Louise, de Julie Gouazé

LouiseLouise s’accroche au malheur de l’autre, elle y plonge. Pour ne pas voir celui qu’elle a sous les yeux, dans sa propre maison. Au lieu de s’envoler pour rire, chanter, danser, Louise s’évade pour aller contempler une autre détresse. Impossible de faire autrement. Se distraire aurait été indécent. Louise en veut toujours plus. Elle doit s’enfoncer plus loin. Pouvoir revenir de tout. Avoir son malheur à elle. Marre d’être un soleil. Elle veut du noir, de la douleur, du malheur.

Lorsque j’ai vu Gilles Paris en juillet, il m’a parlé avec beaucoup d’émotion de ce roman, dont il a fait un coup de cœur. Cela tombait bien : je l’avais déjà repéré, et ses mots n’ont fait que me donner encore plus envie de découvrir ce premier roman écrit par Julie Gouazé.

Louise n’a pas tout à fait 18 ans, elle est à la veille de passer son bac. Elle devrait être insouciante et joyeuse comme toutes les jeunes filles de son âge, mais sa soeur Alice, partie depuis plusieurs années, vient de revenir vivre dans la maison familiale avec son petit garçon. Alice est alcoolique, et les parents s’occupent d’elle, s’inquiètent pour elle. Alors Louise ne s’autorise pas à vivre sa propre vie, à prendre son envol, à grandir.

Pour un premier roman, Louise est une vraie réussite. Le style de Julie Gouazé est vif, incisif, les mots sonnent juste, les phrases courtes et percutantes sont comme autant de coups de poing pour rendre d’autant plus marquante cette fable sur le passage à l’âge adulte, servie par un récit non linéaire mais fait d’instantanés sur la vie de Louise aux divers âges de sa vie. Ce n’est pas une histoire très gaie : l’histoire de Louise est faite de beaucoup de désespoir et de violence, de tristesse et de renoncements, l’alcoolisme, décrit avec beaucoup de justesse et de pudeur, semble noyer toute joie de vivre, le SIDA plane comme une ombre sur cette génération qui est aussi la mienne. Une histoire très dure donc, le récit nous happe et nous entraîne en enfer, mais une histoire très émouvante, dont il sort, tout de même, la lumière de la rédemption !

Incontestablement, Julie Gouazé est un auteur à suivre !

Louise
Julie GOUAZÉ
Leo Scheer, 2014

challengerl201411/12
By Hérisson

Maladie d’amour, de Nathalie Rheims

Maladie d'amour Nathalie RheimsVous croyez que la médecine peut soigner l’amour ?

Ce que j’apprécie chez Nathalie Rheims, c’est sa capacité à écrire des choses très différentes. Avant le blog, je l’avais découverte avec un thriller ésotérique, Le Cercle de Megiddo. Et puis, il y a deux ans, j’avais été très touchée par Laisser les cendres s’envolerAujourd’hui, la revoilà avec un « thriller amoureux », qui ne m’a pas laissée indemne, pour de multiples raisons.

Alice, à 30 ans, est une grande amoureuse qui a la fâcheuse tendance de s’enticher d’hommes qui ne sont pas libres. Peu après sa rupture douloureuse avec Antonin, elle a un coup de foudre pour Daniel Costes, un chirurgien esthétique en vue. Mais sa meilleure amie Camille, à qui elle raconte tout, ne peut s’empêcher de s’inquiéter, d’autant que certains faits semblent étranges… elle se met alors à enquêter.

L’amour est-il une maladie contagieuse ?

J’avoue que ce roman m’a fortement perturbée, mais au départ pour des raisons qui ne tiennent pas uniquement à lui. A vrai dire, dès les premières pages, j’ai été prise de vertiges devant les correspondances entre ce que j’étais en train de lire, et ce que j’ai moi-même écrit : le sujet est sensiblement le même, l’héroïne porte le même prénom et a les mêmes travers, j’ai également un personnage qui s’appelle Camille et qui est très proche de mon héroïne (mais pas de la même manière), et certaines références sont les mêmes. Et je vous assure que toutes ces coïncidences m’ont pas mal désarçonnée. Je cherche d’ailleurs toujours une explication rationnelle, et j’attends un avis extérieur éclairé (Géraldine, help !). Mais bon, heureusement, Nathalie Rheims part ensuite dans une toute autre direction que moi, et j’ai pu me remettre d’aplomb, même si, forcément, mon lien avec l’héroïne a peut-être été un peu faussé. Bref.

