Fantastic Beasts and where to find them (Les Animaux fantastiques), de David Yates

Fantastic BeastsMy philosophy is if you worry, you suffer twice.

Que j’étais impatiente que ce film soit enfin disponible en VOD ! Envie de me replonger dans le monde de la sorcellerie, même sans Harry, Hermione et Ron. Même, sans Lucius.

Il ne s’agit pas vraiment d’une prequelle, mais plutôt d’un spin off, d’une extension du monde des sorciers, délocalisée à New-York, même si l’on retrouve mentionnés certains personnages et éléments de la saga originelle (Dumbledore, Poudlard ou Gellert Grindelwald) et que Norbert Dragonneau n’est pas un inconnu, puisqu’il est l’auteur du manuel sur les créatures magiques que les élèves utilisent à l’école.

1926. Norbert Dragonneau arrive à New-York, dans le but de se rendre en Arizona pour relâcher une créature magique, un oiseau-tonnerre, dans son milieu d’origine. Mais ce n’est pas vraiment le bon moment : des phénomènes étranges terrorisent les non-maj (comme on appelle les moldus en Amériques) et les sorciers ne savent pas trop s’il s’agit d’un retour de Grindelwald, disparu depuis deux ans, ou d’une créature magique. C’est d’autant plus ennuyeux qu’une secte de fanatiques voulant éradiquer les sorciers sévit à New-York. Aussi, lorsque Norbert laisse échapper de sa valise son niffleur et que suite à un imbroglio il révèle l’existence du monde magique à un non maj, c’est la catastrophe !

Quel bonheur ! Ce film est un petit bonbon, très drôle et léger, plein de jolies inventions : je ne sais vraiment pas où J.K Rowling va chercher tout ça, mais son imagination est proprement stupéfiante. Le tour de force, ici, est d’arriver à reprendre les bases du monde magique que l’on connaît, et de créer quelque chose de totalement nouveau : le monde magique aux Etats-Unis, ses règles et son organisation, sont quelque peu différentes de celles de l’Angleterre, notamment vis-à-vis des non-maj, ce qui donne vraiment une impression de nouveauté. Pour le reste, on retrouve des éléments communs, notamment la question de la magie noire, et l’opposition entre sorciers et moldus : d’un côtés, les sorciers extrémistes qui pensent que la loi du secret magique est une entrave à leur liberté et qu’elle ne vise qu’à protéger les moldus, qui ne le méritent pas, et qu’au contraire il faudrait leur révéler l’existence des sorciers afin de les dominer ; de l’autre, les moldus qui savent quand même que les sorciers existent, et qui veulent les éradiquer. On connaît J. K Rowling, rien n’est gratuit : chasse aux moldus, chasse aux sorcières, les extrémismes sont toujours mauvais.

Un film divertissant, très spectaculaire, aux personnages attachants, qui ravira petits et grands !

Fantastic Beasts and where to find them (Les Animaux fantastiques)
David YATES (sur un scénario de J.K. ROWLING)
2016

Harry Potter and the Cursed Child, de J. K. Rowling, John Tiffany & Jack Thorne

Harry Potter and the Cursed ChildDRACO. My father thought he was protecting me. Most of the time. I think you have to make a choice — at a certain point — of the man you want to be. And I tell you that at that time you need a parent or a friend. And if you’ve learnt to hate your parent by then and you have no friends… then you’re all alone. And being alone — that’s so hard. I was alone. And it sent me to a truly dark place. For a long time. Tom Riddle was also a lonely child. You may not understand that Harry, but I do — and I think Ginny does too […] Tom Riddle didn’t emerge from his dark place. And so Tom Riddle became Lord Voldemort. Maybe the black cloud Bane saw was Albus’s loneliness. His pain. His hatred. Don’t loose the boy. You’ll regret it.

Laissons un peu la rentrée littéraire de côté pour aujourd’hui, et replongeons nous dans le monde magique d’Harry Potter. J’étais bien évidemment très curieuse de découvrir cette nouvelle histoire, tout en restant un peu inquiète, car je n’étais pas sûre d’y retrouver la profondeur de l’oeuvre originale, même si J.K. Rowling, pour cette pièce, a travaillé en étroite collaboration avec le metteur en scène John Tiffany et le dramaturge Jack Thorne, qui signe le texte.

L’histoire commence au moment ou s’achève l’épilogue de Harry Potter et les Reliques de la Mort. Dans le Poudlard Express, Scorpius Malfoy et Albus Potter font connaissance, et deviennent immédiatement extrêmement proches, d’autant qu’Albus, comme il s’y attendait un peu, est envoyé à Serpentard. Si cette amitié indéfectible peut paraître étonnante, ce qui lie les deux enfants est plus fort que ce qui les sépare : un héritage familial beaucoup trop lourd à porter…

