et je trouve finalement, et c’est mon seul bémol, que la question du secret familial est une ficelle un peu facile quand on a le talent d’Olivier Adam. Une ficelle un peu facile donc, pour expliquer certaines obsessions, le doute, le manque de quelque chose. A vrai dire, je ne sais pas trop, cela m’a évidemment beaucoup troublée (je ne peux pas en dire plus pour ne pas spoiler, mais c’est lié à un de mes propres thèmes obsédants, ceux qui ont lu le roman comprendront peut-être — et cela m’a d’autant plus perturbée que lorsque j’ai lu ce roman, je venais d’en terminer un dont la clé était la même). Disons que j’ai trouvé intéressante cette idée de pouvoir un jour trouver cette « clé » de soi, moi qui cherche tant la mienne : lorsqu’on prend conscience de quelque chose qui était jusque-là caché, on a l’impression que tout va se résoudre comme par miracle. J’ai souvent eu cette impression en écrivant mon roman, mais malheureusement le miracle n’a pas eu lieu. C’est la raison pour laquelle, sans doute, je ne suis pas entièrement convaincue par cet aspect, mais j’ai peut-être tort.

Reste que ce roman est magistral, du grand Olivier Adam, difficile, perturbant, mais en même temps lumineux ! Un gros coup de coeur ! A défaut de prix Goncourt, je lui décerne le prix de l’Irrégulière (qui a choisi ce nom aussi parce qu’elle-même se sent souvent complètement en marge du monde), ce dont il sera, je n’en doute pas, très flatté !

(comme vous le noterez, contrairement à beaucoup, je ne me suis pas trop intéressée à l’aspect « social » du roman. Tout le monde en a parlé, cet aspect est d’ailleurs intéressant, mais ce n’est pas par là que le roman m’a nourrie, donc je passe sous silence…)

Lu par Nathalie, Mimipinson, Antigone, Clara

challenge album

3/7

By Herisson

 

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Passer l’hiver, d’Olivier Adam

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Le ciel était mauve avec des traînées jaunes et roses. Des fois on se souvient de ce genre de chose même si ça ne sert à rien. C’est comme les immeubles en bas, les enseignes, le Stade de France qui brille au loin, ça me reste imprimé comme une photo mais au fond je crois que je n’ai jamais vraiment cru que des gens vivaient là. Je préférerais me souvenir de choses plus importantes comme la couleur des yeux de Léa ou le son de sa voix.

Alors, je ne sais pas si je vais pour ma part passer l’hiver, si je continue à lire des choses tristes comme ça. Je dois être masochiste, je ne vois que ça, parce que malgré la chape de plomb qui se déverse sur moi à chaque fois, je continue vaillamment ma découverte des oeuvres d’Olivier Adam, et le pire, c’est que j’apprécie vraiment. Après deux romans, Vents contraires et Le Coeur régulier, j’ai décidé de poursuivre avec ce petit recueil de nouvelles, bien de saison.

Le recueil nous propose des morceaux de vie de gens banals et ordinaires, qui ont tous en commun d’être au bord du gouffre, envahis par une solitude morale proprement effrayante. Un prof dépressif et alcoolique, marqué par la mort de Pialat. Une infirmière en néo-nat qui se souvient d’une nuit froide et neigeuse. Un chauffeur de taxi qui erre dans la nuit. Une employée de station service qui rend visite à sa mère le soir du réveillon du Nouvel an, avant d’aller travailler. Un homme qui pense à son chien mort alors que la tempête se déchaîne. Un homme qui sort de prison et revient vivre chez ses parents. Une femme seule au bureau le soir du 24 décembre. Un homme qui a le blues du dimanche soir. Une ado qui pense à son père en train de mourir.

Bon, rien que cette liste, qui n’est même pas un résumé, vous permettra de comprendre : tous ces êtres en détresse, ces couples qui se défont, c’est dur. Cela ne fait pas spécialement du bien de se prendre comme ça la détresse humaine dans la figure. C’est, comme je le disais en introduction, un pur plaisir masochiste (que je déconseillerais néanmoins aux vrais dépressifs parce que bon, ils n’ont pas besoin de ça). Masochiste, mais malgré tout, plaisir quand même : l’écriture est incisive, le style parfait, et le mérite de ces nouvelles est de permettre au lecteur de réfléchir à sa propre situation (qui a peu de chances d’être aussi catastrophique que celle des personnages/narrateurs), et finalement, donner un sursaut de vie, la volonté de regarder la vie du bon côté, malgré tout (c’est en tout cas ce que j’ai ressenti). Néanmoins, je crois que je préfère Olivier Adam en romancier qu’en novelliste, parce que ses personnages, malgré leurs défauts, on s’y attache, et une nouvelle, c’est trop court !

Des vents contraires, d’Olivier Adam

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La maison était comme un lieu neuf et sans mémoire. Elle ressemblait à ce que j’aurais voulu faire de mon cerveau : des murs blancs, des sols et des plafonds clairs, des fenêtres où entrait une lumière de verre.

