Cultiver l’émerveillement

Je me suis rendu compte récemment que malgré le contexte qui y invite peu, parmi les mots que je prononce beaucoup en ce moment, il y a merveilleux et émerveillant. Ce dernier est d’ailleurs peu souvent utilisé, mais je le préfère car il met l’accent sur le sujet, ou plus exactement sur l’émotion qui se crée. Et là est le point : ce que je veux développer, c’est cette faculté à l’émerveillement, même devant ce qui n’est pas toujours merveilleux en soi.

S’émerveiller : éprouver un sentiment d’admiration, d’étonnement pour quelque chose ou quelqu’un. A l’origine, il y a mirabilia, miracle, chose qui a un caractère étrange, extraordinaire, surnaturel.

L’écrivain est une sorte de voyant émerveillé, a écrit André-Pierre de Mandiargues. Mais c’est aussi l’enfant, qui s’émerveille de tout. L‘enfant intérieur ? Oui. Et être capable de s’émerveiller des petites choses, en être reconnaissant, c’est un des secrets pour tenir bon en ce moment.

Alors, s’émerveiller de l’oiseau qui se pose sur la fenêtre, d’un livre, du bouquet composé juste pour moi par ma fleuriste, d’un sourire. De réussir les crêpes. De sentir mon cœur battre et s’ouvrir aux dimensions du monde. Des fleurs qui éclosent dans le jardin et leur dire bonjour quand je passe devant. De la lumière du matin sur la Loire. D’un caillou en forme de cœur. De la manière dont les couleurs se diffusent sur le papier quand je peins. Et m’émerveiller aussi des signes, des synchronicités qui, si on sait les regarder, donnent sa densité au monde.

Et je sais que ça fait partie de ma mission de vie : cultiver l’émerveillement et le partager. Que ça fait partie de mes valeurs, et de ce qui me guide au quotidien.

Et vous, qu’est-ce qui vous émerveille ?

Fantastic Beasts and where to find them (Les Animaux fantastiques), de David Yates

Fantastic BeastsMy philosophy is if you worry, you suffer twice.

Que j’étais impatiente que ce film soit enfin disponible en VOD ! Envie de me replonger dans le monde de la sorcellerie, même sans Harry, Hermione et Ron. Même, sans Lucius.

Il ne s’agit pas vraiment d’une prequelle, mais plutôt d’un spin off, d’une extension du monde des sorciers, délocalisée à New-York, même si l’on retrouve mentionnés certains personnages et éléments de la saga originelle (Dumbledore, Poudlard ou Gellert Grindelwald) et que Norbert Dragonneau n’est pas un inconnu, puisqu’il est l’auteur du manuel sur les créatures magiques que les élèves utilisent à l’école.

1926. Norbert Dragonneau arrive à New-York, dans le but de se rendre en Arizona pour relâcher une créature magique, un oiseau-tonnerre, dans son milieu d’origine. Mais ce n’est pas vraiment le bon moment : des phénomènes étranges terrorisent les non-maj (comme on appelle les moldus en Amériques) et les sorciers ne savent pas trop s’il s’agit d’un retour de Grindelwald, disparu depuis deux ans, ou d’une créature magique. C’est d’autant plus ennuyeux qu’une secte de fanatiques voulant éradiquer les sorciers sévit à New-York. Aussi, lorsque Norbert laisse échapper de sa valise son niffleur et que suite à un imbroglio il révèle l’existence du monde magique à un non maj, c’est la catastrophe !

Quel bonheur ! Ce film est un petit bonbon, très drôle et léger, plein de jolies inventions : je ne sais vraiment pas où J.K Rowling va chercher tout ça, mais son imagination est proprement stupéfiante. Le tour de force, ici, est d’arriver à reprendre les bases du monde magique que l’on connaît, et de créer quelque chose de totalement nouveau : le monde magique aux Etats-Unis, ses règles et son organisation, sont quelque peu différentes de celles de l’Angleterre, notamment vis-à-vis des non-maj, ce qui donne vraiment une impression de nouveauté. Pour le reste, on retrouve des éléments communs, notamment la question de la magie noire, et l’opposition entre sorciers et moldus : d’un côtés, les sorciers extrémistes qui pensent que la loi du secret magique est une entrave à leur liberté et qu’elle ne vise qu’à protéger les moldus, qui ne le méritent pas, et qu’au contraire il faudrait leur révéler l’existence des sorciers afin de les dominer ; de l’autre, les moldus qui savent quand même que les sorciers existent, et qui veulent les éradiquer. On connaît J. K Rowling, rien n’est gratuit : chasse aux moldus, chasse aux sorcières, les extrémismes sont toujours mauvais.

