Qu’auriez-vous aimé comprendre plus tôt dans la vie ?

Je ne sais plus à quelle occasion je réfléchissais l’autre jour au fait qu’en vieillissant, j’avais compris beaucoup de choses, notamment sur moi, sur mes croyances (fausses), et que peut-être, cela n’aurait pas été plus mal de comprendre tout cela lorsque j’étais plus jeune.

Bien sûr, il y a cette croyance au sujet du travail et de l’argent dont je parlais l’autre jour. Il y a aussi toutes mes croyances au sujet de l’amour et du couple.

Il y a aussi les croyances à propos de moi. J’aurais aimé comprendre que je ne dysfonctionnait pas : je fonctionne autrement, c’est tout. Oui, je suis souvent perdue dans mes pensées, et il est difficile de m’atteindre. Oui, mon cerveau est en ébullition constante, j’ai mille idées qui « popent » constamment, et il est difficile de me suivre. Oui, je suis hypersensible, je ne supporte pas le bruit et l’agitation, je pleure devant les pubs Ricoré, et c’est très déconcertant. Oui, je suis passionnée, excessive, et cela peut faire peur. Oui, j’ai des centres d’intérêt extrêmement divers, parfois étranges, j’ai souvent connaissance de faits sans pouvoir expliquer d’où me vient ce savoir, et c’est étonnant. Mais je ne dysfonctionne pas.

J’aurais aimé savoir tout ça, comprendre que ceux qui me harcelaient et me rejetaient ne le faisaient que par peur ou incompréhension. Que ceux qui m’aimaient m’aimaient et m’aimeraient comme je suis, et pour les autres tant pis, ce n’est pas grave, ce n’est pas une grosse perte que de perdre ceux qui conditionnent leur amour à notre soumission à la norme et à ce qu’ils veulent de nous. J’aurais aimé comprendre que je n’étais pas obligée de me contorsionner, de couper des bouts de moi pour entrer dans une boîte trop petite, pas de la bonne forme, pour être acceptée. J’aurais aimé comprendre que si je voulais être aimée, je voulais l’être pour la personne que je suis, et pas pour un personnage que j’aurais créé.

Si j’avais compris tout cela plus tôt, sans doute certains de mes choix auraient-ils été différents.

Mais ce n’est pas comme cela que la vie se passe. La vie n’a pas de mode d’emploi : on apprend en vivant. En faisant des expériences. En vieillissant. On apprend les choses lorsqu’on est prêt. Et il vaut mieux comprendre les choses tard que de ne jamais les comprendre, et passer son existence entière dans les vêtements de quelqu’un d’autre…

Et vous, il y a des choses que vous auriez aimé comprendre plus tôt dans votre vie ?

Introvertie mais pas trop

J’avais déjà écrit un article sur la solitude. Et si j’y reviens, ce n’est pas pour dire que j’ai changé et que désormais, j’adore les lieux pleins de gens. Oh làlàlà, non. J’aime toujours autant les activités calmes, solitaires et contemplatives, me promener seule, et je piaffe d’organiser à nouveau une petite escapade à l’étranger. Tout simplement parce que j’ai besoin de faire les choses seules, d’avoir des moments seule pour recharger mes batteries. C’est comme ça que je fonctionne. Parce que je suis une introvertie, d’après la classification de Jung. Et c’est là qu’est le point, car pendant longtemps j’ai comme beaucoup mal compris cette notion d’introversion.

Dans l’esprit des gens, l’introversion est souvent confondue avec la timidité voire le repli sur soi, les angoisses sociales et ce genre de choses. Or, si un introverti peut aussi être timide et avoir des angoisses lorsqu’il est avec d’autres (c’est mon cas en ce moment à cause du masque : cela m’angoisse terriblement de ne pas pouvoir lire les expressions sur le visage des gens et de ne pas connaître le visage de certaines personnes, mais c’est contextuel : je n’aime pas la foule, mais j’arrive tout de même à gérer à peu près), ce n’est pas systématiquement le cas. Je suis bavarde, je n’ai aucun problème à aller vers les gens et à leur parler (même si ça reste souvent superficiel car on n’entre pas comme ça dans ma sphère intime), et cela ne m’angoisse pas de parler en public (il vaut mieux, me direz-vous).

