Apprivoiser son ombre, de Jean Monbourquette : intégrer le côté mal aimé de soi

L’ombre, c’est tout ce que nous avons refoulé dans l’inconscient par crainte d’être rejetés par les personnes qui ont joué un rôle déterminant dans notre éducation. Nous avons eu peur de perdre leur affection en les décevant ou en créant un malaise par certains de nos comportements ou certains aspects de notre personnalité. Nous avons tôt fait de discerner ce qui était acceptable à leurs yeux et ce qui ne l’était pas. Alors, pour leur plaire, nous nous sommes empressés de reléguer de larges portions de nous-mêmes aux oubliettes de l’inconscient. Nous avons tout mis en œuvre pour esquiver la moindre désapprobation verbale ou tacite de la part des personnes que nous aimions ou dont nous dépendions.

L’ombre est un concept mal connu en France, alors qu’il est fondamental dans le travail d’individuation. Cela dit, Jung, qui en est à l’origine, est assez mal connu en France, écrasé par la figure de Freud, ce que je trouve dommage, car sa pensée est finalement beaucoup plus riche.

J’ai à de nombreuses reprises déjà parlé de ce concept sur lequel je travaille beaucoup, et qui ne doit absolument pas être confondu avec le mal, les défauts, les déviances : l’ombre, cela peut être des qualités, des talents que l’on n’a pas exploités car ils étaient « mal vus » dans notre milieu.

Dans cet essai, Jean Monbourquette s’attache donc à nous apprendre comment en faire une amie. Après avoir défini précisément l’ombre et la conception jungienne, et expliqué comment elle se forme, il nous montre comment l’embrasser, la reconnaître, reprendre possession de ses projections, quelles stratégies utiliser pour l’apprivoiser, et comment la réintégration de l’ombre fait partie du développement spirituel.

C’est un excellent ouvrage de base pour le shadow work, clair, pédagogique et assez complet pour une introduction : on y apprend beaucoup de choses, les exemples sont très parlants, et l’ensemble est d’une grande aide. J’ai juste un bémol concernant le dernier chapitre, qui me semble assez incohérent : disons que c’est le seul chapitre où on sent pleinement que l’auteur est prêtre, et cela se sent dans certaines remarques où, malgré le fait qu’il ne cesse de répéter que l’ombre n’est pas le mal, il finit néanmoins par plus ou moins l’assimiler à des tendances fâcheuses à comprendre pour pouvoir les corriger. Or à plusieurs moments j’ai perçu que la sexualité libre était une tendance fâcheuse, et la « chasteté » le revers à cultiver. Ce qui, bien évidemment, a appuyé sur mes « boutons » colère. Alors c’est très léger, mais cela reste présent, donc bémol. Mais dans l’ensemble cet essai est vraiment très bien fait !

Apprivoiser son ombre
Jean MONBOURQUETTE
Bayard, 2011 (Points, 2015)

Pourquoi je n’aime pas tellement le terme de « développement personnel »

Je le disais l’autre jour : je n’aime pas tellement le terme de « développement personnel », même si je l’utilise, pour faire plus simple. Mais dans les faits, il me dérange de plus en plus.

Ce qui me dérange, ce n’est pas tant les connotations négatives qui y sont associées, même si un peu quand même, parce qu’elles induisent beaucoup de gens en erreur sur ce que c’est vraiment. Disons que pour beaucoup de gens, le concept est très américain, associé à tout une pléiade de plus ou moins gourous haranguant des foules ayant payé des sommes astronomiques pour les écouter parler dans des palais des congrès de 10000 personnes. Bon, ce sont les Américains, ils gèrent à leur manière, parfois un peu caricaturale. Ce n’est pas mon truc, pour moi il y a tout de même personnel dans l’histoire, mais passons.

Passons aussi sur toute la ribambelle de concepts mal compris et souvent caricaturés. Passons enfin sur la connotation égoïste souvent associée, parce que non, ce n’est pas égoïste de s’occuper de soi : dans l’avion, on met son propre masque à oxygène afin d’aider les autres à mettre le leur. Sinon on tombe dans les pommes voire pire, et on ne peut aider personne.

Ce qui me gène, c’est le terme même de « développement » ou de « croissance », et cette abominable expression : « devenir la meilleure version de soi ». Comme si on était un smartphone de base et qu’au fil des mises à jour, on obtenait de nouvelles fonctionnalités. Non non non, elles sont déjà là et si elles n’y sont pas tant pis. Il n’y a pas de meilleur ni de moins bon.

