Un cadeau…

Début mai, pour m’occuper à la fin du confinement, j’ai fait des boutures de piléa. Parce qu’il se trouve que la (le ?) Piléa est une plante très généreuse, qui fait beaucoup de rejets. J’en avais donc quatre à prélever et à mettre en couveuse (dans un pot, pas dans l’eau parce que je trouve que le bouturage dans l’eau rend les plantes paresseuses) (j’en ai à nouveau trois qui poussent). Ce que j’ai fait.

Ce fut une joie de m’en occuper, car si elle est contente, la (le) Piléa pousse très très bien, vite, et fait constamment de nouvelles feuilles, ce qui est évidemment très gratifiant car ça donne l’impression d’être une déesse de la fertilité. Après, je ne me voyais pas garder toute la famille Piléa qui ne va pas manquer de s’agrandir encore dans le futur ; alors il existe des banques d’échange de boutures et j’aurais sans doute trouvé, mais en fait je les ai proposées sur Facebook, et quatre mamans de mon entourage se sont manifestées pour les adopter, des personnes plus ou moins proches de moi d’ailleurs et c’est ce qui me fait d’ailleurs extrêmement plaisir : donner le bébé à sa maman sera l’occasion de se voir, de se revoir, et en ce moment c’est tellement important !

Sur chaque pot, j’ai écrit le nom de la future maman (une question d’énergie), et je les ai regardées pousser.

Maintenant il est temps (avant la fin du mois de juillet) qu’elles aillent rejoindre leur future maison. C’est comme ça que le monde devient plus riche : je donne ce qui m’a été donné. Le Piléa est surnommé « plante à monnaie chinoise » : la légende dit qu’il faut enterrer une vraie pièce de monnaie au pied de la plante et qu’elle attirera spontanément la prospérité. Je trouve que c’est un beau symbole, non ?

Instantané #89 (renaître après l’hiver)

A l’automne, je n’avais guère pris soin de mes plantations : on verra au printemps, m’étais-je dit, laissons passer les saisons mortes et intérieures ! J’avais donc laissé la ciboulette sécher dans son pot. Quelle ne fut pas ma surprise, l’autre jour, lorsque j’ai porté les yeux dessus, de constater qu’elle était en train de renaître, de reverdir, et que j’allais bientôt à nouveau pouvoir en manger ! J’ai aimé le symbole, encore une fois, quelque chose qu’on croyait mort et qui ne l’était pas.

Pour moi, le symbole était d’autant plus fort qu’il m’a rappelé un rêve dans lequel une personne chère et moi avions fait pousser de l’herbe (on en avait chacun un pot) qui ressemblait finalement à notre relation : morte en apparence mais ce n’était qu’une illusion (plus précisément : je n’avais pas compris le rêve sur le coup, mais là je le comprends mieux, je crois). Quelque chose qui reprend vie.

D’autant que, lorsque j’ai sorti le pot de son bac pour essayer de faire une photo qui ressemble à quelque chose (ce n’est pas trop réussi mais bon), j’ai malencontreusement réveillé toute une colonie d’escargots qui hibernaient. Colonie dont je ne sais pas trop quoi faire à l’heure où j’écris ces lignes, mais qui va devoir déménager bientôt parce qu’il est hors de question qu’ils se nourrissent de mes cultures, mais nous n’en sommes pas là pour l’instant. Bref : l’escargot, il symbolise la lenteur, mais si on regarde bien, une fois qu’il est en route, il ne chemine certes pas très vite, mais obstinément et sûrement. Et aussi, de par le fait qu’il hiberne, il évoque la renaissance, la résurrection.

Tout fait sens, tout fait signe, la vie est une forêt de symboles et au printemps se raniment les miroirs ternis et les flammes mortes.

Instantané #80 (attendre patiemment que ça mûrisse)

Shams de Tabriz écrivait : la patience, ce n’est pas endurer passivement. C’est voir assez loin pour avoir confiance en l’aboutissement d’un processus. L’impatience signifie une courte vue, qui ne permet pas d’envisager l’issue. 