Quel bonheur de se replonger dans l’univers potterien. Malgré mes craintes, j’ai tout de suite adhéré à cette nouvelle histoire, pour la simple et bonne raison qu’elle parvient avec brio à restituer les thèmes essentiels de l’oeuvre originale. Albus et Scorpius ont du mal à être eux-mêmes, écrasés par l’héritage familial : l’un, glorieux, qui fait que l’enfant ne se sent pas à la hauteur de son père et a toujours l’impression de le décevoir ; l’autre, infamant, d’autant plus qu’une rumeur le dit fils de Voldemort. Cette pièce, c’est celle des erreurs des pères qui ont voulu sauver leurs fils de leur propre destin, mais ont commis des erreurs, surtout un. Draco devient ici un personnage extrêmement intéressant, qui a le côté ombrageux et colérique de son père, mais en a surtout pris les qualités essentielles : celles qui le conduisent à vouloir à tout prix protéger son fils, et le fait est que l’expérience l’aide à être beaucoup plus efficace, car il comprend beaucoup de choses bien avant tout le monde. Les deux enfants m’ont beaucoup émue. Et ce que la pièce parvient à retrouver, c’est cette réflexion profonde sur l’Amour et le Mal : l’Amour amoureux. L’Amour des parents pour leurs enfants. L’Amour des enfants pour leurs parents. Cette forme particulière d’Amour qu’est l’amitié, la plus belle preuve étant que Scorpius renonce à son royaume pour Albus (et pour Rose…).

L’autre grand enjeu de la pièce est le temps, et la possibilité de changer le passé. Je ne m’étendrai pas là-dessus parce que c’est difficile sans spoiler. Mais le fait est que j’étais un peu perplexe au départ. J’ai déjà expliqué les principes du voyage dans le temps ici et et il me semblait au départ que cela ne collait pas. Bon, les auteurs ont été assez malins pour que si… En tout cas, cette question met en valeur l’importance du choix, au coeur de la saga. Comme disait Dumbledore, ce ne sont pas nos capacités qui font ce que nous sommes, ce sont nos choix.

Mon regret, c’est l’absence de Lucius : pas pour de superficielles raisons de mancrushing (enfin, pas que), mais bien parce que l’enjeu central de cette pièce étant l’amour et notamment l’amour paternel, sa présence aurait pu apporter quelque chose. Mais je sais que J. K. Rowling n’aime pas Lucius (je me demande même si elle n’a pas un peu peur de ce que peut représenter le personnage), et c’est la raison pour laquelle elle a tendance à ne pas toujours en exploiter toutes les potentialités.

Je suis également un peu perplexe concernant la théâtralité, et je suis très curieuse de voir cette pièce sur scène (je suis au bord de m’offrir un week-end à Londres, mais les représentations sont complètes jusqu’en décembre), car je me demande bien comment certaines scènes sont possibles… Après, c’est somme toute assez shakespearien et les Anglais sont capables de tout !

Mais c’était vraiment un bonheur, d’autant que je l’ai lu en VO et que ça a dérouillé un peu mon anglais (c’est de l’anglais facile cela dit). Jetez-vous dessus !

Harry Potter and the Cursed Child
J. K. ROWLING, John TIFFANY & Jack THORNE
Little, Brown, 2016
La traduction française sortira chez Gallimard jeunesse le 14 octobre

Une lecture que je partage avec la douce Marion

De la fanfiction

keep-calm

Le phénomène de la fanfiction est en plein essor, grâce à internet, et ce même si le fait lui-même d’inventer de nouvelles aventures aux personnages de séries ou de romans a toujours existé : moi même, lorsque j’étais enfant, je passais mon temps à ça, imaginer mes personnages préférés dans de nouvelles aventures (je le fais encore beaucoup, de fait, parce que souvent ça débouche sur autre chose de totalement différent et plus personnel) ; je ne les ai jamais écrites (si, une fois, mais c’était diablement mauvais), mais cela n’est pas grave, j’imaginais.

Beaucoup d’éditeurs et d’auteurs s’en émeuvent (voire se scandalisent, comme Robin Hobb), car ils ont l’impression d’être dépossédés de quelque chose, et je peux tout à fait le comprendre, surtout en ce qui concerne les auteurs : évidemment, il doit être troublant de voir ses personnages évoluer sous la plume de quelqu’un d’autre et faire des choses totalement… surprenantes. Maintenant, je suis plutôt d’accord avec J. K. Rowling, qui voit les choses de manière positive : « J’en ai lu et j’ai été très flattée de voir à quel point les gens s’absorbent dans cet univers » (avec cependant des nuances, nous y reviendrons). En effet, si les gens s’emparent de ce que vous avez créé pour continuer à le faire vivre, c’est bien que vous avez donné naissance à un univers suffisamment cohérent et des personnages à ce point riches qu’ils peuvent vivre sans vous et correspondre à l’univers d’autres.