En fait, c’est Jung (encore lui) qui est à l’origine de ce qu’on appelle le « développement » personnel. Mais il appelait ça « processus d’individuation », et c’est beaucoup plus parlant : je ne vais pas m’étendre sur le sujet plus avant, j’en parlerai dans ma prochaine escale poétique, mais il s’agit tout simplement (c’est un travail complexe, mais qui se comprend simplement) de réintégrer toutes les parties de soi pour les harmoniser, et devenir soi, pleinement et entièrement. Pas un soi meilleur. Soi. Un peu comme font les japonais avec le kintsugi : prendre une assiette cassée (et nous sommes tous cassés, à la base) et la réparer avec des fils d’or.

Et c’est beau. Et ça suffit. Tout est déjà là. Comme le bouton de fleur : la fleur éclose est déjà présente, en potentiel, elle ne devient pas une « meilleure version d’elle-même ». Elle est déjà elle-même dans le bouton.

Alors évidemment, je continuerai sans doute à utiliser « développement personnel », pour plus de facilité, mais certaines choses me dérangent !

Voyage vers soi : Inanna

Lorsque j’avais commandé ma voiture fin 2016, pour la recevoir début 2017, je ne savais pas encore tous les changements qui allaient s’opérer, durant cette année-là. D’ailleurs, quand je l’avais commandé, je ne savais pas du tout, parce que ce n’était pas un projet, que j’allais aussi déménager. Quant au reste, qui s’est passé en fin d’année, si on me l’avait dit, j’aurais bien rigolé.

Mais revenons à la voiture. J’ai choisi un modèle très chic, très élégant, une Déesse que j’ai appelée Inanna. Et c’est là que ça devient intéressant, symboliquement parlant. Il n’y avait aucune raison que j’appelle cette voiture du nom d’une déesse sumérienne, certes déesse de l’amour, de la beauté, du désir sexuel, de la fertilité, du savoir, de la sagesse et de la guerre, mais que je connaissais peu, contrairement à Vénus, Aphrodite ou Isis, par exemple.

Mais je crois que mon inconscient, lui, savait et c’est lui qui m’a soufflé ce nom : c’est la force des archétypes et de l’inconscient collectif. De fait, je travaille beaucoup sur Jung en ce moment, et je me suis rendu compte que tout ce que je faisais depuis ce temps, depuis qu’Uranus est entré en opposition avec lui-même, ce qui correspond à la crise de la quarantaine, n’était autre qu’un travail d’individuation, un voyage vers soi.

Et Inanna, donc ? Elle n’est pas seulement déesse de l’amour, de la beauté, du désir sexuel, de la fertilité, du savoir, de la sagesse et de la guerre. Elle a une histoire très intéressante. Lors d’un épisode, elle doit rendre visite à sa sœur, déesse des Enfers. Et, pour pouvoir entrer, elle doit se défaire, tour à tour, de tous ses bijoux, parures, se montrer entièrement nue et vulnérable, afin de mourir puis de renaître. Autrement, plus complète, harmonisée.

Symboliquement, la voiture représente le corps physique et le mouvement, notre évolution dans la vie et la façon dont nous nous conduisons dans le monde. La force du désir. Tout cela était plein de sens depuis le début. Il s’agissait bien d’un voyage.

Et aujourd’hui, je songe à changer de véhicule. Pas que j’ai totalement fini mon voyage vers moi, mais une étape. Et c’est bien.

Jung, un voyage vers soi de Frédéric Lenoir : une vie

Je suis pourtant convaincu que son œuvre visionnaire constitue l’une des plus grandes révolutions de la pensée humaine et que son importance va bien au-delà du terreau dans lequel elle a germé : la psychologie des profondeurs. A travers les grands concepts qu’il a élaborés — la synchronicité, les complexes, l’inconscient collectif, les archétypes, les types psychologiques, l’anima et l’animus, l’ombre, la persona, le processus d’individuation — , Jung apporte un regard sur l’être humain et son rapport au monde qui non seulement bouleverse les connaissances psychologiques, mais sollicite aussi la philosophie, l’anthropologie, la physique, les sciences de l’éducation, la théologie, l’histoire des mythes et des croyances.

