Papier glacé. Un siècle de photographie de mode chez Condé-Nast, au musée Galliera

38617c1122106967c027c7f709d09d00Malgré la légère déception que m’avait occasionné l’exposition consacrée à Alaïa, je ne pouvais décemment pas passer à côté de cette exhibition consacrée à la photographie dans les magazines de mode : ces magazines, je les collectionne (j’en ai qui datent du début du XXème siècle auxquels je tiens évidemment beaucoup), et j’ai une affection particulière pour les luxueuses publications Condé-Nast, Vogue et Vanity Fair en tête.

Cette exposition puise dans les archives de Condé Nast New York, Paris, Milan et Londres, pour réunir cent cinquante tirages, pour la plupart originaux, des plus grands photographes de mode de 1918 à nos jours : Edward Steichen, George Hoyningen-Huene, Horst P. Horst, Cecil Beaton, Erwin Blumenfeld, Irving Penn, Guy Bourdin, William Klein, David Bailey, Helmut Newton, Bruce Weber, Peter Lindbergh, Steven Meisel, Inez van Lamsweerde & Vinoodh, Matadin, Miles Aldridge, Mario Testino… autant de noms qui font rêver les amatrices de clichés chics et glamour, mais aussi plus généralement les amateurs de photographie : les clichés proposés sont, plus que de simples photographies de mode, de véritables oeuvres d’art.

L’exposition est organisée de manière thématique : décors ( les photographes soulignent l’idée que la mode est synonyme de luxe en faisant poser les mannequins dans des intérieurs richement aménagés ou le cadre d’architectures classiques), fictions ( séduire le lecteur en le faisant pénétrer dans un univers onirique, résultats de mises en scène soignées), extérieur rue, silhouettes, natures mortes, éloge du corps, portraits. Cette organisation souligne les filiations, les influences et l’émulation entre les photographes. Sous vitrine, les vêtements issus des collections du Palais Galliera font écho aux images. Dans les salons de lecture, les magazines exposés et les écrans permettent de « feuilleter » les sujets marquants d’un siècle de publication, notamment en mettant en valeur la construction des séries. Enfin, la projection de films récents, aujourd’hui diffusés sur Internet et constituant le making of des séries, témoigne du futur possible de la photographie, au-delà du papier glacé.

C’est une exposition vraiment passionnante, dans laquelle j’ai pris un plaisir fou à circuler et à rêver, grâce à une scénographie claire et aérée. J’ai en outre eu la chance de tomber, au détour d’une vitrine, sur Olivier Saillard himself, qui effectuait une visite guidée de l’exposition à un journaliste de radio. Comme je suis une fille bien élevée, je n’ai pas osé aller lui parler, ni même le suivre à la trace (je n’ai pas fait d’études de filature discrète), mais j’ai néanmoins tendu l’oreille pour écouter ses explications éclairantes.

Une très belle exposition, à ne pas manquer !

Papier glacé. Un siècle de photographie de mode chez Condé-Nast
Commissariat : Nathalie Herschdorfer et Sylvie Lécallier
Scénographie : Julie Boidin
Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris
10, av. Pierre Ier de Serbie 75116 Paris
Jusqu’au 25 mai

 

Alaïa, au Palais Galliera

10571585065_c7ebb74dd1_oCela faisait trois ans que le Palais Galliera était en travaux et qu’il manquait à tous les passionnés de mode comme moi. Evidemment, pour nous faire patienter, il y avait eu les expositions « hors les murs », et notamment le sublime Madame Grès au musée Bourdelle ou Le Corps de la mode à la cité de la mode et du design. Mais voilà, ce n’était pas pareil, parce que, Galliera, ce n’est pas seulement des expositions consacrée à la mode, c’est aussi une ambiance, un lieu : un magnifique palais fin XIXème, des mosaïques, des boiseries, un jardin, dans le quartier le plus chic de la capitale. C’est donc avec beaucoup d’impatience que j’attendais cette réouverture, et beaucoup d’enthousiasme que je me suis rendue à l’exposition consacrée à Alaïa.

Alaïa, c’est un génie de la forme qui sculpte le corps féminin. Ce qui saute aux yeux, c’est la fluidité d’oeuvres qui collent au corps comme une seconde peau.

Mais malheureusement, j’ai été déçue par cette exposition. Evidemment, les modèles exposés sont absolument extraordinaires, mais j’ai trouvé que ça manquait de chair : j’aurais voulu, en sus des modèles, des vidéo, des photos les montrant sur des vrais corps, par sur des mannequins. Mais ce qui m’a surtout ennuyée, c’est la scénographie : les robes sont installées à la queue-leu-leu dans un espace somme toute réduit ; elles ne sont pas sous verre, comme souvent, ce qui est un bon point, et on devrait donc pouvoir en saisir toute la vie, mais elles sont trop proches les unes des autres, on ne peut pas tourner autour, et surtout, on ne peut même pas les approcher en fait car dès qu’il y a du monde, cela rend les choses plus difficiles, surtout lorsque ce monde est en partie constitué d’étudiants sans doute en mode qui restent plantés devant les oeuvres pour en faire des croquis, empêchant ainsi tout les autres d’approcher, de regarder et de lire les cartouches d’Olivier Saillard dont il paraît pourtant qu’ils sont extrêmement bien faits*.

L’exposition se termine en face, au Musée d’Art moderne, dans la salle Matisse, et c’est finalement la seule partie de l’exposition que j’ai trouvée agréable à visiter, parce qu’il y a de l’espace, les robes ne sont pas collées les unes aux autres et on peut en faire le tour !

Alaïa
Commissariat : Olivier Saillard
Scénographie : Martin Szekely
Palais Galliera
Jusqu’au 26 janvier 2014

* Ce n’est pas la première fois que j’ai ce problème dans les expositions consacrées à la mode. Peut-être serait-il judicieux de réserver des plages horaires pour les étudiants, et d’interdire la pratique du croquis le reste du temps ?