La réconciliation, de la haine du corps à l’amour de soi de Lili Barbery-Coulon : rassembler les fragments

La peinture n’avait pas l’air en si mauvais état. Bien sûr il fallait tout refaire dans cet appartement que nous venions d’acheter. L’électricité, la plomberie, la cuisine, la salle de bains. Néanmoins, les murs me paraissaient sains. J’étais si heureuse d’avoir enfin les clefs de cet espace que nous avions espéré et cherché pendant des mois ! Les travaux allaient pouvoir commencer et la perspective de notre future installation m’enthousiasmait. Je me suis approchée de la fenêtre de la cuisine. J’ai commencé à gratter le vernis écaillé du cadre en bois. La peinture s’est entièrement décollée comme une peau meurtrie par un coup de soleil. Le bois rongé était sur le point de partir en miettes. Plus je décapais la surface, plus je craignais que la fenêtre ne se brise sous mes doigts. Je n’avais pas encore compris que je tenais là une métaphore tridimensionnelle de ce qui se jouait à l’intérieur de moi.

Lili Barbery fait partie des gens qui m’inspirent en ce moment : tant ses posts sur les réseaux sociaux que ses articles de blog suscitent souvent en moi des réflexions profondes qui me permettent d’avancer, d’autant que c’est très souvent en résonance avec ce que je vis moi-même, ou un point qui résiste. Malgré sa notoriété, je ne l’ai pourtant pas découverte il y a si longtemps que ça : en fait, je suis tombée « par hasard » il y a moins d’un an sur un article où elle se décrivait comme un oignon qui enlevait progressivement ses couches, article qui m’a fait l’effet d’un séisme tant je m’y suis reconnue. J’ai ensuite passé la nuit à lire la plupart de ses articles, et je dois dire qu’ils m’ont bien aidée. Alors évidemment, lorsque j’ai su qu’elle publiait un livre pour raconter son parcours, je me suis précipitée. Mais il m’a fallu un peu de temps pour digérer et rassembler mes pensées.

Nous sommes en 2015. Lili a en apparence tout pour être heureuse : mariée, amoureuse, maman d’une petite fille, elle exerce un job de rêve avec succès, et est très suivie sur les réseaux sociaux. Et pourtant, elle se sent vide. Et le premier symptôme de son mal-être est le rapport conflictuel qu’elle entretient avec son corps. A la suite d’un déclic, elle entreprend un long travail de réconciliation avec elle-même et un bouleversement total de sa vie.

Dès la première page, j’ai eu un choc engendré par cette métaphore de l’appartement à refaire entièrement, parce que j’ai vécu exactement la même chose, mais sous la forme d’un rêve vu que je ne suis pas très achat immobilier : la veille du jour où tout a changé dans ma vie, j’ai rêvé que j’achetais une maison et que je cassais tout pour la refaire entièrement. Et je crois qu’aucune métaphore ne peut mieux dire ce qui se joue ici. Si chaque vie est un voyage initiatique unique et que cette série d’ouvertures et d’éveils de conscience que raconte Lili dans ce récit est évidemment très personnel et ne ressemble à aucun autre, il reste éminemment inspirant, et j’y ai retrouvé aussi de nombreux échos de mon propre parcours avec des espèces de « bing », lorsque le rapport aux choses et à soi changent sans qu’on n’y puisse rien. Une multitude d’habitude disparaissaient. Ce que j’avais très bien supporté pendant des années, voire justifié, argumenté, souhaité, ne correspondait brusquement plus à mes aspirations profondes. Cette phrase, je l’ai surlignée parce que j’aurais pu l’écrire : c’est un peu ma réponse à ceux qui me font remarquer qu’on ne me voit plus aux soirées parisiennes, ni à Paris d’ailleurs. Voilà : je n’ai plus envie, je préfère aller me promener dans la forêt. En tout cas pour le moment.