Je ne suis pas toujours très fan des livres de Frédéric Lenoir ; par contre, je suis nourrie de Jung (plus encore même que ce que je croyais avant d’ouvrir ce livre), et j’ai été frappée par la synchronicité (concept jungien) de le trouver sous mon nez au moment même de la création du Voyage Poétique, qui est aussi un voyage vers soi. Et au fil de la lecture, c’est une émeute de synchronicités qui m’ont assaillie.

Ici, Frédéric Lenoir nous propose une « biographie intellectuelle » de Jung, dans laquelle il mêle (et démêle) ses grandes idées et découvertes au récit de sa vie. Mais surtout ses idées et découvertes, et c’est bien, soyons clair, ce qui est le plus intéressant.

Et cet ouvrage se révèle une excellente et passionnante introduction à la pensée jungienne, très claire et pédagogique : Lenoir parvient à trouver le moyen de « schématiser » (c’est positif ici, et pas du tout réducteur) une pensée en arborescence et même rhizomatique (il émet d’ailleurs l’hypothèse que Jung était Haut Potentiel, ce qui me semble assez probable en effet), ce qui permet de la saisir beaucoup plus aisément. Bref, cet ouvrage m’a donné beaucoup d’idées et de pistes à creuser pour mes propres recherches, et je le conseille à tous ceux qui ont envie de mieux comprendre en quoi Jung a totalement révolutionné la psychologie, mais aussi la spiritualité, en inventant au passage le « développement personnel » dans sa dimension positive.

Quant à moi, outre mon travail d’approfondissement, je pense que je lirai très bientôt l’ouvrage que Frédéric Lenoir a consacré à Spinoza, un autre philosophe qui m’intéresse beaucoup.

Psychologie de l’inconscient, de C. G. Jung : introduction à la méthode

Le fait en soi est proprement effrayant, que l’homme ait ainsi un côté d’ombre, d’ombre psychologique, qui ne comporte pas seulement — comme on se plairait à le penser — de petites faiblesses et des grains de beauté, mais qui préside aussi à des dynamismes franchement démoniaques. 

L’autre jour, prise d’une impulsion, je me suis dit « tiens, si j’en profitais pour relire Jung », et j’ai ressorti tout ce que j’avais de lui dans ma bibliothèque (moins que ce que je pensais d’ailleurs, et j’ai aussi ressorti d’autres livres sur d’autres sujets, on n’a pas fini). Et je n’ai pas commencé par celui qui est le plus intéressant, mais celui qui met au clair la méthode et constitue une introduction, parue pour la première fois en 1916 et moult fois reprise et enrichie par la suite. C’est donc un texte fondateur, dans lequel émerge une nouvelle théorie, en rupture avec Freud et avec Adler.

Après avoir expliqué le principe de la psychanalyse, Jung développe la théorie de l’éros de Freud puis la théorie opposée, celle de la volonté de puissance d’Adler : deux instincts primordiaux absolument opposés sur le plan du psychisme (Là où règne l’amour, la volonté de domination est absente, et là où la puissance prime, l’amour fait défaut. L’amour et la volonté de puissance sont l’ombre l’un de l’autre) et qui sont pourtant aussi opératoires l’un que l’autre pour expliquer un même cas, mais de manière contradictoire et excluante. Jung cherche donc comment on pourrait émettre une théorie qui permettrait de résoudre ces contradictions (qui sont au coeur même de la notion de névrose puisque le névrosé est celui dont le conscient et l’inconscient sont désunis et le tirent dans des directions différentes), et expose la question des types d’attitude, introverti/extraverti. Il s’intéresse ensuite à la question de l’inconscient collectif, avant d’exposer concrètement la méthode synthétique et ce qui est une de ses grandes découvertes : les archétypes (mais ce n’est pas dans cet essai qu’il développe). Il termine sur quelques généralités.

