Tu n’as que trop pleuré ton élément, l’amour ; / Sois heureux comme lui : sauve-toi sans retour !

Cela faisait longtemps que je n’avais pas fait d’Instant Poétique. Il faut dire que n’étant plus dans ma phase de recherches pour L’Oracle des poètes (sur lequel je continue néanmoins à travailler, dans la perspective de trouver le moyen qu’il ne soit pas un outil pour moi toute seule), je n’ai plus le réflexe de partager avec vous mes jolies découvertes. Mais ce matin, j’ai tiré cette carte, « L’Oiseau », que j’aime beaucoup, car elle illustre à la fois l’amour et la liberté, et elle correspondait parfaitement à mon humeur et mes réflexions actuelles. Je crois que je ne l’ai jamais tirée lors des tirages collectifs des énergies de la semaine dur Instagram, ni dans l’Escale poétique, par contre je la tire assez régulièrement pour moi, et j’avais envie de partager avec vous ce très beau poème de Marceline Desbordes-Valmore, poétesse qui est toujours une très belle source d’inspiration, qui l’illustre :

L’esclave et l’oiseau

Ouvre ton aile au vent, mon beau ramier sauvage,
Laisse à mes doigts brisés ton anneau d’esclavage !
Tu n’as que trop pleuré ton élément, l’amour ;
Sois heureux comme lui : sauve-toi sans retour !

Que tu montes la nue, ou que tu rases l’onde,
Souviens-toi de l’esclave en traversant le monde :
L’esclave t’affranchit pour te rendre à l’amour ;
Quitte-moi comme lui : sauve-toi sans retour !

Va retrouver dans l’air la volupté de vivre !
Va boire les baisers de Dieu, qui te délivre !
Ruisselant de soleil et plongé dans l’amour,
Va-t-en ! Va-t-en ! Va-t-en ! Sauve-toi sans retour
!

Moi, je garde l’anneau ; je suis l’oiseau sans ailes.
Les tiennes vont aux cieux ; mon âme est devant elles.
Va ! Je les sentirai frissonner dans l’amour !
Mon ramier, sois béni ! Sauve-toi sans retour !

Va demander pardon pour les faiseurs de chaînes ;
En fuyant les bourreaux, laisse tomber les haines.
Va plus haut que la mort, emporté dans l’amour ;
Sois clément comme lui… sauve-toi sans retour !

Marceline Desbordes-Valmore

Un moment suffira pour payer une année

L’autre jour j’ai eu une illumination : et si je découpais mes vieux manuels pour en coller des morceaux dans mon journal poétique ? Le fait est que je commençais à tourner en rond dans ce que je faisais, je manquais clairement d’inspiration et de souffle et il me fallait une nouvelle idée pour me rebooster. Et c’est comme ça que je suis tombée sur tout un assortiment de textes et d’œuvre sur l’amour au féminin, qui m’a permis de faire une page dont je suis plutôt contente. Et parmi les textes, il y avait ce joli poème de Marceline Desbordes-Valmore, qui m’a infiniment touchée.

Un moment

Un moment suffira pour payer une année ;
Le regret plus longtemps ne peut nourrir mon sort.
Quoi ! L’amour n’a-t-il pas une heure fortunée
Pour celle dont, peut-être, il avance la mort ?

Une heure, une heure, amour ! Une heure sans alarmes,
Avec lui, loin du monde ! Après ce long tourment,
Laisse encor se mêler nos regards et nos larmes ;
Et si c’est trop d’une heure… un moment ! Un moment !

Vois-tu ces fleurs, amour ? C’est lui qui les envoie,
Brûlantes de son souffle, humides de ses pleurs ;
Sèche-les sur mon sein par un rayon de joie,
Et que je vive assez pour lui rendre ses fleurs !

Une heure, une heure, amour ! Une heure sans alarmes,
Avec lui, loin du monde ! Après ce long tourment,
Laisse encor se mêler nos regards et nos larmes ;
Et si c’est trop d’une heure… un moment ! Un moment !

Rends-moi le son chéri de cette voix fidèle :
Il m’aime, il souffre, il meurt, et tu peux le guérir !
Que je sente sa main, que je dise : « C’est elle ! »
Qu’il me dise : « Je meurs ! » alors, fais-moi mourir.

Une heure, une heure, amour ! Une heure sans alarmes,
Avec lui, loin du monde ! Après ce long tourment,
Laisse encor se mêler nos regards et nos larmes ;
Et si c’est trop d’une heure… un moment ! Un moment !

Marceline Desbordes-Valmore, « Un moment », Romances, 1830