Un film divertissant, très spectaculaire, aux personnages attachants, qui ravira petits et grands !

Fantastic Beasts and where to find them (Les Animaux fantastiques)
David YATES (sur un scénario de J.K. ROWLING)
2016

Alice through the looking glass (Alice de l’autre côté du miroir) de James Bobin

Alice The only way to achieve the impossible is to believe it is possible.

J’avais adoré le Alice in wonderland de Tim Burton ; j’en avais d’ailleurs parlé, mais l’article s’est visiblement perdu dans le transfert d’Overblog à WordPress. Tant pis. Toujours est-il que j’avais évidemment très envie de voir cette suite qui, bien que réalisée par James Bobin, reprend l’univers et les acteurs du film de Burton, qui d’ailleurs le produit. On reste donc en famille.

Alice a parcouru les mers pendant trois ans. De retour à Londres et mise en difficultés par Amish, qui n’a toujours pas digéré qu’elle ait refusé de l’épouser, elle rejoint le Pays des Merveilles en traversant un miroir, guidée par Absolem venu la chercher. C’est que tout le monde l’attend, pensant qu’elle est la seule à pouvoir sortir le chapelier fou de la profonde dépression dans laquelle il est plongé.

Visuellement, c’est un émerveillement constant : les couleurs éclatent, les costumes sont d’une beauté à couper le souffle, et on n’a qu’une envie : passer à son tour de l’autre côté du miroir, où nous attendent des personnages extraordinaires, incarnés par des acteurs absolument fabuleux. Certaines scènes sont tout simplement à couper le souffle (en 3D, cela devait être une drôle d’expérience). Néanmoins, j’ai quelques réserves sur l’histoire elle-même, dans laquelle on perd complètement ce pauvre Lewis Caroll au profit, encore une fois, d’une réflexion sur le temps et la possibilité (ou non) de le changer : il me semble qu’il y a tout de même mieux à faire avec l’univers merveilleux d’Alice qu’un banal voyage dans le temps, fût-il en compagnie du Temps lui-même, formidable Sacha Baron-Cohen au passage . Cela manque d’onirisme et de merveilleux, au profit d’un fantastique qui pourrait tout à fait se passer ailleurs qu’au Pays des Merveilles. L’ensemble est un peu trop plein de bons sentiments (même la Reine Rouge), finalement peu original, et manque, tout de même, d’envergure.

Cela reste évidemment un superbe film, qui sera parfait pour les soirées en famille de la période de Noël à venir. Mais certainement pas un film inoubliable !

Alice through the looking glass (Alice de l’autre côté du miroir)
James BOBIN
2016

Une Nuit d’été, de Chris Adrian

Une nuit d'étéBientôt, les elfes et les fées peuplèrent la nuit par dizaines, ceux des premiers rangs à peine plus hauts qu’un dé à coudre. A la suite des derniers, grands comme des réverbères, huit autres fermaient la marche. De taille moyenne, ils portaient le palanquin sur lequel leur souveraine était allongée, calée contre de rêches coussins de toile noire, des oiseaux noirs voletant dans ses cheveux et deux chats noirs assoupis sur ses genoux, tout à fait indifférents à ce qui les entourait. Elle bâillait lorsque son palanquin franchit la porte avant de décrire une demi-boucle derrière le reste de la procession pour s’arrêter sur le plateau au sommet de la colline. Là, les porteurs la déposèrent sur l’épais tapis d’herbe et, faisant cercle autour d’elle, se mirent à danser. Chaque geste avait été pensé pour le plaisir de la reine, même si elle ne s’intéressait plus à la chorégraphie depuis des années et avait cessé, quelques mois plus tôt, de prêter une réelle attention à ceux qui l’exécutaient pour elle.

