La vraie formule de Dieu, de Lars Muhl : la loi de la lumière

De tout temps, les gardiens des mystères propres à chacune des traditions ont expérimenté différentes sortes de pratiques qui rapprochent l’élève de son Etat d’Être originel, mais aussi des qualités intérieures et extérieures qui se sont éveillées sur le chemin qui mène à la conscience. Atteindre à l’intérieur de soi cet Etat originel, et vivre ces qualités au quotidien, tel continue à être le but de tout travail spirituel aujourd’hui accompli.

Comme j’aime plutôt bien Lars Muhl, et que ses textes me font souvent des clins d’œil, j’étais assez curieuse de découvrir son dernier texte, qui n’est pas du tout un roman mais un ouvrage de spiritualité pour nous relier à notre spiritualité, notre nature divine, et à l’amour.

Il se présente comme une lettre aux humains, un guide pour qu’ils se reconnectent à la Source, à l’Univers (même vidé de toute connotation monothéiste et religieuse, « dieu », je ne peux pas ce mot) et à la Liberté fondamentale. Un travail spirituel d’intégration des principes féminins et masculins en nous.

Beau projet, mais qui n’a pas résonné en moi : avec ce type d’ouvrage tout de même très spirituel et ésotérique, rempli d’exercices de méditation/prière et nourri de traditions kabbalistiques, je trouve mes limites, et je me suis pas mal ennuyée, même si certaines choses ont éveillé mon intérêt et notamment, bien sûr, tout ce qui tourne autour de l’alchimie et de l’union des principes féminins et masculins pour révéler le potentiel de chaque être humain, et bien sûr l’amour. J’ai aussi beaucoup aimé l’exercice du miroir de l’âme.

Un petit livre intéressant, mais à réserver à ceux qui sont vraiment versés dans la spiritualité, et pas les touristes comme moi !

La vraie formule de Dieu
Lars MUHL
Tredaniel, 2021

La Rencontre / L’Union – O’Manuscrit II et III de Lars Muhl : la puissance du féminin

Au cours du siècle qui est le nôtre, une force féminine nouvelle se manifeste, une force qui embrasse l’être humain totalement, dans son corps comme dans son esprit. C’est celle qu’incarne Marie-Madeleine et que nous avons vue, par exemple, s’affirmer avec le mouvement féministe du XXe siècle. 
Mariam Magdalene est la manifestation d’une forme d’énergie féminine nouvelle, qui nous vient d’en haut en tant que Rukha d’koodsha, laquelle ne se limite pas à la pure maternité, fût-elle neutre ou réceptive, qui a, jusqu’à aujourd’hui, marqué l’archétype féminin universel. 

Il s’est passé quelque chose de très bizarre avec ces deux romans. L’autre jour que je musardais dans une librairie je suis tombée sur le tome 3 dans un rayon où il n’avait pas trop sa place (enfin un peu puisqu’il était au rayon spiritualité, mais comme il s’agit d’un roman (nous y reviendrons) il aurait dû être en littérature générale) et comme le résumé me plaisait, je l’ai pris (sans faire trop attention du coup qu’il s’agissait d’un tome 3). Et puis, tout de même, ça me disait quelque chose, cette histoire et ce nom d’auteur, et en cherchant, bien sûr : j’avais lu le tome 1, Le Chercheuret pas n’importe quand puisque c’est le premier livre que j’avais lu dans mon nouvel appartement. Lorsqu’avec le recul je vois combien ce déménagement était l’amorce de nombreux autres bouleversements dont ce texte était un peu annonciateur, je me dis que le fait que le tome 3 vienne à moi comme ça en ce moment où j’ai tout de même une impression de clôture de cycle, ce n’est décidément pas un hasard. Et d’autres synchronicités se sont manifestées dans le texte lui-même. Bref, le temps que je récupère le tome 2 et me voilà lancée.

On va faire simple : le narrateur poursuit son voyage initiatique. Les deux tomes, en particulier, s’intéressent à la figure de Marie-Madeleine et au féminin sacré.

Je vais commencer par le négatif : ce que je reproche à Lars Muhl, c’est de faire passer pour un récit autobiographique ce qui est de toute évidence un roman ésotérique, puisqu’il en reprend les codes et notamment l’alternance entre les chapitres consacrés à lui et ceux consacrés à un manuscrit découvert : c’est exactement les mêmes procédés que chez les maîtres du genre, Dan Brown ou Steve Berry pour ne citer qu’eux. En outre, on se retrouve avec tout le fatras habituel : Les Cathares, les Templiers, Rennes-le-Château, Bugarach et j’en passe : il y a du gros tri à faire dans cet ésotérisme de pacotille dont je me suis demandé à plusieurs reprises s’il n’était pas là pour attirer l’attention du lecteur friand du genre et mieux faire passer la réelle réflexion spirituelle, parfois ardue.

