La métaphore de l’huître

Les huîtres sont vraiment un de mes mets préférés. De ceux dont je pourrais me nourrir exclusivement, si je pouvais. C’est fin, délicat, subtilement érotique, et c’est bien sûr lié à mon élément aquatique, le grand océan. C’est difficile à ouvrir, voire un peu dangereux, mais ça en vaut la peine.

De fait, on m’accuse souvent d’être une huître. Pas au sens intellectuel, encore qu’on ne sache pas grand chose du QI des huîtres, mais au sens relationnel : pour m’ouvrir, c’est un sacré challenge. Je bavarde, je bavarde, mais je ne me livre pas.

Je suis là, bien en sécurité dans ma coquille, je protège ma perle de ceux qui voudraient me la voler et me l’abîmer, je nage dans l’océan mais en filtrant. De temps en temps, j’entrouvre la coquille et je regarde un peu ce qui se passe à l’extérieur mais souvent, très vite, je la referme parce que ce que je vois ne me convient pas trop et que je me sens très vite en danger.

Quand on ouvre les huîtres, il y en a toujours une ou deux qui sont fort récalcitrantes, qui ne se laissent pas faire, et qui exigent de déployer des trésors d’ingéniosité pour atteindre le coeur.

Je suis cette huître. M’ouvrir demande beaucoup, beaucoup de patience. Et de plus en plus, au fil du temps. Parce que ma perle est précieuse. Et que je la protège farouchement.

Une de mes intentions, pour 2023, c’est d’arriver à ouvrir davantage la coquille, à ceux qui le méritent. Sans la refermer brusquement sur leurs doigts parce qu’ils se sont trop approchés de la perle. Pouvoir, peut-être, envisager de partager cette perle. Enfin, essayer.

Si ça se trouve, mon animal totem, ce n’est pas tant l’ours que l’huître.