Les livres qui disparaissent

je ne sais pas si je suis la seule à qui ça arrive, mais il se trouve que, parfois, mes livres disparaissent. Des livres que je suis absolument certaine de ne pas avoir prêtés.

C’est ce qui m’est arrivé avec Comme par magie d’Elizabeth Gilbert : je l’avais lu il y a quelques mois et depuis impossible de remettre la main dessus. J’avais d’ailleurs mentionné cette mystérieuse disparition dans mon article sur les meilleurs livres pour développer sa créativité. Au début, je ne me suis pas trop inquiétée, cela m’arrive régulièrement de mettre un livre sur un mauvais rayonnage, je finis par retomber dessus. Mais celui-là, j’en avais besoin, j’avais envie de le relire, alors J’ai vidé toute ma bibliothèque (plusieurs fois, dont une pour faire mon arc-en-ciel), fait appel à saint Antoine de Padoue, sainte Rita et le pendule mais làs : il s’est très bien caché. Disparu « comme par magie ».

J’ai résisté longtemps avant de le racheter : d’abord parce qu’économiquement c’est un peu idiot, ensuite parce que je suis têtue, mais surtout j’avais pris beaucoup de notes au fur et à mesure de ma lecture, et je voulais aussi ces notes. Mais j’en avais vraiment besoin. Donc je l’ai racheté. Avec la certitude que l’exemplaire original sortira bientôt de sa cachette, évidemment (pour l’instant il ne l’a pas fait, mais je garde espoir) !

Un autre m’a fait ce coup-là, de disparaître : Le Paradoxe amoureux, de Pascal Bruckner, une merveille que je cherche depuis que j’ai commencé à écrire le Truc, ce qui ne nous rajeunit pas puisque j’en suis au tome 2 (et j’espère bientôt au tome 3) et que j’ai commencé en décembre 2017. Et pareil : je veux mes notes. Et puis tout de même, je n’aime pas trop ce mystère.

Et chez vous, il y a des livres qui ont mystérieusement disparu comme ça ?

Ce qui reste de la nuit, d’Ersi Sotiropoulos

Ce qui reste de la nuitLa question est : qui peut écrire la meilleure poésie, songea-t-il, lui-même ou l’autre ? Lui-même, à la vie rangée, penché sur son bureau, timoré, l’esprit bombardé de désirs et des plus ardents fantasmes, fantasmes qu’il n’assouvira jamais et il le sait bien ? Ou l’autre qui se rue sur la vie sans aucune limite, qui provoque la vie en duel comme un gladiateur fou, sans crainte pour son existence, jouant à pile ou face jusqu’à sa propre perte ? Lequel des deux deviendra-t-il le meilleur poète ?

Constantin Cavafy a très brièvement fait partie de mon corpus de thèse, mais pour diverses raisons il a fini par en être expulsé ; néanmoins, j’avais aimé découvrir ses poèmes, et j’étais donc très curieuse de lire cette exofiction qui le met en scène dans sa jeunesse, à un moment charnière. D’autant plus curieuse que cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas intéressée à la littérature grecque.

Après un mois et demi passé en Europe, Constantin Cavafy et son frère passent leurs trois derniers jours à Paris. Tous deux sont poètes, mais c’est Constantin qui s’interroge le plus sur la création, mais aussi sur lui. Ces trois jours, marqués par des rencontres et des expériences fondatrices, seront le catalyseur de toute son oeuvre à venir, laissant naître le Poète qui était encore caché au fond de lui.