Mais une fois le tri fait entre le folklore et la vérité, je dois avouer que j’ai dévoré ces deux tomes en un rien de temps parce qu’ils m’ont véritablement nourrie et m’ont permis de rassembler des réflexions éparpillées. Même si le christianisme est très présent il s’agit bien de spiritualité et donc d’un syncrétisme assez intéressant entre la gnose, le chamanisme, le tantrisme, les cultes de la grande déesse et leur évident lien avec la sexualité, qui est bien ici une voie d’initiation. J’ai particulièrement apprécié la réflexion sur les archétypes : Chaque être humain, dans l’incarnation qui est à ce moment-là la sienne, subit l’influence d’un ou de plusieurs archétypes. Lesquels fournissent la matrice des différentes qualités qui caractérisent l’homme. Nous devons, dans notre vie, nous laisser guider par ces archétypes, mais aussi ne pas oublier de construire à partir d’eux. Le fait est que l’archétype féminin exploré dans ce livre est Marie-Madeleine, qui pour ainsi dire me harcèle depuis pas mal de temps (et pas seulement parce que je pleure beaucoup) ; et dans le roman, elle est liée à Jeanne d’Arc, figure qui au contraire ne m’a jamais trop intéressée et qui s’est bizarrement mise à me faire des appels du pieds depuis (je ne ferai pas la liste de toutes les synchronicités, vous ne me croiriez pas) et j’ai l’impression qu’elle attendait sagement depuis plus de 15 ans que je vis à Orléans que je m’intéresse à son cas.

La conclusion de tout cela ? Le Graal, c’est l’amour (tout comme la Pierre Philosophale, ceux qui me suivent sur Instagram ou Facebook comprendront).

Bon, du coup ces deux romans valent surtout pour les réflexions et prises de conscience existentielles qu’ils peuvent susciter, mais après tout, c’est déjà important !

La Rencontre / L’Union – O’Manuscrit II et III
Lars MUHL
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Alice Boucher
Flammarion, 2018 (J’ai Lu, 2019) et 2019

Le Chercheur, de Lars Muhl

Le Chercheur de Lars MuhlUn bon écrivain, poète, peintre, musicien, cinéaste, chanteur ou danseur, se fait l’interprète du langage universel, du langage sensible, des mots, des images ou de la musique qui émeuvent. Ce qui est enjeu, ce n’est pas leur inspiration, ou un don qui leur est fait, mais quelque chose qu’ils ont l’obligation d’interpréter et de transmettre. Alors, la beauté apparaît. Le Voyant voit — et fait bouger. Le peintre travaille à partir de l’universel, non de lui-même ou pour lui-même, non plus que pour l’argent. Léonard de Vinci était extraordinaire. Il avait cette capacité de transformer les choses dans un esprit identique à celui avec lequel il les recevait. Il se faisait l’ambassadeur de visions. C’était une sorte de clairvoyance. Il comprenait que sa mission était de développer une forme de prophétie.

Comme vous vous en êtes peut-être rendu compte, je m’intéresse beaucoup à tout ce qui touche la spiritualité. Du coup, j’étais très curieuse de découvrir ce texte, dans lequel Lars Muhl, un ancien chanteur danois qui, après avoir pris conscience que la musique n’était pas sa voie, a cherché à découvrir ce qu’il devait faire de sa vie.

Le Chercheur est un voyage. Un double voyage, même, puisqu’il entrelace deux temporalités : alors qu’il chemine du Danemark en Espagne par le train pour retrouver son ami le Voyant pour achever son initiation, Lars Muhl se souvient de leur première rencontre et des premières leçons qu’il a reçues à Montségur, alors qu’il était totalement perdu.

C’est évidemment un texte qui demande à être lu avec une certaine ouverture d’esprit, tant il propose de questions, de pistes de réflexion, de remarques riches qui permettent de voir les choses autrement. Le Voyant n’a pas été sans me rappeler certaines personnes que j’ai croisées sur mon propre chemin, et certaines réflexions sont en adéquation totale avec ma propre manière de voir le monde, notamment le rejet du dogme religieux au profit d’une véritable spiritualité, ou la conception de l’univers et du « divin ». Le passage sur l’art m’a beaucoup intéressée également, et m’a permis de réfléchir à beaucoup de choses. En revanche, il y a d’autres idées que j’ai ressenties comme erronées, ce qui n’est d’ailleurs pas grave : l’essentiel est de réfléchir, même si on tâtonne et qu’on se trompe.

Un ouvrage très intéressant dans l’ensemble donc, mais qui souffre néanmoins d’une certaine pesanteur : parfois trop didactique et écrit de manière un peu poussive, il gagnerait à être un peu plus dynamique sur certains points. Reste que si vous vous intéressez à ce genre de sujets, vous trouverez dans Le Chercheur de quoi vous nourrir !

Le Chercheur
Lars MUHL
Traduit de l’anglais par Alice Boucher
Flammarion, 2017 (sortie le 15 mars)