Autrice indépendante : Salomé et la collection érotique

Et voilà mon nouveau bébé : mon recueil de nouvelles érotiques, Salomé, à paraître le 15 septembre ! Encore une fois, il était prêt depuis des lustres, avait même trouvé un éditeur à un moment avant que je ne le publie en numérique sous le titre (ronflant) Déité symbolique de l’indestructible luxure, via un prestataire dont je n’ai très clairement pas été satisfaite, et qui fut un échec. Le fait est donc que ce n’est pas le travail éditorial qui a été le plus gros travail : les textes avaient été lus par des personnes différentes, deux ont même été publiés dans des recueils collectifs, donc globalement, il me reste à recorriger les épreuves, mais ce n’est pas un souci.

En fait, une de mes grandes interrogations a été : est-ce que je conserve le pseudonyme de Séréna de Lyoncourt, ou non. Sachant que le pseudonyme n’est absolument pas une question d’anonymat, puisque je n’en ai jamais fait mystère. En ce sens, c’est d’ailleurs plus un hétéronyme au sens où Pessoa l’entendait : une autre identité. Et c’est ce jeu qui m’a conduite à le garder (j’aime bien cette idée d’avoir plusieurs identités). C’est finalement une question de guidage de lecteur : sous mon nom je publierai des textes plus orientés littérature générale même si l’érotisme y est présent, comme dans L’Aimante, puisque l’érotisme est la matrice de mon rapport au monde, et sous le nom de Séréna de Lyoncourt des textes clairement érotiques.

Disons que savoir ce qui vient ensuite à Noël (une novella de dark romance érotico-magique qui sera sans doute une petite série à terme) m’a confortée dans mon choix : je tiens à garder une certaine cohérence, et de manière évidente cette fantasy érotique ne cadrait pas du tout avec ce qui vient ensuite : le roman numéro 2 que je viens d’envoyer aux bêta-lecteurs, et le roman numéro 3 qui est en phase préparatoire.

Il y aura donc bien deux collections, sous deux noms différents, mais évidemment liées : la taille de coupe est la même, les polices utilisées sont les mêmes, les designs de couverture sont en accord (oui, je suis un peu obsessionnelle avec ça, mais si les éditeurs traditionnels l’étaient aussi, ça m’arrangerait : j’ai horreur d’avoir plusieurs livres d’un même auteur chez un même éditeur dans des tailles de coupe différentes, ça me crispe), et le nom d’éditeur et la matrice ISBN reste identique. Ce qui varie : la couleur de la couverture (mais je ne suis pas encore fixée : est-ce que je conserve toujours les mêmes couleurs en fonction de la collection, ou est-ce que j’envisage un arc-en-ciel ?), le nom de l’auteur donc, et la fleur sous le résumé : une pivoine pour la collection générale, et un arum (je ne vous explique pas pourquoi ?) pour la collection érotique.

Et voilà, j’espère que vous aurez autant de plaisir à découvrir Salomé que vous en avez eu à découvrir Juliette : comme le dit François, le personnage masculin de mon deuxième roman (qui n’est pas une suite et qui pourra se lire indépendamment, mais il y a tout de même des liens), elles sont les deux possibilités d’une même femme.

Le livre sort le 15 septembre, et vous pouvez d’ores et déjà pré-commander la version numérique. En attendant, le trailer :

L’écriture érotique, de Flore Cherry : exprimer le désir

Comme le sexe, j’ai cette conviction empirique que l’écriture s’apprend, pour beaucoup sur le tas, par des erreurs, des ratures, des moments de honte comme des moments de grâce. Si elle se singularise sous la plume de chaque auteur, elle se laisse néanmoins travailler et retravailler par tous, si bien qu’à la fin, il soit possible d’en définir des tuteurs, des bases communes, des astuces intuitives que l’on intellectualise à « force de ». Et elle fait état, dans les poubelles des maisons d’édition, ou dans le silence qui précède un message que l’on aimerait brûlant, des erreurs trop souvent partagées. 

