Le Château des destins croisés, d’Italo Calvino : le Tarot pour raconter des histoires

L’écriture avertit de tout ça comme l’oracle, et comme la tragédie elle en purifie. En somme, il n’y a pas là de quoi faire un drame. L’écriture en somme possède un sous-sol qui appartient à l’espèce, ou du moins à la civilisation, du moins dans les limites de certaines catégories de revenus.

Je vous parlais l’autre jour de Tarot for Writers : le Tarot comme outil pour créer des personnages et élaborer une histoire. Avec le goût du jeu et de la contrainte qu’on lui connaît, Italo Calvino est allé au bout de l’idée, et s’est servi des arcanes du Tarot comme base des deux récits qui constituent ce petit volume. Le Tarot devient ici un personnage à part entière, et une machine narrative.

Dans Le Château des destins croisés, il est question d’un mystérieux château, où tous les convives sont devenus soudainement muets, et se servent du Tarot pour raconter leur histoire. Dans La Taverne des destins croisés, le principe est le même mais dans une taverne, et les histoires s’apparentent aux grands mythes de l’inconscient collectif.

Comme le Decameron de Boccace, nous avons ici des petites histoires en archipel qui méritent surtout la lecture à cause de l’exercice de style qu’elles constituent. Mais c’est brillant : ce que montre Calvino, en se servant de la mythologie et des grandes tragédies shakespeariennes, c’est que n’importe quelle histoire peut être racontée grâce aux cartes. Et le deuxième texte est particulièrement riche aussi dans sa réflexion sur l’écriture, conçue comme un oracle : quand on écrit, on peut savoir ce qu’on ne sait pas. En faisant régulièrement l’expérience avec la grande magie, je ne peux qu’être d’accord !

Bref, une curiosité, à découvrir !

Le Château des destins croisés
Italo CALVINO
Traduit de l’italien par Jean Thibaudeau et l’auteur
Gallimard, 2013 (Folio, 2021)