Instantané : nuances de roses

La semaine dernière, j’étais passée, mais un peu vite, devant une affiche annonçant une manifestation autour de la rose. Mais je n’avais pas pu voir où elle avait lieu, et le temps de rentrer chez moi, j’avais oublié le nom, et je n’avais donc pas pu la retrouver sur Internet, ce qui m’avait un peu agacée (surtout quand on sait le nombre de trucs totalement inutiles que retient mon cerveau) mais enfin, j’étais passée à autre chose.

Et dimanche matin, je me suis levée avec l’envie subite d’aller au jardin des plantes profiter des dernières chaleurs de l’été. Il faisait très beau, après une semaine automnale, j’ai enfilé une jolie robe et des sandales, et me voilà partie. Et, bien sûr, je suis tombée sur l’événement que je cherchais : j’ai vraiment bien fait encore une fois d’écouter mon intuition, car je me suis régalée dans tous les sens du terme. J’ai pu profiter du jardin, de ses couleurs et de ses odeurs, de la serre où je n’étais jamais entrée et où j’ai pu admirer de superbes aquarelles botaniques et des compositions florales autour de la reine des fleurs. J’ai aussi dégusté une crêpe sur un banc, au soleil, et c’était merveilleux.

Encore un dimanche où mes cinq sens ont été satisfaits : la beauté, les odeurs, le chant des oiseaux, la caresse du soleil, le bon goût de la crêpe. C’est ça, comme je vous le disais hier, habiter érotiquement le monde !

Instantané : les derniers feux de l’automne

Nous y voilà : les derniers moments de l’automne tel qu’on l’aime. Les feuilles sont presque toutes tombées et forment d’épais tapis colorés sur le sol, rouge, orange, brun, or sous le gingko que j’ai surveillé mais qui n’a pas voulu flamboyer pleinement. Tant pis. Désormais les arbres sont presque nus, et nous avançons vers l’hiver. Il est temps de mettre en place les décorations de Noël et les lumières…

Instantané : bouquet de soleil

L’an dernier, je n’ai pas pu profiter de mon gingko. Oui, je me l’approprie, c’est comme ça. Bref. Cette année, je le guette : je ne veux absolument pas manquer sa parure d’or et le tapis d’écus que ses feuilles font en tombant. Pour le moment, seul le tout petit s’est vêtu de jaune : le gros, qui est à l’autre bout du jardin, est encore très vert. Mais je n’ai pas pu résister à faire ce petit bouquet de feuilles comme des soleils !

Instantané : promenade du dimanche

C’est une de mes intentions de la rentrée : reprendre une habitude que j’avais perdue alors qu’elle était importante pour moi : la promenade du dimanche. C’est un des impératifs de Julia Cameron, qui dans ses programme conseille d’aller se promener, seul, une heure par semaine. Et c’est vrai que ça fait un bien fou, de s’aérer, de s’émerveiller, de délasser un peu l’esprit et de laisser vagabonder ses pensées. C’est comme ça que dimanche dernier, je suis allée au Jardin des Plantes, un endroit que je n’ai découvert qu’il y a deux ans et dont je n’ai pas beaucoup profité puisqu’après il y a eu le confinement, puis le masque obligatoire partout même dans les parcs donc je ne vois pas bien l’intérêt de se promener. Et c’était comme une redécouverte : le jardin des roses, les espaces méditerranéens, les serres, l’immense Gingko. Je l’avais rencontré en automne (et ce jardin est sublime en automne) mais en été, c’est d’autres couleurs, d’autres odeurs, d’autres sons, et c’est magnifique !

Botaniste, de Marc Jeanson et Charlotte Fauve : histoire naturelle

Tout est encore à faire, ou plutôt à refaire. Il s’agit toujours de recenser l’exceptionnel, mais aussi de le retrouver, ou du moins de décrire ce qu’il en reste. L’exploration est devenue perpétuelle, nous revenons sur nos pas, sur ceux de Saint-Hilaire, sur ceux de Poivre ou d’Adanson, à la recherche de ce que nous craignons avoir perdu. Beaucoup des forêts originelles ont été détruites, beaucoup d’espèces, de paysages ont disparu. La constitution de grands ensembles protégés, de parcs nationaux ne suffit plus : fragments, résidus, cela peut paraître bien maigre par rapport à ce qui a existé. Mais dans une poche de verdure peut se cacher une grande richesse végétale, et c’est là que l’exploration, à nouveau, redevient difficile, dans ces reliquats préservés, perchés au sommet de massifs abrupts, dans les canyons inaccessibles. 

Il y a quelque temps, Anne-Solange Tardy avait parlé de ce récit dans sa merveilleuse « Pochette Surprise » (c’est sa newsletter, pleine de poésie : si vous ne connaissez pas allez vite vous abonner, c’est une bouffée d’oxygène hebdomadaire) et, comme je suis dans ma période végétale, je me suis dit que ça avait tout pour me passionner. Et j’avais raison !

Marc Jeanson est le responsable de l’herbier du Muséum national d’histoire naturelle (je ne sais pas si ce lieu se visite, mais ce doit être absolument émerveillant). Grâce à la plume délicate de Charlotte Fauve, il tisse subtilement un récit personnel, dans lequel il nous raconte son propre parcours de botaniste, et l’histoire de la discipline et de ses héros, autour de l’Herbier.