Les interactions sociales ne me font pas peur. Par contre, elles me vident, m’épuisent. Parce que la différence entre introverti et extraverti se place en fait sur le terrain énergétique : là où l’extraverti se recharge au contact des autres, l’introverti se recharge lorsqu’il est seul. C’est pour ça que je n’ai jamais été autant en forme que pendant le confinement : mes batteries étaient pleines, alors qu’au quotidien, et c’est une autre raison pour laquelle mon travail ne me convient pas, je me vide beaucoup plus vite que je ne me remplis. D’où le burn out : même en passant beaucoup de temps seule, à faire des activités qui me nourrissent, je suis beaucoup trop souvent « dans le rouge » et ça finit en panne sèche. Je n’arrive pas à maintenir l’équilibre, alors même que je ne suis pas « trop » introvertie (disons que c’est du 60/40).

L’avantage en ayant compris ça, c’est que je n’ai plus l’impression d’être une sauvage asociale lorsqu’au bout d’un moment, même quand je suis avec des gens que j’aime, je ressens le besoin de m’isoler : c’est véritablement un besoin vital, une respiration. Il me sera toujours nécessaire de me promener seule, de m’isoler pour peindre ou écrire, et de faire des fugues (je vous reparle bientôt d’un livre sur le sujet). C’est comme ça, et en le comprenant, je peux aussi mieux gérer les choses, les expliquer aux gens précieux pour qu’ils ne se sentent pas rejetés et donc envisager plus sereinement une vie à deux (surtout si je peux enfin travailler de manière indépendante : ça sera plus équilibré), sans peur de voir toute mon énergie disparaître.

Donc je suis une introvertie, pas trop mais j’ai tout de même un besoin vital de solitude pour aller bien. Et vous, introverti ou extraverti ?

Les livres de ma vie… #2

Suite de l’article d’hier, où je vous parle des livres qui ont marqué ma vie, qui m’ont construite, qui ont fait de moi la personne que je suis dans toute ses dimensions.

Il y a le livre que j’ai sans doute lu le plus grand nombre de fois : Bonjour Tristesse de Françoise Sagan, et d’ailleurs c’est celui que j’avais songé à collectionner au départ et non Le Petit Prince, mais finalement ce dernier est plus facile à trouver à l’étranger. Désormais si je trouve je prends les deux ! La première fois que j’ai lu Bonjour Tristesse je devais avoir environ 15 ans, et il ne m’a plus quittée depuis. Je crois que c’est un livre qui vieillit avec nous, et qui a ancré en moi une certaine conception du bonheur et de l’amour, qui n’est pas de vouloir faire le bien de l’autre malgré lui, mais l’accepter tel qu’il est, avec ses imperfections et ses défauts.

Bien sûr, Baudelaire. Je ne me souviens plus du tout à quel âge j’ai bien pu découvrir Les Fleurs du Mal tant j’ai l’impression que ce recueil a toujours fait partie de ma vie. Baudelaire lui-même, je pense que je l’ai découvert très tôt : mes parents avaient un disque de Saint-Preux, Your Hair, dont ils auraient voulu faire la musique de leur mariage mais le curé n’avait pas voulu (je ne dirai pas ce que j’en pense, on s’en doute) ; cette chanson est une sorte de rêverie sur « un hémisphère dans une chevelure » et sur la pochette du disque il y avait ces mots : Si tu pouvais savoir tout ce que je vois! tout ce que je sens! tout ce que j’entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique (je crois que c’est moi qui ai ce disque chez moi, d’ailleurs). J’ai trouvé ça d’une beauté à pleurer. Ce que Baudelaire a construit en moi, c’est cet attachement viscéral à la sensualité du monde et notamment aux odeurs (j’ai d’ailleurs étudié cette question dans mon mémoire de maîtrise) et cette idée du monde comme « forêt de symboles » qui est la matrice de ma vie.

Pour les Fragments d’un discours amoureux de Barthes c’est un peu la même chose : j’ai l’impression qu’il a toujours fait partie de moi, donc comme je ne saurais dire à quel âge je l’ai découvert. J’imagine que je n’étais plus adolescente, mais c’est tout. Reste que, parmi tous les livres sur le sujet du sentiment amoureux que j’ai dans ma bibliothèque (et je peux vous dire qu’il y en a, puisque c’est mon sujet), c’est celui que je considère comme le plus éblouissant, et celui sur lequel je reviens toujours lorsqu’il s’agit de formuler une pensée.

La Lettre à D. d’André Gortz est le plus récent des livres que je mets dans cette liste, mais je l’y inclus parce qu’il m’est arrivé à une période très particulière de ma vie, et il a vraiment fait bouger certaines choses en moi de l’ordre de l’informulable.

