Le Loiret des écrivains et des artistes – Chemins de mémoire, de Christian Jamet

Le Loiret des écrivains et des artistesCe livre entend […] perpétuer le souvenir d’artistes et d’écrivains de jadis ou de naguère, à travers des itinéraires conduisant sur leurs traces dans divers lieux du Loiret. Châteaux ou maisons, monuments ou plaques commémoratives, vestiges architecturaux, parfois simples noms de rues ou d’allées seront autant de moyens de leur rendre hommage mais surtout d’inciter le promeneur à découvrir les oeuvres qu’ils nous ont laissées dans les musées et les bibliothèques.

Cela faisait longtemps que j’avais envie de vous parler des Editions Corsaire, dont les bureaux sont à environ 300m de chez moi. J’y ai même eu un élève en stage une fois, mais suite à un problème de planning, je n’avais pas pu leur rendre visite. Bref. J’avais envie de vous en parler, mais je ne trouvais pas l’occasion. Alors lorsque je suis tombée il y a quelque temps sur ce livre, que l’on aurait dit fait pour moi tant j’aime musarder dans les lieux hantés par les âmes d’artistes et d’écrivains, je n’ai pas hésité.

Le livre nous invite donc à une promenade dans le Loiret, sur les traces des illustres artistes qui y ont vécu ou y sont passés : Orléans bien sûr, et ses différents quartiers, quelques villes environnantes, Sully-sur-Loire, Saint-Benoît-sur Loire, Châteauneuf (sur Loire évidemment), Beaune-la-Rolande. Mais aussi plus loin : les confins du Gâtinais, Meung-sur-Loire ou le Montargois.

Un ouvrage passionnant, qui nous conduit de découverte en découverte, et particulièrement stimulant et inspirant pour moi qui finalement connaît si mal cette région. Evidemment, je connaissais déjà certaines histoires, notamment celle de Marcel Proust qui a vécu dans l’immeuble à côté du mien lors de son volontariat militaire, ou celle de Voltaire au château de La Source. Mais j’ai surtout fait nombre de découvertes : Jacques Lacarrière, qui vécut non loin de chez moi dans une maison jolie comme tout que j’avais déjà repérée ; les illustres élèves d’un collège (alors lycée) où j’ai d’ailleurs enseigné : Alexandre Antigna, Paul Gauguin, Charles Péguy, Pierre Mac Orlan, Maurice Genevoix, Jean Zay ; Chateaubriand qui assiste à un Te Deum à la cathédrale ; Etienne Dolet ; George Bataille, conservateur de la bibliothèque ; Agrippa d’Aubigné, étudiant à l’université, tout comme Calvin ; Charles d’Orléans, bien sûr ; La Fontaine, qui y passe en suivant l’oncle de sa femme en exil ; François Villon à Meung-sur-Loire… et tant d’autres, connus ou moins connus !

Un moyen de découvrir la ville autrement, son architecture et son histoire, et de projeter de belles excursions dans les pas de ces artistes !

Le Loiret des écrivains et des artistes – Chemins de mémoire
Christian JAMET
Corsaire, 2016

Le musée Gustave Moreau

Musée Gustave MoreauGustave Moreau est un peintre pour qui j’éprouve une fascination absolue. Je possède nombre de monographies sur ses tableaux, j’ai moi-même beaucoup travaillé sur sa peinture au cours de mes recherches universitaires (et notamment bien sûr sur ses diverses Salomé), et le musée qui lui est consacré a constitué ma première visite la première fois que je me suis rendue seule à Paris. C’était il y a fort, fort longtemps, et je n’y étais jamais revenue depuis — il faut dire que mes tableaux préférés n’y sont pas, et que je n’avais de toute façon guère le temps.

Mais là, j’avais besoin d’inspiration, de fascination, d’onirisme et de décadence, et puis pour de sombres raisons d’organisation je suis allée à Paris un lundi, et beaucoup de lieux sont fermés. Un signe ? N’allons pas si loin. Mais tout de même.

Le musée est situé dans l’ancienne maison et atelier du peintre, qu’il a décidé en 1897 de léguer, avec tout ce qu’il contient, et notamment les tableaux et dessins, à condition « de garder toujours […] ou au moins aussi longtemps que possible, cette collection, en lui conservant ce caractère d’ensemble qui permette toujours de constater la somme de travail et d’efforts de l’artiste pendant sa vie ». 3 étages constituent l’ensemble : au rez-de-chaussée, de petites salles où sont accrochés une foule de tableaux donnant une idée de la variété du travail de Moreau. Le premier étage était consacré aux pièces d’habitation : le salon de réception, la chambre, un boudoir… Mais le plus fascinant est bien sûr l’atelier, qui occupe en duplex toute la surface des deux étages supérieurs, et où sont visibles ses oeuvres les plus monumentales.

