Poèmes tardifs, de Margaret Atwood : habiter poétiquement le monde

Voici les tulipes
en bouton ou épanouies,
leurs flétrissures et leurs chutes, leurs brillances
et leurs poses,
le satin de leurs ténèbres.

On continue avec Margaret Atwood et un autre recueil de poèmes, sorti en même temps que ses Poèmes de jeunesse ; cette fois, ce sont des poèmes plus récents, écrits entre 2008 et 2019, et qui abordent un spectre d’expériences beaucoup plus large : le sexe, la nature, la perte et le deuil, mais aussi des sujets d’actualité comme le réchauffement climatique.

Dans son adresse au lecteur, Atwood écrit :

La poésie prend pour thèmes tout ce qui se situe au cœur de l’existence humaine : la vie, la mort, le renouveau, le changement ; ainsi que l’équité et l’iniquité, l’injustice et parfois l’injustice.
Le monde dans toute sa diversité. Le temps qu’il fait. Le temps qui passe. La tristesse. La joie.
Et les oiseaux.

Et c’est exactement ce qu’elle fait dans ce magnifique recueil, jouant toute la gamme du lyrisme, de l’émerveillement face aux fleurs et à l’amour à la tristesse de la perte et d’un monde sans oiseaux !

A découvrir absolument, pour mettre plus de poésie dans le quotidien !

Poèmes tardifs
Margaret ATWOOD
Traduits de l’anglais (Canada) par Christine Evain et Bruno Doucey
Robert Laffont, 2022

Circé et autres poèmes de jeunesse, de Margaret Atwood : éclosion

De plus en plus fréquemment les contours
de mon corps s’estompent et je deviens
désir de m’assimiler au monde, y compris
à toi, si possible par la peau comme
le tour de passe-passe d’une plante avec l’oxygène ;
et de vivre d’un feu inoffensif.

Margaret Atwood est une autrice qui m’intrigue beaucoup, mais j’ai beaucoup de mal à franchir le pas de lire ses romans les plus connus, car le sujet m’angoisse et qu’honnêtement, je suis bien assez angoissée comme ça. Donc quand j’ai vu ces poèmes, je me suis dit que c’était une bonne porte d’entrée.

Magnifiquement préfacé par Bruno Doucey, le recueil nous fait voyager à travers dix années de création poétique (entre 1966 et 1974), qui précèdent ou accompagnent l’éclosion de son œuvre romanesque. Plusieurs recueils se suivent : Le Cercle vicieux, Les animaux de ce pays, Consignes pour le monde souterrain, Politique de pouvoir, Tu es heureuse et surtout le dernier, mon préféré, Circé – Poèmes d’argile.

L’imaginaire déployé dans ces poèmes est assez sombre, voire angoissant (moi qui voulais éviter l’angoisse !), très aquatique et mythologique, et j’ai beaucoup aimé cette plongée dans cet univers ! Après, il est difficile d’en parler plus précisément, on ne peut pas parler comme ça de poésie : c’est une expérience qui se vit, et je vous conseille vraiment de la vivre !

Circé et autres poèmes de jeunesse
Margaret ATWOOD
Traduit de l’anglais (Canada) par Christine Evain
Edition bilingue
Robert Laffont, Pavillons poche, 2022

Alias Grace (Captive) de Sarah Polley et Noreen Halpern

Alias Grace (Captive) de Sarah Polley et Noreen HalpernOne need not be a Chamber—to be Haunted— 
One need not be a House— 
The Brain has Corridors—surpassing 
Material Place— […]
Ourself behind ourself, concealed— 
Should startle most— 
Assassin hid in our Apartment 
Be Horror’s least.
Emily Dickinson

Encore une série originale Netflix, adaptée comme La Servante écarlate (que je n’arrive pas à me résoudre à voir car je sais que ça va me mettre dans un état pas possible et très honnêtement je n’ai pas vraiment besoin de ça en ce moment) d’un roman de Margaret Atwood.

1859. Depuis 15 ans, Grace Marks est détenue au pénitencier de Kingston pour un meurtre commis alors qu’elle était une jeune fille, et pour lequel elle a échappé de peu à la peine de mort. Objet de curiosité, elle est une meurtrière célèbre, examinée par nombre de médecins pour trouver des réponses, et c’est au tour du docteur Simon Jordan de devoir établir un rapport…

Excellemment scénarisée et réalisée, la série ne peut que remuer profondément tout un chacun. Grace est un personnage très complexe, à l’histoire bien chargée pour une aussi jeune personne. Mensonge ? Folie ? L’âme de Grace est pleine de détours et de zones d’ombres, et son cas permet aussi de mettre en évidence les dysfonctionnements de la société, les processus de domination à la fois sociaux et sexuels, les deux bien aidés par une religion qui en corsetant les femmes ne peut qu’engendrer des névroses dangereuses. Chaque chapitre s’ouvre sur un poème, ce qui donne aussi quelque chose de très beau.

Bref, une série poignante et étouffante, assez anxiogène et violente, mais à voir absolument.

Alias Grace (Captive)
Sarah POLLEY et Noreen HALPERN
Netflix, 2017