Enfin je terminerai avec le Cantique des Cantiques, le seul livre de la Bible qui me touche et je ne crois pas l’avoir découvert au catéchisme. Alors il y a bien sûr le texte en lui-même, cet amour absolu l’érotisme que d’aucuns ont voulu faire passer pour symbolique (et l’un de mes premiers textes érotiques, non publiés, est une variation sur ce texte), mais ce que le texte a ouvert en moi, même si je ne l’ai longtemps pas vu, c’est une spiritualité « païenne », basée sur la joie, l’amour et la sensualité et la poésie, dont quoi qu’on veuille en dire ce texte est la trace indélébile parce que la vérité de meurt jamais : le mariage sacré.

Bien sûr, il y a d’autres textes qui m’ont bouleversée, fracturée, qui ont fait bouger mes lignes et enrichi ma vision du monde ; c’est le cas par exemple avec Femmes qui courent avec les loups ; mais j’ai voulu m’en tenir ici aux livres que j’ai lus lorsque j’étais assez jeune (à une exception) et qui m’accompagnent depuis.

Maintenant il est temps que vous répondiez à votre tour à cet question : quels sont les livres de votre vie ?

Les livres de ma vie… #1

Il y a cette rubrique, dans le magazine Flow : « les livres de ma vie ». Les gens interrogés y listent les livres qui ont marqué leur vie. Et j’ai fini par me poser moi-même la question : quels sont les livres qui ont marqué ma vie ? Pas seulement celui qui l’a changée, comme François Busnel avait demandé aux Français il y a quelques années, mais plus généralement ceux qui m’ont construite, qui ont fait de moi la personne que je suis aujourd’hui ?

Il y a d’abord cet album d’Ernest et Célestine : Le Noël d’Ernest et Célestine. C’est un des rares albums de mon enfance que j’ai chez moi, parce qu’il a une grande valeur sentimentale, pas tant d’ailleurs pour l’album lui-même et l’histoire (enfin si : il transmet cette idée que ce qui est important dans la vie c’est d’être entouré de ceux qu’on aime, et aujourd’hui j’y vois aussi… un ours) que pour ce qu’il symbolise : c’est ma maîtresse de CP qui me l’avait offert, pour 20 images (10 bons points permettaient d’obtenir 1 images : je crois qu’aujourd’hui ça ne se fait plus, et c’est regrettable). J’étais la première de ma classe à obtenir mon livre.

Je dirais aussi Le journal champêtre d’Edith Holden : allez lire l’article, c’est croquignolet de voir le chemin que j’ai parcouru dans ma manière de voir les choses depuis, et justement : lorsqu’on me l’a offert, je l’avais beaucoup aimé et j’avais passé des heures à regarder les magnifiques aquarelles botaniques, à m’imprégner des poèmes, avant de passer complètement à autre chose, puis d’y revenir, récemment. Et avec le recul, je crois que cet album avait semé en moi des graines, qui ont mis une éternité à germer, mais qui ont fini par sortir de terre.

Bien sûr, Le Petit Prince d’Antoine de saint-Exupéry : si je ne devais en garder qu’un ce serait celui-là, c’est avec ce conte que j’ai compris ce que c’était que la littérature, et aussi ce que c’était que voir le monde avec un regard d’extra-terrestre, même si à l’époque je n’en avais pas pleinement conscience. Lui aussi a semé une graine : celle de raconter des histoires et aussi, avec le recul, celle de mon rêve récurrent de venir d’une autre planète. C’est pour cela que j’en collectionne les exemplaires.

Il y a aussi Belle du seigneur d’Albert Cohen, sur un malentendu : je n’y ai vu que l’aspect magnifié d’un amour qui se refuse à la bassesse du quotidien. Et j’ai trouvé ça beau. Cela a durablement construit ma vision un peu mystique de l’amour.

Comme je n’ai jamais dit qu’il fallait avoir aimé un livre pour qu’il nous marque et nous construise, je vais mettre dans cette liste La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette. Que j’ai cordialement détesté. Qui m’a mise, toutes les fois que je l’ai lu, dans une colère noire. Depuis je me suis (presque) réconciliée avec ce roman parce que j’ai compris d’où ça venait (je vous invite à aller lire l’article si vous ne l’aviez pas fait à l’époque), et justement : même si je ne l’aime pas, je sais que ce roman fait partie de mon histoire et de ma construction en tant que femme.