Dans ce roman, Nathalie Rheims nous entraîne aux confins de la folie amoureuse, là où la frontière entre l’amour passion et la pathologie s’efface. Et ce de manière très habile, car dès le départ elle tisse une relation malsaine entre Alice et Camille, ce qui ne cesse de nous entraîner sur de mauvaises pistes et nous faire douter de tout, d’autant que les points de vue alternent au fil des chapitres. Car finalement, on ne sait pas vraiment laquelle est la plus déséquilibrée. A première vue, cela semble clair : Camille, mariée et mère de famille, incarne le versant lumineux et euphorique de l’amour ; Alice, elle, ne connaît que son côté sombre et douloureux. Jalousie ? Convoitise ? Sans doute, mais est-ce bien dans le sens que l’on imagine ? Laquelle vit par procuration ? Et puis, au milieu, ce Dan (Damne ?) peut-être pas si clair que ça… la fin ne peut que laisser perplexe, car le doute demeure : qui manipule qui ?

Très fine analyse d’une obsession plus que d’un amour, d’une maladie, l’érotomanie, plus que d’un sentiment, ce roman provoque un malaise indicible et nous pousse à nous interroger…

Maladie d’amour
Nathalie Rheims
Leo Scheer, 2014

Lu par Leiloona

Laisser les cendres s’envoler, de Nathalie Rheims

Sans titre

Je suis née dans une famille singulière, avec tant de ramifications, de secrets. Comme dans la plupart des familles sans doute, mais je ne peux écrire que sur la mienne. Née d’un père aussi incertain qu’invisible et d’une mère morte pour moi avant qu’elle ne le fût vraiment, souvent je me disais que l’on m’avait déposée sur des marches et qu’ils m’avaient recueillie.

C’est Géraldine qui, lorsqu’elle m’a rendu visite à la fin du mois d’août, m’a offert ce livre, dédicacé par l’auteure, s’il vous plaît. Elle ne l’a pas choisi par hasard, car j’avais très envie de le lire, moi qui aime énormément l’autofiction.

Ce roman commence un peu comme L’Etranger. Sur un ton neutre, la narratrice annonce que sa mère est morte, non pas hier, mais il y a dix ans. Et qu’elle n’en ressent nulle émotion. Car, de fait, sa mère était morte pour elle bien avant de mourir réellement. Et malgré son éducation qui devrait la pousser à se taire, à jeter un voile pudique sur ce qui ne va pas, elle va dénouer la pelote et chercher pourquoi et comment les choses se sont cassées…

Lorsqu’un texte va me plaire et me toucher, je le sais tout de suite, car je suis prise d’une irrépressible graphomanie. Quelque chose me pousse à noter, ce que dit le texte et ce qu’il m’inspire. C’est ce qui s’est passé pour ce roman qui, dès la première page, m’a touchée en plein coeur, malgré une histoire à mille lieues de la mienne. C’est un texte très sensible et très émouvant que nous propose Nathalie Rheims, celle d’une jeune fille abandonnée par sa mère pour un amant artiste qui se comporte en réalité comme le gourou d’une secte, et qui ne trouve aucun secours dans une famille bizarre qui ne s’intéresse au final qu’aux apparences, une des familles les plus connues de France d’ailleurs, même si elle n’est jamais nommée (mais le lien est facile à faire). Très bien écrit, avec un vrai style, ce texte est tout de même profondément triste, une tristesse qui prend à la gorge, celle d’une adolescente qui ne comprend pas ce qui lui arrive, qui ne comprend pas le rejet de sa mère, mais aussi, pour moi, celle de la mère, que je n’ai pas pu, malgré tout, m’empêcher de trouver émouvant, car elle aussi, sans doute, est perdue. Ici, l’écriture fonctionne un peu comme une thérapie, sans que cela soit du tout lourd pour le lecteur, car la mélancolie de la narratrice est de celle qui font les grands écrivains, et les grands artistes, et au final, le roman est empreint d’une grande lucidité, d’une hyperconscience de ce qu’elle est, de ce qu’elle a vécu, et des raisons qui la poussent à agir. Un très beau moment de lecture, en somme, qui fait grandir, je crois…

L’avis de Géraldine… Merci !

Laisser les cendres s’envoler
Nathalie RHEIMS
Leo Scheer, 2012

 challenge album

5/7

By Herisson