Les vies non vécues

La semaine dernière, je suis tombée sur un article parlant du saut quantique, mais dans un sens différent de celui où j’utilise d’habitude cette expression : pour moi, le saut quantique, c’est lorsque des événements prévus arrivent plus vite qu’on ne le pensait. Ici, il s’agit de la possibilité, grâce à la méditation, de « sauter » dans d’autres dimensions, où notre vie serait autre. Et parfaite, idéale, selon ce que disent certains.

Alors bien sûr, le truc est perché, et repose sur la croyance que tout est possible et que nous pouvons devenir ce que nous désirons, il suffit d’ouvrir la bonne porte (on passera sur la possibilité pure et simple d’ouvrir ces portes, ce n’est pas le sujet). Je veux bien croire qu’il soit possible que l’humanité ait pris un tout autre chemin de développement et qu’il existe des réalités totalement différentes de celle que nous connaissons, par contre je vois mal comment il pourrait exister des réalités alternatives où on peut voler. Puisque les réalités alternatives naissent de nos choix. Et je crois aussi qu’ils sont dans la projection et construction d’une vie idéale, et non dans l’exploration de ce qui aurait pu être. Et ce n’est pas la même chose.

Il n’empêche que cet article m’a, une nouvelle fois, plongée dans des abîmes de perplexité métaphysique et existentielle sur ce sujet, qui est un de mes intérêts constants : quelles sont ces vies non vécues mais que j’aurais potentiellement pu vivre ? Qu’est-ce que j’y fais ? Comment je me sens ?

Mais surtout : est-ce que ça serait toujours moi ? Et là, la réponse est probablement non. Puisque si j’avais fait d’autres choix, il y a des expériences que je n’aurais pas vécues, d’autres que j’aurais vécues, et nos expériences façonnent la personne que nous sommes. Peut-être qu’à cet instant, dans ces autres vies, je m’interroge sur le même sujet, à partir d’autres données, parce qu’il y a, tout de même un noyau dur, qui reste. Et je ne crois pas qu’il existe un moi, quelque part, qui n’écrit pas.

Par curiosité, j’irais bien explorer tout ça, toutes ces vies non vécues mais qui auraient pu être. Et vous ?

Se souvenir du futur, de Romuald Leterrier et Jocelin Morisson : guider son avenir par les synchronicités

Ce livre va parler de « synchronicités », de « rétrocausalité », d’ « archétypes », de « conscience », dans différents contextes — chamanique, psychologique, physique, spirituel — et explorer les voies conduisant à la maîtrise de son existence, dont le pouvoir transformateur est colossal, à la fois pour l’individu et pour la société dans laquelle il évolue. Ces notions peuvent sembler complexes, voire ésotériques pour certaines d’entre elles, aussi rien ne vaut l’illustration par l’exemple afin d’y plonger directement, en sachant que si l’eau peut paraître fraîche au début, il se révèle rapidement qu’en réalité « elle est bonne ». 

Avec un titre pareil, on pourrait croire que nous sommes ici chez Pierre Bayard ou chez Didier van Cauwelaert : ce n’est pas tout à fait le cas, même si l’on retrouve des choses communes. En réalité, nous avons là un ouvrage tout ce qu’il y a de plus scientifique même s’il s’aventure parfois du côté du chamanisme, et qui s’appuie sur la théorie des multivers quantiques (qui n’est pas exactement la même choses que les réalités alternatives, attention) pour parler des synchronicités (sujet dont vous savez combien elles me fascinent) et de la possibilité de s’en servir pour gouverner sa vie.

L’idée de départ est que le futur existe déjà, à l’état potentiel, et qu’il nous attend gentiment en nous envoyant des messages pour nous guider vers lui sans trop nous perdre : un peu comme quand on fait une randonnée, le chemin ne se crée pas au fur et à mesure où on avance, il est déjà là ; sauf qu’il existe plusieurs chemins, un qui est « balisé » est qui est le plus probablement celui que nous allons suivre, mais après tout nous pouvons aussi en suivre un autre (par inattention ou de manière délibérée) qui nous conduira au même endroit, ou ailleurs. Je simplifie un peu mais ça aide à comprendre. La théorie de certains physiciens est en effet que le temps n’est pas linéaire, que notre futur existe déjà et qu’il influence notre présent, mais qu’il n’est pas figé. C’est ce que les auteurs vont nous expliquer, en faisant un détour par le chamanisme, puis en expliquant la double causalité (dans un chapitre très théorique et technique) pour voir comment l’intention peut maîtriser le hasard, qu’est-ce que la conscience rétrocausale, comment naviguer dans l’espace-temps à l’aide de la conscience, comment créer volontairement des synchronicités et pourquoi le faire, quel est le sens de l’évolution des espèces, et quelle utilisation thérapeutique on peut faire de tout ça.

