Moodboard #14 (It will be England)

It will be England

Bon je crois que j’ai arrêté mon choix (tout du moins jusqu’à mon prochain changement d’avis) : ce sera finalement Londres. Enfin à vrai dire, je rêverais carrément de me faire une balade anglaise sur les traces de François Busnel, cheveux aux vents au volant d’un Range Rover. Surtout les Cotswolds. Même la campagne anglaise me semble magnifique, et quand on connaît mon peu d’attrait pour la campagne, ça veut tout dire (si ça se trouve j’ai été un Lord anglais dans une autre vie). Mais je ne suis pas une aventurière, et non seulement je n’ai pas le temps (ni l’argent d’ailleurs, soyons honnête, il faudrait que je me fasse sponsoriser (je suis prête à examiner toute proposition dans ce sens)) d’organiser un périple sur les routes de la patrie de Shakespeare, il se trouve que je suis absolument terrifiée par l’idée de conduire à gauche. Donc je me contenterai de Londres, avec une liste qui s’allonge de jour en jour de lieux que je veux absolument photographier (à l’époque où j’y étais allée, je n’avais pas encore mon reflex et mes photos ne sont pas terribles). Et j’irai à Londres, encore une fois, avec un prétexte imparable : la dernière fois, c’était pour bosser ma thèse à la British Library. Cette fois, c’est parce qu’il est très probable (!) que le roman qui est en train de s’imposer à moi (je n’ai pas d’autre terme : les personnages ne me demandent pas mon avis pour s’incruster dans mon quotidien(ils ont même leur tableau (secret) sur Pinterest, et parfois je me surprends à dire : « tiens, ça serait bien le style de Truc, Bidule ou machinette) (ils ont de vrais prénoms hein)) se passe à Londres, donc je ne peux décemment pas me contenter de films, n’est-ce pas ? Donc je vais suivre les signes. It will (probably) be England !

Sources : Pinterest

Les garçons et Guillaume, à table, de Guillaume Gallienne

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Le premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant: «Les garçons et Guillaume, à table!» et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant: «Je t’embrasse ma chérie»; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus.

Il est enfin disponible en VOD, ce film que je voulais voir depuis sa sortie et qui a fait un véritable carton aux Césars.

Pendant longtemps, Guillaume est persuadé d’être une fille. Il faut dire que sa mère le considère comme telle, et comme il lui voue un véritable culte, il cherche à tout prix à lui ressembler. Du coup, tout le monde se persuade qu’il est homosexuel, et lui-même le pense… ou plutôt, il se persuade qu’il aime les garçons, mais comme il est une fille, il considère son comportement comme tout ce qu’il y a d’hétérosexuel.

A noter que ce film a d’abord été un spectacle, ce qui se retrouve dans la manière de filmer puisque, par un effet de mise en abyme, c’est le comédien qui raconte l’histoire…

Sur un sujet grave, Guillaume Gallienne parvient à nous offrir une comédie brillantissime et hilarante — car, ne le cachons pas, certaines scènes sont à mourir de rire — mais qui n’oublie pas de nous faire réfléchir. Castigat ridendo mores. Car le sujet est sérieux, même s’il est traité avec une autodérision de bon aloi : celui de la construction de l’identité sexuelle. Élevé comme une fille, considéré comme une fille par sa mère, le petit Guillaume aime à se déguiser en princesse, ce qui ne laisse pas de surprendre son père qui, sans être un rustre mal dégrossi, n’en est pas moins perplexe et se pose beaucoup de questions sur son plus jeune fils. Ou plutôt, il ne s’en pose pas trop, considérant que celui-ci est évidemment homosexuel. Oh, il essaie bien de le rééduquer et l’envoie dans un pensionnat en Picardie (région de France manifestement assez réputée comme rustre et arriérée) où le pauvre enfant est évidemment maltraité. Changement de cap et direction la plus tolérante Angleterre. Lie back and think of England. Sauf que le héros a beau essayer de penser à l’Angleterre, ça ne marche pas du tout et les garçons, ce n’est peut-être finalement pas pour lui.

Evidemment, on ne peut pas ne pas penser à Edouard Louis en regardant ce film, puisque finalement le sujet est le même, quoiqu’inversé, et que Guillaume Gallienne part lui aussi d’une base autobiographique. Mais là où Edouard Louis nous donne la nausée, Gallienne, dont la performance d’acteur est absolument éblouissante, parvient à nous amuser avec cette histoire d’un garçon qui doit assumer son hétérosexualité dans une famille qui a décrété qu’il était homosexuel, mais aussi à nous émouvoir et à nous attendrir. Certaines scènes, très métaphoriques (avec des chevaux… très classique psychanalytiquement parlant) sont vraiment très belles.

A voir absolument !

Les garçons et Guillaume, à table !
Guillaume GALLIENNE
France, 2013

Vu par Géraldine