C’est là ma deuxième rencontre avec Olivier Adam : ayant lu et apprécié son dernier roman, Le Coeur régulier, j’ai décidé de poursuivre ma découverte de cet auteur, et comme ce livre me faisait de l’oeil dans les rayons de mon supermarché, je l’ai pris, et j’ai bien fait !

Cela fait un an que Sarah a disparu, abandonnant derrière elle son mari, le narrateur, et ses deux enfants, qui doivent apprendre à vivre sans elle. Mais comment continuer à avancer et à vivre lorsque tant de questions restent sans réponses, et notamment celle de savoir si la jeune femme est toujours vivante ? Le narrateur, pour ne pas continuer à sombrer, choisit de changer de vie et de partir s’installer avec les enfants au bord de la mer, là où il a passé son enfance et où recommencer une nouvelle vie lui semble possible…

Alors, c’est sombre, très sombre, et quelque chose me dit que c’est assez général chez Olivier Adam. Pourtant, j’ai adoré, c’est une seconde rencontre réussie avec cet auteur qui je pense va devenir l’un de mes écrivains contemporains préférés. Le style est parfait, l’histoire est émouvante, sombre je l’ai dit mais illuminée par quelques passages particulièrement touchants où on accède presque au bonheur absolu, lorsque le narrateur joue avec ses enfants. J’ai aimé cet homme brisé, qui n’a plus le goût de rien, qui part à la dérive, j’ai aimé son amour pour ses enfants qui sont tout ce qu’il a, j’ai aimé les passages où il parle de sa femme, les doutes qui l’assaillent sur les raisons de sa disparition, le fait qu’il l’absolve à l’avance au cas où elle reviendrait… vraiment, malgré la noirceur, ce roman m’a touchée, émue, bouleversée même, donc je ne peux que le conseiller, et je vous annonce d’ores et déjà qu’un prochain Olivier Adam sera bientôt dans ma PAL…

Le coeur régulier, d’Olivier Adam

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Depuis si longtemps je m’y attendais. Il y avait si longtemps que ça me réveillait la nuit. Si longtemps que je m’en tenais pour responsable. Je n’avais pas été là pour lui. Pas assez en tout cas. Et ces derniers mois moins que jamais.

Hier a été dévoilée la deuxième sélection pour le prix Goncourt et c’est avec plaisir que j’ai appris que le dernier roman d’Olivier Adam était toujours en lice. Depuis le début, avant même de l’avoir lu, mon intuition me dit que c’est lui qui sera primé (on verra dans un mois si je peux ranger ma boule de cristal dans un carton ou pas), et maintenant que je l’ai lu, avec un réel bonheur, j’en suis plus que jamais convaincue, car nous avons là un magnifique roman, qui m’a beaucoup touchée et interpellée, même s’il parle des relations entre frère et soeur, et que je n’ai ni l’un ni l’autre.

Nathan vient de mourir. Accident ? Suicide ? Sa soeur Sarah se pose la question, mais penche plutôt pour la deuxième hypothèse. Parce que Nathan était un écorché vif, toujours sur le bord du fil, et elle ressent une culpabilité immense de ne pas l’avoir soutenu comme il en avait besoin, trop enfermée dans son petit confort quotidien. Alors elle part, pour chercher à comprendre. Elle part au Japon, dans une petite station balnéaire où chaque jour des gens se jettent du haut des falaises, et où Natsume, un ancien policier qui en avait assez de ramasser des cadavres, cherche à les sauver et à leur redonner goût à la vie. C’est là-bas que Nathan prétendait avoir retrouvé la paix, et Sarah cherche à comprendre, à suivre ses traces, et chemin faisant elle s’interroge sur sa propre vie. Sur cette relation gémellaire et fusionnelle qui l’unissait à Nathan. Sur l’impression qu’elle a de s’être trompée de voie, de vie. Nathan disait que « vu de loin, on ne voit rien ». Au contraire, Sarah a l’impression que c’est en partant qu’elle arrivera le mieux à démêler les fils de son existence : « vu de près, pris dans le cours de la vie ordinaire, on ne voit rien de sa propre vie. Pour la saisir il faut s’en extraire, exécuter un léger pas de côté ».

Alors c’est un roman assez dur, l’atmosphère en est quasi étouffante, et j’avoue que je n’ai pas pu le lire d’une traite comme je le fais habituellement : j’ai eu besoin de m’en extraire, par moments, pour laisser décanter, pour « digérer ». Mais il reste que j’ai vraiment beaucoup apprécié, à la fois l’histoire, véritable coup de poing, et l’écriture, qui colle parfaitement au sujet. Bon j’avoue que j’ai aussi été marquée par le retour lancinant d’un mot, qui pour certaines raisons me fait signe, et j’ai trouvé la coïncidence très forte, mais ce n’est pas l’essentiel. Nous avons là un très très beau roman, que je conseille vraiment…