Ce que je trouve fascinant dans cet univers, c’est la manière dont il en dit beaucoup sur notre monde et ses thématiques obsédantes. Et, n’y allons pas par quatre chemins, ce qui obsède notre monde, c’est le sexe. Il n’y a pas besoin d’approfondir beaucoup les choses pour se rendre compte que 95% des fanfictions s’organisent autour des relations amoureuses entre les personnages, même lorsque l’univers de départ s’y prête assez peu. Disons que la fanfiction s’insère dans les silences, propose des univers alternatifs, et que quels que soient les enjeux, c’est l’érotisme qui gouverne le monde. Et c’est là que le bât blesse avec Harry Potter, selon son auteur : si comme je l’ai (remarquablement bien, je trouve) montré hier l’amour est au coeur de l’oeuvre, le fait est qu’il s’agit avant tout d’une oeuvre pour la jeunesse, et qu’il n’y a donc évidemment aucun contenu sexuel explicite. Or, du contenu sexuel explicite, je peux vous dire qu’il y en a beaucoup dans les fanfictions, et J. K. Rowling s’en est un peu émue par le biais de son agentLa série commence sans doute à dater, mais elle est toujours destinée à de jeunes enfants. Si ces derniers devaient tomber par hasard sur une histoire de Harry Potter classée X, ce serait un problème. Elle a donc, par le bais de son avocat, essayé de purger certains sites, mais en pure perte car je peux vous assurer que beaucoup de textes trouvés sur Fanfiction sont à faire rougir les moins prudes d’entre nous, moi y compris : chaque personnage se retrouve à s’accoupler avec à peu près tous les autres (quel que soit le sexe), dans toutes les positions possibles et imaginables, et plus si affinités. J’avoue une préférence pour les histoires Lucius/Hermione, car beaucoup sont assez bien faites et montrent assez bien la frontière étroite entre la haine et l’amour. Et puis, bon, Lucius quoi. Bref.

Alors, évidemment, on trouve de tout, des textes d’une niaiserie absolument indécente, des personnages totalement OOC Out of character c’est-à-dire un personnage complètement différent de ce qu’il est dans l’oeuvre d’origine, genre au hasard un fluffy Lucius qui se pointe avec un bouquet de fleurs, ou une Bellatrix qui se mat en tête d’offrir des cadeaux de noël à tout le monde, y compris Voldy, qui en est d’ailleurs fort ému (WTF ?)), des situations abracadabrantes, des incohérences et d’énormes fautes d’orthographe et de grammaire pour couronner le tout (les fanfics françaises sont juste illisibles pour moi, en tout cas celles que j’ai vues ; en anglais, soit il y a mois de fautes, soit je ne les vois pas). Mais, au milieu, on trouve aussi de véritables pépites, écrites par des gens qui ont un véritable talent pour proposer des histoires bien meilleures que ce que l’on peut trouver parfois dûment publié par un éditeur (non, je ne pense à personne en particulier…). C’est ainsi que l’autre jour j’ai lu Edenqui est un véritable roman, extrêmement bien écrit et bien mené, très subtil dans l’analyse des sentiments, et qui m’a tenue en haleine durant plusieurs jours ; d’ailleurs, cette histoire a marqué beaucoup de monde, d’après mes recherches. Pour ce qui est du contenu explicite en général, je dois dire que les auteurs font tout de même preuve d’une inventivité assez déconcertante, et que beaucoup de textes sont parmi ce que j’ai lu de mieux et de plus original en la matière, et vous savez que j’en ai lu beaucoup, et que je suis un peu difficile. J’en ai récemment lu une qui me fera regarder les marshmallows et le sirop de chocolat d’un oeil très différent…

Le maître mot, c’est la liberté. Tenir ou non compte de ce qui se passe effectivement dans les romans, inventer ce qui se passe avant ou après, développer des personnages et des intrigues juste esquissés, voyager ailleurs (les autres écoles de magie pour HP), dans des univers alternatifs, changer de ton et s’adonner à la parodie. Et le comble : les crossover qui mêlent plusieurs univers (personnellement je ne suis pas très très adepte car c’est très difficile de tout tenir ensemble de manière cohérente, et voir débarquer Buffy à Poudlard a tendance à me perturber, mais après tout pourquoi pas). Par contre, il est très rare de trouver des fanfictions avec l’intervention de personnages créés de toute pièce (alors que c’est comme ça que je fonctionne personnellement, car je trouve cela intéressant de voir comment ça peut changer les choses).

Où est l’intérêt ? Et bien, cela stimule la création. Je trouve assez plaisant de voir des adolescents de l’âge de mes élèves, rétifs à l’écriture, produire des textes de 1000, 2000 mots ou plus, avec leurs défauts certes, mais au moins ils écrivent, cela stimule leur imaginaire, et il y a fort à parier que parmi les auteurs de fanfictions, certains, vu leur talent, finiront par franchir le pas et inventer leur propre univers et leurs propres personnages. Et puis, j’aime le fait que tout soit gratuit : les auteurs proposent leur texte à la communauté, sans rien attendre d’autre en retour que des commentaires, et je trouve que c’est sain et vivifiant. Je suis beaucoup moins enthousiaste lorsqu’il s’agit de les publier, comme cela se fait beaucoup actuellement autour des oeuvres de Jane Austen (en revanche, il faudra un jour que quelqu’un m’explique en quoi 50 shades of grey est une fanfiction de Twillight…).

Donc selon moi, la fanfiction, véritable stimulateur d’imaginaire, est aussi un vivier de futurs auteurs, et c’est chouette. C’est aussi un monde cohérent avec ses règles, son vocabulaire… qui commence à susciter pas mal d’études universitaires. Donc… à suivre !