L’autre jour, en regardant mes tomates, j’ai repensé à cette phrase, en me disant que c’était fou ce que le jardinage nous apprenait sur la vie. En l’occurrence, la patience : d’abord on plante, et puis ça pousse, ça pousse. Les tomates font des fleurs, puis des petits fruits, qui mûrissent tranquillement avant qu’on puisse enfin les déguster. Et c’est, finalement, le plus long : ce moment entre la formation du fruit et celui où on peut le cueillir parce qu’il est arrivé à maturation. Je sais que je ne pourrai pas en manger avant un mois. Et bien sûr, j’ai hâte d’en manger, de mes petites tomates, c’est tellement bon, ce qu’on a fait pousser soi-même. Mais je ne suis pas impatiente, au sens où je sais que chaque chose arrive en son temps, lorsqu’elle est prête, lorsque c’est le moment, et que le moment n’est pas encore venu pour mes tomates ; et il viendra, ce moment, c’est certain.

Alors, en regardant mes tomates, j’ai enfin compris ce que c’était que le fameux lâcher-prise dont on nous rebat les oreilles : cela ne sert à rien que je m’agace parce qu’elles sont encore vertes, mes tomates, m’agacer ne les fera pas rougir plus vite ; rien ne les fera rougir plus vite, elles suivent leur rythme, voilà tout. Alors comme je sais qu’elles vont bien finir par mûrir, et bien je n’ai plus qu’à attendre patiemment qu’elles soient prêtes.

Toujours regardant mes tomates, je me suis alors dit que c’était sans doute une métaphore de la vie : outre mes légumes et mes fleurs, j’ai planté de nombreuses choses ces derniers mois. Des petites graines dont j’ai hâte qu’elles donnent enfin des fruits ; mais j’ai planté des choses qui ont besoin d’une longue maturation pour donner. Alors, je suis souvent impatiente, d’autant que, contrairement à mes tomates, je ne peux pas tellement voir où elles en sont, et qu’après tout, je ne peux pas être complètement certaine que ça va donner des fruits. Ou des fleurs. Tout ce qu’on plante ne pousse pas, malheureusement.

Mais je vais essayer de faire comme pour mes tomates : attendre patiemment que ce soit le bon moment.

Edit : ce qui est rigolo, c’est que deux jours après j’avais déjà une petite tomate mûre, 3 semaines avant la date habituelle, donc je ne l’attendais pas du tout, et ce fut alors une jolie surprise ! 

La première petite tomate
La première petite tomate

Instantané #78 (manger les légumes qu’on a cultivés)

Le jardinage, c’était pour moi comme les plantes vertes : ça ne m’intéressait pas du tout. J’avais bien des pieds de tomates et des herbes aromatiques sur mon balcon depuis plusieurs années, mais en réalité je ne m’en occupais pas vraiment : je me contentais d’apporter le pot à chaque printemps chez mes parents, ma maman faisait les plantations, il ne me restait plus qu’à vaguement m’en occuper et manger la production. Pourtant, je sais le goût incomparable des légumes du jardin : mes parents en ont un, et tous les ans lorsque j’y passe en août je récolte un plein cageot de tomates, courgettes, poireau, betteraves rouges et mirabelles. Mais jamais il ne me serait venu à l’idée d’essayer de faire pousser quoi que ce soit moi-même. Ça ne m’intéressait pas, donc, et de toute façon j’étais convaincue que j’étais une calamité condamnée à faire mourir tous les végétaux à proximité.

Et puis, cette année, je me suis dit qu’attendu que j’avais fait de nets progrès niveau végétaux d’agrément, j’allais essayer d’aller plus loin et tenter un véritable mini-potager. Evidemment, la place n’étant pas extensible, je n’ai pas pu tester à tout va et planter tout ce qui m’aurait fait plaisir. D’autant qu’il s’agissait d’une première expérience, je voulais donc rester raisonnable et ne pas acheter tout une quantité de matériel, et je ne savais pas trop comment m’y prendre. Et puis, en navigant, je suis tombée sur le blog de Kinoette, qui elle-même fait un potager sur son balcon, et expliquait notamment comment cultiver des salades en cagettes !