J’éprouve une grande tendresse pour Le Songe d’une nuit d’été, pièce totalement baroque et folle dans laquelle Shakespeare montre tout son génie, et se révèle capable d’avoir l’intuition de ce que Freud ne découvrira que des siècles plus tard : le rêve, l’inconscient. Dans ce roman Chris Adrian transpose les problématiques et les personnages principaux dans le San Francisco d’aujourd’hui…

C’est la première nuit de l’été, et trois âmes malheureuses, qui ne se connaissent pas, se perdent dans le Buena Vista Park en se rendant à la même soirée : Will, Henry et Molly ont tous les trois perdu la personnes qu’ils aimaient, et ne s’en remettent pas — ils ont également autre chose en commun, mais ne le savent pas encore. Dans le parc, c’est le moment où le petit peuple des elfes et des fées sort de dessous la colline pour célébrer la plus belle nuit de l’année. Mais pour eux non plus, le coeur n’est pas à la fête : Titania est d’une tristesse insondable depuis la mort de son fils et la disparition d’Obéron. Pour le retrouver, elle est prête à tout, même à mettre en péril l’ordre du monde.

Un roman absolument époustouflant et d’une richesse incroyable. Tour à tour burlesque, poétique, tragique, lyrique, somme toute très baroque, il reprend les grandes problématiques shakespeariennes, en mettant en évidence l’universalité et l’actualité : le rêve, l’illusion, la nuit, le théâtre. L’amour, qui est la plus grande des magies mais aussi la plus grande des souffrances : la tristesse et le chagrin rendent vulnérables même les plus puissants. La magie de l’enfance à laquelle il faut renoncer pour pouvoir vivre dans le monde — même si certains n’y parviennent jamais. Très charnel, ce roman polysémique fait donc s’affronter toutes les forces qui traversent le monde : eros et thanatos, ordre et chaos, apollinien et dionysiaque, masculin et féminin. Rien ici n’est jamais noir ou blanc, les personnages sont tour à tour monstrueux et sublimes, haïssables et émouvants, telle Titania, qui n’a plus grand chose de la grande déesse mirionyme lorsqu’elle comprend enfin combien les humains souffrent…

Un roman sublime, très bel hommage à Shakespeare, à lire absolument !

Une nuit d’été
Chris ADRIAN
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nathalie Bru
Albin Michel, 2016

Charlie et la chocolaterie, de Tim Burton

CharlieCharlie Bucket était le petit garçon le plus chanceux du monde. Mais il ne le savait pas encore…

Je ne sais pas si c’est l’approche de Noël ou autre chose, mais toujours est-il qu’en ce moment j’ai envie de films doudou. Il y a peu, j’ai même revu Love Actually  deux fois dans la même semaine, ce qui même pour moi constitue un record. Du coup j’ai eu envie de revoir ce film, que j’avais vu au cinéma à sa sortie, et qui m’avait laissé le souvenir d’une grosse guimauve colorée, exactement ce dont j’avais besoin, donc…

Charlie Bucket vit avec toute sa famille dans une petite maison délabrée à l’orée de la ville, non loin de la chocolaterie de Willy Wonka, qui le fascine au point qu’il en a construit une réplique en bouchons de dentifrice. L’usine est pourtant entourée de mystères : depuis de nombreuses années, personne n’en a vu le propriétaire, personne même n’y travaille, et pourtant tous les jours des camions sortent des entrepôts pour aller livrer les friandises à travers le monde. Un jour, Willy Wonka décide pourtant de donner à 5 enfants la possibilité de visiter l’usine, et fait placer 5 tickets d’or dans des barres de chocolat. Mais Charlie a peu de chances d’en trouver un : du chocolat, on ne lui en offre qu’une fois par an, pour son anniversaire…

Dans ce film, Tim Burton met parfaitement en images le monde de Roald Dahl, tout en y apportant sa touche personnelle, onirique et magique : les lumières, les couleurs de la chocolaterie sont éclatantes, on pense à Alice au pays des Merveilles, à Hansel et Gretel, à certains autres films de Burton. Mais il y a aussi du sombre : à cet univers coloré s’oppose l’univers gris de la famille Bucket qui a tant de mal à joindre les deux bouts que les quatre grands-parents dorment dans le même lit ; pourtant, et c’est l’une des forces (et des leçons) du film, ils ne sont pas malheureux, car ils sont unis et ensemble ; comment ne pas verser une (voire…) larme lorsque Charlie partage sa pauvre petite tablette de chocolat reçue pour son anniversaire avec toute sa famille, alors que c’est sa seule friandise de l’année. Charlie est donc un petit garçon pauvre, mais bon et généreux, et s’oppose donc en tous points aux quatre affreux visitant avec lui le royaume merveilleux de la chocolaterie : pourris, gâtés, capricieux, égoïstes et violents, ce sont de véritables têtes à claques qui méritent amplement une remise en perspective, ainsi que leurs parents…