Sur un mode fantasmatique et hallucinatoire, Ce qui reste de la nuit interroge la création poétique. Cavafy n’est pas si jeune, mais c’est pourtant bien à un roman initiatique que nous avons affaire — initiatique au sens sacré et mystique : une mystérieuse société secrète, des guides, des récits dont on ne sait pas bien quelle est la part de vérité, des scènes d’une sensualité débordante. Paris apparaît ici comme une sorte d’avatar de l’Enfer de Dante, dans lequel on circule, se perd, apprend. A moins que ce ne soit une réminiscence des Enfers grecs et des Mystères d’Eleusis. Mais c’est aux Mystères poétiques que Cavafy est initié, et les différents moments du roman constitueront autant d’épreuves sur son chemin, la plus dure étant celle de se trouver soi — et de s’accepter : écrasé par les figures des grands poètes et par les mots lapidaires de l’un d’eux (Moreas, présent partout, visible nulle part) sur son travail, il doit chercher sa voix ; il doit aussi apprendre à composer avec sa mélancolie baudelairienne, son désir d’idéal à la fois charnel et littéraire, son sentiment d’être un albatros exilé sur terre, lui qui est déjà un Grec d’Alexandrie exilé de Constantinople ; enfin, il doit apprendre à accepter son désir pour les hommes, pour leur corps, pour leur peau…

Sensuel, charnel et profond, ce roman parvient par moments à rendre par son rythme la scansion du vers grec, pour mieux nous entraîner dans les errances d’un des plus grands poètes de l’histoire de la littérature mondiale ! A ne pas manquer !

Ce qui reste de la nuit
Ersi SOTIROPOULOS
Traduit du grec par Gilles Decorvet (avec la participation de l’auteur)
Stock, la Cosmopolite, 2016

challenge12016br10% Rentrée Littéraire 2016 – 24/60
By Lea et Herisson

Le nouveau dictionnaire de l’impossible, de Didier van Cauwelaert

Nouveau dictionnaire de l'impossibleMais mon but n’est pas tant de dresser ici le catalogue de faits et gestes incroyables, que de chercher entre eux un lien, une résonance, un sens commun. Car ce qui nous dépasse n’est pas là pour nous rabaisser, mais pour nous aider à grandir. A percevoir comment fonctionne le monde, à comprendre qui nous sommes et ce que nous pouvons devenir.

Certains se sont étonnés que je ne parle pas de ce nouveau volume du Dictionnaire de l’impossible. Oui, mais bon, il faut tout de même me laisser le temps, c’est un gros volume, même s’il se lit facilement et avec gourmandise !

On reprend le même principe que la dernière fois. De A (Abeille tueuse) à Z (Zèle), Cauwelaert passe en revue des phénomènes un peu étranges, des coïncidences exagérées, des anecdotes surprenantes, afin de compléter le travail déjà effectué dans le tome 1, auquel de nombreux renvois sont faits, d’autant que beaucoup d’articles sont issus de réactions de lecteurs au premier volume : « moi aussi il m’est arrivé un truc dans ce genre », « pourquoi vous n’avez pas parlé de ça », « cela m’a fait penser à ». Il y a également beaucoup plus (me semble-t-il) d’anecdotes personnelles, comme si l’accueil enthousiaste réservé au tome 1 avait décomplexé l’auteur.

Le parti-pris est celui du scepticisme ouvert : ne pas tout prendre pour argent comptant, chercher la faille, se faire parfois l’avocat du Diable, sans pour autant vouloir à tout prix trouver une explication « rationnelle » à tout, car parfois l’explication purement rationnelle ne tient tout simplement pas. Et c’est toute une nouvelle manière de voir le monde qui s’ouvre à nous : les signes, les hasards, les coïncidences, en s’appuyant souvent sur la théorie de la synchronicité de Jung, fonctionnent un peu comme des panneaux indicateurs pour ne pas perdre notre route de vue. Il y en a d’ailleurs beaucoup dans la mienne (dans la sienne aussi) et je trouve cela vraiment fascinant). Pour peu que comme l’auteur on accepte sans juger qu’il y a des choses que l’on ne peut pas expliquer, l’impossible ouvre des portes et met une touche de magie et de poésie dans le quotidien, totalement fascinante pour un écrivain (les artistes étant souvent les plus sensibles à l’inexpliqué).