La suite demain (sinon ça va faire un article trop long), mais vous pouvez déjà commencer à me dire : et vous, quels sont les livres de votre vie ?

Se réaliser avec le tarot, de Sophie Brarda : le tarot comme outil introspectif

De quelle manière incarnez-vous les archétypes qui se meuvent à l’intérieur de vous ? Etes-vous une âme poétique, contemplative et réceptive comme le Pendu ? Avez-vous une énergie puissante et intuitive de type yin selon le mode de l’Impératrice ? Ou active et constructive de type yang comme l’Empereur ? Exprimez-vous une juvénilité et un dynamisme à la manière d’un Bateleur ? Etes-vous plus proche d’un Hermite et de son goût pour la solitude et la méditation ?

Je poursuis mon apprentissage du Tarot, qui je le rappelle est pour moi plus un outil de connaissance de soi, d’introspection et de créativité qu’un outil de divination. Et j’ai eu envie de travailler avec cet essai de Sophie Brarda, qui est exactement conçu dans cette perspective : apprendre à mieux se connaître.

L’idée est qu’à chaque jour de naissance correspondrait une personnalité, un archétype, et un arcane majeur (du tarot de Marseille, mais ça ne change pas énormément de choses dans cette perspective sauf si on est né un 8 ou un 11), et l’ouvrage étudie donc les 22 cartes (Le Mât étant pris comme 22 : j’avoue que ça m’a un peu chiffonnée mais passons, il fallait en faire quelque chose et ce n’est pas grave dans cette perspective, là encore) dans ce sens : les tendances de cette personnalité, ses points forts, ses limites, ce qu’il doit améliorer, ses objectifs, mais aussi, à l’aide d’outils introspectifs, comment chacun peut faire travailler cet archétype en lui.

Je ne suis absolument pas convaincue par l’association assez simpliste jour de naissance/numéro de carte. Et je me demande si l’auteure l’est vraiment, ou si c’est juste un principe de composition, vu ce qu’elle écrit en conclusion. Disons que cela peut constituer un point de départ, mais tous les archétypes sont en nous, à des degrés divers, parfois il faudrait davantage les faire ressortir, parfois ils nous parlent moins que d’autres, on les éteint, mais ils sont tous présents et ils sont toujours en dialogue les uns avec les autres. Donc sur ce point précis, je reste perplexe. Par contre j’ai trouvé l’analyse des arcanes et de leurs énergies très fine, très intéressante, et elle m’a bien aidé à compléter (ce n’est jamais complet de toute façon) ce que j’avais déjà travaillé. Petit fait rigolo : le matin je tire un arcane majeur (et une carte de mon propre oracle), pour voir quelles sont les énergies du jour. Et plusieurs fois, j’ai tiré l’arcane qui était l’objet de mon étude du jour…

Bref : ce livre constitue un très bon point de départ pour commencer à apprivoiser le Tarot afin d’en faire un outil de connaissance de soi, qui nous aide à cheminer…

Se réaliser avec le Tarot
Sophie BRARDA
Leduc, 2021

Si j’étais un bateau…

La métaphore du bateau est un outil de psychologie positive (on reparlera bientôt de cette discipline, c’est mon sujet d’étude du moment) développé par Hugo Alberts. Le but est de faire un point sur les différentes facettes de l’existence, qu’ils soient internes ou externes, et de voir comment naviguer en étant conscient d’être le capitaine de sa vie et de son âme. Cela permet de faire le point sur son existence actuelle, mais aussi ses aspirations. Manon Lavoie s’en sert dans son livre comme outil pour se découvrir, et je pense faire pareil dans ce que je suis en train de développer (je sais que ça vous intrigue, mais il est trop tôt encore pour en parler).

Donc, vous allez imaginer que vous êtes un bateau, et que votre expérience de navigation dépend de plusieurs paramètres :


1. L’eau : c’est votre réalité, votre environnement : votre travail, votre maison, vos possessions, bref, votre réalité physique, qui peut vous convenir ou non, mais souvent on se focalise sur cet élément alors qu’en fait ce sont les autres sur lesquels il faut travailler pour pouvoir modifier celui-là. Mais l’eau reste essentielle a définir parce qu’elle est la réalité la plus tangible.

2. Le gouvernail : ce sont nos valeurs, nos besoins, la direction que nous donnons à notre vie, comment nous voulons la vivre. Qu’est-ce qui vous semble essentiel dans la vie ? Attention, nous ne parlons pas ici de but (un but peut être atteint, pas une valeur) mais bien de ce qu’on veut faire : être créatif, contribuer au bien-être des autres. Nous ne parlons pas ici non plus de valeurs au sens moral. Mais bien de ce qui est important pour vous.