Evidemment, lorsque comme moi on voue un culte sans bornes à ce peintre et que l’on connaît plutôt bien son oeuvre, on est au Paradis (surtout dans l’atelier). Ce que j’aime chez lui, c’est le syncrétisme des inspirations, le mélange des influences* : Inde, Moyen-Orient, Japon… les lieux ne sont pas réels ni réalistes, mais fantasmés, et chez lui même les peintures bibliques ont quelque chose de païen : il n’y a qu’à voir le palais d’Hérode où danse Salomé, et qui a plus des allures de temple où se joue une cérémonie initiatique qu’à une salle de banquet.

Ce qui est intéressant dans ce musée, outre que les oeuvres ne sont pas saupoudrées comme à Orsay et que cela permet pleinement de prendre conscience de la fascination de Moreau pour l’Eternel Féminin et la femme fatale (Moreau avait un rapport très complexe aux femmes), c’est en tant que maison d’artiste il permet aussi de voir comment vivait le peintre : les pièces à vivre sont minuscules, alors que l’atelier est immense et lumineux. On voit où étaient ses priorités.

Seule chose que je trouve dommage : dans les pièces du bas, les oeuvres sont très mal mises en valeur et on ne peut pas bien en profiter !

Musée national Gustave Moreau
14 rue de La Rochefoucauld
75009 Paris

* Si vous voulez en savoir plus, je vous renvoie à mon article « Orient chez Gustave Moreau » dans le Dictionnaire des lieux et pays mythiques (Robert Laffont, Bouquins, 2011)

Balzac et les artistes, à la maison de Balzac

Figurez-vous que je n’étais jamais allée visiter la maison de Balzac, et je serais bien en peine d’expliquer pourquoi. Mais mieux vaut tard que jamais, et l’autre jour j’ai profité de l’exposition Balzac et les artistes pour m’y rendre enfin, l’occasion aussi de visiter les abords de la maison et les collections permanentes.

C’est une petite maison nichée sur les coteaux de Passy, qui offre une très belle vue sur la Tour Eiffel, dont Balzac n’a néanmoins pas pu profiter : il a vécu ici entre 1840 et 1847 (sous un faux nom pour échapper à ses créanciers) et il est de toute façon mort en 1850. Mais c’est ici qu’il a corrigé l’ensemble de la Comédie Humaine, et écrit certains de ses chefs-d’oeuvres.

On accède à la maison par une rue en hauteur. Après avoir descendu un escalier à ciel ouvert, on se retrouve dans un jardin verdoyant et agréable. La maison, elle même, donne envie de s’y installer, tant elle semble calme et paisible :

Le premier étage (celui par lequel on entre) est consacré à Balzac lui-même et à son oeuvre monumentale, fruit d’une capacité de travail hors du commun. Portraits et statues du maître, présentation du « plan » de la comédie humaine et de ses personnages, fac-similé de toutes les versions d’un même manuscrit et textes sur le café qui lui permet de travailler 18h par jour. Le clou de la visite, le plus impressionnant est bien sur son cabinet de travail, et la table sur laquelle il a écrit ces romans que nous aimons !

A l’étage du dessous nous attend l’exposition Balzac et les artistes, dont le but est de démystifier un peu l’idée du génie créant seul, alors qu’il avait de nombreux échanges avec ses contemporains, notamment au cours de soirées littéraires : stimulants, ces échanges avec d’autres artistes (Delphine de Girardin, Lamartine, George Sand, Hugo, qui a prononcé son éloge funèbre) ont influencé son oeuvre… et inversement. L’exposition se termine par la manière dont Balzac a été représenté, par ses contemporains puis plus tard.

La canne de Balzac, qui a inspiré un texte à Delphine de Girardin
La canne de Balzac, qui a inspiré un texte à Delphine de Girardin

Une très jolie visite, que je recommande chaudement : il est toujours fascinant de visiter les lieux où ont vécu les grands artistes et les grands écrivains ; ici, on en apprend beaucoup sur l’homme mais surtout sur l’oeuvre et ses personnages, et ses liens avec ses contemporains.

Balzac et les artistes. Mythe et réalité
Jusqu’au 2 octobre 2016
Maison de Balzac
47 rue Raynouard – 75016 Paris