Un ouvrage poétique et lumineux, d’où jaillit tout un monde de profusion sensorielle : des goûts, des couleurs, des odeurs, des textures, des formes d’une richesse inouïe sortent des pages et s’emparent du lecteur et le prennent par la main pour le mener dans les pas des pionniers de la discipline : Adanson, Poivre, Lamarck, Linné (qui a découvert que les plantes avaient une vie sexuelle), Saint-Hilaire. Un monde de voyages et d’exotisme, parfois dangereux, où le hasard se fait nécessité pour découvrir, collecter, classer, préserver, faire renaître, nommer comme Adam dans le jardin d’Eden, ce qu’on appelle « inventer » : quel bonheur de parcourir ces pages, de se perdre dans le foisonnement de l’Herbier qui est à l’image du foisonnement du vivant, d’aller de découverte en découverte — et se dire qu’il y en a encore tant à découvrir. Et que nous sommes bien petits dans l’immensité de cette biodiversité à préserver !

Bref un vrai coup de cœur pour ce récit : moi qui aime tant me promener dans les jardins botaniques, celui de Paris, celui de Milan, celui d’Orléans mais qui ne peut pas trop le faire en ces saisons intérieures, moi qui aime tant ramasser feuilles mortes et fleurettes pour les mettre dans un cahier qui n’est pas vraiment un herbier mais un peu quand même, bref, moi qui suis de plus en plus sensible à la poésie du végétal, j’ai aimé à la folie ce récit qui fera un parfait cadeau de Noël pour un de vos proches passionné par les plantes, ou pour vous évidemment ! Mon seul regret : peut-être que cela aurait mérité un cahier photos…

Botaniste
Marc JEANSON et Charlotte FAUVE
Grasset, 2019

Instantané #83 (l’arbre aux feuilles d’or)

Je vous avais parlé de mon sureau, mais j’ai depuis découvert un autre arbre tutélaire : le Gingko. Enfin je le connaissais déjà mais comme pour beaucoup d’éléments de la nature, je ne m’y étais jamais trop intéressée. Celui-ci est très vieux et trône au milieu du jardin des plantes d’Orléans, lieu que j’ai découvert récemment (mieux vaut tard que jamais, n’est-ce pas ?).

Le ginkgo biloba, dit arbre aux quarante écus ou abricotier d’argent, appartient à la plus ancienne famille d’arbres connue, les  Ginkgoaceae, apparue il y a plus de 270 millions d’années, soit une quarantaine de millions d’années avant l’apparition des dinosaures : on est donc en face de toute l’histoire de la terre, sous ses branches.

Il s’agit d’un arbre dont la reproduction ressemble un peu à celle des humains : des arbres mâles qui produisent du pollen, et des arbres femelles qui produisent des ovules, fécondés par le pollen. En ville, on ne trouve que des mâles ou presque, parce qu’il paraît que les ovules ne sentent pas très bons.

C’est un arbre très résistant. La preuve : Un Ginkgo biloba situé à moins d’un kilomètre de l’hypocentre de l’explosion de la bombe atomique à Hiroshima a survécu, et il fut la première espèce d’arbre à repousser après l’explosion. J’aime le symbole : résister même aux pires ravages.

Mais ce que j’aime surtout, c’est sa parure d’automne. J’ai dû passer plusieurs fois au jardin des plantes pour assister à ce spectacle (curieusement, tous ses copains autour avaient revêtu leur parure jaune, rouge, marron quand lui restait obstinément vert), et le jour où je l’ai enfin vu j’ai dû braver la pluie, mais ça en valait la peine : cette explosion dorée, ce tapis magnifique, comme dans un conte de fées et un jardin magique où vivent les elfes. Comme un rayon de soleil avant la rigueur et le dénuement de l’hiver. C’est tellement beau. Tellement symbolique aussi. Un jour, quand j’aurai un jardin, j’aurai un Ginkgo. Et je ferai des bouquets de soleil.

Bouquet de soleil
Bouquet de soleil

Et vous, quel est votre arbre ?

 

Couleurs d’automne au Luxembourg et au Jardin des plantes

Au Jardin du Luxembourg un peu vide, il y a ces chaises esseulées qui donnent un air mélancolique au paysage. Les arbres ont perdu leurs feuilles, elles parent le sol d’un tapis brun. C’est presque verlainien… les sanglots longs des violons de l’automne…

Le jardin des plantes lorsque tombe le soir est plus animé (même si je parviens toujours à prendre des photos sans êtres humains ou presque). Les corbeaux s’en donnent à coeur joie au milieu des cucurbitacées, courges, citrouilles et coloquintes et des cris d’enfants. Les couleurs éclatent dans le couchant.

Edit : j’ai pris ces photos le 29 octobre. Il y avait des gens, peu mais il y en avait, mais comme à mon habitude, j’ai travaillé mes cadrages de manière à ce qu’ils apparaissent le moins possible. Aujourd’hui ces chaises vides, ces allées désertées, ces feuilles à terre et ce corbeau psychopompe qui qui symbolisent la mort et qui m’apparaissaient alors comme poétiques, me semblent presque prophétiques, annonciateurs de la désolation qui s’abat aujourd’hui sur la ville, et c’est la tristesse qui domine… Mais ainsi va le cycle des saisons : l’automne annonce l’hiver, saison de la mort de la nature, lorsque Perséphone est aux enfers avec son époux Hadès. Mais bientôt refleuriront le printemps et la vie !