Un ouvrage fondateur donc, et même si certaines choses sont totalement dépassées (il entreprend par exemple de « guérir » un jeune homme homosexuel) l’essentiel reste intéressant et notamment cette part d’ombre en nous, qui échappe à notre contrôle et nous pousse parfois à faire le contraire de ce qu’on voudrait faire : Jung insiste bien sur les dangers de l’inconscient lorsqu’il y a désunion, alors que lorsque nous sommes dans notre intégrité il peut au contraire se montrer un précieux allié. D’où bien sûr, l’importance des rêves. Il y a aussi un passage très intéressant sur la notion de symbiose dans le couple, sur la crise de la quarantaine et… sur la survivance du paganisme au niveau des structures inconscientes, car il y a des choses que le christianisme est totalement incapable de dire (par exemple la question des archétypes féminins) : cela a fait tilt car je lisais cet essai en même temps que Les Dames du Lac et la synchronicité (concept jungien mais plus tardif) était parfaite. Mais pour les archétypes eux-mêmes (sujet qui est celui que je « dois » creuser) ce n’est pas dans cet essai qu’ils sont vraiment traités : ils n’y sont qu’abordés. De même, il ne traite pas du tout de la théorie des complexes, qui m’intéresse aussi.

Bref : un bon ouvrage d’introduction, assez clair et pédagogique, nécessaire je pense si on veut se lancer dans les études jungiennes pour comprendre d’où on part, mais ce n’est pas le plus intéressant de l’auteur.

Psychologie de l’inconscient
C. G. JUNG
8e édition préfacée, traduite et annotée par le Dr Roland Cahen
Georg, 1993

 

Femmes qui courent avec les loups, de Clarissa Pinkola Estés : à la poursuite du féminin sauvage

L’art est important. Il marque les commémorations des raisons de l’âme ou d’un événement particulier, quelquefois tragique, du voyage de l’âme. L’art n’est pas seulement destiné à soi-même, il n’est pas seulement un jalon sur la route de la compréhension de soi, c’est aussi une carte destinée à montrer la route à celles qui viendront après nous. […] Poser les questions, raconter des histoires, travailler de ses mains : tout cela participe de la création de quelque chose et ce quelque chose, c’est l’âme. A chaque fois que nous nourrissons l’âme, il est sûr qu’elle va croître.

Evidemment. Après avoir lu nombre d’ouvrages sur le sujet du féminin sacré et de la découverte de soi, je devais absolument lire celui qui visiblement est à la base de tout. Comme souvent, j’ai un peu tournicoté autour avant de me décider : très probablement fallait-il que j’attende, car il fait finalement la synthèse de toutes mes expériences de ces derniers mois. Et je crois que je ne suis pas la seule : lorsque j’ai publié la photo sur Instagram, j’ai reçu nombre de messages de femmes me disant soit qu’elles l’avaient lu et qu’il avait totalement bouleversé leur vie, soit qu’elles étaient justement en train de le lire, et que ça les secouait.

Il s’agit d’une psychanalyse jungienne des contes, qui cherche à mettre au jour l’archétype de la femme sauvage (sauvage étant à prendre au sens de « naturel »), à savoir la psyché instinctive que l’on a voulu détruire tout comme on a détruit la nature, la faune, la flore, en voulant la domestiquer. Conteuse et thérapeute, Clarissa Pinkola-Estés s’appuie sur le pouvoir des histoires pour guérir et dire ce qu’il y a au plus profond. C’est donc une véritable initiation qu’elle nous propose, vers une nouvelle manière d’être au monde, retrouver notre moi profond, créateur, cyclique, la puissance du féminin, dans un cheminement à la fois psychique et spirituel.

Puissant est bouleversant, cet essai est de ceux qui peuvent littéralement changer une vie, au sens où on n’est plus le même avant et après l’avoir lu. Il ne s’avale pas d’une traite, mais demande à être savouré, médité, petit à petit, chapitre par chapitre, histoire par histoire afin que chacune creuse son sillon en nous. De fait, sur un chemin initiatique, on ne peut pas courir, il faut avancer tranquillement, et c’est ce que j’ai fait avec cet ouvrage dans lequel j’ai totalement reconnu certaines de mes expériences, et dont certains chapitres m’ont fait l’effet d’une bombe qui explosait à l’intérieur de mon âme pour remettre certaines choses en place, ou d’une clé universelle qui a ouvert les unes après les autres mes serrures et m’a permis de comprendre pourquoi, depuis toujours, je me sentais écartelée, désunie, pas à ma place où que ce soit, pourquoi aussi je cherchais l’amour tout en le fuyant. Petit à petit, on rassemble les morceaux, on vainc les ombres, on explore sa forêt intérieure, on crée, on apprend à écouter son intuition, et à aimer. On se retrouve soi. Son vrai soi. Le soi créateur et puissant.