Un récit très inspirant donc, qui résonne fort, qui n’a d’ailleurs pas été sans me rappeler Mange, Prie, Aime :  le trajet d’une femme qui passe d’une rationnelle pure et dure à une autre habitée par la spiritualité (ce qu’on est bien obligé de faire parfois face à certains événements), et qui s’épanouit pleinement, qui vibre, qui rayonne, et nous invite à nous foutre du regard des autres, notamment sur ces croyances qui suscitent parfois le soupçon ou l’inquiétude. Et au-delà, Lili propose en fin de chaque chapitre un entretien avec des personnes au parcours inspirant qui l’ont aidée sur son chemin : Zeva Bellel, Monika Miravet, Emily Weiss, Olivier Roellinger, Cindy Montier, Olivia Vindry, Caroline Benezet, Sophie Keller, Jennifer Hart-Smith, Odile Chabrillac, Simrit Kaur, Nathalie Desanti, Laetitia Debeausse, Joëlle Ciocco, Catherine Guillot, Camille Sfez. J’en connaissais certaines, j’ai été ravie d’en découvrir d’autres.

A bien des égards, Lili Barbery-Coulon est une créative culturelle et je ne saurais trop la remercier pour ce témoignage vibrant, sincère et émouvant qui m’a fait un bien fou !

La réconciliation, de la haine du corps à l’amour de soi
Lili BARBERY-COULON
Marabout, 2019

Instantané #82 (prendre soin de l’enfant intérieur)

L’autre jour, alors que j’étais plongée dans la lecture de La Réconciliation de Lili Barbery dont je vous parlerai bientôt et que j’étais déjà scotchée par les similitudes et les échos que ce récit provoquait en moi, elle a publié sur son blog un article sur l’enfant intérieur. Cela m’a fait l’effet d’une secousse sismique de magnitude 8, d’abord parce que la question de l’enfant intérieur est justement celle que je suis en train de travailler grâce au livre de Julia Cameron, Libérez votre créativité, que l’on surnomme « la bible des artistes » et dont je vous reparlerai mais pas bientôt car il faut d’abord que je finisse le programme (mais sans divulgâcher, il me fait un effet dingue pour de nombreuses raisons) ; mais surtout c’est, au-delà des différences évidentes, les ressemblances encore une fois qui m’ont frappée.

De fait, cette semaine, le programme de créativité proposait de se priver de lecture. Comme jeudi et vendredi dernier me sont arrivés coup sur coup deux trucs pas sympas du tout, je voyais ça comme une torture supplémentaire dont je n’avais pas trop besoin. Et puis, je me suis rendu compte qu’au contraire, ça tombait peut-être bien qu’au lieu de, comme d’habitude, me réfugier dans la lecture pour oublier le réel, je doive trouver d’autres ressources, et surtout, je me confronte vraiment à moi-même. Ça a été un peu dur et puis, j’ai vite eu envie de faire des choses que je ne fais jamais. Ou très peu. Notamment dessiner et peindre. Depuis que j’étais enfant, je m’étais mis dans la tête que j’étais sous-douée en matière d’art graphique, et si ces dernières semaine j’ai fait de la peinture, c’était de l’abstrait. Là j’ai eu l’envie, l’impulsion d’essayer de représenter quelque chose. Que la petite fille en moi fasse ce que finalement elle ne s’était jamais autorisée à faire. Alors j’ai acheté des feutres de coloriage, de l’aquarelle, et je m’y suis mise, et j’ai découvert que non, je n’étais pas sous-douée, juste timorée, et que ce que je faisais était plutôt honnête. J’aime tellement ma première aquarelle, cette fleur qui n’existe pas vraiment, que je l’ai encadrée pour la mettre dans mon bureau. C’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup.

Et puis je suis allée me promener. J’ai ramassé tout un tas de trucs, comme j’adore le faire, mais en ayant conscience que c’était la petite fille en moi qui, quand je faisais ça, s’exprimait, cette petite fille vive, curieuse de tout, qui s’émerveille d’un rien, qui parle aux animaux parce qu’elle sait qu’ils la comprennent. Cette petite fille que j’ai censurée pendant des années et que ces derniers mois j’ai accepté de libérer, mais encore plus depuis que j’ai commencé le programme de Julia Cameron.

Parce que, désormais, j’ai compris que certains de mes comportements, de mes pensées, de mes schémas et donc de mes échecs viennent de là : de ce que je ne me suis pas autorisée à être pleinement moi. Et j’ai compris que, cette enfant intérieur, je devais en prendre soin. Et cette semaine, j’ai fait un joli rêve, très symbolique : celui de prendre l’avion en serrant fort cette petite fille dans mes bras. C’est d’ailleurs la première fois, je crois, que j’arrive en rêve à monter dans l’avion : d’habitude je vais à l’aéroport mais il y a toujours un problème. J’imagine que c’est que je suis sur la bonne voie…