Je n’écris plus de textes érotiques. J’ai essayé, de répondre à un appel à texte, de terminer des nouvelles dont j’avais écrit une ébauche : ça ne vient pas, ça ne vibre plus, ça sonne faux. Ecrire le désir est toujours important pour moi, l’érotisme aussi, c’est au cœur de mon rapport au monde, mais pas dans des textes uniquement érotiques et je pense que ce genre était une phase nécessaire pour moi, Salomé un double important, mais que je suis passée à autre chose. Nonobstant, j’étais très intéressée par ce petit guide, d’abord parce que comme je l’ai dit l’écriture du désir reste importante dans mes textes, mais aussi parce qu’il ne s’agit pas ici uniquement d’écrire des romans et des nouvelles, mais aussi des lettres et des SMS et que j’ai très envie d’en écrire…

Cet essai aborde donc toutes les formes d’écriture érotique. Après avoir déterminé à quoi ça sert, de bien écrire (et ça sert vraiment à beaucoup de choses), Flore Cherry aborde les ressorts (comment actionner les leviers communs à de nombreux lecteurs), les bonnes conditions pour écrire et enfin la question du destinataire (parce qu’on n’écrit pas pareil pour soi, pour son amant et pour un public).

Un essai très intéressant et bien mené : léger, pas dénué d’un certain humour, nourri d’extraits variés et d’exercices d’application/d’entraînement, il nous montre surtout l’importance de l’érotisme et du désir dans la vie de tous les jours avant d’être purement un sujet d’écriture. Certains points m’ont d’ailleurs pas mal fait réfléchir (en plus de me donner envie d’écrire des lettres érotiques), d’autres comme les ressorts m’ont laissée dubitative (ils sont pour la plupart très loin de fonctionner sur moi, mais passons).

Un ouvrage parfait pour cette période : écrire de l’érotisme, outre que cela fait passer le temps, ne peut que permettre d’entretenir la flamme avec l’autre, si on n’est pas confiné avec lui et les retrouvailles n’en seront que plus caliente !

L’Ecriture érotique. Roman, lettre, SMS, blog : toutes les clés pour exprimer le désir
Flore CHERRY
La Musardine, 2020

By Stephie

Salomé. Déité symbolique de l’indestructible luxure, de Séréna de Lyoncourt : les meilleures nouvelles érotiques que vous avez jamais lues (et modeste avec ça)

Voilà voilà… Comme je vous l’expliquais l’autre jour, la veille de mon anniversaire a été une journée assez désastreuse pleine de déceptions, l’une d’elles étant de recevoir encore une lettre de refus stéréotypée pour mon roman. Alors j’ai bien réfléchi, et je me suis dit que j’allais prendre le taureau par les cornes et passer par l’auto-édition, non pas pour le roman lui-même (pour le roman je ne le sens pas) mais pour mon recueil de nouvelles olé olé : là, je l’ai senti comme étant juste. Bon, c’est le fruit de mois de réflexion en arrière-plan, cette histoire, mais j’en suis arrivée finalement à la conclusion que oui, ça pouvait le faire.

J’ai choisi Librinova, et pour l’instant une publication exclusivement numérique (et un prix que j’espère juste) ! Maintenant, bien sûr, j’ai besoin de vous : rien ne me ferait plus plaisir évidemment que vous le lisiez et que vous en parliez afin de le faire vivre (mais comme je déteste par-dessus tout le forcing, je n’envoie de message particulier à personne). Mais vraiment, elles sont géniales ces nouvelles, croyez-moi sur parole !