3. La destination : ce sont vos buts, là où vous voulez aller, donc quelque chose de concret et de spécifique. C’est important, mais il ne faut pas non plus trop focaliser dessus au détriment du reste.

4. Les fuites : les avaries, les obstacles, les problèmes, les faiblesses. Il y en a toujours. Qu’est-ce qui, en ce moment dans votre vie, vous empêche de suivre vos valeurs et d’atteindre vos buts ? C’est important de s’en occuper, afin d’éviter que le bateau coule. Mais il est essentiel de ne pas se préoccuper que de ça, sinon on a un bateau qui ne coule pas et c’est déjà bien, mais un bateau qui avance, c’est mieux.

5. Les voiles : ce sont ce qu’on appelle nos forces de caractères, qui nous sont propres et nous permettent de nous réaliser et nous remplissent d’énergie au lieu de nous en faire perdre. Alors on le sait plus ou moins mais cela peut être intéressant de faire un test (c’est gratuit). Moi par exemple ma plus grande force, c’est l‘émerveillement. J’imagine que ça ne surprendra personne…

6. La boussole : ce sont nos émotions, notre intuition, qui nous aident à savoir dans quelle direction aller : comment on se sent dans telle situation, quand on fait telle chose, avec telle personne. Il ne s’agit pas de fuir les émotions négatives (parfois elles ont des choses à dire) mais de les écouter (sans leur donner le gouvernail). Les émotions positives nous aident à savoir que nous sommes sur le bon chemin.

7. La météo : et bien ce sont les circonstances incontrôlables de la vie, avec lesquelles il faut composer. Soit profiter du vent favorable pour déployer ses voiles, soit au contraire les ranger en attendant la fin de la tempête.

8. Les autres bateaux : votre entourage, et la manière dont vous interagissez avec eux.

Le tout, encore une fois, c’est d’accorder une attention équilibrée à ces différentes composantes, même si, selon les périodes, certaines vont plus retenir notre attention que d’autres. En tout cas, j’ai adoré cet exercice d’introspection, que je vous invite vraiment à faire, c’est très éclairant !

Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson : Je, ici, maintenant

Dans ce désert, je me suis inventé une vie sobre et belle, j’ai vécu une existence resserrée autour de gestes simples. J’ai regardé les jours passer, face au lac et à la forêt. J’ai coupé du bois, pêché mon dîner, beaucoup lu, marché dans les montagnes et bu de la vodka, à la fenêtre. La cabane était un poste d’observation idéal pour capter les tressaillements de la nature. 
J’ai connu l’hiver et le printemps, le bonheur, le désespoir et, finalement, la paix. 

Cela fait des semaines que ce texte me harcèle : je ne cesse de tomber sur des extraits « par hasard ». Alors l’autre jour lorsque je suis tombée « par hasard » sur lui dans une librairie, je n’ai pas eu d’autre choix que de le prendre et de le lire, vaguement amusée par l’écart, une nouvelle fois. Le fait de lire un récit qui me plaît, tout en sachant qu’il y a deux ans il me serait tombé des mains.

De février à juillet 2010, Sylvain Tesson s’isole dans une cabane en Sibérie, au bord du lac Baïkal, avec des livres, des cigares, de la vodka (beaucoup) et des paysages sublimes. Au jour le jour, il écrit le journal de cet ermitage, que nous avons entre les mains.

Poétique, lyrique, spirituel, le texte se fonde sur un pas de côté par rapport au monde et à la vie quotidienne, dans l’immobilité et non dans le mouvement : ce qui est en jeu, ici, c’est d’apprendre la lenteur, la contemplation, qui est aussi apprentissage de soi et découverte de sa vie intérieure. La solitude rend toute la beauté au paysage, et permet de vivre en harmonie parfaite avec la nature, le cycle des saisons, et de peupler la seule patrie qui vaille : l’instant. La sensualité déborde : celle de la vie, les goûts, les odeurs, le froid et le chaud, les paysages grandioses, bien sûr. Un exercice de liberté absolue, dangereux il faut bien le dire (Tesson aime beaucoup provoquer le destin et flirter avec la mort), mais essentiel : trouver la paix et se trouver soi.

Un très beau texte qui m’a beaucoup inspirée !

Dans les forêts de Sibérie
Sylvain TESSON
Gallimard, 2011 (Folio, 2019)