Le film est extrêmement moralisateur et judeo-chrétien (chaque enfant incarne un péché capital : envie, gourmandise, orgueil et avarice, alors que Charlie est tellement parfait que c’est habituellement le genre de héros que j’ai envie de secouer pour lui dire de se lâcher un peu) et en règle générale cela m’agace très profondément. Et là, bizarrement, non : c’est l’émerveillement qui domine. Johnny Depp est formidable, je suis totalement conquise par les Ooompa-Loompas, et j’ai franchement eu envie de m’installer définitivement dans cette chocolaterie…

Charlie et la chocolaterie
Tim BURTON
2005

La Belle et la Bête, de Jean Cocteau

affiche

L’enfance croit ce qu’on lui raconte et ne le met pas en doute. Elle croit qu’une rose qu’on cueille peut attirer des drames dans une famille. Elle croit que les mains d’une bête humaine qui tue se mettent à fumer et que cette bête en a honte lorsqu’une jeune fille habite sa maison. Elle croit mille autres choses bien naïves.
C’est un peu de cette naïveté que je vous demande et, pour nous porter chance à tous, laissez-moi vous dire quatre mots magiques, véritable « Sésame ouvre-toi de l’enfance » : IL ÉTAIT UNE FOIS…

Il était une fois… un marchand veuf et à demi ruiné par la perte de ses bateaux qui vivait dans un manoir avec ses quatre enfants : son fils Ludovic et ses trois filles Félicie, Adélaïde et Belle. Cette dernière, qui a été réduite à l’état de servante par ses sœurs, égoïstes et prétentieuses, est courtisée par Avenant, qu’elle refuse d’épouser car elle ne veut pas se séparer de son père. Au retour d’un voyage, le marchand s’égare dans la forêt et pénètre dans un château étrange, où on lui sert à manger mais dont il ne voit pas le maître. En partant, il cueille pour Belle, qui lui avait demandé de lui en rapporter une, une rose dans le jardin. Le propriétaire apparaît alors. C’est un monstre qui le condamne à mourir, car les roses sont dans ce château la seule chose qui soit interdite. Il mourra, donc, à moins qu’une de ses filles ne vienne prendre sa place au château. Belle se sacrifie pour le sauver. Elle se rend au domaine de la Bête et découvre que le monstre a un cœur.

C’est par ce film que j’ai découvert le conte de la Belle et de la Bête ; je devais avoir sept ou huit ans, pas plus, et il m’avait tellement marquée que je me souvenais avec exactitude de la fin, et que quelques images étaient restées gravées en moi. Je ne l’avais pas revu depuis, et c’est avec beaucoup de bonheur et un brin de nostalgie que j’ai redécouvert ce chef d’oeuvre de poésie et de beauté, sombre et inquiétant, bien loin de Walt Disney et de l’adorable petite tasse qui virevolte. Tout est parfait : chaque plan est d’une minutie extraordinaire, les trouvailles se multiplient à chaque minute, toutes plus poétiques les unes que les autres, tissées de symbolisme et de références aux autres contes. Jean Marais est fabuleux, montre toute l’étendue de son talent en jouant trois rôles (en revanche je ne suis pas excessivement convaincue par le jeu de Josette Day). Le film n’hésite pas à mélanger les registres, mêlant quelques traits d’humour au fantastique. Et puis, c’est surtout une histoire d’amour pur, absolue et totale.

Un magnifique film donc, un poème en images, à voir et à revoir à tous les âges !

La Belle et la Bête
Jean COCTEAU
France, 1946

A l’occasion du cinquantenaire de la disparition de Cocteau, la cinémathèque propose une exposition jusqu’au 2 mars 2014, assortie de quelques projections ! Je vous en reparlerai sans doute !

Le musée des lettres et des manuscrits consacre également, jusqu’au 23 février, une exposition au poète et s’intéresse notamment à la genèse du film, avec le manuscrit autographe avec 8 pages de dessins originaux, un album de 89 photos de plateau et l’affiche du film (là encore, je vous en reparlerai certainement)