Des cagettes, j’avais, le reste à part le géotextile il m’en fallait de toute façon pour rempoter les plantes, et les salades ça me convenait parfaitement : c’est le truc qui m’agace à acheter parce que je n’aime que les jeunes pousses mais qu’en vrac il n’y en a pas toujours, j’étais donc obligée d’en acheter en sachets ce qui faisait du gâchis d’emballage et du gâchis de salade car souvent elle était abîmée avant que j’aie fini le dit sachet. Parfait, donc : je suis allée acheter mes plants et j’ai trouvé exactement ce que je cherchais à savoir un mélange (feuille de chêne verte, feuille de chêne rouge, batavia) et de la roquette que j’adore.

Et ça a super bien poussé. Alors la roquette mieux dans le pot que dans la cagette mais n’empêche, sans rien d’autre que de l’eau fraîche et de l’amour (et un petit cache-nez la nuit en attendant le dernier saint de glace) j’ai obtenu une belle pousse. Vendredi soir, j’ai décidé de faire ma première récolte, et j’ai coupé quelques jeunes pousses pour accompagner mon omelette aux pommes de terre et ciboulette (du jardin elle aussi). Et c’était un plaisir incomparable, une vraie fierté de déguster ce que j’avais moi-même fait pousser : je suis sortie de ma zone de confort, je suis passée outre ma conviction de toujours que je n’avais pas la main verte, et ça a fonctionné !

Omelette aux pommes de terre et ciboulette et salade de jeunes pousses
Omelette aux pommes de terre et ciboulette et salade de jeunes pousses

 

Instantané #77 (méditation sur le rempotage)

Samedi dernier, un événement auquel je m’étais inscrite a été annulé, et je me suis dit qu’au lieu de rester chez moi j’allais en profiter pour aller en jardinerie acheter ce dont j’avais besoin, et enfin rempoter mes plantes vertes. Depuis le temps que je le leur promettais : elles patientaient gentiment mais enfin, je voyais bien qu’elles étaient vraiment à l’étroit dans leur pot, et qu’elles ne pouvaient plus grandir. J’ai donc passé l’après-midi à rempoter avec amour mes petites plantes vertes, prenant un plaisir assez surprenant à avoir les mains dans la terre. Ce faisant, je me disais que tout cela était bien symbolique : enlever la plante du pot et la mettre dans un autre plus grand pour qu’elle puisse continuer à s’épanouir : c’est, en fait, exactement ce dont j’ai besoin. Je suis à l’étroit dans mon pot, je n’arrive plus à pousser, et j’ai besoin que l’Univers me rempote.

J’ai aussi planté des salades, mais c’est juste pour l’histoire, ça n’a aucun lien avec la présente réflexion (à part qu’avant, jamais il ne me serait venu à l’idée de planter des salades).

Bref, j’en étais là de mes réflexions : dis donc l’Univers, quand est-ce que tu me rempotes, c’est la saison. Or il se trouve que samedi, j’avais aussi acheté un bambou pour agrémenter le balcon, bambou qui m’en avait déjà fait baver des ronds de chapeau pour le fourrer dans la voiture qui n’est pas trop prévue pour ce genre de choses, mais enfin, j’avais réussi, mais comme il était sans doute un peu traumatisé, je l’ai laissé tranquille samedi. Et dimanche matin, me voilà à vouloir le rempoter à son tour. Et j’ai cru que je n’y arriverais pas, car je ne parvenais pas à le sortir de son pot. Je l’ai détrempé, couché pour grimper sur le pot et le faire rouler, je suis montée sur le pot en tirant comme une forcenée : rien à faire (par contre, j’ai peut-être constitué l’attraction comique du dimanche matin pour les voisins d’en face qui, s’ils m’ont vue, ont bien dû rigoler). Au final, j’y suis allée à la barbare et j’ai découpé le pot. L’opération, qui devait somme toute être assez rapide, m’a au final pris la matinée.

Et là encore, je me suis dit que c’était assez symbolique : si mon rempotage prenait autant de temps, c’était peut-être parce que c’était une tannée de me sortir de mon pot, dans lequel j’avais bien accroché mes racines. Peut-être que j’avais un peu de mal à me défaire de mon passé, quoi. Mais je ne me fais pas de souci : l’Univers y est déjà allé à la barbare, donc j’imagine que je vais bientôt être enfin rempotée !