Un ouvrage indispensable (j’aurais aimé le lire à 20 ans, je me serais épargné 20 ans d’égarement sur de mauvais chemins), à conseiller à toutes les femmes (notamment les jeunes) mais aussi aux hommes parce que je pense qu’eux aussi ont parfois été abîmés, de la même manière, à lire, et à relire périodiquement. Il m’a ouvert de nouvelles pistes, et je sais que je le relirai lors d’une prochaine étape de ma vie !

Femmes qui courent avec les loups. Histoires et mythes de l’archétype de la femme sauvage
Clarissa PINKOLA ESTÉS
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-France Girod
Grasset, 1996 (Livre de Poche 2201-2018)

Le monde est une forêt de symboles

L’autre jour, je vous racontais ce rêve étrange et pénétrant que j’avais fait lorsque j’étais adolescente, et qui je crois exprime tout mon être et ma manière d’habiter le monde : j’apprenais que je venais d’une autre planète, ce qui expliquait beaucoup de choses et j’entreprenais de rejoindre les miens, c’était un long voyage, et à un moment je traversais une forêt, en me disant « Ah, c’est une forêt de symboles ».

Depuis toujours, je suis fascinée (et assaillie) par ce que Jung appelle les synchronicités, et que d’autres se contentent de nommer hasards ou coïncidences (parfois troublantes). Mais synchronicités, cela implique une signification. Pour Jung, il s’agit donc de l’occurrence simultanée d’au moins deux événements qui ne présentent pas de lien de causalité, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les perçoit. Et tout l’enjeu est là : prendre sens. 

Vous pensez à quelqu’un, et cette personne vous appelle ; vous êtes mélancolique, vous allumez la radio, et vous tombez sur une chanson qui vous rappelle un joli souvenir. En ce moment, je trouve beaucoup de synchronicités dans ce que je lis : les romans que j’ouvre innocemment parce que je ne sais pas exactement de quoi ils vont parler abordent toujours le point précis qui me préoccupe. L’autre jour, par exemple je réfléchissais à cette question de l’écriture, qui vise à donner à la vie une cohérence qu’elle n’a pas, je brode autour, et je me dis qu’il faudrait que je retrouve cette citation de Camus qui l’explique, mais j’ai un peu la flemme, alors je repousse au lendemain. Je prends le roman qui était sur le dessus de la pile, c’était Un écrivain, de Laure Arcelin. Je l’ouvre, et en exergue, je tombe sur la citation de Camus. Le jour où est paru l’article dont je parlais plus haut, j’ouvre Ce soir la Lune était rondeet je tombe sur un personnage qui explique qu’enfant elle rêvait qu’elle était une extra-terrestre…

Et c’est comme ça tous les jours. Sans doute aussi parce que, déformation poétique, j’y suis attentive : j’écris, aussi, parce que je ne supporte pas que le réel n’ait pas de cohérence, pas de sens, et il faut que tout ait une raison d’être. Alors je suis attentive aux signes et aux synchronicités, même si dans les faits ils ne me mènent nulle part (mais je m’en ressers dans mes textes, et là ils mènent où ils doivent). Depuis toujours, par exemple, je ne cesse d’être assaillie par les signes convergeant vers un certain endroit. C’est à la limite du harcèlement. Je ne sais pas trop quoi en faire dans ma vie. Dans mon premier roman si.

Et qu’importe. Signes, synchronicités, hasards ou coïncidences, l’essentiel est que les voir, c’est aussi une manière poétique d’habiter le monde. Comme disait Lewis Caroll, si le monde n’a aucun sens, qu’est-ce qui nous empêche d’en inventer un ?

L’autre jour, j’étais triste, et j’étais en train de mettre sur un blog un commentaire où j’expliquais ce qui me traversait à ce moment-là. Et à l’instant où je vais cliquer sur « publier », une pie a toqué au carreau. Je me suis dit qu’elle me faisait coucou pour me faire sourire.

Jeudi soir, j’étais (à nouveau) triste. J’ai regardé dehors, et la Lune était entourée d’un magnifique halo. Un spectacle assez rare, qui ne dure pas très longtemps, il faut tomber au bon moment pour en profiter. Bien sûr, ce phénomène a une explication tout à fait scientifique. Mais voilà, j’étais triste, j’ai regardé dehors à ce moment-là, c’était beau, alors je me suis dit que la Lune essayait de me consoler. J’étais toujours triste, mais ça m’a mis un peu de baume au cœur…