Un ouvrage passionnant, souvent très drôle, qui permet de voir le monde d’une autre façon. Je recommande chaudement évidemment, d’autant que c’est parfait pour l’été : ça fait des sujets de conversation à l’heure de l’apéro.

Nouveau dictionnaire de l’impossible
Didier van CAUWELAERT
Plon, 2015

Les aventuriers de l’impossible, de Jacques Pradel et Didier van Cauwelaert

aventuriers de l'impossible

Je vous en ai déjà parlé dans mon dernier bloc note : tous les après-midi de l’été, sur RTL, Didier van Cauwelaert et Jacques Pradel se penchent sur, pour aller vite, les phénomènes inexpliqués. Basée sur le Dictionnaire de l’impossible, l’émission aborde des mystères aussi divers que les guérisons de Lourdes, les maisons hantées, les pouvoirs de la pensée, l’intelligence des végétaux, la télépathie, les zombies, Yvonne Aimée ou les écrivains visionnaires.

Evidemment, ce sont des sujets qui me fascinent et m’interrogent, et les podcasts de cette émission sont de ceux qui m’ont accompagnée à Londres. Quel que soit son degré de scepticisme devant les phénomènes évoqués, je pense que chacun pourra trouver de quoi apprendre et réfléchir, et peut-être douter devant tant de choses qui nous dépassent. Et ayant moi-même eu à faire face de nombreuses fois à des événements peu vraisemblables et pourtant bien réels, j’ai été totalement happée, d’autant que le talent de conteur de Cauwelaert passe merveilleusement à l’oral (cet homme sait décidément tout faire…). Quant à Jacques Pradel, je me méfiait un peu, attendu que son émission Mystères m’a traumatisée quand j’étais plus jeune (je me souviens encore avec effroi d’un épisode avec des pommes qui volaient dans l’escalier… depuis, j’ai confiance limitée dans les pommes !), mais il est très bien !

Une émission donc à la fois divertissante et instructive, très grand public, souvent drôle, qui pose beaucoup de question mais, loin de tout dogmatisme, n’apporte pas de réponses toutes faites, parfaite pour l’été donc !

Les aventuriers de l’impossible
RTL
Tous les jours à 14h

Pourquoi la chemise blanche attire les taches et autres petits mystères de la vie

Art nouveau

Dans la vie, il y a les grands mystères : l’amour, la mort, Dieu, mon ex…

Et puis, il y a les petits mystères, dont la résolution n’est pas fondamentale mais tout de même.

Prenons le cas de la chemise blanche. Avez-vous remarqué que, dès qu’on porte une chemise blanche (ou une robe blanche), on se retrouve à renverser son café (ce qui n’arrive jamais en temps normal) ou à manger un plat plein de sauce dégoulinante ? A croire que les taches repèrent la chemise blanche et lui sautent dessus à dessein pour nous rendre ridicule. Surtout si, bien sûr, on a un rendez-vous après…

Il y a aussi le mystère des chaussettes orphelines. Que j’ai résolu en n’achetant plus que des chaussettes absolument identiques. Mais je me demande tout de même où sont passées les sœurs jumelles des 20 chaussettes qui se retrouvent esseulées dans mon tiroir.

N’oublions pas la bouteille de gaz qui se termine le dimanche à midi. Jamais le samedi, quand tout est ouvert pour la changer. Non, le dimanche, lorsque tout est fermé et que vous venez de lancer votre risotto.

La petite robe qui est en promo le lendemain du jour où vous l’avez achetée. Valable aussi pour les chaussures. Et les sacs à main.

Quant au fait que quelques agents de la SNCF décident de paralyser la France entière pile quand vous devez faire un déplacement vital, impossible à annuler ou reporter, et pour lequel tout retard même de cinq minutes pourrait avoir des conséquences fatales, c’est au-delà de toute compréhension.

Il paraît qu’on appelle ça la loi de l’emmerdement maximum (LEM) ou loi de la vexation universelle ou loi de Murphy : « Anything that can go wrong, will go wrong ».