Pour vous le procurer, c’est là : Salomé. Déité symbolique de l’indestructible luxure, Séréna de Lyoncourt

La littérature érotique, de Jean-Jacques Pauvert

PauvertCar une nouvelle mentalité est née en Allemagne et en Angleterre : le Romantisme. Et celle-ci est doublement dirigée contre la culture française : contre l’hégémonie des Lumières, du rationalisme, et en même temps contre la licence « philosophique ». Le Romantisme est un mouvement moral. « L’art doit être grave, candide et religieux », édictera Victor Hugo. Pour une renaissance nationale (en Allemagne, une naissance), contre les guerres conquérantes de l’Empire. Tout cela explique la réaction générale contre la culture française, définitivement rangée dans l’obscénité, la licence, le libertinage. Et le raidissement des pouvoirs étrangers européens, gardiens de la vertu. L’Angleterre, l’Espagne, les pays germaniques, l’Italie sont garrottés dans l’ordre moral, et semblent généralement satisfaits de l’être.

L’autre jour, en cherchant Mauriac, je suis tombée sur Jean-Jacques Pauvert. Pure sérendipité, qui m’a fait éclater de rire, attendu qu’on n’est pas du tout dans le même registre, Mauriac n’étant pas trop un adepte de la fête du slip, a priori. Mais enfin bref, je suis tombée sur ce petit essai, que j’ignorais de prime abord totalement posséder, alors même que cela fait un temps infini que je cherche un ouvrage historique de qualité sur la littérature sulfureuse (après réflexion, je me souviens en effet de l’avoir acheté dans un vide-grenier), et que s’il y en a un qui s’y connaît, c’est quand même bien Jean-Jacques Pauvert (dont je rappelle que c’est grâce à ses lectures amoureuses que j’ai découvert ce pan de notre culture. La boucle est bouclée).

Pauvert part dans son avant-propos d’un constat très simple : si habituellement la littérature tend à refuser les classements (elle est ou elle n’est pas), nous éprouvons pourtant le besoin de signaler d’un texte qu’il appartient à la catégorie « érotique » (que Pauvert ne distingue pas du pornographique) ; la chose a toujours existé, la littérature a toujours parlé de sexe, mais l’idée même de « littérature érotique » n’est pas si ancienne, et se base essentiellement, pour être définie comme telle, sur des critères juridiques. La suite de l’essai est donc essentiellement historique, de la naissance de la littérature (avec toutes les précautions que cela impose vu qu’il nous manque des éléments concernant les intentions et la réception pour pouvoir vraiment qualifier certains ouvrages d’érotiques) aux années 2000.

C’est une introduction, et le panorama est donc assez rapide : pour autant, c’est évidemment passionnant, et érudit. A travers l’histoire de la production et de la réception des textes osés, c’est aussi une histoire des moeurs, changeantes, que nous avons sous les yeux, ainsi que des outils juridiques. Tout est finalement une question de regard : qui, aujourd’hui, qualifierait Nana de Zola d’érotique ? Et pourtant, à l’époque, le roman a été considéré comme tel, même en France — et pourtant, comme le montre le texte, le libertinage à la française n’est pas seulement une invention de ces puritains d’Américains peine-à-jouir, il y a réellement tout un mouvement de fond sexualisé dans la littérature française, dont Sade, sur lequel se penche évidemment longuement Pauvert, est l’exemple-limite, mais loin d’être unique.

Bilan ? Malgré les interdits, notamment religieux, la littérature érotique survit toujours. Néanmoins, le constat final de Pauvert rejoint un peu celui d’Olivier Bessard-Banquy : dans une société libéralisée comme la notre, la littérature érotique, perdant de son pouvoir subversif, perd de son intérêt, et de sa qualité, en devenant une « mode ». A titre personnel, j’apporterai une nuance, suggérée par la récente affaire Calmann-Levy : il y a toujours, et il y aura encore très longtemps, des esprits chagrins et étriqués  pour être choqués par la « littérature licencieuse », notamment lorsqu’elle met en scène des femmes qui assument pleinement leurs désirs ; elle reste donc subversive, et le restera, même si le combat n’est plus juridique (et encore, à nuancer si on élargit au cinéma) mais sociétal.

Bref, à lire absolument pour avoir les idées claires sur la question. Quant à moi, je lorgne désormais sur l’Anthologie historique des littératures érotiques du même auteur !

La Littérature érotique
Jean-Jacques PAUVERT
Flammarion, 2000