Inutile de vous dire que tout cela m’a totalement passionnée, même si l’ouvrage se révèle parfois assez ardu (pour le dire autrement : il y a certains passages qui m’ont laissée sur le bord du chemin, mais j’ai réussi à me retrouver). Cela oblige bien évidemment à un pas de côté et l’on retrouve beaucoup de « trucs » cauwelaertiens au passage : le chamanisme, la science des rêves, la physique quantique, les plantes, l’épigénétique, et tout ce qui tourne autour de Jung, les archétypes, l’Unus Mundus… et bien sûr, puisque c’est le sujet de l’ouvrage, les synchronicités, avec un très beau double exemple au début où les auteurs, en train de travailler sur le concept et notamment sur l’exemple-type, celui du scarabée, sont tous les deux, au même moment mais à des centaines de kilomètres de distance, visités par un scarabée doré. Ce qui est encore plus rigolo, c’est que moi-même, au moment où je lisais ce livre, alors que je n’en avais jamais vu, j’ai trouvé un scarabée sur mon balcon. Fascinant non ?

Bref, un essai qui m’a passionnée (même si, niveau application pratique, toutes mes tentatives ne sont guère concluantes) et m’a donné plein d’idées sur le plan littéraires. D’ailleurs, j’ai beaucoup pensé à Paul Auster, lui-même fasciné par les synchronicités et les chemins qui bifurquent

Se souvenir du futur
Romuald LETERRIER et Jocelin MORISSON
Guy Trénadiel, 2019

The OA, de Brit Marling et Zal Batmanglij

The O. A, de Brit Marling et Zal BatmanglijNous sommes tous morts plus de fois que je ne saurais le dire…

Je continue mon rattrapage des séries qu’il fallait absolument voir cette année sur Netflix.

Après avoir disparu pendant 7 ans, une jeune femme aveugle, Prairie, réapparaît et saute d’un pont. Et ce n’est pas le seul mystère qui entoure son retour : elle a également recouvré la vue. Néanmoins, à ses parents comme au FBI, elle refuse de dire ce qui s’est passé. Si elle le raconte, en se faisant appeler OA, c’est à un groupe de cinq personne qu’elle a choisies, et pour une raison bien précise…

Au premier abord, on pourrait croire à une classique série de Science Fiction type Les 4400, avec enlèvement par les extra-terrestres et tout. Mais que nenni ! Nous avons là une série très originale, qui mêle assez habilement différentes mythologies, angélologie, expériences de mort imminente et théorie des multivers. Après, difficile d’en dire plus sans divulgâcher* : la série est très complexe aussi bien dans sa signification (une multitude de théories circulent et si certaines ne me convainquent pas du tout, d’autres me laissent assez pensive) que dans sa construction qui fait alterner le présent et le passé (ou ce qui semble l’être). Et le final est proprement stupéfiant.

Juste un mot tout de même : le bonheur de voir apparaître Jason Isaacs, qui joue ici à nouveau un méchant, sorte d’avatar de Lucifer (ce qui ne le change pas beaucoup : Lucius et Lucifer c’est la même base étymologique et mon interprétation du personnage va bien dans ce sens). J’avoue qu’à ma grande honte, quoiqu’il joue, cet homme me donne de furieuses envies de luxure…

Bref : une série très riche, qui pose de nombreuses question : à voir !

The OA
Brit MARLING et Zal BATMANGLIJ
Netflix, 2016 – (en cours de production)

* J’adore ce mot : autant je suis souvent sceptique sur les trouvailles des québécois pour éviter les anglicismes, autant celui-là, je l’adopte avec joie !